Souvenirs militaires de 1804 à 1814

Chapter 29

Chapter 292,955 wordsPublic domain

J'ai mis en note la composition du 1er corps. L'Empereur y ajouta plusieurs brigades d'infanterie et de cavalerie, et voici l'état général des troupes que l'on donna au général Vandamme pour cette expédition:

+------------------------------------------------------------+----+----+ | |BAT.|ESC.| +------------------------------------------------------------+---------+ | 1° la 42e division (Mouton-Duvernet). | +------------------------------------------------------------+---------+ | |10e et 21e légers |2 bataillons.| | | | +--------------------------+-------------+ | | | 1re brigade |96e de ligne |2 -- | 6 | | | +--------------------------+-------------+ | | | |40e et 43e de ligne |2 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | |4e et 12e légers |2 bataillons.| | | | +--------------------------+-------------+ | | | 2e brigade. |9e et 28e légers |2 -- | 6 | | |Général KREUTZER. +--------------------------+-------------+ | | | |27e de ligne |2 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | _Cavalerie légère._ | +------------------------------------------------------------+---------+ |Colonel Rousseau. |3e de hussards |2 escadrons. | | | | +--------------------------+-------------+ | 4 | | |27e chasseurs |2 -- | | | +----------------------------------------------------------------------+ | 2° La brigade du Général Quiot (23e DIVISION). | +------------------------------------------------------------+---------+ | |55e de ligne |2 bataillons.| | | | +--------------------------+-------------+ 6 | | | |85e de ligne |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+---------+ | 3° Le 1er corps, commandé par le Général Vandamme, savoir: | +----------------------------------------------------------------------+ | 1re division. Général Philippon. | +------------------------------------------------------------+---------+ |1re brigade. |7e léger |4 bataillons.| | | |Général Pouchelon. +--------------------------+-------------+ 8 | | | |12e de ligne |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ |2e brigade. |17e de ligne |4 bataillons.| | | |Général Fezensac. +--------------------------+-------------+ 6 | | | |36e de ligne |2 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | 2e division. Général Dumonceau. | +------------------------------------------------------------+----+----+ |1re brigade. |13e léger |4 bataillons.| | | |Général Dunesme. +--------------------------+-------------+ 8 | | | |25e de ligne |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ |2e brigade. |51e de ligne |2 bataillons.| | | |Général Doucet. +--------------------------+-------------+ 6 | | | |57e de ligne |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | _Cavalerie légère._ | +------------------------------------------------------------+----+----+ |21e brigade. |9e de lanciers français |4 escadrons. | | | |Général Gobrecht. +--------------------------+-------------+ | 8 | | |Chasseurs d'Anhalt. |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | 4° la brigade du prince de Reuss. | +------------------------------------------------------------+---------+ | (5e division.--2e corps.) | +------------------------------------------------------------+----+----+ |Général Vial. |46e de ligne. |3 bataillons.| 6 | | | |72e de ligne |3 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ | 5° DIVISION DE CAVALERIE LÉGÈRE (Corbineau). | +------------------------------------------------------------+----+----+ |Général Montmarie. |1er de lanciers français. |4 escadrons. | | 8 | | |3e de lanciers français. |4 -- | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ |Général Heimrodt. |16e chasseurs. |4 escadrons. | | 9 | | |Chasseurs italiens. |5 escadrons. | | | +------------------------------------------------------------+----+----+ |Total. | 52 | 29 | +------------------------------------------------------------+---------+

ARTILLERIE.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division MOUTON-DUVERNET.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division PHILIPPON.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division DUMONCEAU.

12 pièces de réserve de 12 et obusiers.

12 pièces de 6 et obusiers, servis par 2 compagnies de canonniers à cheval.

Total. 60 pièces, plus 60 caissons du parc de réserve.

GÉNIE.

La 5e compagnie du 3e bataillon de sapeurs. La 7e compagnie du 3e bataillon de sapeurs. Une compagnie de mineurs.

Je crois que le nombre des présents était de 5 à 600 hommes par bataillon; environ 30,000 hommes d'infanterie.

En comptant 5,000 hommes de cavalerie (c'est beaucoup pour 29 escadrons); en y joignant l'artillerie et le génie, le total n'allait pas à 40,000 hommes.

Dans ma brigade, les quatre bataillons du 17e s'élevaient à 2,500 hommes; les deux bataillons du 36e à 1,000; moins de 600 hommes par bataillon.

Le 1er corps gardait en Silésie les débouchés de la Bohême, par Raumburg et Georgenthal; il importait de cacher à l'ennemi l'expédition que nous allions faire, et nous ne partîmes, le 24, qu'après avoir été relevés par le 8e corps et par la cavalerie de Kellermann. La 1re division fit l'arrière-garde; elle arriva à Hainsbach le soir; elle en repartit la nuit pour Neustadt, où elle passa toute la journée du 25. La 42e division était en tête, puisque auparavant elle occupait le camp de Lilienstein, et gardait le pont de l'Elbe à Kœnigstein. Pendant la nuit du 25 au 26 elle passa sur la rive gauche, et le 26 à la pointe du jour elle repoussa les Russes sur la route de Pirna, et s'établit dans le bois près de la forteresse de Kœnigstein. Vers quatre heures après-midi, la division Dumonceau et la division de cavalerie Corbineau passèrent l'Elbe, et vinrent se placer en avant de Leopoldshyn; la brigade Quiot suivit ce mouvement. Les Russes se retirèrent et prirent position, sous la protection d'une forte batterie, la droite à Kritzwitz, sur la route de Pirna, la gauche à l'Elbe, près de Naundorff. La 1re division et toute l'artillerie du 1er corps étaient encore en arrière. Cependant le général Vandamme se décida à attaquer cette position.

Ce fut une imprudence, car l'infanterie et la cavalerie souffrirent également du feu de l'artillerie auquel on ne pouvait répondre. Dans la soirée, les Russes se replièrent sur Pirna. Ce même jour 26, le général Philippon partit de Neustadt, passa l'Elbe, et vint bivouaquer au pied de la forteresse de Kœnigstein. Je fermai la marche après l'artillerie des deux divisions. Cette marche fut bien pénible, parce que les chemins étaient gâtés et que la pluie tombait par torrents. Il fallait donc s'arrêter à chaque pas pour retirer de la boue les canons et les caissons. Nous marchâmes toute la journée et toute la nuit du 26 en prenant à peine quelques instants de repos. Je ne voulais rien laisser en arrière, et je sentais la nécessité de conduire le plus tôt possible sur le terrain l'artillerie dont le général Vandamme avait manqué la veille. Nous passâmes l'Elbe avant le jour, et je me réunis d'assez bonne heure à la division, à Langenhennersdorf, entre Kœnigstein et Gieshübel. Le général Philippon, qui ne m'attendait pas encore, loua fort ma diligence. La 1re division resta ce jour-là à Langenhennersdorf avec la division Corbineau. Ma brigade avait besoin de repos.

Seulement le 7e léger, de la brigade Pouchelon, fut assez maladroitement engagé dans les bois qui conduisent à Gieshübel; le mauvais temps et les grandes eaux d'un torrent arrêtèrent la marche de ce régiment, qui vint reprendre sa place dans nos bivouacs. Il n'y a rien de pire que de fatiguer ainsi les troupes par des attaques partielles et décousues. Pendant ce temps, la 42e division était à Pirna, et la brigade de cavalerie Gobrecht tiraillait en avant sur la route de Dresde. La division Dumonceau, un peu en arrière, occupait le Kohlberg; c'était le jour de la bataille de Dresde.

Voici donc la situation le 28 au matin, lendemain de la bataille: la grande armée ennemie se retirait précipitamment en Bohême; la route de Freyberg, à notre droite, était occupée par le roi de Naples, celle de Peterswalde, à gauche, menacée par le général Vandamme. Toutes les colonnes ennemies suivaient les routes de Marienberg, Dippodiswalde, Altenberg, Furstenwald et Peterswalde. Ces différentes directions conduisaient à Tœplitz, à travers les montagnes. Les chemins étaient affreux; déjà cette retraite ressemblait à une fuite. La présence des souverains augmentait l'inquiétude et la confusion. Tout dépendait de la marche des différents corps de notre armée, qui allaient poursuivre l'ennemi. Le 28, le roi de Naples occupa Freyberg à l'extrême droite, et prit plusieurs convois. Le 2e corps l'appuya. Le 6e suivit la route de Dippodiswalde, s'empara de Keisslich, un peu en arrière de cette ville, et fit 3,000 prisonniers. La jeune garde devait occuper Pirna. Le 14e (et ceci est bien important) marchait sur Dohna et devait se réunir au général Vandamme. «Aussitôt la réunion faite, écrivait l'Empereur, les 1er et 14e corps se porteront à Gieshübel et se formeront sur les hauteurs de Gieshübel et de Hellendorf.» Ce premier jour pourtant, le maréchal Gouvion Saint-Cyr s'arrêta à Maxen, à la hauteur de Dohna.

Dans cette même matinée du 28, le général Vandamme prit position sur le plateau de Pirna, la droite à cette ville, couvrant le pont sur l'Elbe, et la gauche dans la direction de Cotta. Les généraux Corbineau et Philippon occupaient toujours Langenhennersdorf Le général Vandamme écrivait au major général «que l'ennemi était en force à Hellendorf et à Gieshübel; qu'il avait 25,000 hommes devant lui, et que ce nombre s'augmentait à chaque instant.» Il se plaignait: «de manquer de pièces de 12; son parc de réserve était à Dresde avec le général Baltus, commandant l'artillerie. Il n'avait donc point toutes les forces qui lui avaient été désignées.» Peu de temps après, il reçut du major général une lettre qui lui annonçait la bataille de Dresde, la retraite de l'ennemi, les pertes qu'il avait faites, l'ordre donné de le poursuivre dans toutes les directions. La lettre ajoutait que le duc de Trévise allait occuper Pirna, et que le maréchal Gouvion Saint-Cyr, suivant la direction de Donna, viendrait se joindre au 1er corps pour occuper Gieshübel et poursuivre l'ennemi sur la route de Peterswalde. Il n'en fallait pas tant pour enflammer un caractère aussi ardent que celui de Vandamme. Toute l'armée venait de se couvrir de gloire, et lui n'avait rien fait encore! Il venait même d'écrire une lettre, où il se plaignait du peu de moyens mis à sa disposition et du nombre d'ennemis qu'il avait devant lui! Il recevait l'ordre d'agir de concert avec le maréchal Gouvion Saint-Cyr; mais, s'il attendait le maréchal, ce dernier aurait tout l'honneur de la victoire. Il résolut donc de le prévenir et de s'emparer de Gieshübel.

Le général Philippon fut chargé de l'attaque, pendant que le général Corbineau partait également de Langenhennersdorf, en se dirigeant sur Barah. Ce général, qui commandait momentanément la division Philippon et la sienne, voulut faire attaquer Gottleube par ma brigade. Je ne m'en souciai point; les chemins étaient impraticables, et je n'avais nulle envie de recommencer la fausse manœuvre du général Pouchelon de la veille. Sur mes observations, le général Corbineau me réunit à la 1re brigade, pour concourir à l'attaque de Gieshübel. Vers trois heures, nous arrivions à l'entrée du bois de sapins qui conduit à ce village. Le général Vandamme accourut au galop; il était d'une grande animation; il reprocha au général Philippon de perdre son temps. «L'Empereur allait arriver, disait-il; toute l'armée poursuivait l'ennemi; c'était à nous de compléter sa défaite.» À l'instant, il lança la 1re division dans le bois, en dirigeant lui-même l'attaque. Gieshübel fut enlevé par le 7e léger, après une vive résistance. J'envoyai de là le 36e occuper Gottleube. Le général Vandamme alla jusqu'à Hellendorf; on fit plusieurs prisonniers. Les jeunes gens se conduisirent à merveille.

Voici la position des troupes dans la nuit du 28 au 29:

La brigade de Reuss en avant de Hellendorf; les Russes occupant Peterswalde.

La division Corbineau et la brigade Gobrecht près de Hellendorf.

La première brigade de la 42e division entre Hellendorf et Gottleube, à la droite et hors de la grande route.

La division Philippon à Gieshübel, le 36e occupant Gottleube.

La division Dumonceau à Gieshübel, ayant sa 2e brigade dans la direction de Langenhennersdorf.

La brigade Kreutzer, de la 42e division, avec sa cavalerie vers Gabel, à la droite de Gieshübel.

La brigade Quiot, en arrière, près de Langenhennersdorf.

La batterie de pièces de 12, avec le parc de réserve, partie le matin de Dresde, marcha toute la nuit et rejoignit les troupes à Peterswalde. Le parc de réserve suivait à distance.

Le général Vandamme mandait le soir du 28 au major général qu'il marcherait le lendemain sur Tœplitz, à moins d'ordres contraires. Ce même soir, le major général lui écrivait de se diriger sur Peterswalde avec toutes ses troupes, et de pénétrer en Bohême. «L'ennemi, disait-il, paraît se retirer sur Annaberg (dans la direction d'Egra, ce qui l'éloignait beaucoup de Tœplitz et de Prague). L'Empereur pense que vous pourriez arriver avant l'ennemi sur la communication de Teschen, et prendre ses équipages, ses ambulances et ses bagages.» C'est là le dernier ordre que Vandamme ait reçu.

Dans cette même journée du 28, il était arrivé un événement bien funeste, et qui fut la première cause de tous nos malheurs. L'Empereur s'était porté à Pirna pour y établir son quartier général. Il avait déjeuné comme à l'ordinaire, et il regardait défiler les troupes, lorsqu'il fut saisi de violentes douleurs d'entrailles. On le crut empoisonné. Il retourna à Dresde, soit par suite de son indisposition, soit à cause des mauvaises nouvelles qu'il avait reçues de la Silésie et des environs de Berlin; ce dernier motif ne me semble pas suffisant. Quelque fâcheux que fussent nos revers, quelque avantage qu'offrît la prise de Berlin, le point important était l'armée de Bohême, où se trouvaient les souverains alliés. C'est là que le sort de la guerre devait se décider. Sans doute, Napoléon avait prescrit les mesures nécessaires pour poursuivre l'ennemi dans toutes les directions, et compléter ainsi le succès de la bataille de Dresde; mais il savait par expérience combien en son absence les commandants des différents corps d'armée étaient peu disposés à s'entendre; s'il fût resté à Pirna, il eût pu recevoir plus tôt les rapports, donner les ordres nécessaires, diriger ses lieutenants et les faire obéir. On va voir les déplorables conséquences de son éloignement de l'armée.

Le 29 au matin, Vandamme continua son mouvement avec toutes ses troupes. La brigade de Reuss marchait en tête. On enleva Peterswalde, où l'on prit 800 hommes. La résistance fut plus vive à Hellendorf; l'arrière-garde russe était en position, protégée par son artillerie. Le prince de Reuss fut tué d'un coup de canon. Vandamme, qui ne quittait pas l'avant-garde, reçut son dernier soupir et lui donna des larmes. J'aimais aussi et j'appréciais le prince de Reuss; mais je dois avouer qu'il est mort à propos, car la coalition victorieuse ne lui aurait jamais pardonné sa fidélité à notre cause.

Les Russes continuèrent leur retraite; ils se placèrent en arrière de Priesten, occupant Kulm et Straden. Le général Revest, chef d'état-major, qui remplaçait le général de Reuss, les chassa de deux villages et se porta sur leur position; mais alors la défense devint sérieuse. Il n'y avait plus à reculer; nous étions à deux lieues de Tœplitz. C'est sur ce point qu'aboutissaient tous les chemins venant de Dresde, et par lesquels se dirigeaient les différents corps de l'armée combinée. Déjà l'alarme était répandue dans la ville; les équipages, les non-combattants et toute la suite de l'armée se sauvaient par divers chemins. Il était midi. Ostermann, qui commandait l'arrière-garde ennemie, déclara qu'il s'arrêterait là, et que le moment était venu de vaincre ou de périr. Pour la première fois, la brigade de Reuss fut repoussée. Vandamme, accoutumé à chasser devant lui l'arrière-garde, crut vaincre facilement cette résistance. Il engagea successivement les brigades de la 42e division, à mesure qu'elles arrivaient. Ces attaques décousues n'eurent aucun succès. Le 12e régiment, détaché de notre division pour soutenir la 42e ne réussit pas davantage. La ténacité du général Ostermann avait donné au prince Constantin le temps de lui amener 40 escadrons. La tête de ma brigade arrivait sur le terrain. Le général Philippon m'ordonna d'attaquer avec le 1er bataillon du 17e. Je le conjurai d'attendre au moins le reste de ma brigade. Engager un seul bataillon composé de soldats qui n'avaient point vu le feu, attaquer ainsi un ennemi bien posté et encouragé par le succès de sa résistance, c'était se faire battre de gaieté de cœur. Il ne m'écouta pas; le général en chef l'avait dit, et Philippon n'osait lui faire aucune observation. Ce que j'avais prévu arriva; le 17e ne soutint pas le feu de l'ennemi. Ses quatre bataillons, engagés successivement, se retirèrent en désordre. Le 36e eut le même sort. Je ralliai ma brigade le plus promptement possible, et encore très-près de l'ennemi, qui reprenait l'offensive. Déjà la cavalerie russe, faiblement contenue par la nôtre, se déployait dans la plaine. Vandamme tenta un dernier effort avec le 7e léger, seul régiment de la 1re division qui fût encore intact. Je l'appuyai à droite avec toute ma brigade; mais ce régiment put à peine se déployer; parvenu au bord d'un ravin, il plia sous le feu de la mitraille et de l'infanterie. La cavalerie le chargea. Heureusement il se retira sous l'appui de ma brigade, que je parvins à maintenir. La cavalerie du général Gobrecht favorisa notre retraite, et 24 pièces de canon, établies sur la hauteur entre Kulm et Straden, arrêtèrent l'ennemi.

Le major Duportal du 7e léger fut tué près de moi. Il était capitaine des grenadiers au 59e en 1804, lorsque je m'engageai dans ce régiment. Personne ne m'avait témoigné autant de bienveillance et n'avait plus encouragé mon début dans la carrière.

Le 17e perdit 600 hommes et le 36e 200. La brigade Pouchelon fut au moins aussi maltraitée.

Vandamme, voyant que l'ennemi recevait de nouveaux renforts, ne songea plus qu'à conserver sa position en attendant le reste de ses troupes. Il avait 30 bataillons en face de l'ennemi et 22 en arrière. Dans la soirée et dans la nuit arrivèrent successivement la division Dumonceau, la brigade Quiot, le reste de l'artillerie et le parc de réserve. On bivouaqua sur le terrain.

Les ordres de Napoléon pour cette même journée prescrivaient au roi de Naples de marcher sur Frauenstein; au maréchal Marmont de suivre la direction de Dippodiswalde; au maréchal Gouvion Saint-Cyr, celle de Maxen. Le maréchal Marmont eut une fort belle affaire en avant de Dippodiswalde; mais le général Gouvion Saint-Cyr s'arrêta à Reinhardsgrimma entre Dippodiswalde et Dohna. Il avait laissé passer le maréchal Marmont, disait-il, parce que deux corps d'armée ne pouvaient pas traverser ensemble le même défilé. Il était donc en arrière de Marmont, et bien plus encore en arrière de Vandamme, avec lequel il aurait dû se lier.

Vandamme ignorait ces détails; mais il savait que les hauteurs du Geyersberg à sa droite et de Mollendorf sur ses derrières n'étaient point occupées. Cependant il s'obstinait à compter sur l'arrivée du maréchal Mortier ou du maréchal Gouvion Saint-Cyr, et il résolut de combattre encore le 30 en avant de Kulm. Personne ne partageait ses illusions. Les généraux, les officiers et les soldats manquaient également de confiance. C'est une disposition fâcheuse au commencement d'une bataille. Chacun de nous ne répondait que de sa bravoure personnelle, et quand les mesures sont mal prises, ce n'est pas assez pour réussir.

Le 30 au matin nous formâmes notre ligne de bataille sans être inquiétés. La 42e division, à la droite de Straden, appuyant au bois qui domine le Geyersberg; la 1re division à sa gauche; la brigade Quiot à cheval sur la grande route de Kulm; la brigade de Reuss derrière celle-ci; la brigade Doucet en arrière de Kulm; la brigade Dunesme à la gauche de la grande route; la cavalerie à l'extrême gauche vers Neudorf. Elle aurait dû appuyer à l'Elbe, à Aussig, mais notre armée n'était pas assez nombreuse pour occuper une ligne aussi étendue. On s'était contenté d'envoyer à Aussig le général Kreutzer de la 42e division avec deux bataillons et 400 chevaux; il avait l'ordre de communiquer par sa cavalerie avec le général Dumonceau, et d'empêcher que la gauche de ce général ne fût tournée; ce qui était difficile, à cause de la distance qui sépare Aussig de Kulm, et de notre infériorité numérique.