Chapter 12
«On commençait cependant à se lasser un peu de cette manière de vivre, et l'on murmurait tout bas; mais le général Menou a fait proclamer que le premier qui parlerait de se rendre serait pendu. Après cet avis amical, personne n'a osé dire sa façon de penser. Il faut pourtant que je vous raconte cela un peu plus en détail, car lorsque le danger est passé la gaîté revient. Comme je vous l'ai dit, l'on ne s'attendait à rien, lorsque tout à coup nous apprenons que l'armée des Autrichiens s'avance par la route de Tournay. Aussitôt on s'enquiert pour avoir chevaux, voitures, chariots, afin de pouvoir quitter la ville, où les femmes, les enfants, les vieillards devenaient des bouches inutiles et ne faisaient qu'augmenter le danger. Mais ces hommes qui spéculent toujours, pour s'enrichir, sur les malheurs publics, mirent un prix tellement élevé aux moyens de transport, qu'il fut impossible à beaucoup d'habitans de céder à des prétentions aussi exagérées. Ceux qui avaient des bijoux, de l'argenterie, voulurent les vendre pour se procurer de l'argent; mais les objets qu'on aurait achetés à un prix passable quelques jours auparavant, étaient dépréciés, et l'on offrait à peine un quart de leur valeur; enfin nous apprenons que l'armée approche et que l'on va commencer l'assaut: jugez de notre effroi. On nous fait espérer cependant que l'on pourra sortir par la porte opposée, mais nous n'en avons pas le temps. Les premiers boulets lancés, le peuple se réunit en tumulte sur les places. Les familles se sauvent dans les caves sans avoir pu se munir des choses les plus nécessaires; quelques personnes arrivent avec des vivres et des vêtements qu'ils ont emportés à la hâte. C'est là que j'ai vu la véritable égalité dont on nous parle si souvent; le malheur réunit tout, rapproche les distances. Pauvre et riche s'entr'aidaient, car chacun courait les mêmes dangers, et l'on se donnait les uns aux autres les choses dont on manquait. Si l'on apportait un blessé, c'était à qui s'empresserait de le secourir; on déchirait son linge pour étancher son sang, pour faire de la charpie. Si quelqu'un disait: «Je n'ai pas telle chose.--La voici,» répondait aussitôt un autre. Les habitants d'un hôtel qui était en feu recevaient l'hospitalité d'une pauvre famille; des enfants, des vieillards étaient abrités dans une maison somptueuse qu'ils n'auraient peut-être pas osé espérer un secours quelques semaines auparavant. Pourquoi le monde n'est-il pas toujours ainsi?
«Un jour que l'on se croyait plus tranquille, le bombardement sembla vouloir redoubler. L'on ne pouvait imaginer à qui l'on devait cette nouvelle calamité lorsqu'on espérait que le siège était près de finir. Nous sûmes quelques jours après que l'archiduchesse d'Autriche était venue déjeuner au quartier-général, et que cela avait ranimé le courage des troupes. On appela cette journée le _déjeuner de l'archiduchesse_!
«Comment une femme ne pensa-t-elle pas que des vieillards, et des mères de famille pouvaient succomber dans cette affreuse matinée? Mais la courageuse résistance de nos soldats et la fermeté du général Menou les forcèrent à lever le siége.
«Milady Montaigue me presse de venir passer quelque temps avec elle pour me reposer de toutes ces émotions. Son mari nous cherche une habitation dans les environs de Boulogne-sur-Mer, dans un endroit écarté et tranquille, s'il en est par le temps qui court. Pensez un peu à vos amis, et écrivez-leur plus souvent.
«L. F.»
XXI
Je vais à Boulogne-sur-Mer.--Rencontre d'un détachement de l'armée révolutionnaire.--L'hôtel de la Bergère dans un bois.--Je vais en Écosse avec lady Montaigue.--Montagnes d'Écosse, grotte de Fingal, dite des _Géants_.--Retour.--Aventure à Dunkerque.
C'était donc après le siège de Lille, au mois de novembre, je crois, que j'allai à Boulogne-sur-Mer rejoindre lady Montaigue. J'avais un cabriolet de louage et je pris des chevaux de poste. Arrivée vers six heures du soir dans un petit bourg, j'y trouvai un détachement de l'armée révolutionnaire. Ces militaires avaient fait un tel ravage dans toutes les hôtelleries, que les aubergistes avaient ôté leurs enseignes et fermé leurs maisons; ils ne recevaient plus de voyageurs, et on ne pouvait avoir des chevaux à la poste. Je demandai en vain que l'on me donnât à coucher ou que les mêmes chevaux me conduisissent après s'être reposés; je ne pus rien obtenir.
--Ce ne serait pas un grand service à vous rendre, me dit le maître de la maison, que de vous donner à coucher, car une jeune femme et un enfant ne leur en imposeraient guère. Vous pourriez ne pas _vous en trouver la bonne marchande_ (je n'ai pas oublié le terme); avec ça que vous êtes bien élégante: cachez donc votre montre et votre chaîne.
--Mais, monsieur, que voulez-vous que je fasse ici dans la rue? Il y a de l'inhumanité à me laisser courir un tel danger.
--Attendez, on va tâcher de trouver un cheval pour votre voiture.
Un gros paysan, qui était devant la porte, me dit:
--Je vous mènerais ben, moi, ma p'tite citoyenne, mais mon cheval est déjà si fatigué, qu'il n'pourra aller plus loin qu'chez nous, à l'hôtel _de la Bergère_: c'est une petite lieue. Vous y coucherez, et demain nous partirons dès le matin pour Boulogne.
Il n'y avait pas à hésiter; je lui donnai ce qu'il me demanda, et je le priai de partir le plus tôt possible, car les soldats qui étaient sur la place regardaient déjà de travers la muscadine, et je n'étais pas trop rassurée. Ma pauvre petite fille, fraîche comme une rose, imprévoyante du danger, dormait à mes côtés. Enfin le paysan mit son cheval à la voiture, et nous partîmes. J'avais pour tout bagage un sac de nuit; mais cela suffisait pour un trajet aussi court. Comme me l'avait fait observer judicieusement le maître de poste, j'étais une trop élégante voyageuse pour un pareil temps: c'est pourquoi tout me faisait peur. Je vis que mon conducteur ne prenait pas la grande route et qu'il allait à travers champs pour gagner une forêt.
--Mais, lui dis-je timidement, il me semble que nous nous éloignons beaucoup du chemin et que cela nous fera faire un long détour.
--Oh! nenni, nous prendrons par les traverses.
À cette époque, nous ne lisions que les romans d'Anne Radcliffe, et les mélodrames de l'Ambigu étaient pleins de voleurs et d'assassins, d'auberges au milieu des forêts, et dans lesquelles la servante montrait au public des objets ensanglantés; on n'y voyait que trappes sous les lits, des brigands aux manches retroussées, à la barbe noire, et dont la ceinture était garnie de poignards et de pistolets. Ils n'étaient pas, comme Fra-Diavolo, couverts _de manteaux du velours le plus beau_. Certainement l'auberge de _la Bergère_ était bien la chose du monde la plus effrayante et la plus semblable à toutes les forêts périlleuses. Il n'y manquait que la petite servante qui sauve toujours le beau jeune homme; quant à l'hôtesse, elle était fort peu gracieuse. Elle prit un mauvais bout de chandelle et me fit monter une espèce d'échelle qu'elle appelait un escalier, et nous introduisit dans une soupente qu'elle décorait du nom de chambre; elle me montra ensuite un lit n'ayant qu'un matelas de paille, et fut chercher deux draps de grosse toile grise; il y avait dans cette soupente une cheminée énorme tout à fait moyen-âge, une table boiteuse et deux chaises dépaillées.
--Ne pourrais-je, lui dis-je, avoir du feu et une lampe de nuit?
--Je vais vous apporter un fagot; mais nous n'avons pas d'autre lampe que celle de notre cuisine.
--Eh bien! alors, une chandelle.
--Pardi! vous n'en avez pas besoin pour dormir.
Je comptais bien ne pas me coucher ni même me déshabiller. J'enveloppai ma fille dans la couverture et la posai sur le lit; pendant ce temps elle chantait. Mon Dieu! me disais-je, s'ils me tuaient, que feraient-ils de cette pauvre enfant?
L'hôtesse remonta pour me demander si je voulais manger; je n'en avais pas grande envie; cependant je lui dis de m'apporter quelque chose. L'enfant mangea de bon appétit et s'endormit comme dans un bon lit. Je m'efforçai de lire un livre que j'avais emporté, mais je ne pus y parvenir. Nous étions au-dessus de la cuisine, et le plancher mal joint me laissait presque apercevoir ce qui s'y passait. Je vis arriver des gens qui criaient, juraient; ils étaient peut-être deux ou trois, mais je me figurai qu'il y en avait au moins une douzaine. J'étais comme les poltrons à qui la peur double les objets. Cela dura assez long-temps; enfin ils finirent sans doute par s'endormir, car le bruit cessa. J'en fus quitte pour un peu de frayeur et pour mes visions de mélodrame: ce qui prouve que notre imagination (cette folle de la maison) nous crée des fantômes pour nous donner la peine de les combattre. Je fus sur pied la première, et je pressai mon gros paysan, que j'avais pris pour un chef de brigands, de mettre son cheval à la voiture, et je partis. J'arrivai à Boulogne, et je fis bien rire avec mes tribulations de l'hôtel de _la Bergère_.
Milord et milady Montaigue, étant forcés d'aller passer quinze jours en Écosse pour régler quelques affaires, je partis avec eux.
Je me faisais un grand plaisir de voir les montagnes d'Écosse, et surtout cette grotte de cristallisation où les yeux se fatiguent à découvrir les objets qui se multiplient à mesure qu'on les fixe. Le ciseau du sculpteur, le pinceau du peintre le plus habile, ne pourraient qu'imparfaitement les imiter. Comment rendre la délicatesse de ce travail de la nature, ces arceaux, ces portiques, ces colonnes, ces découpures, qui ont dû servir de modèles aux hommes, lorsqu'ils ont voulu construire les premiers temples? Plus on examine avec attention, plus on y découvre de chefs-d'oeuvre nouveaux.
C'est dans ces montagnes d'Écosse qu'on aime à lire les poésies d'Ossian. J'avais avec moi les traductions de Baour de Lormian et les imitations de Chénier sur les chants de Morven, de Selma. À l'âge que j'avais alors, l'imagination est si fraîche et si brillante, qu'elle nous identifie aux lieux où nous sommes! La poésie, la musique, nous électrisent, et l'on se sent transporté au-delà de soi-même. Je conçois que, l'imagination ainsi excitée, les arts puissent enfanter des chefs-d'oeuvre!
Je fus bientôt ramenée sur la terre par une lettre que je reçus de France. On nous apprenait les mesures sévères adoptées non-seulement contre les émigrés, mais contre leurs familles, et le temps limité qu'on accordait pour rentrer en France. Je ne me serais jamais consolée d'une inconséquence qui aurait pu compromettre la tranquillité de mes parents; je me décidai donc à partir sur-le-champ. Comme mes amis avaient terminé leurs affaires et qu'ils craignaient d'ailleurs de trouver quelque difficulté à rentrer eux-mêmes à Boulogne, où ils comptaient se fixer quelques années, nous revînmes ensemble, et le frère de lady Montaigue nous accompagna. Par le plus grand bonheur, mon absence fut inaperçue. Boulogne, dans ce moment, était la ville où l'on pouvait le plus facilement aller et venir, sans être presque remarqué.
Nous passâmes par Dunkerque; mais les événements marchaient avec une telle rapidité, que nous trouvâmes déjà les esprits changés.
Nous comptions rester quelques jours à Dunkerque, pour voir le port et la ville, dont alors le commerce était renommé. La foire de Dunkerque attirait beaucoup de marchands étrangers: nos messieurs nous proposèrent d'aller au spectacle; mais, comme il y avait un acteur en représentation, il fui impossible de trouver des places, lis allaient revenir sans avoir pu en obtenir, lorsque M. de Lermina, une des personnes importantes de la ville, sachant que c'était pour des dames, offrit sa loge, qui, donnant positivement sur la scène, était très en vue. Nous fîmes une espèce de toilette; nous avions des robes de crêpe noir, c'était la mode alors, avec des écharpes jaunes qui faisaient le tour de la taille et se nommaient _à la Coblentz_; nous étions coiffées d'une pointe de fichu en crêpe blanc, qui venait faire un noeud sur le côté; j'avais arrangé cette espèce de turban sur mes cheveux et sur ceux de lady Montaigue.
À notre entrée dans la loge, chacun ne manqua pas de demander quelles étaient ces deux dames élégantes (car on appelait déjà ainsi la toilette la plus simple, surtout en province). On vit bien que ma compagne était Anglaise; quant à moi, je fus prise pour une chanteuse italienne, ou pour une Française qui _rentrait_: en cela ils ne se trompaient pas trop. Après nous avoir bien regardées, on s'avisa de penser à ce fichu noué sur le côté, et l'on se mit à crier: «_À bas la cocarde blanche_!»
Je me doutais si peu que ces cris s'adressaient à nous, que j'avançai la tête pour voir à qui l'on en voulait. Le propriétaire de la loge, s'apercevant que nous ne nous doutions de rien, vint pour nous prévenir de ce qui se passait. Qu'on juge de notre surprise! Le parterre regardait cette pantomime assez tranquillement, en voyant mon empressement à dénouer mon fichu; je leur montrai ensuite que ce n'était nullement une cocarde, et on applaudit à ma docilité. Lorsque je voulus détacher celui de lady Montaigue, les messieurs qui étaient avec nous m'arrêtèrent le bras pour s'y opposer; et parlèrent vivement à M. de Lermina. Alors les cris recommencèrent: «_À bas! respect à la loi_!» Cette dame arracha son fichu avec humeur. Nous sortîmes de la loge, et je crois qu'il était temps. Quelques mois plus tard, cette affaire eût pu devenir plus sérieuse.
Nous partîmes le soir même, et je ne fus plus tentée d'employer mes talents pour la coiffure, tant que je fus en voyage.
FIN DU TOME PREMIER.
NOTES
[1: M. Lemazurier, lorsqu'il fit imprimer ses _Fastes de la Comédie-Française_ m'avait demandé quelques détails sur mon grand-père. Un trop prompt départ pour Londres m'empêcha de lui donner ces renseignements, et j'en ai eu depuis beaucoup de regret. J'eusse évite à M. Lemazurier les erreurs dans lesquelles il est tombé sans le vouloir. Le père de mon aïeul n'était point, comme le dit M. Lemazurier, dans les cent-suisses du roi; il était officier de bouche, et c'était une charge qui s'achetait. Mon aïeul se trouvait tellement honoré de la sienne, qu'il déshérita son fils pour avoir dérogé en prenant le parti du théâtre.]
[2: Le père de madame Saint-Huberty était frère de mademoiselle Clavel.]
[3: C'est cette circonstance [que j'aurais pu payer cher] qui me jeta dans l'illustre famille des Miromesnils.]
[4: Le prince Max, devenu roi de Bavière, était le souverain le meilleur et le plus populaire. Lorsqu'en 1831 je fus à Bade, pendant la saison des eaux, avec ma petite Nadèje, cette enfant excita, comme partout, un vit intérêt. Le roi de Bavière voulut la voir, et lorsqu'il apprit que j'étais la nièce de son ancien gouverneur, il m'envoya son chambellan pour me prier de venir au château avec mon intéressante élève. Il m'adressa les choses les plus obligeantes sur mon oncle, s'informant avec bienveillance de tout ce qui lui était arrivé «Je lui dois, dit-il au prince de Wissembourg qui se trouvait là, ce que je sais de mathématiques, mais il s'est souvent plaint de moi pour le reste. C'était un homme de mérite que votre oncle, madame, sévère; mais bon. Je regrette qu'il n'ait pas vécu assez long-temps pour que j'aie pu lui prouver que _ce jeune fou de prince Max_ faisait un grand cas de lui. Mais dans ce malheureux temps nous étions tous dispersés.»]
[5: On veut toujours voir les grands hommes posés sur un piédestal, le général à la tête d'une armée, l'orateur à la tribune, l'auteur sur le théâtre. Voyons-les donc quelquefois en robe de chambre; dans leur intérieur. S'il n'y a pas un grand homme pour son valet de chambre, en est-il beaucoup pour sa femme?]
[6: Dans un ouvrage qui a paru il y a deux ans, voici comme on s'exprime sur cette femme intéressante, après avoir parlé long-temps de Talma:
«Une femme spirituelle et riche vint combler le déficit, apportant au grand acteur quarante mille livres de rente. Cette affaire s'arrangea chez mademoiselle Contat; je dis _affaire_, car l'aimable prétendue avait au moins vingt ans de plus que son mari.» Il y a là une grande erreur de date, qu'il est facile de rectifier, pour l'honneur même de Talma; car, s'il eut épousé à vingt-huit ans, une femme de cinquante ans, parce qu'elle avait quarante mille livres de rente, qu'il l'eut quittée après cinq ans de mariage, lorsqu'il lui en restait à peine six; ce procédé eût été peu délicat, et je lui rends trop de justice pour le penser.
Julie est morte en 1808, dix ans après son divorce, à l'âge de cinquante-trois ans, elle en avait donc trente-sept en 90, lors de son mariage; et elle était assez bien encore, pour qu'elle put se croire aimée pour elle-même. Au reste, si mademoiselle Contat a été pour quelque chose dans cette affaire, il paraît que les dames de la Comédie-Française prenaient beaucoup de part aux liens contractés par Talma, car mademoiselle Raucourt, de son côté, avait fait tout son possible pour empêcher son second mariage avec madame Petit-Vanhove; elle prévoyait sans doute que Talma ne serait pas plus fidèle que par le passé.
Mais madame Petit était veuve, mère, maîtresse de ses actions; et les conseils d'une amie ne purent avoir assez d'influence pour la faire renoncer à un projet formé de longue date.
Quant à Julie, je trouve qu'il est peu généreux de parler avec cette légèreté, d'une personne qui a tant souffert, et qui le méritait si Peu! perdre à la fois son mari, sa fortune et ses enfants!... Le malheur est si respectable, qu'il est des sujets qu'il devrait interdire.]
[7: Dans les mémoires que l'on a écrits sur cette famille, on dit que le comte Guillaume avait beaucoup d'esprit. C'est une étrange erreur. Le comte Jean et Mademoiselle Chon étaient les seuls qui méritaient cette réputation.]
[8: Il y avait dans la famille des Dubarry, comme dans toutes les familles nombreuses, des parents éloignés qu'ils ne connaissaient pas, et dont les filles en se mariant avaient changé de nom; la plupart de ces collatéraux ne tardèrent pas à se montrer lorsque la puissance de la favorite fut connue.]
[9: Comme madame Lemoine n'est pas un personnage historique, qu'elle a toujours évité ce qui pouvait la faire paraître avec trop d'éclat sur la scène du monde, à cette époque surtout, où sa famille n'était que trop en vue, on lui a presque toujours donné ce nom de _Lemoine_ jusqu'à son mariage avec le comte Guillaume].
[10: J'ai vu le comte Jean en 1789. Il était alors très vieux.]
[11: J'ai entendu raconter tous ces détails quand j'étais à Toulouse avec madame Saint-Huberty].
[12: C'était bien long-temps après la mort de Louis XV].
[13: Il périt en 1793. Moins heureux que son frère, parmi les nombreuses beautés auxquelles il avait prodigué ses soins et son or, aucune ne se trouva près de lui à cette époque désastreuse. Il avait 82 ans, lorsqu'il fut conduit au tribunal révolutionnaire de Toulouse. Il supporta son sort avec beaucoup de courage].
[14: Femme de Molé du Théâtre-Français.]
[15: Il a été parlé dans divers ouvrages de la fête qui fut donnée à madame Saint-Huberty à Marseillle. Voici ce qu'on lit dans la correspondance de Grimm. «Les dames les plus distinguées de la ville formaient son cortège et montèrent avec elle sur une gondole portant le pavillon de Marseille, qui était entourée de deux cents chaloupes chargées de personnes de toutes les classes. Le peuple, accouru en foule, dansait sur le port; il y eut des joutes où elle couronna le vainqueur, qui lui fit hommage de sa couronne; à sa sortie de la gondole, elle fut saluée par une salve d'artillerie, enfin ce fut véritablement la fête de la Reine des Arts.»]
[16: Il fallait qu'elle eût dans ses manières quelque chose de bien imposant, car je n'ai jamais pu me décider à dire: «_Ma tante_», en lui parlant, tant je la trouvais d'une nature supérieure à la mienne.]
[17: Grimm.]
[18: Voici ce qu'on lit à ce sujet dans la correspondance de Grimm:
«La fille du célèbre Quinault (l'auteur des poëmes de nos premiers opéras) était une femme célèbre, chez laquelle se réunissaient toutes les sommités de la noblesse de son temps; elle portait le cordon de Saint-Michel, à raison d'un superbe motet qu'elle avait composé pour la chapelle de Marie Lesczinska. C'était la première femme à qui on eut donné le cordon noir, dont on a gratifié depuis madame Saint-Huberty.
«La duchesse de Bouillon, la princesse de Soubise, le grand prieur d'Auvergne, le vidame de Vassé, le comte d'Estaing, le duc de Penthièvre (Petit-fils de Louis XIV), se rencontraient chez mademoiselle Quinault. Elle avait été chanteuse à l'Opéra; son grand-père avait été ennobli par le feu roi. Lors de sa mort, les premiers princes du sang envoyèrent leurs équipages et leurs premiers officiers à son enterrement.»]
[19: Après la mort de ce domestique, on a trouvé les enveloppes qu'il avait cachées dans sa malle.]
[20: On ne prévoyait pas alors que M. de Cazalès dût jouer un si grand rôle à l'Assemblée Constituante; et je ne me doutais guère, lorsque j'écrivais ceci, que cet homme, si indolent, si distrait, et dont je me moquais, deviendrait, peu d'années après, un homme aussi célèbre.]
[21: On n'était point accoutumé alors à ce luxe de spectacle, de costume, de changements à vue. Un palais, une chambre de Molière, une forêt, un hameau, quelquefois une prison, formaient tout le matériel des décorations. Dans la tragédie, un costume de satin blanc à bandes rouges pour les Romains, une cuirasse, un dessous de buffle et un casque pour les chevaliers, un habit espagnol, un ridicule costume turc, c'était là tout ce qui composait la garde-robe des acteurs de province et même de Paris.
Lorsque je suis arrivée à Paris, en 1789, l'Amour, de _Psyché_, avait encore des bas et une culotte de taffetas couleur de chair, avec des boucles de jarretières en pierreries, et des souliers noirs brodés de paillettes. Bans le _Jugement de Midas_, opéra de Grétry, Apollon tombait des nues poudré à frimats.]
[22: C'est sans doute ce combat d'arlequin avec le dindon qui a donné l'idée de celui des _Petites-Danaïdes_ où Potier était si plaisant].
[23: Il ne partit qu'en 1792.]
[24: M. de Cazalès était l'homme le plus distrait qu'il fût possible de rencontrer.]
[25: Beau-Frère de Casimir-Perrier.]
[26: Parent du comte Jean Dubarry.]
[27: M. de Catelan, depuis pair de France, avocat-général au Parlement de Toulouse, fut un des premiers qui protesta contre l'impôt. Lorsqu'il fut envoyé au château de Lourdes, le peuple détela sa voiture pour l'empêcher de partir. Il fut obligé de haranguer la foule afin qu'on lui permît de ne pas se révolter contre les ordres du gouvernement. Quelques années après il fut brûlé en effigie par ce même peuple qui l'avait porté en triomphe. M. Millin disait à une dame de ses amies: «Où est le temps où il ne brûlait que pour vous!» Lorsque les parlements protestèrent contre l'impôt territorial, il parut des caricatures fort amusantes. Tous les parlements y étaient enrégimentés; ceux de Bordeaux, de Toulouse de Dijon, de Grenoble, plus renommés pour leur courage, poussaient les autres, la baguette dans les reins, afin de les empêcher de reculer.]
[28: Il est à remarquer que ce sont souvent leurs plus faibles ouvrages auxquels les auteurs donnent la préférence, comme les mères montrent le plus de tendresse au plus laid de leurs enfants.]
[29: Madame Raimond].
[30: Soeur de Marie-Antoinette].
[31: Fistum était maître de chapelle de la cour, il avait l'entreprise des concerts des trois principales villes de la Belgique. Bruxelles, Anvers et Gand. C'était un homme de beaucoup de talent].
[32: Célèbre général du temps de la révolution de la Belgique].
[33: Frère du marquis de Sillery.]
[34: Officier distingué et homme de lettres.]