Souvenirs de la duchesse de Dino publiés par sa petite fille, la Comtesse Jean de Castellane.
Part 18
[78: Le 10 octobre 1806. Voici comment Parquin, qui tenait ce récit de Gaindé, raconte sa mort: «Le prince Louis, avec quelques hussards d'ordonnance, s'efforçait de rallier les fuyards, lorsqu'un maréchal des logis du 10e hussards français, qui s'appelait Gaindé, arriva sur lui, la pointe au corps, lui criant: «Rendez-vous, général, ou vous êtes mort!» Le général, qui n'était autre que le prince Louis, répondit: «Moi me rendre! Jamais!» Et relevant l'arme de Gaindé, il lui porta un coup de sabre qui atteignit le maréchal des logis à la figure; il allait lui en donner un second lorsque Gaindé, ripostant d'un coup de pointe, traversa la poitrine du prince et le jeta en bas de son cheval. Les ordonnances du prince, le voyant en combat singulier avec un soldat français, arrivèrent au galop et ils se seraient infailliblement emparés de Gaindé ou du moins ils l'auraient tué, si un hussard du 10e ne fût arrivé au galop un s'écriant: «Tenez bon, maréchal des logis!» Puis, lâchant un coup de pistolet, il étendit mort un hussard prussien; ce que voyant, les ordonnances du prince disparurent.» (Parquin, _Souvenirs et Campagnes_, p. 61.) Dans le livre _De l'Allemagne_, 1re partie, ch. XVII, madame de Staël a rendu hommage à la mort héroïque du prince Louis. La censure, en 1810, exigea la suppression de cet éloge.]
[79: 14 octobre 1806.]
[80: Ville forte de 16 000 habitants, située au confluent de la Warthe et de l'Oder. Le roi et la reine de Prusse traversèrent Küstrin le 26 octobre. Le général d'Insgersleben, qui commandait la place, jura à son souverain en fuite de résister jusqu'à la mort. Trois jours après, voyant venir l'avant-garde du maréchal Davout, il invita les Français à prendre possession de la forteresse.]
[81: Au N.-E. de Berlin, dans la direction de Stettin. Le 29 octobre, la place de Stettin, défendue par une garnison de six mille hommes et cent soixante canons, capitula sans combat devant une brigade de cavalerie légère commandée par le général Lassalle.]
[82: Dans la Poméranie orientale. Stargard est située sur l'Inha, affluent de l'Oder.]
[83: L'abbé Edgeworth, qui avait assisté Louis XVI à ses derniers moments, mourut à Mittau le 22 mai 1807, des suites de la fièvre typhoïde qu'il avait contractée en soignant les prisonniers français.]
[84: Daniel Stern (madame d'Agoult) fait de la duchesse d'Angoulême le portrait suivant (1827):
«Madame Royale, duchesse d'Angoulême, qui portait, malgré sa maturité--elle avait alors quarante-six ans--depuis l'avènement de son beau-père, le titre juvénile de Dauphine, n'était pas douée des agréments d'esprit et des manières qui avaient rendu si attrayants l'entretien et la familiarité de Marie-Antoinette. Elle n'y prétendait pas, loin de là. Quelque chose en elle protestait contre ses grâces imprudentes auxquelles certaines gens, parmi les royalistes, imputaient les malheurs de la Révolution. Marie-Thérèse de France, au moment de son mariage--à Mittau, le 10 juin 1799--avec son cousin germain, Louis-Antoine, duc d'Angoulême, avait une noblesse de traits, un éclat de carnation et de chevelure qui rappelait, disait-on, l'éblouissante beauté de sa mère. J'ai porté longtemps en bague une petite miniature qu'elle avait donnée, à Hartwell, à la vicomtesse d'Agoult; on l'y voit blonde et blanche, avec des yeux bleus très doux. Mais peu à peu, en prenant de l'âge, ce qu'elle tenait de son père s'était accentué: la taille épaisse, le nez busqué, la voix rauque, la parole brève, l'abord malgracieux. Dans les adversités d'un destin toujours contraire, sous la perpétuelle menace d'un avenir toujours sombre, dans la prison, dans la proscription, Madame Royale s'était cuirassée d'airain. Sa volonté, toujours debout, refoulait incessamment, comme une faiblesse indigne de la fille des rois, la sensibilité naturelle à son âme profonde. Simple et droite, courageuse et généreuse comme il a été donné de l'être à peu de femmes; intrépide dans les résolutions les plus hardies; ne cherchant, ne voulant, ne connaissant que le devoir; fidèle en amitié, capable des plus grands sacrifices, charitable sans mesure et sans fin; malgré tant de vertus, Marie-Thérèse ne sut pas se rendre aimable; elle ne fut point aimée des Français, comme elle eût mérité de l'être. La France, qu'elle chérissait avec une tendresse douloureuse, ne lui pardonna jamais d'être triste. Ni son mari qui se pliait à sa supériorité, ni le roi son oncle, ni le roi son beau-père qui lui rendaient hommage, ni les serviteurs dévoués qui l'admiraient, ne pénétrèrent, je le crois, le secret passionné de cette âme héroïque. La maternité lui manqua. Elle vécut et mourut connue de Dieu seul.» (Mes Souvenirs, p. 274).]
[85: Il s'agit ici du second séjour de Louis XVIII à Mittau, qui dura de janvier 1803 à septembre 1807. Il y avait déjà séjourné de mars 1798 à janvier 1801. Sur l'ordre de Paul Ier, le comte de Provence, avec sa petite cour, avait quitté la capitale du duché de Courlande et s'était rendu à Varsovie. L'empereur Alexandre Ier le rappela à Mittau et lui servit, au début, une pension d'environ 200 000 roubles. Voir l'ouvrage très documenté de M. Ernest Daudet, _Histoire de l'Émigration_, t. III.]
[86: Le prince de Talleyrand, dans ses _Mémoires_, fait de son entrevue avec Louis XVIII, à Compiègne, le récit suivant: «Il était dans son cabinet. M. de Duras m'y conduisit. Le roi, en me voyant, me tendit la main et de la manière la plus aimable et même la plus affectueuse me dit:--Je suis bien aise de vous voir: nos maisons datent de la même époque. Mes ancêtres ont été les plus habiles: si les vôtres l'avaient été plus que les miens, vous me diriez aujourd'hui: Prenez une chaise, approchez-vous de moi, parlons de nos affaires; aujourd'hui c'est moi qui vous dit: Asseyez-vous et causons... Je fis bientôt après le plaisir à l'archevêque de Reims, mon oncle, de lui rapporter les paroles du roi, obligeantes pour toute notre famille... Je rendis compte au roi de l'état où il trouverait les choses. Cette première conversation fut fort longue (t. II, p. 109).]
[87: Voici ce qu'écrit sur ce sujet et à cette époque, l'auteur de ces _Mémoires_:
Mittau, le 11 février 1807.
«Ma bonne Jeanne, j'ai appris avec grand plaisir par tes lettres à maman que tu te portes bien. Tu n'as certainement pas cru que nous célébrerions le jour de naissance de notre chère maman dans Mittau; nous avons été tout à fait tristes ce jour-là, d'abord par mille souvenirs et parce que tu n'y étais pas... J'ai vu la duchesse d'Angoulême qui est bien aimable et que je trouve très belle; Louis XVIII est aussi aimable. La Duchesse m'a demandé laquelle de mes soeurs j'aimais le plus et j'ai dit que c'était toi parce que je te connaissais le plus et parce que tu étais bien bonne. Je te prie d'embrasser Pauline et de faire mes compliments à la Maynard et à la Costantini; dis à cette dernière que je fais tous les jours mes gammes et mes passages. Adieu, chère et bonne Jeanne, je t'embrasse de tout mon coeur et t'aime comme je désire être aimée de toi.
«TA DOROTHÉE.»
(_Lettre inédite_.) ]
[88: Le baron Hue, commissionnaire général de la maison du roi, donne la liste des émigrés qui étaient auprès de Louis XVIII durant son second séjour à Mittau. C'étaient: le duc de Gramont, le duc de Piennes, le duc d'Havré, le comte de la Chapelle, le marquis de Bonnay, le comte de Damas, la comtesse de Narbonne, la comtesse de Choisy, la duchesse du Sérent, le comte et la comtesse de Damas-Crux, l'abbé Edgeworth, l'abbé Fleuriel, l'abbé Destournelles, M. Le Fèvre, etc.
«La suite de Sa Majesté comprenait alors 43 personnes tant maîtres que domestiques.» (_Souvenirs du baron Hue_, 1 vol. in-8°, 1904, p. 252)]
[89: Mademoiselle Henriette de Choisy était fille de ce marquis de Choisy qui, se trouvant à Vienne au moment du premier partage de la Pologne, se mit en tête de revendiquer une part pour la France. Avec 1200 insurgés polonais il s'empara de Cracovie, en prit possession au nom du roi Louis XV qui désavoua Choisy (février 1772). Sans tenir compte du désaveu du roi, il garda avec lui 600 Polonais et 25 gentilshommes français et avec 4 canons en fer soutint le siège durant tout le mois de mars contre 18.000 Russes. Mademoiselle de Choisy était émigrée à Vienne quand, sur la recommandation du cardinal de la Fare, Madame Royale qui allait gagner Mittau pour épouser le duc d'Angoulême se l'attacha comme dame d'honneur. (1799) (_Souvenirs de la baronne du Montet_, 1 vol. in-8°, pp. 24-29)]
[90: Félicité de Montmorency, duchesse de Sérent, ancienne dame d'atours de Madame Élisabeth. Le duc de Sérent était ancien gouverneur des ducs d'Angoulême et de Berri.]
[91: La comtesse de Damas-Crux était fille de la duchesse de Sérent. Le comte de Damas (1738-1829) dirigeait avec d'Avaray la maison militaire de Monsieur, Comte de Provence.]
[92: La comtesse de Narbonne, dame d'honneur de la duchesse d'Angoulême, était femme du comte, puis duc de Narbonne-Pelet et, comme madame de Damas, fille de la duchesse de Sérent.]
[93: Marie-Joséphine Louise de Savoie.]
[94: Mademoiselle de Choisy épousa en 1815 seulement le vicomte d'Agoult, premier écuyer de la duchesse d'Angoulême, et en cette qualité devint dame d'atours de Madame la Dauphine. (Daniel Stern, _Souvenirs_, pp. 269 et suiv.)]
[95: Alexandre de Talleyrand, né en 1736, archevêque-duc de Reims (1777). Il avait été député aux États-Généraux (1789). Ayant refusé sa démission en 1801, il fut appelé par Louis XVIII à Mittau en 1803, devint grand aumônier en 1808, pair de France en 1814, cardinal en 1817 et mourut archevêque de Paris en 1821. Il était l'oncle paternel du prince de Talleyrand.]
[96: Le duc de Berry avait dû épouser aussi, en 1798, Anna Tyszkiewicz, devenue plus tard comtesse Potocka. «Était-ce, dit-elle dans ses _Mémoires_, à la suite d'un projet éphémère ou simplement pour se rendre agréable et payer de cette manière la réception royale qu'on avait faite à son maître (Louis XVIII), je ne sais, mais avant de quitter Bialystok, le comte d'Avaray proposa à ma mère de me marier au duc de Berry...» (p. 21). Le duc de Berry épousa, en 1816, Marie-Caroline princesse des Deux-Siciles.]
[97: Juillet 1807.]
[98: Le prince Louis-Ferdinand.]
[99: La reine Louise mourut le 19 juillet 1810; elle était née le 10 mars 1776.]
[100: Du 6 au 9 juillet 1807. Voir sur le voyage de la reine Louise à Tilsit et son entrevue avec Napoléon l'ouvrage de M. Albert Vandal, _Napoléon et Alexandre Ier; de Tilsit à Erfurt_, 1 vol. in-8°, 1891, pp. 94-99.]
[101: Vers ce même temps (été de 1808) la reine Louise écrit à madame de Berg: «Je souffre infiniment. Ah! trop souvent des reproches tombent sur moi, sur moi qui porte, comme Atlas le monde, un fardeau de souffrances. Que ne puis-je répondre? Je pleure et j'étouffe mes larmes. Il y eut un an avant-hier que j'eus ma première entrevue avec Napoléon, hier il y eut un an que j'eus ma dernière avec lui. Ah! quel souvenir! Ce que j'ai souffert là, je l'ai souffert beaucoup plus pour d'autres que pour moi-même. Je pleurais, je priais au nom de l'amour et de l'humanité, au nom de notre malheur et des lois qui gouvernent le monde. Et je n'étais qu'une femme, un être faible et pourtant supérieur à cet adversaire, si pauvre de coeur.» (_Briefe der Königin Luise von Preussen_, recueillies par A. Martin, 1 vol., Berlin, 1887, lettre XXIX.)]
[102: Vandal, pp. 94.]
[103: La beauté de la reine Louise produisit une grande impression sur tous ceux qui l'approchèrent, et de Goethe à madame Vigée-Lebrun la liste est longue de ceux qui parlent d'elle avec un enthousiasme lyrique, comme d'une «apparition céleste». «Il y avait dans le son de sa voix, dit le général de Ségur, une douceur si harmonieuse, dans ses paroles une séduction si aimable et si touchante, dans son attitude tant de charme et de majesté que, interdit pendant quelques instants, je me crus en présence d'une de ces apparitions dont les récits des temps fabuleux nous ont retracé l'image.» (_Histoire et Mémoires_, t. II, p. 210) C'est à peine si l'on trouve quelques hérétiques du culte de cette beauté. Cependant quelques-uns osaient critiquer chez la reine Louise la longueur de ses pieds ou de ses mains et ils se trouvent, sur ce point, d'accord avec l'auteur de ces _Mémoires_. D'autres allaient jusqu'à affirmer que la banderole de gaze légère qui flottait toujours autour de son cou, avec une grâce que la peinture a illustrée, cachait ingénieusement des cicatrices. (Arnim, _Vertraute Geschichte_, t. III, pp. 251-259.)]
[104: Pendant la guerre de l'Indépendance (_Befreiungskrieg_).]
[105: Le portrait le plus populaire de la reine Louise est celui de Richter (musée de Cologne). On en voit des reproductions exposées aux vitrines de presque toutes les boutiques d'Allemagne. Au musée de Hohenzollern à Berlin il y a un autre portrait, moins célèbre mais fort beau, de la reine Louise représentée en amazone.]
[106: L'histoire a conservé le nom de cette jeune fille; elle s'appelait Ferdinande von Schmettau. Née en 1798, elle est morte en 1815. Le sacrifice qu'elle accomplit en 1813 est, encore aujourd'hui, mentionné dans les manuels d'histoire à l'usage des jeunes filles. En 1863, on en fêta le cinquantenaire.]
[107: Le 3 août 1814. L'ordre de Louise fut créé dans le but de récompenser cent dames ou demoiselles qui, pendant la «guerre d'indépendance», s'étaient distinguées par leur patriotisme. Les insignes sont la croix de Prusse avec l'initiale L au milieu et ruban blanc avec large liséré noir de chaque côté.]
[109: Belle église des XIII-XVe siècles. Elle se trouve dans le vieux Berlin, Poststrasse.]
[110: Voir A. Lévy, _Napoléon et la Paix_, 1 vol. in-8°, 1902, pp. 621 et suiv.]
[111: Voir Appendice VI.]
[112: L'empereur Alexandre quitta Erfurt le 14 octobre 1808. Il y était depuis le 28 septembre. Sur l'entrevue d'Erfurt, voir _Mémoires du prince de Talleyrand_, t. I, pp. 391 et suiv.]
[113: Le marquis de Caulaincourt (1773-1827) avait suivi la carrière des armes. Envoyé à Saint-Pétersbourg à l'avènement d'Alexandre (1801), il fut à son retour nommé aide de camp de Bonaparte, premier consul. Grand écuyer de l'empereur (1804), général de division, duc de Vicence (1805), il fut de nouveau envoyé à Saint-Pétersbourg comme ambassadeur, en 1807. Le duc de Vicence jouit d'un grand crédit auprès de l'empereur de Russie, qu'il accompagna à Erfurt. Rappelé en 1811, il fit la campagne de Russie et rentra à Paris avec Napoléon. Sénateur, ministre des affaires étrangères, il représenta la France aux conférences de Prague, de Francfort et de Châtillon. Il fut de nouveau ministre des affaires étrangères pendant les Cent-Jours. En maints passages de ses _Mémoires_ le prince de Talleyrand parle de M. de Caulaincourt avec grand éloge; et notamment à propos de l'entrevue d'Erfurt il écrit: «... Ma liaison personnelle avec M. de Caulaincourt, aux qualités duquel il faudra bien que l'on rende un jour justice, tous ces motifs firent surmonter à l'empereur l'embarras dans lequel il s'était mis à mon égard, en me reprochant violemment le blâme que j'avais exprimé à l'occasion de son entreprise sur l'Espagne.» (t. I, p. 401. et pp. 438 et suiv.)]
[114: Alexandre-Edmond de Talleyrand-Périgord, né le 2 août 1787, depuis duc de Dino, et plus tard duc de Talleyrand-Périgord, mort en 1873 à Florence.]
[115: Les troupes françaises quittèrent Berlin le 3 décembre 1808.]
[116: En 1817, il épousa la princesse Sapicha.]
[117: Voir Appendice VII.]
[118: Alexandrine de Damas, fille de Joseph de Damas, marquis d'Anligny, mariée en 1751 à Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord (1734-1788), lieutenant général, menin du Dauphin, morte en 1809.]
[119: Mélanie de Talleyrand-Périgord, née en 1785; elle épousa en 1803 Just, comte de Noailles, plus tard duc de Poix, qui fut chambellan de l'empereur. Elle mourut en 1863.]
[120: Extrait des _Mémoires_ de Manstein.]
[121: Anna Ivanovna, morte le 28 octobre.]