Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV
Chapter 19
Les dispositions dans les deux conseils n'avaient pas été faites avec moins de prudence. Les rôles y étaient partagés entre les orateurs influens. Tout avait été ordonné, tout était prévu, tout, excepté la circonstance qui pensa déconcerter les espérances justifiées par tant d'habileté.
Quelque activité qu'on eût mise à disposer le local où chacun des conseils devait s'assembler, il ne se trouva pas prêt à midi, heure indiquée pour la convocation. Depuis midi jusqu'à deux heures, errant dans les cours et les jardins du palais, les députés eurent tous le temps de se sonder sur leurs opinions; de se communiquer leurs appréhensions, de concerter leurs moyens de résistance et d'organiser une opposition vigoureuse. Aussi la majorité des Cinq-Cents était-elle déterminée à rejeter tout changement quand ce conseil entra en séance. Emile Gaudin monte à la tribune. Après avoir voté des remercîmens aux Anciens pour les résolutions par eux prises la veille dans l'intérêt delà sûreté générale, il propose d'inviter ce conseil à faire connaître sa pensée tout entière, et demande en outre que dans le conseil des Cinq-Cents une commission de sept membres soit chargée de faire un rapport sur la situation de la république. Cette proposition met le feu aux poudres; toutes les passions se déchaînent avec la plus épouvantable violence; et pour toute réponse le député Delbred requiert que tous les membres soient sommés de prêter individuellement serment de fidélité à la constitution de l'an III. Aucun député, y compris Lucien lui-même, n'ose combattre cette proposition qui est accueillie avec acclamation. Deux heures sont employées à cette formalité. Cependant les esprits étaient travaillés en sens divers, et les uns perdaient en confiance ce que les autres gagnaient en audace. On commençait à craindre que les démocrates de Paris ne vinssent au secours de ceux de Saint-Cloud; on commençait à craindre que les soldats ne répondissent aux fréquens appels qui leur étaient adressés au nom du peuple par plus d'un de ses représentans. Déjà les politiques chancelaient; déjà plus d'un brave homme trouvait qu'on s'était trop imprudemment engagé. Un des généraux, qui était venu là en douillette de soie, Bonaparte n'ayant pas cru devoir l'admettre dans la confidence de son projet, et qui la veille lui avait dit: _Est-ce que vous ne comptez pas toujours sur votre petit Augereau?_ lui disait déjà: «Eh bien, te voilà dans une jolie position!--Nous en sortirons, répondit Bonaparte. _Souviens-toi d'Arcole_.» Dans cette position si bien prévue par Fouché, il n'y avait plus un moment à perdre.
Bonaparte se présente aux Anciens, «La république, leur dit-il, n'a plus de gouvernement. Les factions s'agitent; l'heure de prendre un parti est arrivée. Vous avez appelé mon bras et celui de mes compagnons d'armes au secours de votre sagesse. Nous voici. Je sais qu'on parle de César, de Cromwell; je ne veux que le salut de la république. Je ne veux qu'appuyer les décisions que vous allez prendre... Grenadiers, dont j'aperçois les bonnets «aux portes de cette salle, vous ai-je jamais trompés? Ai-je trahi mes promesses, lorsqu'au milieu de toutes les privations je vous promettais l'abondance?--Jamais, s'écrient les grenadiers.
«--Eh bien, général, dit Linglet, membre du conseil, jurez avec nous fidélité à la constitution de l'an III. C'est jurer de sauver la république.
«--La constitution, réplique Bonaparte, la constitution! vous n'en avez plus. Vous l'avez violée au 18 fructidor, quand le gouvernement attentait à l'indépendance du Corps-Législatif; vous l'avez violée au 3 prairial, quand le Corps-Législatif attentait à l'indépendance du gouvernement[31]; vous l'avez violée au 22 floréal, quand par un décret sacrilége le gouvernement et le Corps-Législatif ont attenté à la souveraineté du peuple en cassant les élections faites par lui. La constitution violée, il faut un nouveau pacte et de nouvelles garanties.»
Ce discours énergique et précis entraînait l'assemblée. Un orateur ose toutefois accuser le général comme auteur d'une conspiration qui menaçait la liberté publique. «Elle est menacée par vingt conspirations différentes, réplique Bonaparte. J'ai le secret de tous les partis. _Tous sont venus sonner à ma porte;_ tous sont venus me solliciter de les aider à renverser la constitution, dans des buts différens à la vérité. Les uns veulent y substituer une démocratie modérée où tous les intérêts ce nationaux et toutes les propriétés soient garantis. Les autres, se fondant sur les dangers de la patrie, parlent de rétablir le gouvernement révolutionnaire dans toute son énergie, c'est-à-dire dans toute son horreur. D'autres songent même à rétablir ce que la révolution a détruit: _c'est pour conserver ce quelle a acquis de bon_ que je suis armé par votre ordre. Législateurs, que les projets que je vous dénonce ne vous effraient pas. Avec l'appui de mes frères d'armes, je saurai vous délivrer. Si quelque orateur payé par l'étranger parlait _de me mettre hors la loi_, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même. Fort de la justice de ma cause et de la droiture de mes intentions, je m'en remettrai à mes amis, à vous et à ma fortune.»
Après avoir parlé ainsi il sortit.
Ceux de ses adhérens qui ne faisaient pas partie des conseils ou des troupes assemblées à Saint-Cloud, attendaient cependant les décrets qui devaient confirmer et compléter ce qui avait été fait la veille, et les attendaient avec quelque impatience. Réunis à M. de Talleyrand dans une maison qui, louée pour un an par M. Collot, ne devait être occupée qu'un jour, ces conspirateurs civils, parmi lesquels se trouvaient plus d'un avocat, et même plus d'un abbé, s'étonnaient de voir les heures se succéder sans résultat; ils n'avaient pas appris sans inquiétude le moyen dilatoire auquel le conseil des Cinq-Cents recourait; et comme je leur avais fait part des avis donnés par Fouché, frappés de leur justesse, ils m'avaient pressé d'aller rejoindre le général et de les lui porter.
Favorisé par le désordre qui règne en pareille circonstance, je pénètre dans l'intérieur du château de Saint-Cloud. Bonaparte sortait du conseil des Anciens. Guidé par les renseignemens de gens que je rencontre, de celui-ci qui me connaît, de celui-là qui croit me connaître, je le rejoins dans un petit escalier tournant, qu'il descendait lentement avec Sieyès. Au bruit de mes pas, il se retourne. «Qu'est-ce?--Général, j'ai vu Fouché.--Eh bien?--Il vous répond de Paris; mais c'est à vous, dit-il, à vous de répondre de Saint-Cloud.--Comment?--Il est d'avis qu'il faut brusquer les choses, pour peu qu'on essaie de vous enlacer dans des délais; tel est aussi l'avis de vos amis les plus dévoués, _les plus sûrs_, à commencer par le citoyen Talleyrand; il n'y a pas de temps à perdre, disent-ils.--Il n'y a pas de temps perdu, me répondit-il en souriant; un peu de patience, et tout s'arrangera.» Puis, continuant de descendre, il me quitta au bas de l'escalier, et j'allai rejoindre mes mandataires, à qui je portai cette réponse. Elle ne les rassura guère. L'abbé Desrenaude, aide de camp en cette journée d'un héros dont il avait été grand-vicaire, ne montrait pas autant de tranquillité que lui, non plus que l'avocat Moreau de Saint Méri qui pesait la gravité des circonstances avec toute la prud'homie d'un bailli d'opéra-comique. Les laissant discuter tout à l'aise, je retournai dans la cour du palais attendre le dénoûment de cette tragédie.
Il pouvait être sanglant. Les forcenés du conseil des Cinq-Cents proposaient de mettre Bonaparte _hors la loi_. Ils sommaient leur président, c'était Lucien! de mettre aux voix cette proposition, quand Bonaparte lui-même paraît. Laissant à la porte les militaires qui l'accompagnaient, il s'avance en face du bureau, vers la barre établie au milieu de la salle. À peine a-t-il fait les deux tiers du chemin, que la majeure partie des membres se lève en criant _à bas le dictateur! mort au tyran!_ Cent bras le menaçaient; les poignards même étaient tirés; César tombait au milieu du sénat. Se jetant le sabre à la main à travers cette armée en toge, des soldats enveloppent et enlèvent leur général; l'un d'eux, le brave Tomé, détourne même à son propre péril un coup que le Corse Arena destinait à son aventureux compatriote.
La retraite de Bonaparte ne calma pas le tumulte. On enjoint derechef au président de mettre aux voix le décret de proscription. «Misérables! s'écrie Lucien, vous exigez que je mette _hors la loi_ mon frère, le sauveur de la patrie, celui dont le nom seul fait trembler les rois! Je dépose les marques de la magistrature populaire, et je me présente à la tribune comme défenseur de celui que vous m'ordonnez d'immoler sans l'entendre.»
En effet, dépouillant les insignes de la présidence, Lucien s'était élancé du fauteuil à la tribune, quand un détachement de grenadiers qui, criant _vive la république!_ avait été accueilli en auxiliaire par l'opposition, s'empare de lui, grâce à cette erreur, et le tire sans violence de la position périlleuse où il était engagé.
Lucien qui, dans cette journée, eut tous les genres de courage comme tous les genres d'éloquence, monte aussitôt à cheval, et s'adressant à ceux qui l'entouraient: «Général, et vous soldats, le président du conseil des Cinq-Cents vous déclare que des factieux, le poignard à main, ont violé les délibérations; il requiert contre eux la force publique. Le conseil des Cinq-Cents est dissous.--Président, répondit le général, cela sera fait.»
Aussitôt le tambour se fait entendre; et l'enceinte du conseil où Murat est entré l'épée à la main n'est plus occupée que par des grenadiers.
Cela s'exécuta presque aussi rapidement que je le raconte. À peine avons-nous eu le temps de réfléchir aux conséquences que pouvait entraîner la mesure _peu constitutionnelle_ employée par le général et conseillée par la force des choses plus impérieusement encore que par Fouché.
Lavalette, qui me rappelle dans ses Mémoires qu'alors je me trouvais sur le péristyle du palais entre lui et le citoyen Talleyrand, prétend qu'à la nouvelle du décret qui mettait hors la loi Bonaparte et ses partisans, je pâlis ainsi que mon noble complice. Lavalette se trompe[32]. La pâleur subite eût été un signe d'effroi, et, sans exagérer mon courage, je me sens autorisé à le dire, ma confiance dans le génie de Bonaparte était si absolue, que je n'ai pas douté un seul moment, pendant cette journée, du succès de son entreprise, si incertain qu'il ait été. Je le dis avec la franchise que j'ai mise à rendre compte de mes émotions pendant le combat de _la Sensible_. D'ailleurs, comment Lavalette a-t-il pu remarquer la moindre altération dans le teint de deux hommes aussi pâles habituellement qu'il est possible de l'être? Chacun sait que M. de Talleyrand n'a jamais changé de couleur, positivement parlant; chacun sait qu'aucune impression ne se reproduit sur ce visage aussi imperturbable que celui du commandeur du _Festin de Pierre_ ou de l'abbé de plâtre. J'étais dans ma jeunesse presque aussi décoloré que lui; et si mon teint éprouvait quelque altération, ce n'était que pour rougir; certes, je n'en avais pas alors l'occasion.
Lavalette ajoute, au reste, que nous ne fîmes pas retraite. Cela est vrai; et c'eût été une preuve de courage si nous avions eu peur, car ce n'est pas à ne point éprouver la peur, mais à la surmonter que le courage consiste.
Je ne sortis de Saint-Cloud, l'affaire terminée, que pour me rendre à Meudon, où je retrouvai M. de Talleyrand chez une femme aimable et belle, Mme Simons, grâce à laquelle nous dînâmes aussi gaiement qu'on peut dîner un jour de victoire, et beaucoup mieux qu'on ne dîne sur le champ de bataille. MM. de Monteron et de Sainte-Foix étaient des nôtres, mais non pas Regnauld; le général l'avait retenu pour assister à un conseil, véritable conseil d'Etat, convoqué par urgence avant son organisation. Quant aux autres conspirateurs, abbés, avocats, ou bourgeois, que nous avions laissés au quartier-général, j'ignore ce qu'ils devinrent.
Le général resta à Saint-Cloud, d'où il ne partit qu'à trois heures du matin, non sans avoir pourvu aux besoins présens de la république.
Pendant que nous dînions, les débris des Cinq-Cents, réunis à la totalité des Anciens, décrétèrent l'abolition du Directoire, l'expulsion de soixante-cinq membres du conseil des _jeunes_, l'ajournement à trois mois de la réunion des conseils législatifs, la création de deux commissions de vingt-cinq membres tirés de chacun des conseils pour les remplacer provisoirement, et la création d'une magistrature nouvelle qui exercerait le pouvoir exécutif jusqu'à la création d'une nouvelle constitution. Les trois personnages qui, sous le nom de Consuls, furent portés à cette magistrature, sont Roger-Ducos, Sieyès, et Bonaparte.
La prestation de serment de fidélité au nouvel ordre de choses, en attendant mieux, termina cette longue et laborieuse journée.
Ainsi finit la constitution de l'an III. Si la révolution qui la renversa ne s'effectua pas sans violence, du moins fut-elle exempte de sang. On n'attendait qu'un mot, qu'un signe pour en répandre. Non seulement le meurtre ne fut pas ordonné, mais il fut défendu. Le premier usage que le nouveau magistrat fit de son autorité fut de soustraire à la proscription ceux qui l'avaient proscrit. Un général lui ayant demandé cinquante hommes pour tendre un guet-apens aux députés fugitifs et les fusiller sur la route de Paris, il s'y refusa avec horreur.
La tranquillité de cette grande ville exigeait cependant que ces députés n'y rentrassent pas avant qu'on eût pris les précautions propres à comprimer la faction à laquelle ils pourraient se rallier. On expédia de Saint-Cloud, en conséquence, des hommes affidés à toutes les barrières, sous la direction d'un certain Turot, ci-devant comédien, alors secrétaire général de la police, lequel espérait profiter de la circonstance pour dégoter son patron, ou se mettre en son lieu et place. Quel fut son désappointement de trouver ces postes occupés par des agens que Fouché avait chargés de la même mission! Instruit à temps de la victoire, ce ministre s'était empressé de donner au bonheur cette preuve de prévoyance et de dévouement.
Il avait d'ailleurs tenu parole, non qu'il eût jeté personne à la rivière, mais il avait su maintenir la tranquillité dans Paris. C'est sans doute à sa conduite habile qu'il dut la conservation de sa place et la confiance que lui témoigna le premier consul en dépit de ses préventions.
Ici se termine la première partie de ma vie et de mes souvenirs. Appelé, par suite de la journée de brumaire, à des fonctions administratives, lorsque Lucien Bonaparte prit la direction du ministère de l'intérieur, je me vis, sans trop avoir changé de relations, jeté dans une sphère nouvelle, par cela seul que la condition de mes amis avait changé, et qu'ils étaient devenus des personnages plus importans, des personnages très-importans, des ministres, des maréchaux, des ducs, des princes, des rois, que sais-je! Cela donne une nouvelle physionomie à leur histoire et à la mienne. Aurai-je le loisir et le temps de la raconter?
POST-SCRIPTUM.
Je désirerais en avoir le temps et le loisir. Quoique mes relations avec Napoléon aient été moins intimes qu'avec Bonaparte, quoiqu'elles soient devenues plus rares à mesure que de grandeurs en grandeurs il s'est élevé au point le plus haut où mortel soit jamais parvenu, elles n'ont jamais cessé, et dans plus d'une rencontre j'ai pu recueillir encore quelques traits dignes d'être transmis aux hommes curieux de connaître dans les moindres détails ce caractère si fort et si souple, ce génie si vaste et si délié, cet esprit si original par la pensée et par l'expression. D'ailleurs, ses derniers bienfaits m'ont imposé une grande dette envers lui; c'est en continuant à dire de lui la vérité que je veux m'acquitter.
De plus, la destinée de Napoléon, à laquelle la mienne a été rattachée par le malheur, m'a poussé dans l'exil à l'époque où elle l'y entraînait lui-même. La noble maison de NASSAU régnait alors sur la terre où j'allai chercher une seconde patrie; terre hospitalière où la générosité non sollicitée des héritiers de GUILLAUME-LE-TACITURNE m'a protégé autant et plus peut-être que ne le permettait la politique, contre les persécutions qui signalèrent la restauration française. Je ne mourrais pas content si je ne manifestais pas encore une fois les sentimens que j'ai voués à ces dignes princes.
C'est à la recommandation spontanée d'Alexandre Humboldt que je fus redevable d'une bienveillance si inattendue. Mais n'y a-t-il pas à le publier autant de vanité que de reconnaissance?
NOTES
[1: J'ai consigné ce fait dans l'épître dédicatoire des _Vénitiens_. À la catastrophe de cette tragédie, _Joséphine_ éprouva la même émotion que les dames sur lesquelles j'en avais fait à Lyon le premier essai: elle demanda la grâce du héros. Elle suivait en cela son caractère, et il n'était pas nécessaire que l'homme en péril fût un héros pour qu'elle s'obstinât à le sauver. M. de Polignac (Armand) et M. de Rivière (ci-après duc) en font foi.]
[2: L'assertion peut sembler hasardée. La liste de proscription émise en 1815 était signée Fouché. N'y a-t-il pas injustice à l'imputer à M. de Talleyrand? Voyez _Bertrand et Raton_, ou _le Singe et le Chat_, fable 17 du IXe livre des _Fables nouvelles mises en vers par M. de La Fontaine_.]
[3: Le comte Henri de Saint-Aignan avait pris fait et cause pour les Bourbons contre la révolution quand il crut que le droit était pour eux; il prit fait et cause pour la France contre la réaction des émigrés quand il vit que le droit était pour elle. Ami de l'ordre fondé sur la justice, et toujours Français d'intention, il ne défendit, soit comme émigré, soit comme régnicole, que les intérêts qu'il crut ceux de la France. Les mêmes principes le dirigèrent dans l'exercice des magistratures auxquelles il fut appelé, soit par le choix du gouvernement, soit par celui du peuple. Se refusant à servir les passions du ministère à la Chambre élective, où il siégeait en 1819 comme député de la Loire-Inférieure, et menacé d'être destitué pour ce fait de la préfecture qu'il occupait: _Votre place est à vous, mais ma conscience est à moi_, répondit-il au ministre, et il vota contre la loi qui altérait le mode électoral. Son frère, le comte Auguste de Saint-Aignan, s'est signalé comme lui dans la même Chambre par un attachement inébranlable aux principes _libéraux_. En 1813, il avait rempli avec autant d'habileté que de fermeté les fonctions de ministre plénipotentiaire à la cour de Dresde, à l'époque de la funeste bataille de Leipsick. Ce sont des hommes dont on est heureux d'avoir occasion de parler.]
[4: Cette _Histoire de la vie politique et militaire de Napoléon_, imprimée dans un format gigantesque (grand carré vélin), par suite de la nécessité de faire concorder les proportions du texte avec celles des dessins litographiés qui l'accompagnent, est peu répandue dans le commerce, mais elle est très-connue des compilateurs qui ont cru utile de la mettre à contribution, et des étrangers qui ont cru avantageux d'en donner des contre-façons. On ne trouve que dans les grandes bibliothèques cet ouvrage, publié par souscription. Comme la seule édition qui en ait été faite est depuis long-temps épuisée, l'auteur, si Dieu lui prête vie, espère en faire une nouvelle, revue, corrigée, complétée, et maniable. Il a ramassé à cet effet de précieux matériaux.]
[5: Pantagruel, liv. IV, chap. 8.]
[6: _Fricoteurs_, mot très-français, bien qu'il ne soit pas enregistré dans le Dictionnaire de l'Académie; mot très-usuel à l'armée. Le _fricoteur_ est un maraudeur perfectionné; il consomme cuit ce que l'autre dérobe cru. Uniquement occupé du solide, le fricoteur reste sur les derrières ou s'écarte sur les flancs des colonnes pendant qu'elles marchent à la gloire. _Tournez la gueule du côté de la marmite_, ai-je entendu dire dans mon enfance par Carlin ou par Arlequin (c'était tout un), par Arlequin devenu général dans je ne sais quelle farce: les _fricoteurs_ sont toujours tournés de ce côté-là. Ce commandement est tous les jours pour eux l'ordre du jour.
Pris sur le fait, les _fricoteurs_ sont quelquefois traités avec sévérité. Leurs délits toutefois sont moins de la compétence du conseil de guerre que de celle de la chambrée. On ne les condamne pas à passer par les armes, mais à recevoir la _savatte_, punition plus rigoureuse qu'on ne croit, mais qui ne compromet pas leur tête.]
[7: Fleury, de la Comédie française.]
[8: C'est en présence de M. de Bourrienne que le général raconta ce fait. Je ne crois pas l'avoir dénaturé, mais j'ai pu en oublier quelques circonstances. Je compte, en ce cas, sur la véracité de ce témoin pour rectifier mon récit.]
[9: _Ceci est à moi_: ces mots, dès qu'on les prononçait, produisaient sur Dufalga reflet du briquet sur la poudre. Il prenait feu tout aussitôt, et partait de là pour développer les théories les plus singulières qui soient jamais passées par la tête d'un honnête homme. Que d'honnêtes gens se sont trompés comme lui à l'époque de la révolution, époque où toutes les questions sur lesquelles repose l'organisation sociale étaient remises en discussion! que d'honnêtes gens, avec la meilleure intention du monde, ont jeté alors de nouveaux fermens de discorde dans la société qu'ils prétendaient régénérer! Tel fut le tort de ce pauvre Brissot. Les erreurs de l'esprit, en certaines circonstances, sont pires que des crimes.
Rien de plus recommandable d'ailleurs que la mémoire de Dufalga: officier des plus distingués dans une arme où le courage seul ne suffit pas à l'avancement, et où cet avancement ne s'acquiert que par une intelligence supérieure, il était parvenu au grade de général de brigade dans le génie, quand, après avoir perdu une jambe sur le champ de bataille en Europe, il mourut en Asie des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siége de Saint-Jean-d'Acre.]
[10: Dans les Mémoires de Bourrienne. Plût à Dieu qu'on n'y trouvât que cette erreur-là!]
[11: En latin homme ici se traduirait par _vir_.]
[12: Voir le _Médecin malgré lui_, acte III, scène 5, et le premier livre des _Confessions_ de J. J. Rousseau.]
[13: Notre capitaine obéissait à une inspiration bien malheureuse quand il attendait avec un équipage disparate et incomplet un bâtiment évidemment supérieur au sien sous tous les rapports. Il y avait deux ans que le _Sea-Horse_, frégate plus fort que la nôtre, et dont l'équipage était tout anglais, tenait la mer, quand notre malheur nous la fit rencontrer. «Chacun sur mon bord, me disait le capitaine Footes, connaît si bien son poste et son service, que sans lumière chacun fait ce qu'il doit faire, en pleine nuit comme en plein jour. J'aurais pu dès une heure du matin vous attaquer; mais pourquoi réveiller mes gens, et les fatiguer sans nécessité? À quelque heure que s'engageât le combat, j'étais sûr de vous prendre.»
La chose est claire, Et votre épée a prouvé cette affaire.
S'il avait ses raisons pour compter sur son monde, nous en avions pour ne pas compter sur le nôtre. Le lendemain de l'affaire, les recrues maltaises, qui la veille servaient sous notre pavillon, étaient toutes passées sous le pavillon anglais. En traversant l'entre-pont du _Sea-Horse_, je les vis boire à la santé du roi Georges.]
[14: Quatre auteurs ont parlé du travail de Socrate sur Ésope:
1° Plutarque, dans le petit Traité _de audiendis poetis;_
2° Fl. _Avianus_ le fabuliste, préface de ses 42 fables;
3° _Suidas_, art. SOCRATE. Voici le passage en latin: _Nullo alio scripto relicto quam, ut quidam volunt, hymno in Apollinem et Dianam, et Æsopea carmina versibus scripta_.
4° Platon, dans le compte qu'il rend d'une des conversations de Socrate avec ses disciples, entre sa condamnation et sa mort. Voici le texte: