Souvenirs De La Duchesse De Dino Publies Par Sa Petite Fille La

Chapter 17

Chapter 173,569 wordsPublic domain

[28: Les monnaies qui ont été frappées sous son gouvernement sont des _Sechser_, des _Duttchen_ ou _marks_, des _Ferdinge_ de billon, des _Schilling_ et enfin des ducats au même titre que ceux de Hollande. En fait de double ducat, il n'en existe qu'un exemplaire, peut-être une épreuve; de même celui d'un _Tympf_ à trois _Sechser_, en billon, est conservé comme une rareté. Le duc n'a fait frapper que deux médailles, toutes deux en l'honneur de l'impératrice Catherine II (Kruse, t. II, p. 174).]

[29: Lors du dernier partage de la Pologne, en 1795, la Russie annexa la Courlande. Le duc Pierre abdiqua moyennant une pension de vingt-cinq mille ducats, un douaire pour sa femme, et un prix d'achat de deux millions de roubles (Bilbassof, _la Réunion de la Courlande_, dans _Antiquité russe_, janvier 1895), et dans _Kruse_, t. II, appendice: «Acte de renonciation de Son Altesse le duc de Courlande et de Semgallen, aux droits qui lui appartenaient comme duc régnant.»]

[30: Au château de Nachod.]

[31: Au château de Löbikau, en Saxe-Altenburg.]

[32: Sagan avait appartenu à Wallenstein. À sa mort (1634), le duché devint la propriété des princes de Lobkowitz. Le prince Ferdinand de Lobkowitz mourut en 1784, laissant un fils mineur. C'est aux tuteurs du jeune prince que le duc Pierre de Courlande acheta Sagan en 1786, pour un million de florins. Frédéric II était très désireux de voir le duc s'établir en Allemagne et pour faciliter cette acquisition il changea le fief masculin en fief féminin, parce que le duc de Courlande n'avait pas d'héritier mâle. À la mort du duc, Sagan fut administré par la duchesse de 1800 à 1805. La princesse Wilhelmine en hérita. À sa mort (1839) le duché passa à la princesse Pauline; elle le céda en 1844 à la princesse Dorothée, duchesse de Dino, qui prit alors le titre de duchesse de Sagan (Leipelt, _Geschichte der Stadt und des Herzogthums Sagan_, 1 vol. in-8° 1853, p. 167 et passim).]

[33: Le Bober, affluent de l'Oder, sujet à des crues rapides. L'inondation de 1804 est restée particulièrement fameuse; elle causa des désastres considérables (Leipelt, 170).]

[34: Leipelt, pp. 176-177. Et _Katalog der gemälde und sculpturen im herzoglichen Schlosse zü Sagan_ (1855).]

[35: Frédéric-Guillaume II mourut le 16 novembre 1797, laissant en effet les finances en pleine détresse. La dette s'élevait à plus de 40 millions de thalers.]

[36: Leipelt, p. 168.]

[37: Les princesses de Courlande brillèrent d'un vif éclat aux fêtes et réceptions du Congrès de Vienne où trois d'entre elles se trouvaient à des titres divers. Le comte A. de la Garde-Chambonnas, hôte du prince de Ligne pendant le Congrès, en parle dans ses _Souvenirs_, avec enthousiasme: «La princesse de Courlande, cette belle duchesse de Sagan (Wilhelmine), passionnée pour tout ce qui présente de l'héroïsme et de la grandeur; son extrême beauté n'est que le moindre de ses agréments. Sa soeur, la comtesse Edmond de Périgord (Dorothée), dont la démarche, les gestes, l'attitude, le son de sa voix forme un ensemble qui offre je ne sais quoi d'enchanteur. Elle a sur sa figure et dans toute sa personne ce charme irrésistible sans lequel la beauté la plus parfaite est sans pouvoir. C'est une fleur qui semble ignorer le parfum qu'elle exhale. Enfin la dernière des trois grâces de Courlande (duchesse d'Acerenza) qui réunit en elle tout ce que nous admirons dans les deux autres (_Souvenirs du Congrès de Vienne_, publiés par le comte Fleury, in-8°, 1901, p. 147).]

[38: La guerre de 1806 fut particulièrement ruineuse pour le duché de Sagan. Pendant les guerres de l'Empire la ville fut plusieurs fois pillée. La guerre de 1813 à 1815 coûta à la ville seule soixante-cinq mille thalers (Leipelt, p. 173).]

[39: Louis-Ferdinand, prince de Prusse, neveu du Grand Frédéric, né en 1772, fut tué à Saalfeld dans un combat d'avant-garde (octobre 1806). Héros très populaire en Allemagne, von der Goltz l'appelle un «météore lumineux au ciel des astres militaires». Les Mémoires du temps sont riches de renseignements à son sujet. Voir notamment: _Anekdoten und Charakterzüge aus dem Leben des Prinzen Ludwig Ferdinand von Preussen_. Le livre est: «Allen Deutschen Gevidmet», dédié à tous les Allemands;--_Galerie von Bildnissen aus Rahels Umgang und Briefwechsel_, t. I, p. 239-300;--_Matériaux pour servir à l'histoire des années 1803, 1806 et 1807, Paris, 1808_ (ouvrage attribué à Lombard, conseiller intime de Frédéric-Guillaume III);--Arnim, _Vertraute Geschichte III_, p. 282-291;--Madame de Staël, _Dix années d'exil_, édit. Paul Gautier, Paris, 1904, passim;--Clausewitz, dans ses _Notes sur la Prusse dans sa grande catastrophe de 1806_, fait du prince un portrait très pénétrant. Voir appendice II.]

[40: Elle avait épousé le prince Antoine Radziwill (1775-1839).]

[41: Frédéric Guillaume III (1797-1840).]

[42: Le prince Henri de Prusse était frère du Grand Frédéric. Né en 1720, il mourut en 1802.]

[43: Sur l'attitude de la Prusse à l'égard de la France en 1806 et sur l'état des esprits à Berlin après la signature du traité de Paris (25 février 1806), imposé à la Prusse par Napoléon, voir A. Lévy, _Napoléon et la Paix_, 1 vol. in-8°, Paris, 1902.]

[44: Le roi Frédéric-Guillaume III.]

[45: Ministre des affaires étrangères du roi de Prusse de 1793 à 1804. Il passa le portefeuille au baron de Hardenberg et fut, en 1805, choisi par le roi pour porter à Napoléon la déclaration arrêtée avec la Russie par la convention de Potsdam (3 novembre). On l'accusait d'être partisan de la politique napoléonienne. «La politique de la Prusse, dit Clausevitz, de la paix de Bâle à la catastrophe de 1806, porte le caractère de la faiblesse, de la pusillanimité, de l'insouciance et souvent d'une habileté peu digne, traits qui étaient bien à la hauteur du caractère du comte Haugvitz. Le comte Haugvitz aurait été homme à se livrer entièrement à la France et à faire de la Prusse une satrapie française...» (_Notes sur la Prusse_, p. 49). Et cependant dans cette même année 1806, Haugvitz disait au chevalier de Gentz: «S'il a jamais existé une puissance que nous avons eu l'intention de tromper, c'est la France...» (Comte de Sarden, _Histoire des traités de paix_, IX, 75-76. Ms. du chevalier de Gentz). Sa mission commencée à Vienne n'étant pas terminée, Haugvitz avait suivi l'empereur à Paris et c'est là qu'il avait accepté le fameux traité. Le parti de la guerre à la tête duquel se trouvaient la reine Louise et le prince Louis-Ferdinand le lui reprochait violemment. Dans les jours d'effervescence qui précédèrent la rupture des relations diplomatiques, les officiers prussiens s'en allaient aiguiser leur sabre sur les marches de son escalier.]

[46: Sur le prince Louis-Ferdinand et Pauline Wiesel, _Briefe des Prinzen L. F. von Preussen an Pauline Wiesel_, Leipzig, 1865. Introduction de 50 pages. Le volume contient 12 lettres du prince à Pauline et une lettre à Henriette Fromm; il contient en outre des lettres de A. de Humboldt, de Rahel Varnhagen, de Gentz à Pauline Wiesel et trois lettres de Pauline en français, datées de Saint-Germain-en-Laye (4 août 1838 et 14 avril 1848), et de Paris (22 mars 1848); voir aussi Gentz _Schriften_ édités par Schlesier, et Karl Hillebrand, Revue des Deux Mondes, 1er mai 1870.

Le prince Louis eut deux enfants d'Henriette Fromm, un fils et une fille, qui furent anoblis en 1810, sous le nom de Wildenbruch.]

[47: Le mariage de la princesse Wilhelmine eut lieu le 23 juin 1800, celui de la princesse Pauline le 26 avril 1800. La princesse Jeanne ne se maria que l'année suivante, le 18 mars 1801 (Leipelt, p. 170).]

[48: La reine Caroline, soeur de Marie-Antoinette.]

[49: Gustave III, assassiné en 1792 (mars), laissa un fils mineur qui monta sur le trône sous le nom de Gustave-Adolphe IV. Une régence était nécessaire; elle fut confiée au duc de Sudermanie. Lors de la révolution de 1809, Gustave IV fut banni du royaume et le duc de Sudermanie élu roi par la diète, sous le nom de Charles XIII.]

[50: Le baron d'Armfeld (1757-1814), favori du roi de Suède Gustave III, qui le chargea de nombreuses négociations et missions politiques. Après la mort de Gustave III, assassiné en 1792, il eut avec le duc de Sudermanie d'inextricables démêlés, fut accusé du trahison, condamné à mort par contumace. Pendant tout le temps que dura sa disgrâce il séjourna en Allemagne et surtout à Berlin. Gustave-Adolphe IV, à son avènement, lui rendit biens et dignités et le combla de faveurs.]

[51: Le prince Henri Lubomirski.]

[52: La Constitution du 3 mai 1791.]

[53: Voir Appendice III].

[54: Voir Appendice IV.]

[55: Né à Hambourg en 1747, il fut appelé à Berlin par Frédéric II et nommé membre de l'Académie des sciences. Il mourut en 1826. La _loi de Bode_ donne les distances des planètes au soleil.]

[56: Il aida la duchesse de Courlande à administrer Sagan de 1800 à 1805, c'est-à-dire depuis la mort du duc Pierre jusqu'au moment où la princesse Wilhelmine prit en main l'administration du duché. C'est ce même M. de Goeckingk qui présenta à la duchesse de Courlande Henriette Herz, femme célèbre dans la société berlinoise de cette époque; poète à ses heures, ses «Chansons de deux amoureux» eurent alors un certain succès (Henriette Herz, _Ihr Leben und ihre Erinnerungen_, Berlin, 1850, pp. 186 et 189).]

[57: Soeur du prince Louis-Ferdinand, mariée en 1798 au prince Antoine Radziwill, duc d'Olyka et de Nieswiez. Elle mourut en 1836. Elle était la marraine de la princesse Dorothée et c'est sous les auspices de ce souvenir que fut conclu à Sagan, en 1857, le mariage de mademoiselle Marie de Castellane, petite-fille et filleule de la duchesse de Sagan, avec le petit-fils de la princesse Louise de Prusse, le prince Antoine Radziwill.]

[58: Il régna plus tard sous le nom de Frédéric-Guillaume IV (1840-1861).]

[59: Né en 1781, mort en 1846. Il était le troisième fils de Frédéric-Guillaume II. En 1806 il commandait une brigade d'infanterie. En 1845, il eut le major de Moltke comme aide de camp.]

[60: Le prince Auguste de Prusse était frère du prince Louis-Ferdinand. Il fut fait prisonnier au combat de Prentzlow, le 6 octobre 1806, par le vicomte de Reiset et conduit en France comme prisonnier d'État (_Souvenirs du Vicomte de Reiset_, p. 226). Sur le séjour du prince Auguste de Prusse au château de Coppet et sur son projet de mariage avec madame Récamier en 1807, voir le livre très documenté de E. Herriot, _Madame Récamier et ses amis_, Paris, in-8°, 1904, t. 1, pp. 171 et suiv.]

[61: Il s'agit ici de Guillaume de Humboldt et non d'Alexandre, son frère. Guillaume de Humboldt (1767-1835) représente au plus haut degré le type de l'homme très cultivé (_hochgebildeter Mann_) qui, avec un grand fonds d'instruction première, a su s'assimiler toutes les idées de son temps. Il fonda l'Université de Berlin (1810) et fut ministre plénipotentiaire de la Prusse au Congrès de Vienne. C'est là qu'il reverra la princesse Dorothée de Courlande, devenue duchesse de Dino, qui accompagna le prince Talleyrand, son oncle, au Congrès. L'Académie royale de Berlin vient de publier une édition de ses oeuvres complètes qui ne compte pas moins de 15 volumes in-8°. Si les écrits philosophiques de Guillaume de Humboldt n'ont guère franchi les limites du monde savant, ses écrits politiques (_Politische Denkschriften_, t. X-XII, formant 4 vol. de l'édition citée) ont exercé une profonde influence sur la formation de l'Allemagne contemporaine. Une oeuvre d'un autre genre, mais célèbre en Allemagne, nous donne une idée de ce qu'il devait être dans ses relations du monde. Ce sont ses _Briefe an eine Freundin_ qui contiennent toute une philosophie du bonheur puisé dans le parfait équilibre de l'âme. Les _Lettres à une amie_ sont adressées à Charlotte Diede, personne d'une grande beauté, qu'il connut aux eaux de Pyrmont au temps où il était étudiant, dont il fut très amoureux pendant trois jours et à qui il écrivit régulièrement jusqu'à la fin de sa vie. Et c'est en vain qu'on chercherait dans cette correspondance intime un mot de nature à compromettre la mémoire d'un philosophe.]

[62: Jean-Pierre-Frédéric Ancillon (1767-1837) était issu d'une ancienne famille de Metz, émigrée en Prusse après la révocation de l'Édit de Nantes. Il avait fait un assez long séjour à Paris pour y achever ses études. À Berlin, il exerçait les fonctions de pasteur; prédicateur très éloquent, il était lié d'amitié avec les plus illustres de ses contemporains. Plus tard, et quoique immigré, il devint président du Conseil des ministres de Prusse (1831). Son _Tableau des révolutions du système politique de l'Europe depuis la fin du XVe siècle_ (Berlin, 1803-1805), ouvrage aujourd'hui bien oublié, eut alors un grand succès et le plaça au premier rang des historiens de son temps.]

[63: Sur la société de Berlin à cette époque, on peut consulter les _Souvenirs_ de Henriette Herz et de Rahel Varnhagen, déjà cités; les _Tagebücher_ de Varnhagen (14 vol., 1866-1870, Leipzig); Geiger; _Berlin 1688-1840_; _Geschichte des geistigen Lebens der preussischen Hauptstad_, Berlin, 1895, t. II, pp. 186-206: _Gesellschaften und Clubs_; K. Hillebrand, _la Société de Berlin_, de 1789 à 1815, _Revue des Deux Mondes_, 1er mars 1870. Voici ce qu'il dit en particulier de la maison de la duchesse de Courlande, d'après les Mémoires de Henriette Herz: «La duchesse de Courlande... était une des premières grandes dames chrétiennes de Berlin, qui réagit contre la séparation des classes, déjà un peu effacée parmi les hommes et qui osa disputer aux riches Juives (mesdames de Grotthuis et d'Eybenberg, filles du banquier Cohen, et surtout Henriette Herz, la Récamier allemande, et Rahel Levin, mariée à Varnhagen) le droit d'accueillir et de patronner le talent. Son exemple fut bientôt suivi et l'aristocratie prussienne mit autant d'amour-propre à se distinguer par l'esprit et par la culture de l'esprit que naguère elle en avait mis à étudier la science héraldique. Le salon de madame de Courlande réunissait toutes les classes de la société et les distinctions religieuses y étaient entièrement inconnues. Juifs et chrétiens, savants et grands seigneurs, grandes dames et comédiennes, tout cela s'y rencontrait, s'y confondait, car la duchesse s'attachait à placer ses hôtes à une douzaine de petites tables séparées où il fallait bien que les grandes dames fissent bonne mine aux convives roturières avec lesquelles l'habile maîtresse de maison savait les mêler. Cet exemple fut contagieux et eut d'excellents résultats pour le rapprochement des classes. C'est dans cette maison que se rencontrèrent Rahel et le prince Louis-Ferdinand, madame de Staël et Auguste-Guillaume de Schlegel, qui avait remplacé son frère à Berlin, la princesse de Radziwill, soeur du prince Louis-Ferdinand, et Jean de Müller, le célèbre historien, madame de Genlis et le comte de Tilly, ami de Mirabeau, Genelli, le peintre, et Gualtieri, l'humoriste, Frédéric de Gentz, la plus puissante plume de publiciste que l'Allemagne ait jamais eue, et Guillaume de Humboldt, le diplomate philosophe; en un mot, tout ce que Berlin comptait de distingué par l'esprit.--Il fallait, ajoute Henriette Herz, l'indépendance, l'énergie, l'esprit et le tact de la duchesse pour ne pas échouer dans une pareille entreprise... C'est dans la maison de la duchesse de Courlande que madame de Staël fit choix d'un petit nombre d'amis qui devinrent ensuite ses familiers à elle: _Erinnerungen_, cap. xv (_Die Herzogin Dorothea von Kurland und ihr Haus_. pp. 186-195).]

[64: Devrient, dans son _Histoire de l'art dramatique en Allemagne_, présente madame Unzelmann comme une actrice de génie, une femme du monde accomplie, un modèle de grâce. (_Geschichte der deutschen Schauspielkunst_, 3 vol. in-12, 1848, Leipzig, t. III, p. 275.)]

[65: Jean de Müller (1752-1809), Suisse d'origine, fut d'abord conseiller aulique à Vienne; en 1804, il vint à Berlin en qualité d'historiographe du roi de Prusse. En 1807, Napoléon le fit nommer, par le roi Jérôme, ministre secrétaire d'État du royaume de Westphalie. L'oeuvre principale de Jean de Müller est l'_Histoire de la Confédération suisse_, qu'il laissa inachevée. Ses oeuvres complètes (40 vol., 1831-1835) comprennent plus de 10 volumes de _Lettres_. C'est Jean de Müller qui rédigea le mémoire fameux que le prince Louis-Ferdinand, les frères du roi et un certain nombre de personnages politiques signèrent et remirent au roi, le 2 septembre 1806, pour le déterminer à renvoyer le ministre Haugvitz, les conseillers de cabinet Beyme et Lombard et à se déclarer contre la France. (Ce mémoire est reproduit en entier dans Pertz, _Das Leben der Ministers Freiherrn v. Stein._ 6 vol. Berlin, 1849-1855.)]

[66: Madame de Staël, qui l'avait vu jouer à Berlin, dit de lui: «Il est impossible de porter plus loin l'originalité, la verve comique et l'art de peindre les caractères, que ne le fait Iffland dans ses rôles. Je ne crois pas que nous ayons jamais vu au Théâtre français un talent plus varié ni plus inattendu que le sien.» (_De l'Allemagne_, 2e partie, chap. XXVII). Iffland fut en outre un auteur dramatique fécond. L'édition complète de ses oeuvres ne comprend pas moins de 24 volumes (édit. de Vienne, 1843).]

[67: Iffland fut directeur du Théâtre de Berlin de 1796 à 1814; voir Devrient: _Ifflands Direction des Berliner Nationaltheaters_, t. III, pp. 274-310.]

[68: Le Théâtre-Royal continua ses représentations après l'entrée des Français à Berlin, le 25 octobre. Le 23, on avait joué _les Organes du cerveau_; le 24, _la Vente de la maison_ et _l'Amour et la Fidélité_, le 25, _Belmont et Constance_; le 26, on joua _Iphigénie en Tauride_, le 27, _l'Abbé de l'Épée_ et _Alexis_; le 28, _le Mariage secret_; le 29, _Phèdre et le bon Coeur_.--Le public trouvant que Berlin manquait de distractions, on demanda au gouverneur de rétablir l'Opéra-Italien, dont les pensionnaires étaient subventionnés par l'État.]

[69: Le prince Adam-George Czartoryski naquit à Varsovie, en 1770, et mourut à Montfermeil, près Paris, en 1861. Après le dernier partage de la Pologne en 1795 il fut pris comme otage à Saint-Pétersbourg; il se lia avec le grand-duc Alexandre qui devenu empereur le nomma ministre-adjoint des affaires étrangères. La faveur du souverain lui laissait concevoir une Pologne reconstituée et autonome, sous la protection de la Russie. Déçu dans ses espérances, il se démit de ses fonctions en 1807. Nommé sénateur palatin du royaume de Pologne en 1815, il tomba en disgrâce en 1821. En 1831, élu président du gouvernement national polonais, ses biens furent confisqués; il s'établit alors à Paris et devint le chef du parti aristocratique de l'émigration polonaise. Il a laissé des _Mémoires_, 2 vol. in-8°, Paris, 1887.]

[70: Ce n'est qu'en 1797 que le prince Adam Czartoryski fut attaché à la personne du grand-duc en qualité d'aide de camp général. Voici comment il raconte lui-même, dans ses _Mémoires_, l'origine de leurs relations qui datent de 1796: «Le spectacle, les promenades, les bals à la cour nous rapprochèrent davantage, mon frère et moi, des jeunes grands-ducs qui nous traitaient toujours avec une prévenance visible. Je m'occupais alors du dessin. Le grand-duc Alexandre l'ayant appris m'en fit apporter quelques-uns qu'il examina, ainsi que la grande-duchesse, avec beaucoup de bienveillance... M'ayant rencontré un jour, il me dit qu'il regrettait de me voir si rarement et m'ordonna de venir le trouver au palais de la Tauride, que nous nous promènerions dans le jardin qu'il voulait me montrer. Il m'assigna le jour et l'heure... Je regrette de n'avoir pas marqué la date précise de ce jour; il eut une influence décisive sur une grande partie de ma vie et sur les destinées de ma patrie. C'est de ce jour et de la conversation dont je vais rendre compte que commença mon dévouement au grand-duc, je puis dire notre amitié...» (t. Ier, pp. 93 et 95).]

[71: Le prince Czartoryski relate dans ses _Mémoires_ les propos sur lesquels il fondait cette espérance: «Il me dit alors (pendant la promenade au jardin, 1796) qu'il ne partageait nullement les idées et les doctrines du cabinet et de la cour; qu'il était loin d'approuver la politique et la conduite de sa grand'mère, qu'il condamnait ses principes, qu'il avait fait des voeux pour la Pologne et pour sa lutte glorieuse, qu'il avait déploré sa chute, que Kosciuszko était à ses yeux un grand homme par ses vertus et par la cause qu'il avait défendue, qui était celle de l'humanité et de la justice. Il m'avoua qu'il détestait le despotisme partout et de quelque manière qu'il s'exerçât; qu'il aimait la liberté, qu'elle était due également à tous les hommes; qu'il avait pris l'intérêt le plus vif à la Révolution française; que, tout en réprouvant ces terribles écarts, il souhaitait des succès à la république et s'en réjouissait». (t. I, p. 96).]

[72: «Un matin je reçus une lettre du comte Rostopchine dans laquelle il me disait que j'avais été nommé ministre de l'empereur auprès du roi de Sardaigne, que je devais incontinent me rendre à Pétersbourg pour y prendre connaissance de mes instructions et partir dans huit jours pour l'Italie...» _Mémoires_, (t. I, p. 188).]

[73: Le 24 mars 1801.]

[74: Voir appendice V.]

[75: Le roi Louis XVIII.]

[76: François de Besiade, comte, puis duc d'Avaray (1759-1811), aide Monsieur à s'évader du Luxembourg, en juin 1791, le suivit à l'étranger et ne le quitta plus. Ce fut d'Avaray qui décida du mariage du duc d'Angoulême avec Madame Royale, que la cour d'Autriche voulait retenir à Vienne. Louis XVIII l'appelait «le plus fidèle de ses serviteurs.» «L'ami, le confident véritable de Monsieur, écrit le duc de Sérent à Goday, celui dont le crédit l'emporte sur tous les crédits...» (Ernest Daudet, _Histoire de l'Émigration_, t. II et III).]

[77: Dans son _Histoire de l'Émigration_ M. Ernest Daudet fait du château de Mittau la description suivante: «C'était, comme aujourd'hui, une vaste et somptueuse construction, élevée sur l'emplacement du vieux château ducal, aux bords de l'Aa. Des bosquets et des étangs l'entouraient. Ses proportions monumentales, ses pièces spacieuses, sa physionomie architecturale rappelant Versailles, en faisaient une demeure digne d'un roi. Par les hautes croisées, le regard embrassait un lumineux horizon de dunes grisâtres, coupé çà et là de terres fertiles et de forêts, borné au loin par la mer Baltique. Plus près s'étendait la ville avec des rues spacieuses, des maisons en bois pour la plupart, habitées par une population formée en partie de nobles familles russes et de juifs allemands. Mittau renfermait une société cultivée, savante, aimant les arts, au courant du mouvement intellectuel de l'Europe. Elle devait ce privilège à ses longues relations avec la Pologne, et surtout à son contact permanent avec les voyageurs venus du midi de l'Europe, qui, pour arriver dans la capitale russe, devaient nécessairement passer par Mittau.» (t. II, p. 226).]