Souvenirs littéraires... et autres

Part 7

Chapter 73,278 wordsPublic domain

Déjà elle fronçait ses sourcils irritables. On expliqua rapidement au noble étranger que la jeune personne usait d’un vocabulaire quelque peu spécial: son père, c’était le «pied» ou le «jeune prince», selon l’occurence; sa maman: «Rozembach»; Salis: «le Pou»; moi: «Kiki». Il suffisait d’être prévenu.

Alors, le psychologue du _Pardon_ et de l’_Aînée_ posa quelques questions:

--Mlle Lotte, j’ai entendu parler de vous par votre amie Alberte, une blonde oxygénée qui, après avoir figuré quelques semaines aux Variétés, s’adonne présentement, sauf erreur, à la galanterie.

--La «ga...» quoi! La galanterie? Ya erreur! La seule Alberte que je connais, elle fait la grue.

--C’est bien ce que je voulais dire.

--Hé! ben, alors, dites-le... Oui, je la connais, même qu’elle m’avait invitée à dîner ce soir avec elle, ma sœur Marianne Ducroquet et son type dans une boîte chic.

--Combien nous regrettons de vous avoir privée de...

--Oh! Ne vous en faites pas! Je déteste quand elle m’emmène dans les grands restaurants parce que (_baissant la voix_), c’est une typesse qui sait pas se tenir.

--Vraiment?

--Oui! Des fois elle «chauffe» les couverts.

--Elle chauffe?... J’ignorais ce raffinement, confessa Lemaître.

--Elle les chauffe, je veux dire qu’elle les «poisse».

--Un peu de moiteur aux mains, sans doute? suggéra le futur académicien, qui ne soupçonnait pas tant de synonymes du verbe «voler».

Lotte ne jugea pas ce _minus habens_ digne d’une réponse. Elle me lança un coup d’œil chargé de noirs reproches:

--Hé ben vrai, Kiki, toi qui prétendais que ton copain était très intelligent! Mais il ne comprend rien de rien! Comme gourdée, il n’en craint pas...

Et ce fut ainsi tout le long de cette soirée dont Lemaître, tour à tour héros et victime, m’affirma souvent qu’elle restait parmi ses souvenirs de choix.

A la longue, cette «fille sauvage» finit par se polir un peu au contact de gens qui, à son grand étonnement, pouvaient vivre autre part que sur la «Butte». Le poète Edmond Haraucourt était de ceux-là. Enthousiasmé des réparties de Lotte, voulait-il pas la présenter à Waldeck-Rousseau! Je lui conseillai de la mener plutôt au Musée de Cluny (qu’il conserve) et dont les vénérables ceintures de chasteté avaient plus de chance d’intéresser Lotte qu’un profil ministériel.

Le Goffic, armoricain trop modeste, aussi rempli de bonté que de talent, s’intéressa, lui aussi, à Lotte, fraternellement, l’emmenant en Bretagne quand le cafard la travaillait trop dur... Aussi bien, c’était la compagne de voyage rêvée, admirant tout paysage nouveau, insensible à la fatigue, contente de tout. J’ajoute que, d’instinct, elle possédait des délicatesses physiques et morales que bien des donzelles gonflées de prétentions n’apprennent qu’à l’usage. Ce n’est pas elle qui aurait jamais écrit, comme le fit Dora Musi (avant de connaître la gloire au cinéma): «Mon aimé, quel dommage que tu ne sois pas venu! Je m’étais justement fait les ongles des pieds...» Lotte s’acquittait de ces soins, sans en parler, même quand elle n’attendait personne.

Pauvre petite déséquilibrée! Une après-midi de novembre, la pluie faisait rage; Lotte écrivit fébrilement sur une grande feuille de papier écolier qu’elle posa bien en évidence au milieu de la table de la salle à manger: «Quand il lansquine pareillement, c’est incroyable ce que tout me dégoûte.»

Son porte-plume lui ayant taché d’encre le médius, elle se lava soigneusement les mains, ses jolies mains étroites et longues.

Puis elle appuya contre sa tempe droite le canon d’un petit revolver et se tua, net.

CHAPITRE XII

Les nègres.--Les homosexuels.--A bientôt!

J’aurais encore beaucoup à dire. Pourquoi faut-il que le papier coûte si cher?

Il me reste à traiter--c’est bien mon tour--la question des «nègres» sur laquelle Louis Thomas a écrit des choses très justes et Edouard Keyser de malveillantes âneries. L’omniscient Léon Treich a malicieusement insinué que je devais détenir des pièces intéressantes. En effet. Les nègres (je n’englobe pas dans cette dénomination mon vieux Curnonsky, humoriste profond, collabo inappréciable), les nègres, je m’en suis servi, mais j’ai servi aussi de nègre. Maintes fois.

Sur le cas Anatole France, le miséricordieux J.-J. Brousson n’a pas voulu tout raconter. A l’article de l’_Eclair_ (24 novembre 1924) que les lettrés devraient conserver dans leurs archives, des révélations viendront s’ajouter touchant les pièges tendus par «Madame» aux habitués de l’avenue Hoche qu’elle jugeait utile d’évincer; pourquoi ne pas publier également certains détails montrant l’avarice du Maître? O le voyage en Italie que fit, sous sa conduite le jeune ménage de Caillavet... il était jeune, alors!

(Pour avoir publié d’indiscrets ragots sur Anatole France en pantoufles, J.-J. Brousson fut traité dans l’_Ere Nouvelle_, par Pioch, d’écrivain «excrémentiel... d’une infamie assez vile pour faire baver de dégoût les cloportes eux-mêmes». Mais ce sont les risques du métier. Un autre francophobe, M. René Johannet, s’en est tiré à meilleur compte.)

On m’a demandé des précisions, je les fournirai, sur mon premier mariage, mon premier divorce, mon second mariage, mon second divorce, (_à suivre_)...

Théodore de Banville, Emile Faguet, Toulet, Rachilde, etc., sans oublier Guillaume Apollinaire qui m’écrivit des lettres précieuses, j’aimerais leur consacrer des pages, et à d’autres hommes, et à d’autres femmes, et à des hommes-femmes. Ces derniers, je ne les raterai pas.

Blessés par la préface de l’_Ersatz d’amour_, certains d’entre eux m’ont attaqué, (par derrière, of course). Pourquoi ne pas mettre au jour les manigances d’un pianiste en ébullition toujours effervescent comme une bouteille d’eau Perrier, accoutumé à «tripuder»--ô lord Hantayad--sur un instrument qui ne sort ni de la maison Pleyel ni de l’ordinaire. Devrait-il point faire meilleur usage de ses dix doigts?

Une coquine qui se targue, en sirotant son Cinzano, de préférer, à la musique, les lettres (surtout la dix-septième, je pense), s’est permis d’écrire dans une feuille de chou--ou de rose--confidentielle: «M. Gauthier de (_sic_) Villars a expérimenté les pipes de touffiane avant d’écrire _Lélie fumeuse d’opium_; pourquoi n’aurait-il pas procédé à des expériences lui permettant de documenter son _Ersatz d’amour?_ J’indique sans le développer, ce thème...»

Tu as raison, gâcheuse. Ce n’est pas ton affaire, le thème; tu es plutôt fait pour l’inversion. Mais ne me nomme pas Gauthier _de_ Villars, je n’ai aucun besoin de ta particule.

Où irions-nous, si un auteur ne pouvait, sans encourir le soupçon, décrire d’autres mœurs que les siennes propres (entendez «propres» comme il faut)? André Gide n’aurait pu donner son inoubliable _Saül_ immoraliste entiché d’un harpiste adolescent, ni Binet-Valmer l’émouvant _Lucien_, son chef-d’œuvre; ni Rachilde tant de peintures dont Retté déplore «l’amoralité totale»; ni Birabeau sa _Débauche_ au dénouement paradoxal; ni «ni notre précieux pasticheur» Abel Hermant, pour parler comme M. Martin du Gard, ses esquisses d’homoérotes anglo-saxons qui eussent séduit Walt Withmann; ni Fazy la _Nouvelle Sodome_ dont les révélations firent sortir de ses gonds la Sublime Porte; ni Marcel Proust ses réquisitoires minutieux et compacts; ni Mme Colette certain personnage de cette _Ingénue libertine_ dont ses biographes, Keller et Gautier aussi vaseux que le Marcel Sauvage, chirurgien des roses et brouteur de chardons, blâment le prétendu «pathos sentimental»; ni Francis de Miomandre ses _Petits messieurs_ évoluant, poudrerisés, autour de don J’aime; ni Carco son _Jésus-la-Caille_ qui, habitué des fumeries suspectes, tire sur le Bambou.

Je ne fais que mentionner, faute de place, Anquetil, terriblement documenté; le sinologue qui se complaît aux chinoiseries invraisemblables de _Bijou-de-Ceinture_, dont la publication valut au _Mercure de France_ quelques désabonnements pudibonds; Henry Ner, verbeux; Henry Marx, crâneur; le mièvre Essebac (anagramme de Bécasse) et sa cargaison de petits bouquins peureusement antiphysiques; le docteur (?) Agrippa dont la _Première Flétrissure_, il y a vingt ans, se vendait presque autant que les mornes _Lettres d’un Frère à son élève_; enfin Manoel et Bénito, les deux associés sud-américains en train de fabriquer un roman à clef où se retrouveront leurs amis, comme eux «pédérastas».

En ce qui me concerne, jamais je ne serai la proie de la pieuvre Homosexualité, dont je méprise les... tentacules. Vieux tireur impénitent, pourquoi changerais-je mon fusil de pôle? La Femme vaut encore mieux que l’Ersatz. Je ne prétends pas qu’elle vaille grand chose.

Nous nous reverrons, gens de bien. Mon prochain volume paraîtra bientôt. Un proverbe qui n’est pas emprunté au bagage psychologico-culinaire de M. Rouff, styliste génevois, assure que «la vengeance et le veau doivent se manger froid». Ma vengeance ne perdra rien pour attendre.

Les veaux non plus.

FIN

INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS DANS CET OUVRAGE

ACKER Paul ADAM Mme ADAM Paul AIMARD Gustave AJALBERT Jean ALEXIS Paul ALLAIS Alphonse ALMEREYDA ANDRAL Paule ANET Claude ANQUETIL Georges APOLLINAIRE Guillaume ARBELL Lucy ARÈNE Paul AUBIER Fernand AUREL Mme AURIC Georges AURIOL Georges

BARBEY D’AUREVILLY BARRÈS Maurice BELLAIGUE Camille BÉRAUD Henri BERGSON BINET-VALMER BLANCHE Jacques BORDEAUX Henry BONNAT BONDY François de BOUCHOR Maurice BOURGET Paul BRACKE BROUSSON BROGLIE BRUNEAU BUSNACH William

CAILLAVET de CAMONDO Isaac de CARCO Francis CARLIER Madeleine CARRIÈRE Eugène CAZALS CAZALIS CAZIN Paul CÉARD Henry CHABRIER CHALIAPINE CHAMPSAUR Félicien CHARPENTIER Gustave CHAUSSON Ernest CLAUDEL Paul CLERMONT-GANNEAU CLARETIE Jules COCTEAU COLETTE COLONNE COMMINGES COPPÉE François CORDAY Michel CORNEAU André COURTELINE CROISSET Francis de CURNONSKY

DALCROZE Jacques DARZENS Rodolphe DAUDET Alphonse DAUDET Léon DEBUSSY DEFFOUX DEKOBRA DEGAS DELAFOSSE DELARUE-MARDRUS Lucie DELPIT Albert DESCAVES Lucien DIERX Léon DIVOIRE Fernand DOLENT Jean DORCHAIN DOUMIC DRANEM DROUET Juliette DUBUFE Guillaume DUJARDIN Edouard DUVERNOIS Henri

ESPARBÈS Georges d’ ESTAUNIÉ

FARRÈRE Claude FAUCHOIS René FÉNÉON Félix FERRARI Henri FEUGÈRE FORAIN FORT Paul FRANCE Anatole FRANCK César FRANCK Paul FRANC NOHAIN

GARDEN Mary GAUTIER Judith GÉRARD Lucy GIDE André GOUNOD GUESDE Jules GUNSBOURG GYP

HAHN Raynaldo HALÉVY Ludovic HARAUCOURT Edmond HARCOURT Eugène d’ HÉBRARD Adrien HEREDIA José Maria de HERMANT Abel HÉROLD Ferdinand HERRIOT HUMBERT Ferdinand HUYSMANS

INDY Vincent d’

JACOB Max JEAN-BERNARD JONCIÈRES JOUVE

KAHN Gustave KEYSER Edouard de KIPLING

LAMOUREUX LE GOFFIC LEMAITRE Jules LEGRAND Maurice LICHTENBERGER André LISZT LORRAIN Jean LOTI Pierre LOTTE LOUYS Pierre

MAGNARD Albéric MALLARMÉ MARSAN Eugène MARSOLLEAU MALHERBE MARTINET MARX Henry MASSON Frédéric MASSON Georges-Armand MASSENET MARTIN DU GARD MATHEY MAURI Rosita MAUCLAIR Camille MAUPASSANT Guy de MAURRAS Charles MENDÈS Catulle MÉRY Jules MICHAEL Ephraïm MILLE Pierre MIOMANDRE Francis de MONTÉGUT MONTFORT Eugène MORÉAS MOREAU Gustave MOREL Eugène MORENO Marguerite MORICE Charles MORTANE Jacques MULLER Charles MUSI Dora MYRIAM HARRY

NER Henry

OLLIVIER Emile

PELLETAN Camille PICARD Gaston PIERNÉ Gabriel PIOCH Georges POIRÉ POLAIRE PORTO-RICHE POTTECHER Maurice POUGY Liane de POULENC PRÉVOST Marcel PROUST Marcel PSICHARI

QUILLARD Pierre

RABELAIS RACHILDE RAMEAU Jean RADIGUET RAVEL RAYNAUD Ernest REBOUX Paul RÉGNIER Henri (de) RENARD Maurice RENARD Jules RETTÉ RÉVAL Gabrielle REYER RICHEPIN RIVIÈRE Jacques ROLLAND Romain ROSNY ROSTAND Edmond ROTHSCHILD Willy (de) ROUSSEL Raymond ROUVEYRE André ROZE ROINARD Paul-Napoléon

SAINT-POL ROUX SAINT-SAENS SANDERSON Sybil SARCEY Francisque SCHOLL SCHWOB Marcel SERRES Louis (de) SÉVERINE SIMON Henry SIMON Jules SILVESTRE Armand SILVAIN SOREL Albert STRAVINSKY STROWSKI Fortunat SULLY PRUD’HOMME SWARTE Madeleine (de)

TAILHADE Laurent THOMAS Ambroise THOMÉ Francis TINAYRE Marcelle TRÉBLA TREICH Léon

VALLES VAN DYCK VAUXCELLES Louis VERHAEREN VERLAINE VIELÉ-GRIFFIN

WAGNER Richard WALDECK-ROUSSEAU WOLFF Albert

XANROF

TABLE DES MATIÈRES

I.--Enquêteur et enquêtés: _Gaston Picard_, _Jean-Bernard_, _Ajalbert_, _Divoire_, _etc._--Correspondances saphiques des journaux de modes. 5

II.--Les deux Willy.--Octopodes auto-biographiques.--Mon ancêtre le maréchal de Villars. 10

III.--Le veuf sur le toit.--Deux académiciens m’interviewent: _Jules Simon_ et _Caro_.--Les bas rouges de Madame Aurel.--_Dekobra_ et _Franc-Nohain_ au collège. 15

IV.--L’orang _Tailhade_, _Mallarmé_ et autres.--_Sarcey_ chahuté.--L’inceste au théâtre. 24

V.--Le journal «_Lutèce_».--_Albert Delpit_. 30

VI.--_Chabrier_ juge _Massenet_.--_Mlle Madeleine de Swarte_ me juge dans les Fourberies de papa.--_Gounod_ juge _Gustave Charpentier_.--Le tragédien _Silvain_, navigateur et tireur à cinq.--_Armand Sylvestre_ et ses maîtresses.--Le génie de _Wagner_ et les ridicules de _Bayreuth_.--«Claudine s’en va».--_Mlle Polaire_ et «_Siegfried_».--La chemise d’un sociétaire et _M. Raymond Roussel_. 37

VII.--Rosseries de _Degas_.--_Bonnat_ compare les critiques aux cochons.--La mauvaise foi de _M. Jacques Blanche_.--Les manchettes de _Moréas_, sa métrique, sa griserie.--_Mendès_, Machiavel en tous genres.--Mots acides de _Moreno_. 62

VIII.--Un pastiche de _Rostand_.--_Jean Richepin_ vilipendé par _Bouchor_.--_Mme Purnode_, chanteuse aphone.--_Camille Pelletan_, acrobate occasionnel rate son tour. 83

IX.--L’académicien _Frédéric Masson_ demande qu’on me fusille.--Le compositeur _Roze_ chez _Jean Lahor_.--Les dîners de _Judith Gautier_, wagnérienne.--Un frère de _Victor Hugo_ à Charenton.--_Listz_ chez _Mme Erard_. 94

X.--_Raoul Gunsbourg_.--Son portrait par _Jules Lemaître_.--Il me réconcilie avec Massenet. 113

XI.--La Revue bleue.--Le fantaisiste _Jacques du Tillet_, le caustique _Vandérem_, le bon _Jules Lemaître_ et le perfide _Anatole France_.--_Lotte_ et ses amis. 122

XII.--Les nègres.--Les homosexuels.--A bientôt. 137

ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 13 MAI 1925 SUR LES PRESSES DES ARTISANS IMPRIMEURS F. LEFÈVRE, DIRECTEUR 23, RUE DE LA MARE A PARIS (XXe)

LES

Éditions Montaigne

recommandent aux amis des belles lettres

LA COLLECTION DE GAI SAVOIR

qui comprendra une vingtaine de volumes dont les sujets, intéressants pour tous, sont traités avec bonne humeur, suivant une devise empruntée à Montaigne: «Je ne fais rien sans gayeté». Élégamment présentés, les premiers ouvrages ont tout de suite connu le grand succès.

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qui a commencé par un livre de Pierre Louÿs, attendu depuis longtemps: Le Crépuscule des Nymphes. Présentation soignée, papier alfa spécialement fabriqué pour cette collection. Gravures d’artistes connus. Tout amateur de livres doit surveiller cette collection.

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Retenez ces noms déjà célèbres: Emmanuel Signoret, Henriette Hervé, Jacques Feschotte... D’autres vont suivre. Lisez surtout leurs vers. Vous comprendrez leur gloire naissante. Vous les aimerez.

LES ESSAIS LITTÉRAIRES

Gustave Kahn, puis Willy ont ouvert une collection qui sera précieuse à l’histoire des lettres. Agréables à lire, ils ont leur place dans «toute librairie d’honnête homme».

ÉDITIONS MONTAIGNE

_Impasse de Conti, Nº 2_ (entre l’Académie Française et la Monnaie)

PARIS (VIe)

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 1

JEAN GRAVIGNY

Montmartre en 1925

AVEC UN VOCABULAIRE DE L’ARGOT USITÉ A MONTMARTRE

In-16 jésus broché: 12 fr.--Couverture en couleurs et 104 dessins de V. de Rego Monteiro.

Le succès de ce livre vient en partie de ce que nous ne possédions que des ouvrages historiques sur Montmartre. L’auteur a préféré s’en tenir au Montmartre de maintenant, fêtard et voluptueux, pervers et sentimental. Chacun trouvera là le renseignement dont il a besoin au gré de ses préférences. Il s’agit, en effet, d’un livre documentaire qui est, en même temps, le plus précieux des guides.

TABLE DES MATIÈRES.--I. Topographie de Montmartre, comparaison avec Montparnasse, l’enchantement de Montmartre.--II. L’ancien Montmartre, les bombes d’Henri IV, la vogue au XIXe siècle. Hier et aujourd’hui. Respectons le vieux Montmartre.--III. La république de Montmartre, la foire aux croûtes, l’Antre du Lapin Agile, la place du Tertre, les ateliers d’artistes. Où peut-on manger à Montmartre?--IV. A l’ombre du Sacré-Cœur, Saint-Pierre de Montmartre, le Sacré-Cœur, Saint-Jean l’Evangéliste.--V. Montmartre la nuit. A minuit place Pigalle. Refuge de tous les fêtards. Une joyeuse tour de Babel.--VI. Quelques types nocturnes: les danseurs, les danseuses, les chasseurs, les mendigots, les Russes et la haute noce.--VII. La galanterie à Montmartre: les belles de nuit, les inévitables compagnons de ces dames.--VIII. Deux vices importés: la coco et ses amateurs, les petits Messieurs.--IX. Les grands dancings populaires.--X. Etablissements excentriques.--XI. Les cabarets de chansonniers.--XII. Les grands établissements de nuit. A quelle heure monter à Montmartre? Distractions variées.--XIII. Champagne obligatoire. Initiation champenoise. Comment choisir son champagne. Le prix du champagne. Conseils aux consommateurs. Les grandes années de champagne.--XIV. Vocabulaire de l’argot, tel qu’il est usité de nos jours à Montmartre.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 2

MAX FRANTEL

Joyeuses Anecdotes

POUR SERVIR A L’HISTOIRE DE LA POLITIQUE, DES LETTRES, DES ARTS ET DES MŒURS EN L’AN DE GRACE ET DE DISGRACES 1924

In-16 jésus broché: 9 fr.--Il a été tiré 25 exemplaires sur papier pur fil Lafuma à 30 fr. portant la signature de l’auteur.

Voici les échos les plus malicieux de l’année, ceux qui passeront pour la plupart dans l’histoire. Le mémorialiste nous introduit partout. Il force pour nous les salles du trône et les alcôves. Il nous fait entrer dans les salons les plus fermés et les boudoirs les plus accueillants. Par lui, le lecteur n’ignore rien de ce qui se passe dans les coulisses des théâtres ou du Palais-Bourbon, le plus divertissant des théâtres pour les yeux qui savent s’amuser. _Joyeuses Anecdotes_ est un exposé hilarant de l’histoire qui se fait. Chaque chapitre résume en quelques lignes les grands faits que nous aurions pu déjà oublier; mais cette présentation protocolaire est aussitôt suivie d’un déluge d’historiettes, de bons mots, d’aventures savoureuses dont ministres, parlementaires, littérateurs célèbres, artistes à la mode, jolies femmes en vue font les frais. Nous suivons ainsi sans fatigue et avec joie un guide qui satisfait à toutes les curiosités actuelles. L’auteur a pensé que la petite histoire est la meilleure façon de retenir l’histoire qui se fait. Il paraît estimer qu’un grand homme nous semble plus près de nous, plus humain, plus facile à pénétrer, si nous pouvons le voir hors de toute parade, en pyjama, dans ses rapports domestiques, dans ses inévitables intimités. Les historiens de l’avenir consulteront _Joyeuses Anecdotes_ comme ceux de maintenant aiment à lire Tallemant des Réaux.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 3

ÉMILE FENOUILLET

L’art de trouver un mari

ÉTUDE PRATIQUE ET LUMINEUSE DE LA PLUS GRANDE DIFFICULTÉ SENTIMENTALE D’APRÈS-GUERRE

In-16 jésus sur bel alfa bouffant. Couverture de Lébédeff. L’exemplaire broché: 10 francs

Jusqu’à ce jour tous ceux qui ont écrit ou parlé de la crise matrimoniale, après la guerre, se sont bornés à faire entendre des lamentations. Voici un livre plus utile. Par des conseils habiles, l’auteur essaie loyalement d’atténuer cette grande misère sociale. Toutes les difficultés du problème sont étudiées avec précision, d’un regard pénétrant et non sans hardiesse. Toujours avec esprit, dans une forme originale, souple et puissante, Émile Fenouillet initie les jeunes filles d’aujourd’hui à la conquête si malaisée du mari. Il les mène à l’assaut des principales forteresses où se retranche l’égoïsme des hommes; il leur enseigne la plus sûre et la plus rapide tactique pour un assaut victorieux. Combien lui devront le bonheur qu’elles recherchent!

Pour ceux qui ne désirent que la joie de lire un beau livre, ils devront mettre ce livre à côté de l’étonnante «Physiologie du mariage» de Balzac.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 4

Paraîtra en Juin

Les Amoureux Passe-Temps

OU CHOIX DES PLUS GENTILLES ET GAILLARDES INVENTIONS DES XVIe et XVIIe SIÈCLES

depuis Ronsard jusqu’à Théophile colligées sur les manuscrits et les éditions originales par

FERNAND FLEURET

_Un avertissement badin de Fernand Fleuret nous éclaire ainsi sur la véritable portée de cette anthologie de haute saveur_:

«Ce n’est pas absolument dans le dessein de te présenter un Recueil de pièces libres, LECTEUR, que j’ai réuni ces _Amoureux Passe-Temps_ que je pourrais pousser dans le monde comme la Somme de la poésie licencieuse de près d’un siècle...

»Il s’agissait encore de t’instruire en t’amusant, si toutefois tu le veux bien. Je me suis donc mis en cervelle de te montrer l’influence de Ronsard sur les poètes de son temps. Je n’ai pas choisi pour ce faire, le Ronsard pindarique et pétrarquiste, celui que l’on t’enseigna si mal sur les bancs, mais un Ronsard gaulois que tu connais encore moins, sans doute. Ainsi te révèlerai-je du même coup toute une poésie gaillarde et folâtre que tes maîtres n’ont eu cure de t’apprendre parce qu’ils ne la connaissent point...

»Je t’ai mis plus de trente poètes du même siècle, sur lesquels il en est bien vingt qui ont contrefait son langage, qui lui ont dérobé des sujets, des tours, des vers, des expressions: tu jugeras donc que Ronsard avait trouvé le style qui convient à la galanterie, sans quoi personne ne se serait avisé de le lui emprunter pour parler à sa belle... Bref, il fut le révélateur de la poésie badine et son influence est encore vivace chez la plupart des poètes de l’âge suivant, bien que ces derniers, en trahissant leur maître, en le méprisant parfois, aient fait dévier vers le libertinage un genre gracieux, naturel, exempt de vice et de la plus authentique Poésie...

»Tu trouveras dans ces “Recueils” des vers de Malherbe et de ses élèves. Sais-tu que surnommé le “Père Luxure”, il a commis une dizaine de pièces légères, dont cinq sonnets embrasés qui peuvent compter parmi les plus beaux vers de la langue? Sais-tu que ce tyran des mots et des syllabes ordonnait à Racan, alors âgé de trente-cinq ans, de versifier des «friponneries de page», et qu’il en discutait les termes avec lui?».

Un volume de 290 pages in-16 jésus à 1500 exemplaires, c’est-à-dire: