Souvenirs de mon dernier voyage à Paris (1795)
Part 19
«En 1795, je vis la Révolution dévorer encore tout le monde; aujourd'hui, tout le monde à son tour ne paraît occupé qu'à dévorer la Révolution, à ressaisir, de force ou d'adresse, soit quelques lambeaux de ce qu'elle n'a pas détruit, soit quelqu'une des riches dépouilles qu'elle sut conquérir au dedans et au dehors. Ceux qui ne peuvent en arracher du crédit et de la puissance tâchent d'en obtenir du moins de l'argent et du plaisir; et plus d'un ci-devant grand seigneur s'estime encore assez heureux d'en recevoir un morceau de pain, quelquefois même au prix le plus avilissant: car ce n'est qu'en faisant le métier d'espion dans la bonne compagnie, qu'un chevalier de Luxembourg, par exemple, a retrouvé, dit-on, de quoi vivre.
* * * * *
«Je ne crois pas que l'affectation du langage de la morale la plus sévère ait jamais été plus à la mode dans les conversations, ni dans les écrits qui prétendent donner ou saisir le ton du jour. On prêche la dévotion jusque dans les romans; et le conte ou le petit poème d'_Atala_ ne doit certainement la meilleure partie de son prodigieux succès qu'à l'éloquence religieuse du père Aubry.
«Aux fêtes de Pâques, j'ai vu toutes nos merveilleuses et tous nos incroyables courir avec empressement à la messe; et dans une de nos plus grandes paroisses de Paris, à Saint-Roch, c'est la beauté la plus célèbre du moment, Mme Récamier, qui s'était chargée de faire la quête, précédée, comme autrefois les femmes de la cour, par le suisse de l'église avec sa grande hallebarde.
«Il a été sérieusement question de recréer une espèce de hiérarchie ecclésiastique, composée de vingt-quatre évêques et d'un patriarche gallican; de donner par conséquent au culte catholique le caractère d'une institution nationale, et d'assigner des fonds publics à l'entretien de ce culte et de ses ministres. Sans l'horrible attentat du 3 nivôse (24 décembre 1800), peut-être l'exécution de ce projet aurait-elle déjà eu lieu. Mais ce crime des chouans a jeté quelque défaveur sur les partisans les plus purs d'une religion dont ces mêmes chouans avaient osé couvrir la coupable audace de leurs complots.
«Dans l'espèce d'inquiétude que laisse encore une puissance nouvellement établie qui ne repose que sur la tête d'un seul homme, sans présenter aucune autre garantie que le prodige inouï de sa gloire et de sa fortune, comment les plus heureux n'auraient-ils pas un besoin continuel de se distraire? comment les autres ne chercheraient-ils pas, dans un ordre de choses supérieur, les consolations, l'espoir, le repos que ne leur assure point l'ordre actuel?
«La mauvaise humeur des républicains se permet de dire que Bonaparte a mis la tranquillité publique sur sa tête, et la liberté sous ses pieds: rien de plus injuste assurément; car depuis le commencement de la Révolution, il serait impossible de citer une seule époque où la France ait joui de plus de gloire et de prospérité, de plus de repos, d'une liberté plus douce.
«Le contraste qui frappe aujourd'hui le plus fréquemment l'observateur, c'est celui de l'ancien et du nouveau régime, qui ne cessent de se rencontrer, dont l'un tantôt devance l'autre, et tantôt se trouve devancé par lui, mais toujours d'une façon assez bizarre;--de pauvres ci-devant dont, malgré leur humiliation, de nouveaux parvenus affectent de singer le langage et les manières;--de purs citoyens jadis, voulant être traités aujourd'hui de messieurs; et des messieurs d'autrefois, se piquant encore d'être appelés citoyens;--des philosophes devenus minutieusement dévots, et des prêtres devenus philosophes;--partout encore des formes et des formules républicaines, avec une puissance heureusement plus que monarchique;--le luxe d'une cour, et surtout l'appareil imposant d'une cour militaire;--des femmes de généraux ou de fournisseurs vêtues comme des princesses, mais laissant échapper encore de temps en temps des expressions familières à leur première condition. C'est ainsi qu'à la fête donnée par M. de Talleyrand, une de ces dames de nouvelle date, entrant dans la salle à manger, ne put s'empêcher de s'écrier: _Sacré nom de D...., quel souper!_
«--_Ah! madame!_ lui répondit le ministre, qui sait si bien prendre le ton de tout le monde, _croyez-moi, ce n'est pas le Pérou!_
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«J'ai rencontré dans le monde un officier de la suite de M. le comte de Kalitchef, le jour même qu'il avait été présenté au Premier Consul. Ce jeune Russe, plein d'esprit et de naïveté, ravi de tout ce qu'il venait de voir aux Tuileries, ne pouvait se lasser de répéter à tous ceux qui lui parlaient de cette audience: _Mais c'est une cour, je vous assure, absolument une cour!_»
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Le jeune officier avait saisi la situation d'un coup d'œil, et son mot la résume parfaitement. Ce résultat n'était pas pour déplaire à Meister: dans le tableau qu'on vient de lire, on a vu se dessiner ses préférences. Ce n'est pas lui qui aurait dit avec le frère d'André Chénier:
Un Corse a des Français dévoré l'héritage! Élite des héros au combat moissonnés, Martyrs avec la gloire à l'échafaud traînés, Vous tombiez satisfaits dans une autre espérance!
Meister était l'ami de Necker, de Mme de Staël, qui étaient restés fidèles à leur idéal politique de libre discussion; mais il se séparait d'eux sur ce point, et ne demandait que l'ordre et le repos, après les longs troubles dont il avait souffert.
V.
PARIS EN 1804
J'avais eu de la peine à reconnaître en 1801 le Paris que j'avais tâché de décrire dans mon voyage de 1795. Les changements survenus les trois dernières années ne sont pas à beaucoup près aussi frappants.
Le cortège chargé d'annoncer à la capitale de l'empire le plus grand événement historique de ses fastes depuis Charlemagne[147] n'a pas attiré, je crois, plus de curieux que dans notre petite ville l'annonce d'une foire ou d'un nouveau spectacle. Il est vrai que cette mémorable proclamation s'est faite d'une manière assez inattendue, et sans beaucoup de préparatifs. Sur la place du Palais de Justice où il y eut un peu plus de monde rassemblé qu'ailleurs, c'est-à-dire quarante à cinquante personnes, un mauvais plaisant, après la publication du décret, s'avisa de dire aux voisins dont il était entouré: _Vous l'avez entendu, messieurs. Eh bien! Personne ne dit mot? Une fois, deux fois, trois fois, personne n'en veut plus: adjugé!_
[147] Proclamation de l'Empire, 15 prairial an XII (lundi 4 juin 1804).
Cette grande indifférence du peuple de Paris dans cette occasion est au fond beaucoup plus concevable qu'elle ne le paraît d'abord. Toute la nouvelle solennité n'apporte à ses yeux aucun changement réel à l'ordre de choses établi. Il n'a vu ni changement de pouvoir, ni changement de personne.
Napoléon Ier, empereur des Français, n'en aura pas plus de puissance que Napoléon, premier Consul.
Du repos et de la sécurité, voilà plus que jamais la devise et le vœu le plus constant des trois quarts et demi des habitants de l'empire français.
Parmi tous les partis très multipliés qu'enfanta la Révolution, il en est deux qui sont et qui seront encore longtemps d'une opiniâtreté désespérée: ce sont les républicains de système, et les royalistes purs. Mais les premiers, quoique avec plus de ressources et d'audace que les autres, sont en si petit nombre qu'on doit les regarder plutôt comme l'état-major d'un parti que comme un parti réel. Les royalistes purs sont plus nombreux, mais plus faibles.
VI.
PARIS EN 1815
LETTRES DE MADAME DE VANDEUL
La fille de Diderot, Mme de Vandeul, a vécu jusqu'aux premiers temps du règne de Charles X. Quelques semaines avant sa mort, on la voit faire de beaux rêves à propos de ce nouveau roi; elle est pleine d'une espérance qui fait sourire: «Le règne de Charles X promet le bonheur, écrivait-elle le 9 octobre 1824; j'aime à me bercer de l'espérance que mes enfants et petits-enfants ne verront aucun trouble, et que ce prince jouira de la félicité que doit donner à un monarque celle de la nation qu'il gouverne.»
Grâce à la longue correspondance, pleine de confiante intimité, que Mme de Vandeul a soutenue avec Henri Meister[148], qui avait été l'ami de son père, on peut suivre les vicissitudes de son existence à travers les longues années de l'âge mûr et de la vieillesse; on y observe avec intérêt ce qu'était devenu, dans l'âme d'une fille très attachée à la mémoire de son père, et dans un esprit pacifique, rassis, l'héritage intellectuel d'un philosophe exubérant. Elle avait su au moins garder l'équilibre, tandis que tout à côté, tel autre qui, comme elle, était l'enfant d'un des coryphées philosophiques du XVIIIe siècle, l'avait décidément perdu. Stapfer écrivait à Meister le 10 juin 1822: «Chez Mme de Vandeul, toujours parfaite de bonté pour ses amis et d'équité pour leur déraison, on trouve M. d'Holbach, qui ne trouve pas le Roi assez royaliste, ni les Jésuites assez actifs.»
[148] Nous en avons donné quelques extraits dans les _Lettres inédites de Mme de Staël à Henri Meister_, Paris, lib. Hachette, pages 55 à 66, et 190.
Les lettres que nous publions aujourd'hui ont été écrites par Mme de Vandeul au neveu de Meister, Jean-Gaspard Hess, de Zurich, qui vivait à Genève en homme de lettres, et qui a traduit en français quelques ouvrages allemands: _Marie Stuart_, de Schiller, et l'_Histoire universelle_, de Jean de Muller.
Au commencement de l'année 1815, Hess avait fait à Paris un séjour chez Mme de Vandeul, qui avait aimablement accueilli le neveu de son vieil ami.
Dans les mois qui suivirent, elle se plut à s'entretenir avec lui des événements qui bouleversaient l'Europe, et dont le contre-coup troublait sa vie paisible. On a dans ces lettres un coin du tableau de l'invasion de 1815; il est vu par une fenêtre étroite, mais avec un coup d'œil rapide et juste. La fille et le petit-fils de Diderot ont leur vie dérangée, et presque bousculée par l'ennemi; et les arrière-petits-fils du philosophe, dans l'insouciance de leur âge enfantin, demeurent «gais et heureux» au milieu du brouhaha.
Le gendre de Diderot, M. de Vandeul, était à cette date mort depuis quelque temps, laissant à son fils des forges, établies dans le pays de montagnes où l'Aube prend sa source, près de Langres. C'est là que la famille de Vandeul possédait des propriétés où les troupes ennemies avaient passé.
La première de ces lettres a été écrite six semaines avant la bataille de Waterloo; la seconde, six semaines après.
I.
Paris, rue Saint-Lazare, no 57, 5 mai 1815.
Je vous remercie, Monsieur, de votre bon souvenir; vous êtes parti dans une si mauvaise saison, que j'eusse eu de l'inquiétude si je n'eusse su par votre oncle votre arrivée chez vous.
C'était une vraie joie pour moi de voir le neveu d'un ami de mon père, dont je ne cesserai jamais de regretter l'aimable et douce société. C'est perte irréparable et qu'on ne remplace jamais, qu'un ami d'un grand nombre d'années.
Je ne cesse de penser au temps où je le voyais fixé à Paris. J'étais alors plus heureuse, et ce n'était que par la lecture de l'histoire que je me doutais qu'il eût existé des révolutions dans le monde. J'étais loin de soupçonner que toute ma destinée serait bouleversée par celle qui m'a séparée de presque tous ceux auxquels je portais autant d'attachement, que leur amitié pour moi répandait sur ma vie de charme et d'agrément.
Je suis trop vieille, trop faible, mes facultés morales sont trop usées, pour n'être pas accablée des idées de guerre, et des fléaux que la plus juste peut entraîner. Le repos du jour n'existe plus, quand on ne peut calculer sur celui du lendemain.
Vous savez que je ne vis point dans le monde; je ne puis donc rien savoir d'exact sur les affaires politiques. Mais ce n'est pas la paix que je vois dans les journaux.
Je n'ose aller à la campagne; et depuis que j'ai vu des troupes étrangères au milieu de Paris, il me reste une terreur qui me rend tout séjour triste. Je m'en irais dans mes montagnes si, l'année dernière, je n'eusse pas été dévastée par ceux que vous avez laissés passer[149].
[149] Les Suisses avaient laissé les troupes autrichiennes franchir le Rhin sur le pont de Bâle, dans le mois de décembre 1813, filer le long du Jura, et entrer en France par Genève.
A votre âge, on voit un long avenir, et l'on peut jouir des illusions et des charmes de l'espérance; au mien, il ne faudrait que pouvoir cheminer, doucement et paisiblement, vers le dernier asile de repos.
Il faut que vous ayez l'indulgence de vous accommoder de la bonne et franche amitié. Recevez l'expression de ce sentiment, et de l'estime que vous m'avez inspirée, sans que j'ajoute autre compliment, ou formule de politesse.
DIDEROT DE VANDEUL.
II.
Paris, 1er août 1815.
Hélas! Monsieur, il est dans ma destinée de n'échapper depuis trente ans à aucune des époques cruelles de cette terrible et éternelle Révolution. A peine nous aviez-vous quittés, que l'on a fait autour de Paris les plus grands travaux de fortification: cela me remplissait d'effroi.
Je n'essaierai pas de vous peindre la terreur que me faisait éprouver le canon, si près de moi qu'il semblait être dans ma rue, et l'épouvante dont j'étais saisie en pensant à une bataille décisive que l'on attendait chaque matin. Vainqueurs ou vaincus, je voyais Paris perdu, livré à un pillage inévitable; et pour qui a supporté cette idée et les images qu'elle offrait à ma pensée, tout était supportable.
Figurez-vous que j'entendais sans cesse, dans le petit cabinet que j'habite, les tambours et les cris des troupes qui ne cessaient d'arriver par milliers pour la défense de Paris; tous les faubourgs armés et fédérés. On ne saurait trop louer et bénir la garde nationale, pour avoir préservé les habitants de cette immense ville des maux divers qu'ils pouvaient éprouver.
Aussi ne pensais-je absolument à rien: ce genre de terreur, de fièvre violente, absorbait toute autre idée. Mais il en est de ces secousses comme des incendies: hors des flammes, on regarde le lendemain autour de la contrée dévastée, et une tristesse douloureuse vous montre tous les maux qu'il reste à souffrir.
Les souverains n'ont, à mon sens, ni plus de foi, de loyauté et de générosité, que le commun des humains; car après avoir dit et répété de mille manières qu'ils n'en voulaient qu'à l'homme (_Napoléon_), et non à la nation, on devait présumer qu'en effet ils ne se plairaient pas à épuiser, à abîmer, à tâcher d'anéantir toutes les ressources, tous les moyens de bonheur de ce royaume; qu'ils le ménageraient pour le souverain qu'ils ont ramené, et qui doit être désolé en voyant toutes ses provinces la proie de cette inondation. Je croyais qu'aussitôt que l'on serait sûr de la chute de Buonaparte, on ferait rebrousser chemin à ces innombrables colonnes, et qu'on serait satisfait des maux causés par leur arrivée.
Tous les environs de Paris, où l'on s'est battu plusieurs jours, sont abîmés; partout où l'on a pu piller, briser, détruire, on n'y a fait faute. On ne peut se figurer la fureur des Prussiens, encouragés par un chef qui ne veut que la destruction de la France, et que les sollicitations mêmes du Roi n'ont pu arrêter sur rien. Paris est couvert de quatre nations. Les Anglais n'ont commis aucun excès. J'ai quatre militaires dans un hôtel garni; mon fils en a autant, faute de place dans nos logements.
Il n'y a que peu de jours que j'ai reçu des nouvelles de mon pauvre pays: là, comme dans beaucoup de villes, ce n'est pas pour Buonaparte que l'on se bat; c'est tout bonnement contre les troupes étrangères. Beaucoup de pays ne supportent pas de rendre les villes à d'autres qu'au Roi.
On a capitulé à Langres, pour conserver le matériel de guerre. Tout revenu est encore anéanti pour nous, par les réquisitions qui ont tout emporté. Ce qui est effroyable, c'est qu'ils font des demandes et forcent à des contributions en argent, qu'il est impossible de fournir; alors ils pillent, ils prennent tout.
Je tremble que la disette n'arrive à la suite de tant de maux, car tout se dévore pour la nourriture des armées, et je ne vois pas comment grains, bestiaux, enfin toute espèce de denrées, ne s'épuiseront pas. Rien ne peut se régulariser; les municipalités ne savent auquel entendre. Il y a peu de jours, quarante-cinq Prussiens arrivèrent le soir, dans le petit gîte d'un de nos amis, absent avec sa famille; ils battirent la servante, forcèrent cave et armoires; dans une nuit, ils firent un dégât considérable, ayant emporté linge, nippes, etc.
La semaine passée, mon fils me quitta en hâte, ayant avis que quatre Autrichiens étaient avec leurs chevaux dans sa cour, et voulaient coucher dans le logis; il eut bien de la peine, avec argent et discours, de les mener en hôtel garni. Ils arrivent sans billets ni ordre, et se fourrent partout.
Pendant que je vous écris ceci, on vient de me signifier qu'on allait établir des chevaux dans mon écurie: cela est commode à un étranger qui n'a pas assez (_de place_) dans la maison qu'il a vis-à-vis (_de chez moi_).
Encore, si l'on voyait un terme prochain, dans le lointain une lueur du bonheur! Puisse le ciel mettre un terme à tous les maux de cette malheureuse France!
Mourir en repos, et, en fermant les yeux, espérer pour mon fils, pour ses enfants, un sort paisible: je ne puis avoir autre désir. J'ai peu de besoins, nulle fantaisie; je ne souffre réellement que pour la destinée de mon fils; il n'a jamais connu le malaise, les embarras, les tourments de la vie, jusqu'à l'âge de trente-huit ans, époque de la mort de son père. Nous n'avions pas ce qu'on appelle à Paris de la fortune, mais une aisance raisonnable; nulle affaire de spéculation, pas un sou en portefeuille; le tout en fermes et forges.
Revenus, fonds, tout se détruit, se fond chaque jour; depuis le 18 janvier 1813[150], nous n'avons éprouvé qu'angoisses et tourments de toute couleur; sans compter la tristesse que répand sur ma vie le peu d'amis que j'ai conservé.
[150] C'est la date, sans doute, de la mort du vieux M. de Vandeul, le gendre de Diderot.
Comme il faut que les humains s'amusent au sein des orages, j'entends, pendant que je vous écris, les bombes du feu d'artifice de ma rue; une musique guerrière chez le prince d'Orange, qui habite la maison de l'oncle de Buonaparte, à côté de moi. Les spectacles n'ont cessé qu'un seul jour; les boulevards sont couverts de monde; à la vérité, je pense que les étrangers composent partout la foule.
Je reçois une lettre d'un coin de la Normandie: c'est un ami qui est écrasé de Prussiens qui font trembler sa petite ville, et qui veulent _quinze_ cent mille francs, dans un lieu où toutes les fortunes réunies n'en donneraient pas _deux_.
Quatre-vingt mille Autrichiens viennent de passer en Champagne, à côté de la forge de mon fils, où ils n'ont rien laissé en vivres; ils se promènent dans toutes les provinces.
Mon fils est fatigué; Eugénie (_belle-fille de Mme de Vandeul_) est dans l'âge où, n'ayant pas souffert dans le passé, on n'est pas effrayé de l'avenir; et je ne me plais pas à rembrunir son âme. Les trois enfants sont bien portants, gais, heureux.
Vous allez bénir le ciel de la fin de ce papier; que ce griffonnage vous prouve au moins ma confiance dans votre indulgence et votre amitié.
DIDEROT DE VANDEUL.
INDEX DES NOMS CITÉS
Alembert (d'), 2, 172. Angivilliers (d'), 117. Anspach (d'), 15. Archenholz, 214. Aristophane, 127. Artaud, 196. Artois (comte d'), 197. _Atala_, 237. Audibert, 211. Audrein, 105. Augereau, 229, 230. Aulard, 36. Auzou (Mme), 120. Avaux (Mme d'), 98.
Bächtold, 215. Bardoux, 204. Barras, 145, 226, 227. _Bar-sur-Aube_, 52. Barthélemy, 29, 222, 229, 237. Beauharnais (de), 98. Beaumarchais, 131, 157. _Belfort_, 71, 234. Bentabole (Mme), 101. Bernard, 175. Berthet, 17. Besenval (de), 145. Blondin (Mlle), 120. Boissy d'Anglas, 57, 102. Bonaparte, 33, 145, 210, 238, 239, 242, 246, 247. Bonstetten (de), 29. Bouffiers (de), 178. Bouillé (de), 227. Bouillar (Mlle), 120. Boze (Mlle), 119. Brémont, 215. Brienne (de), 188, 195. Brissot, 154. Brunswick (duc de), 43, 210, 212, 213, 214. Buttet (Claude de), 4.
Cabarrus, 94. Calonne (de), 185, 191. Capet (Mlle), 120. Carnot, 29, 32, 162, 218, 222, 226, 229. Carra, 214. Caseaux (de), 196. Catherine II, 2. Cazalès, 102. César, 122, 123. Chamfort, 196, 198. _Champagne_, 249. Charlemagne, 241. Charles (archiduc), 20. Charles X, 243. Chénier (Marie-Joseph), 18, 102 et suiv., 132, 239. Choiseul-Gouffier (de), 199. Clairon (Mlle), 195. Clermont-Tonnerre (de), 102. Cloots, 210. Coigny (de), 179. Condé (prince de), 199. Condorcet (de), 47. Constant (Benjamin), 16, 18, 19, 43, 160, 161, 227. Contades (Mme de), 227. Contat (Mlle), 133. Custine (de), 207, 215. Custine (Mme de), 98.
Danton (Mme), 213. Daunou, 102, 147. David, 100, 120, 133. Davity, 5. Demoustier, 120. Des Garcins (Mme), 133. Diderot, 2, 24, 27, 179. Doucet (Mme), 120. Doulcet de Pontécoulant, 18, 102, 147. Du Bos, 45, 118. Ducancel, 128. Dufort de Cheverny, 179. Dupont de Nemours, 208. Durieux (Mme), 120. Duval d'Éprémesnil, 189, 197.
Éphraïm, 11.
Féronce de Rothenkreuz, 33, 39, 43, 210, 213. Fesch (cardinal), 248. Flammermont, 201. Foi, 196. Fontenay (de), 94. Fontenelle, 176. Forgeret, 128. François Ier, 106, 169.
Galiani, 179. Gatti, 177. Genlis (Mme de), 197. Geoffrin (Mme), 170, 172, 179. Gérard, 120. Gessner, 88. Girodet, 120. Gleim, 210. Gordon, 11. Grégoire (saint), 130. Grétry, 199. Gribeauval (de), 48. Grimm (Melchior), 2, 3. Guiard (Mlle), 120. Guillotin, 200.
Haussonville (d'), 2. Hautefort (Mme d'), 98. Hess, 21, 183, 244. Holbach (d'), 27, 244. Horace, 34, 116.
Ivernois (d'), 116.
Jésus-Christ, 44. Jussieu (de), 90. Kalitchef (de), 239.
Laborey (Mlle), 120. La Bruyère, 166, 168. La Chaussée, 175. Laclos, 214. La Cour (Mlle), 133. La Fayette (de), 201 et suiv., 206, 208. La Fontaine, 67. La Harpe, 98, 103, 104, 105. Lally-Tolendal (de), 102, 197. La Marck (de), 206. Lameth (de), 94. _Langres_, 25, 73, 244, 247. La Réveillère-Lépeaux, 218, 227. La Rive, 133. Launay (de), 145. Lauraguais (de), 12. Laval (de), 204. Laville-Leroux (Mlle), 120. Le Brun (Mme), 120. Le Gendre, 102. Leibnitz, 149. Le Jay (Mme), 195, 207. Le Pays, 5. Lespinasse (Mlle de), 172. Le Tourneur, 226. Liancourt (de), 215. _Ligny-en-Barrois_, 52. _Lille_, 28. Limon (de), 214. Louis (architecte), 133. Louis XIV, 48, 80, 115, 122, 149, 171, 184, 187. Louis XV, 144, 155. Louis XVI, 105, 136, 155, 192, 202, 205, 215, 216. Louis XVIII, 219, 244. Lucain, 67. Lucrèce, 47, 70. _Lunéville_, 72. Luxembourg (de), 237.
Mably (de), 187. Madame (fille de Louis XVI), 197. Mallet-du-Pan, 32, 33. Mandat, 145. Marat, 47, 96. Marie-Antoinette, 11, 197. Maury, 199. Mazarin, 115, 189. Méhul, 128. Meissner, 36. Merlin, 227. Mirabeau, 102, 195, 197, 199, 206, 207. Mirys (Mme), 120. Molé (le comédien), 133. Molé (le comte), 98. Molière, 127. Monciel (de), 215. Montaigne, 69, 174. Montansier (Mlle), 133. Montesquiou (l'abbé de), 102. Montesquiou (le général de), 17, 18, 19. Moreau, 228. Muralt (de), 4.
_Nancy_, 63, 72. Napoléon, 204, 210, 246.--_Voir_ Bonaparte. Narbonne (de), 207, 235. Necker, 16, 27, 87, 184, 189, 191, 192, 194, 195, 197, 199, 205, 240. Necker (Mme), 2, 3, 172, 195. _Normandie_, 249.
Oelsner, 212, 214. Orange (prince d'), 248. Orléans (duc d'), 197, 202, 205, 206, 214.