Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III

Chapter 22

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Quoi qu'il en soit, sainte Catherine a trouvé beaucoup de dévots. Saint Louis, qui avait fait connaissance avec elle en terre sainte, l'honorait d'un culte particulier. Jeanne d'Arc avait aussi beaucoup de foi dans ses reliques. C'est avec une épée prise dans une église consacrée à cette vierge, l'église de Fierbois, et à l'aide de ses conseils, que la _Pucelle_, chassant les Anglais devant elle, rétablit Charles VII sur le trône, _et le fit oindre au maître-autel de Reims_.

La sainteté de Catherine, son existence même, ont cependant trouvé des incrédules: à leur tête il faut mettre le docteur Launoy. Cet homme, tout à la fois raisonnable et pieux, n'apportait pas à l'examen des titres sur lesquels les gens avaient été admis au Paradis moins de scrupule que les d'Hozier et les Chérin n'en apportaient à l'examen des titres sur lesquels les ambitieux se fondaient pour monter dans les carrosses du roi. Comme il en avait fait sortir quelques intrus, on l'appelait le _dénicheur de saints_. Launoy avait rayé Catherine de son calendrier, et le jour de la fête de cette sainte il lui faisait chanter une messe de _requiem_. À quoi bon, si elle n'a pas existé?

Launoy était docteur de Sorbonne et vivait au dix-septième siècle, _quod est notandum_.

Comme Catherine, dont il est le diminutif, _Catin_ signifie _pure et sans tache_. N'est-il pas singulier que la joyeuse partie de la population à laquelle nous donnons ce nom-là soit précisément celle qui ne fait pas voeu de chasteté?

ARNAULT. ]

[31: Ci-devant Père de l'Oratoire de Jésus.]

[32: Instrument de supplice.]

[33: Le 30 septembre 1538.]

[34: La descente de l'Averne est facile.]

[35: Mais revenir sur ses pas, mais revenir respirer sous le ciel, voilà le difficile, etc...]

[36: Rien de plus délicieux au monde que le golfe de Baja.]

[37: Qui du jour de la mort de Misène a pris son nom, qu'il ne perdra jamais. ÉNÉIDE, liv. VI.]

[38: _Linterne_, _Liternum_ ou _Linternum_, ancienne ville de la Campanie, à l'embouchure du Clanis (le Clanio), et auprès d'un marais appelé par Stace _Linterna palus_.

C'est à Linterne que Scipion l'_Africain_, indigné de l'ingratitude de ses compatriotes, acheva dans l'étude une vie consacrée d'abord à la défense de la patrie; c'est là que, dans une modeste retraite, mourut le héros de Zama, le vainqueur d'Annibal.

On grava sur la tombe de Scipion ces paroles qu'il avait prononcées en quittant Rome: _Ingrata patria, nequidem habebis ossa mea_ (patrie ingrate, tu ne posséderas pas même mes os).

Cette inscription fut mutilée par les Vandales, de manière qu'il n'en resta plus que le mot _patria_. De là nom de _Torre di Patria_, Tour de la Patrie, resté à la forteresse élevée près de ce tombeau, et le nom de _Patria_ donné définitivement par les Italiens, qui abrègent tout, au bourg ou plutôt aux ruines de _Linterne_.]

[39: La dernière éruption était celle de 1794.]

[40:

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

LIBERTÉ, ÉGALITÉ.

Quartier-général de Milan, le 12 thermidor an V de la république une et indivisible.

BONAPARTE, GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'ITALIE,

Au CITOYEN ARNAULT.

J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 17 messidor. J'expédie sur-le-champ ma réponse par le retour du même chébek qui m'a apporté les dépêches du général Gentili.

Je désirerais que vous établissiez à Corfou une imprimerie grecque, d'où vous établiriez votre correspondance avec les Maïnottes, et avec l'Albanie par les habitations que nous possédons, de manière à pouvoir y faire passer de temps en temps des écrits qui puissent éclairer les Grecs et préparer la renaissance de la liberté dans cette partie si intéressante de l'Europe.

Le citoyen Stephanopoli, qui arrivera en même temps que la présente lettre, est un Grec très-patriote, très-attaché à la France. Je vous l'envoie, parce qu'il peut vous être utile et vous conduire dans le pays de ces ancêtres, qu'habitent aujourd'hui les braves descendant des Lacédémoniens.

Je désire que vous vous embarquiez avec lui sur une corvette, et que vous vous rendiez là afin de connaître la situation et la force de ce petit peuple, et même de faire en Grèce des incursions qui vous mettent à même de bien observer l'esprit de ses habitans, et de savoir ce qu'on pourrait en espérer si jamais l'empire ottoman éprouvait une secousse.

Je vous prie également de m'envoyer une description détaillée des quatre îles, un aperçu de la Grèce, de l'Albanie, et de tout ce que vous parcourrez.

BONAPARTE. ]

[41:

AU GÉNÉRAL EN CHEF.

Rome, le 30 fructidor an V (16 septembre 1797.)

C'est au moment où je quittais Naples que votre lettre du 12 thermidor m'est parvenue, je l'ai lue avec plaisir et peine: il m'est doux de trouver dans la seconde mission que vous me confiez l'approbation de la manière dont j'ai rempli la première; il m'est dur de me trouver dans une situation qui m'oblige de céder à un autre l'honneur d'exécuter vos vastes idées.

La division française était dans la plus heureuse situation à l'époque de mon départ; non seulement les îles vénitiennes, mais les établissemens des Vénitiens dans le continent, s'étaient ralliés au nouveau gouvernement, et, de concert avec les îles, demandaient à arborer exclusivement l'étendard français.

De légers troubles avaient été excités à Zante par un médecin russe, qui, sans partisans, sans moyens, et désavoué de son consul même, avait arboré le pavillon de sa nation. Le calme s'est rétabli sur-le-champ. Cet extravagant arrivait comme prisonnier à Corfou le jour où j'en suis parti.

À Corfou, on avait tenté de porter le peuple à la révolte, en profitant de sa haine contre les Juifs.

Vous avez vu, dans une de mes précédentes lettres, avec quelle facilité nous réprimâmes ce mouvement, dont l'instigateur, traduit à une commission militaire, a été acquitté sur la question intentionnelle.

L'on essaya encore depuis de soulever le peuple, en l'inquiétant sur le trésor de Saint-Spiridion, auquel, à la prière du papa, nous avons donné une garde extraordinaire; les prêtres du rit grec, qui ne valent pas mieux que ceux du rit latin, répandaient sous main ces bruits injurieux, que d'imbéciles Vénitiens appuyaient hautement dans les lieux publics. Ces manoeuvres ont encore été déjouées, et le général Gentili a applaudi aux moyens par lesquels j'arrachai, ou plutôt j'escamotai aux prêtres de Saint-Spiridion une déclaration publique absolument opposée à leurs insinuations secrètes.

Les secours arrivés de Venise ont mis l'armée pour deux mois à l'abri du besoin; le soldat content, l'habitant heureux et tranquille, je crus pouvoir commencer le voyage de la terre sacrée.

Les nouvelles récemment arrivées de Constantinople ne me permettaient pas de croire à la possibilité d'un voyage dans les provinces ottomanes.

Je partis pour l'Italie; j'avais besoin de respirer l'air de la terre ferme. Ma santé, qui n'était rien moins que bonne, se rétablit ici, tandis que l'un de mes deux camarades de voyage ne peut se débarrasser de la fièvre, à laquelle l'autre, qui était notre domestique commun, a succombé à Naples, climat moins salutaire que je ne croyais pour les républicains.

Les soins administratifs auxquels j'étais obligé de me livrer tout entier, et l'intempérie du climat, qui rendait impossible le voyage par terre, sont cause que je ne pourrai pas vous donner les détails géographiques que vous désirez.

D'Arbois se propose de faire cet automne une tournée dans l'intérieur de l'île, et il vous satisfera sur cet objet. Quant aux questions que vous me faites sur l'Albanie, il en est, général, auxquelles je ne puis répondre, et je vous offrirai tout ce que j'ai pu recueillir sur les moeurs de son peuple, plus barbare que ceux que nous appelons sauvages en Amérique.

On se tromperait, général, si l'on croyait pouvoir établir entre la colonie française et les Albanais d'autres rapports que ceux d'un commerce très-borné; ils ont constamment détruit les établissemens qu'on avait tenté d'élever chez eux; Lasalle, constructeur français, fut lui-même victime, il y a peu d'années, d'une tentative de ce genre.

Les bois de construction et les bestiaux sont la principale richesse de l'Albanie, habitée par des bordes de brigands et de pasteurs. Ces pasteurs, différens des confrères d'Apollon, de ceux qui peuplaient les rives de l'Alphée et les bords de l'Amphrise, ont quitté la houlette et la panetière de leurs aïeux pour le fusil et la giberne. Le figuier sauvage autour duquel ils se réunissent est un véritable corps-de-garde, où veille toujours une sentinelle.

L'esprit de brigandage est porté à tel point chez les Albanais, que le droit d'aubaine, droit de profiter des débris d'un naufrage, s'étend jusque sur le naufragé. Un galon d'or, un bouton d'argent, l'objet de la moindre valeur, excitent leur cupidité et décident la mort d'un homme.

L'aspect de l'Albanais est bizarre et terrible; son costume est l'ancien costume grec, auquel il ajoute une énorme capote d'un drap grossier et tiré à poil, qui, lorsqu'il s'en enveloppe, lui donne à peu près la figure d'un bouc. Sa chemise, de grosse toile, à larges manches et tombant à la hauteur des genoux par-dessus le pantalon, ressemble parfaitement à l'ancienne tunique. Sa chaussure, comme l'ancien brodequin, est attachée à la jambe avec des courroies. Deux énormes moustaches coupent son visage brûlé par le soleil. Deux pistolets et un poignard passés dans la ceinture, un long sabre suspendu à son côté, la poignée tournée vers la terre, un fusil porté transversalement derrière le dos, un étui à pipe, des boîtes à tabac, à plomb, à poudre, voilà son équipage complet. L'Albanais est un arsenal ambulant. Laboureur, brigand, pasteur, tout Albanais porte les armes à feu, et s'en sert avec une adresse qui réalise le prodige de cet homme qui fendait une balle en deux parties égales en tirant sur une lame de couteau.

Quelques villages albanais dépendent des possessions vénitiennes, et sont dans ce moment soumis au gouvernement provisoire de Corfou. Le reste de la haute et basse Albanie appartient aux Turcs. Gouvernées par deux pachas ennemis, ces provinces partagent les affections et la fortune de ces chefs, dont l'un, Ali, pacha de Janina, est en révolte ouverte contre la Porte; et l'autre, Mustapha, pacha de Delvino, tient pour son souverain. On combat souvent et avec fureur. De fréquens incendies contribuent aussi à dépeupler ces déserts, ensanglantés par une guerre aussi obscure que désastreuse.

Les deux partis cherchent également l'appui des Français. Ali-Pacha nous a fait particulièrement de grandes avances; je crois vous avoir dit qu'il a demandé et obtenu une entrevue, sur l'objet et l'issue de laquelle le général Gentili peut seul vous donner des lumières.

Outre la guerre de pacha à pacha, il existe encore en Albanie des guerres de pacha à particulier. Je vis, dans la petite excursion que je fis sur les côtes de l'Épire, un papa qui jouissait d'un tel crédit au milieu de ses paroissiens, que, sur sa simple réquisition, tout prenait les armes dans le canton. Ali, qui n'a jamais pu le réduire, offre un prix énorme de sa tête.

Ce prêtre soldat, suivi de son clergé ou de son état-major, est venu me visiter et me demander l'amitié des Français.

Les Albanais ne parlent ni le grec, ni le turc, ni l'italien; ils ont un idiome particulier, que nous expliquaient les Corfiotes qui tenaient à ferme les domaines du gouvernement vénitien dans le continent. Il serait difficile, général, de lier avec eux le moindre rapport par le moyen de l'imprimerie, la faculté de lire et d'écrire étant plus rare encore chez eux que dans les îles, où nous ne correspondons avec les villages que par l'intermédiaire des prêtres.

Voilà, général, ce que j'ai recueilli sur l'Albanie. Je me suis aussi procuré de sûrs renseignemens relatifs à l'état actuel de la Morée; et c'est par eux que je terminerai cette lettre, déjà trop longue peut-être.

La gloire de l'armée française, le bruit de votre nom a retenti dans les ruines de Sparte et d'Athènes; mais ne croyez pas que les Grecs soient nos plus francs admirateurs. Les Grecs (j'en excepte les Maïnottes), avilis et dénaturés par la sujétion dans laquelle les tiennent les Turcs, s'occupent exclusivement de la culture et du commerce, dédaignés par les musulmans.

Voleurs, perfides, inhospitaliers, ils ne voient dans l'étranger qu'un ennemi ou une proie; les Turcs seuls vous attendent; ils vous nomment avec enthousiasme, et, à la honte du peuple opprimé, la liberté en Grèce n'a de sectateurs que chez le peuple tyran.

C'est ici, général, que je regrette de n'avoir pu profiter du moyen que me créait votre seconde mission: quelques semaines auraient suffi à ce voyage intéressant, d'où j'aurais apporté des notions également importantes pour moi et pour ma patrie. Cependant, si je n'ai pas rempli d'une manière indigne de votre confiance le premier objet dont vous m'avez chargé; si quelquefois obligé de représenter la république française et le vainqueur de l'Italie, je ne l'ai pas fait d'une manière indigne et de l'une et de l'autre, récompensez-m'en par votre approbation; autorisez-moi à dire, à mon retour en France, dût cette assertion glorieuse vouer ma tête à la proscription: Et moi aussi je suis l'ami de Bonaparte, et moi aussi je fus de l'armée d'Italie!

ARNAULT. ]

[42: _L'acqua d'oro_.]

[43: Tacite, Hist. liv. XV, § 19.]

[44: Il pouvait contenir de cent dix à cent vingt mille spectateurs, c'est-à-dire un huitième de la population de Paris; le chevalier _Vasi_ dit sept cent sept mille. Erreur n'est pas compte.]

[45: Les jardins de la _villa Pamphili_ sont l'ouvrage de Le Nostre.]

[46: À cause de sa conformité avec la première personne de l'indicatif présent d'un verbe qui se conjugue sur _amare, amo_.]

[47:

AU GÉNÉRAL EN CHEF.

Florence, le 13 vendémiaire an V (4 octobre 1797.)

Général, me voilà à Florence depuis trois jours; j'y suis venu avec deux braves jeunes gens, les frères Suchet, dont l'un est chef de brigade et l'autre agent des finances. Je les avais rencontrés chez votre frère Joseph, à Rome, où le militaire est venu pour son plaisir, et où le financier avait été envoyé par le citoyen Haller, pour recouvrer les contributions dues par le pape.

Vu l'accord de nos humeurs et de nos opinions, nous ne pouvions mieux faire que de voyager ensemble.

Notre voyage, dont la tranquillité pensa être troublée à Viterbe, où l'on ne parait pas très-favorablement disposé pour les Français, se passa néanmoins sans accident.

Nous avons été accueillis ici de la manière la plus cordiale par le citoyen Cacaut, ministre de la république auprès du grand-duc. Il nous a présentés à ce prince et à M. de Manfredini, qui, de tout temps son gouverneur, gouverne de plus aujourd'hui le grand-duché.

Le ministre et le souverain nous ayant traités avec distinction, leur exemple a été imité par la haute société. Le jour même nous avons été invités à venir au casin des nobles.

Nous pensions, d'après cela, que les Français ne pouvaient rencontrer ici que des témoignages de la considération que leur ont acquise vos victoires. Une assez singulière aventure nous a prouvé pourtant qu'il ne fallait se fier qu'avec réserve à ces démonstrations.

(Ici se trouve consigné le fait dont on a rendu compte dans le chapitre auquel se rattache cette note. La lettre se terminait ainsi:)

Je me plais à croire que vous ne trouverez rien, dans ma conduite, qui ne convienne à un homme que vous avez chargé de représenter notre nation, à qui vous avez donné le droit d'être si fière.

Demain nous traverserons les Apennins pour nous rendre, par Bologne et par Ferrare, à Padoue. De là j'irai rejoindre Regnault de Saint-Jean-d'Angély à Venise, d'où nous irons ensemble à Passeriano, où je vous porterai un compte détaillé de ma mission.

Agréez, général, l'hommage de mon admiration et de mon respect.

ARNAULT. ]

[48: MOMORO, imprimeur et graveur en caractères. C'était un des membres les plus violens du club des Cordeliers. Arrêté en mars 1791, comme un des chefs de l'attroupement qui s'était porté au Champ-de-Mars pour y signer, sur l'autel de la patrie, une pétition par laquelle on demandait à l'Assemblée constituante la déchéance de Louis XVI, pétition à la rédaction de laquelle il avait coopéré, il fut néanmoins presque aussitôt relâché. Après le 10 août, il fit partie de la commission qui remplaça le directoire du département de la Seine. Envoyé, en 1793, par le conseil exécutif dans les provinces de l'Ouest, pour y presser la levée des bataillons, il y provoqua un tel désordre en prêchant la loi agraire, que les autorités de Lisieux le firent arrêter. Remis en liberté par ordre de la Convention, il revint à Paris, se lia d'étroite amitié avec Hébert et Chaumette, et fut un des plus ardens auteurs de la persécution que ces misérables suscitèrent contre les prêtres; il se signala aussi par son acharnement contre les Girondins; il avait été en rapports intimes avec Danton et Robespierre; mais, comme il s'était éloigné d'eux pour servir les projets de la Commune contre la Convention, ils le firent comprendre dans le décret rendu contre Hébert et autres scélérats de même espèce, avec lesquels il mourut sur l'échafaud le 4 germinal an II.

Momoro ne manquait ni de talens, ni de connaissances, ni d'esprit; mais il était absolument dénué de probité. Un littérateur de mes amis, auquel il devait de l'argent, s'étant présenté chez lui à l'échéance d'un billet qu'il avait reçu en paiement, Momoro, sans lui laisser le temps de parler, prit un pistolet et le chargea en disant: «Voilà, pour répondre à tous les porteurs de traite», et je ne sais pas si ce n'était pas avec la traite elle-même qu'il avait bourré le pistolet. Momoro était un brigand dans toute la force du terme.]

[49: _La femme_ MOMORO _vint réclamer dans mes bureaux son traitement de réforme_. Alors chef de la division d'_instruction publique_ au ministère de l'intérieur, et chargé de distribuer des secours à des gens nécessiteux, je faisais payer la pension alimentaire à de pauvres artistes, à de pauvres professeurs, à de pauvres prêtres, et même à de pauvres divinités, comme on voit.]

[50: _Mlle Aubri_, danseuse et figurante à l'Opéra, était remarquable par la beauté de ses formes. C'est elle qui, pendant quinze ans, sous le costume de Diane, descendait dans les nuages toutes les fois qu'elle en était requise pour le salut d'Iphigénie, soit en Aulide, soit en Tauride. En 1795, quand des énergumènes tentèrent de substituer leur paganisme au christianisme, ils la mirent en réquisition pour représenter la déesse du jour dans leur cérémonie, le rôle, au fait, était de son emploi. Ce rôle, qui se jouait terre à terre, fut moins dangereux pour elle que celui de la Gloire dont elle était aussi chargée habituellement à l'Académie de musique et de danse. Une des cordes auxquelles était suspendu le char aérien qui la portait s'étant rompue un beau soir comme elle jouait ce dernier personnage, la pauvre Gloire tomba des nues et se cassa une aile ou un bras. Pour ses services comme Gloire, Mlle Aubri obtint une pension. On ne dit pas qu'elle ait rien gagné à jouer la Raison.]

[51: Voir la page 248 du 1er volume.]