Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même
Part 47
Le travail de l'exhumation offrait de grandes difficultés, le cercueil se trouvant placé à une profondeur de 3 m. 50, et dans un très mauvais état. Un expert en ces sortes de manœuvres dirigeait celle-ci. Il fit glisser des planches sous le cercueil, pour faire un fond artificiel destiné à soutenir l'autre qui menaçait de s'effondrer; puis on enveloppa le tout de fortes toiles maintenues par de solides courroies. Avec bien du temps et des anxiétés, on parvint ainsi à remonter le cercueil sans accident. Lorsqu'il apparut à ses regards, le Pontife entonna d'une voix émue le chant de David louant le Seigneur qui «_tire l'humble de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de son peuple_». Et tandis que les prêtres psalmodiaient le LAUDATE PUERI DOMINUM, on aperçut au travers des planches disjointes, toute verte et fraîche comme au premier jour, la palme que le 4 octobre 1897, on avait placée sur la dépouille virginale de la Servante de Dieu[278]. N'était-ce point le symbole de la palme immortelle qu'elle avait remportée par le martyre du cœur? ce martyre au sujet duquel elle avait écrit: «_A tout prix je veux cueillir la palme d'Agnès; si ce n'est par le sang, il faut que ce soit par l'_AMOUR.»
On ouvrit alors le cercueil.
Deux ouvriers, le père et le fils, se tenaient près de là; ils sentirent à ce moment un suave et fort parfum de violettes qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer et qui les émut profondément[279].
Les vêtements apparurent en ordre; ils semblaient aussi conservés, mais ce n'était qu'une apparence. Les voiles et la guimpe n'existaient plus, la grosse bure des carmélites avait perdu toute consistance et se déchirait sans effort... Enfin, comme l'humble enfant l'avait souhaité, on ne retrouvait d'elle que des ossements!
Un des médecins présents voulut en offrir une parcelle à Mgr Lemonnier, mais Sa Grandeur s'y opposa et défendit qu'on en emportât la moindre partie. Il accepta seulement la petite croix de buis qui avait été placée dans les mains de la Servante de Dieu.
L'ancien cercueil fut alors déposé dans une bière de plomb disposée dans un cercueil de chêne. Puis on recouvrit le corps de vêtements neufs qui avaient été préparés, et la tête d'un voile que l'on entoura de roses, les dernières cueillies à ces mêmes rosiers du Carmel dont tant de fois l'angélique Thérèse avait jeté les fleurs au pied du Calvaire.
A ce moment, sur l'ordre de Mgr Lemonnier, pour contenter la foule qui stationnait dans le cimetière, silencieuse et recueillie, on écarta les toiles qui dérobaient aux regards le petit enclos des Carmélites et le cercueil fut placé sur des tréteaux devant la porte grillée.
Pendant trois quarts d'heure, on ne cessa de défiler, de prier, de faire toucher des objets de piété. Monseigneur l'évêque de Bayeux avait été le premier à faire toucher aux ossements des morceaux de soie violette apportés par lui à cette intention. On vit des ouvriers approcher leur alliance de mariage; tous ceux qui avaient travaillé à l'exhumation semblaient pénétrés de respect. On estima à plus de cinq cents personnes celles qui vénérèrent les restes, après trois heures d'attente.
Une impression extraordinaire de surnaturel, une émotion dont ils n'étaient pas maîtres envahissait les assistants. L'âme de Sœur Thérèse planait sans doute auprès de sa dépouille mortelle, heureuse d'offrir à son Créateur l'anéantissement de son être physique... On sentait qu'il se passait quelque chose de grand, de solennel. Malgré les réalités lugubres et humiliantes du tombeau, les âmes, au lieu d'être déconcertées, troublées, refroidies dans leur foi et leur amour, sentaient croître au contraire la ferveur et la tendresse de leur vénération.
Quand le défilé eut pris fin, un procès-verbal, écrit sur parchemin timbré aux armes de Mgr Lemonnier, fut renfermé dans un tube de métal et déposé dans le cercueil de plomb. Puis on ferma celui-ci, sur la couverture duquel est soudée une plaque avec l'inscription:
SŒUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS ET DE LA SAINTE FACE.
MARIE-FRANÇOISE-THÉRÈSE MARTIN.
1873-1897.
Le même texte se lit sur une plaque de cuivre fixée sur le cercueil de chêne. Deux empreintes de chacun des cachets de Mgr Lemonnier et de Mgr de Teil furent apposées sur la soudure aux quatre angles du cercueil de plomb. Il ne restait plus qu'à fixer le couvercle en bois de chêne.
A quelques pas de la première tombe, on en avait creusé une nouvelle, de deux mètres de profondeur, où l'on avait préparé un caveau en briques, aux dimensions du cercueil. Mgr Lemonnier l'avait bénite en arrivant, et c'est là que fut descendue la précieuse dépouille.
Le soir, les planches enlevées au cercueil, quelques fragments des vêtements et la palme, que la dévotion indiscrète des ouvriers avait mise en lambeaux, furent rapportés au Carmel, et la Sœur chargée de les ramasser sentit par deux fois un parfum de roses. Des parcelles des vêtements et du cercueil exhalèrent ailleurs un parfum d'encens.
Une autre planche, détachée de la tête du cercueil et qui n'avait pu être retrouvée le jour même, fut également, huit jours après, rapportée au monastère. La Sœur tourière qui l'avait découverte, doutant un peu de son authenticité, supplia Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus de la manifester par un signe sensible. Elle fut exaucée, car plusieurs Sœurs, qui n'avaient point été averties, furent embaumées d'un merveilleux parfum d'encens qui s'exhalait de cette planche et que l'une d'elles sentit à une assez grande distance.
Mais le cœur si tendre de Sœur Thérèse voulait encore consoler ceux qui l'aiment en leur donnant une image saisissante de la plénitude de vie dont elle jouit dans le Ciel.
Une des âmes qu'elle a favorisées en cette circonstance de ses célestes communications, et qui est fort estimée de prêtres pieux et éclairés, a attesté sous la foi du serment la vérité du récit qu'on va lire.
Cette personne souhaitait vivement assister à l'exhumation et avait projeté de s'informer de l'époque où elle aurait lieu, mais elle la croyait fort éloignée encore. Le fait suivant s'est passé dans la nuit même qui suivit l'exhumation, du 6 au 7 septembre.
Dans sa vision, elle aperçut d'abord une grande foule qu'elle prit à la fois pour un cortège triomphal et un enterrement très solennel. «Puis, dit-elle, je vis une jeune vierge resplendissante de lumière. Son vêtement de neige et d'or étincelait de toute part. Je ne distinguais pas ses traits, tant ils étaient imprégnés de lumière. A demi couchée, elle se souleva, paraissant sortir d'un suaire lumineux. Avec une candeur et un sourire d'enfant, elle m'entoura de ses bras et me donna un baiser. A ce céleste contact il me sembla que j'étais dans un océan de pureté et que je buvais à la source des joies éternelles. Je n'ai point de mots pour exprimer l'intensité de vie qui émanait de tout son être. Tout en elle disait sans parole, par un rayonnement inexprimable de tendresse, comment en Dieu, foyer de l'amour infini, les bienheureux aiment au Ciel...»
Ignorant ce qui se passait à Lisieux, l'heureuse privilégiée se demandait quelle était cette jeune vierge et pourquoi elle lui était apparue couchée et sortant d'un suaire. Trois jours après, lisant dans _La Croix_ le récit de l'exhumation, elle eut aussitôt la certitude que c'était Sœur Thérèse qui était venue l'avertir de l'événement, et elle partit immédiatement pour l'en remercier sur sa tombe.
Mais ce n'était pas assez pour la Servante de Dieu d'avoir donné aux siens cette preuve d'affection, de leur avoir dit comme l'ange à Madeleine: «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est pleine de vie?», elle voulut encore leur faire des promesses pour l'avenir.
Le 5 septembre, veille de l'exhumation, elle était apparue à la révérende Mère Prieure d'un Carmel étranger, et, lui annonçant que le lendemain on ne retrouverait d'elle que des ossements, «_à peine des ossements_», elle lui avait fait pressentir les merveilles qu'elle doit opérer dans la suite. La révérende Mère les résume ainsi: «Ces ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon.»
Quelques semaines plus tard, le résultat de l'exhumation parvenait à la connaissance d'un professeur de l'Université de X., homme d'une grande valeur intellectuelle, d'une éminente piété et, de plus, très favorisé par la Servante de Dieu de grâces de tout genre, depuis plus de dix ans qu'il la connaît. Il s'attrista d'abord de ce que l'angélique vierge avait été soumise à la loi commune, et comme il se laissait aller à ces pensées mélancoliques, il entendit une voix intérieure lui répondre:
«_C'était la robe de mes jours de travail que J'ai déposée; j'attends la robe du dimanche éternel: peu m'importe ce qui arrivera à l'autre._»
«Et alors, dit-il, j'eus une lumière qui me consola, je compris que cette dissolution répandra des atomes de son corps en tous lieux, de façon que non seulement son âme, mais encore quelque chose de son corps pourra être présent et FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.
«Il me semble, en effet, que tout ce qui a réellement appartenu au corps d'un saint est une relique, et s'il en est ainsi, non seulement ses os, mais encore les molécules invisibles de matière peuvent porter en elles la grâce des reliques.»
N'est-ce pas la réponse à ce désir si poétiquement exprimé:
Seigneur, sur tes autels, plus d'une fraîche rose Aime à briller, Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose: C'EST M'EFFEUILLER...
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
LETTRES D'APPROBATION V
AU LECTEUR XXIII
PRÉFACE XXV
INTRODUCTION XXXIII
HISTOIRE D'UNE AME
Chapitre premier.
Les premières notes d'un cantique d'amour.--Le cœur d'une mère.--Souvenirs de deux à quatre ans 3
Chapitre II.
Mort de sa mère.--Les Buissonnets.--Amour paternel.--Première confession.--Les veillées d'hiver.--Vision prophétique 19
Chapitre III.
Le pensionnat.--Douloureuse séparation.--Maladie étrange.--Un visible sourire de la Reine du ciel 37
Chapitre IV.
Première Communion.--Confirmation.--Lumières et ténèbres.--Nouvelle séparation.--Gracieuse délivrance de ses peines intérieures 53
Chapitre V.
La grâce de Noël.--Zèle des âmes.--Première conquête.--Douce intimité avec sa sœur Céline.--Elle obtient de son père la permission d'entrer au Carmel à quinze ans.--Refus du Supérieur.--Elle en réfère à sa Grandeur Mgr Hugonin, évêque de Bayeux 73
Chapitre VI.
Voyage de Rome.--Audience de Sa Sainteté Léon XIII.--Réponse de Monseigneur l'Evêque de Baveux.--Trois mois d'attente 93
Chapitre VII.
Entrée de Thérèse dans l'Arche bénie.--Premières épreuves.--Les fiançailles divines.--De la neige.--Une grande douleur 115
Chapitre VIII.
Les Noces divines.--Une retraite de grâces.--La dernière larme d'une sainte.--Mort de son père.--Comment Nôtre-Seigneur comble tous ses désirs.--Une victime d'amour 131
Chapitre IX.
L'Ascenseur divin.--Première invitation aux joies éternelles.--La nuit obscure.--La table des pécheurs.--Comment cet ange de la terre comprend la charité fraternelle.--Une grande victoire.--Un soldat déserteur 151
Chapitre X.
Nouvelles lumières sur la charité.--Le petit pinceau: sa manière de peindre dans les âmes.--Une prière exaucée.--Les miettes qui tombent de la table des enfants.--Le bon Samaritain.--Dix minutes plus précieuses que mille ans des joies de la terre 177
Chapitre XI.
Deux frères prêtres.--Ce qu'elle entend par ces paroles du livre des Cantiques: «Attirez-moi...»--Sa confiance en Dieu.--Une visite du ciel.--Elle trouve son repos dans l'amour.--Sublime enfance.--Appel à toutes les petites âmes 199
Chapitre XII.
Le Calvaire.--L'essor vers le ciel 223
APPENDICE
Conseils et Souvenirs.--Prières 257
Acte d'offrande 301
Consécration à la sainte Face 304
Prières 305
Prière à l'Enfant-Jésus 305
Prière à la sainte Face 306
Prière inspirée par une image représentant la Vénérable Jeanne d'Arc 306
Prière pour obtenir l'humilité 307
LETTRES
FRAGMENTS
Lettres de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus à sa sœur Céline 311
Lettres à la Rde Mère Agnès de Jésus 337
Lettres à Sœur Marie du Sacré-Cœur 344
Lettres à Sœur Françoise-Thérèse 351
Lettres à sa cousine Marie Guérin 356
Lettre à sa cousine Jeanne Guérin 359
Lettres à ses Frères spirituels 360
POÉSIES
Première partie.
Mon chant d'aujourd'hui 371
Vivre d'amour 393
Cantique à la Sainte Face 377
_Dirupisti, Domine, vincula mea!_ 379
Jésus mon Bien-Aimé, rappelle-toi! 380
Au Sacré-Cœur 389
Le Cantique éternel chanté des l'exil 391
J'ai soif d'amour 392
Mon ciel à moi 394
Mon espérance 396
Jeter des rieurs 397
Mes désirs près du Tabernacle 398
Jésus seul 400
La volière de l'Enfant-Jésus 402
Glose sur le Divin 404
A l'Enfant-Jésus 405
Ma Paix et ma Joie 406
Mes Armes 408
Un lis au milieu des épines 410
La rose effeuillée 411
L'abandon 413
Deuxième partie.
La Rosée divine ou le lait virginal de Marie 415
La Reine du ciel à sa petite Marie 417
Pourquoi je t'aime, ô Marie! 420
A saint Joseph 426
A mon Ange gardien 427
A mes petits Frères du ciel, les saints Innocents 429
La mélodie de sainte Cécile 430
Cantique de sainte Agnès 436
Au Vénérable Théophane Vénard 438
Troisième partie.
La Bergère de Domremy écoutant ses voix 441
Hymne de Jeanne d'Arc après ses victoires 447
Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison 448
Les voix de Jeanne pendant son martyre 449
Le jugement divin 450
Le cantique du triomphe 451
Prière de la France à la Vénérable Jeanne d'Arc 453
Cantique pour obtenir la canonisation de la Vénérable Jeanne d'Arc 454
Histoire d'une Bergère devenue reine 457
Le divin petit Mendiant de Noël 460
Les Anges à la crèche 472
La fuite en Egypte 482
Jésus à Béthanie 485
Prière de l'enfant d'un saint 493
Ce que j'aimais 496
PLUIE DE ROSES
_Quelques-unes des grâces et guérisons attribuées à l'intercession de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus_ 1*
_Le six Septembre 1910, au Cimetière de Lisieux_ 107*
TABLE DES GRAVURES
Portrait de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus II
Thérèse enfant et sa mère 11
Maison où naquit Thérèse. Alençon (Orne).--Eglise Notre-Dame d'Alençon où Thérèse fut baptisée.--Les Buissonnets (Lisieux) 23
La Vierge de la chambre de Thérèse 49
Le Pensionnat des Bénédictines de Lisieux.--Thérèse le jour de sa Première Communion.--Chœur des religieuses où Thérèse fit sa Première Communion 63
Thérèse à 15 ans et son père 83
Thérèse aux pieds de Léon XIII 107
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus novice 125
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, sacristine 141
Cellule de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.--Le Préau du Carmel de Lisieux 165
Chapelle du Carme! de Lisieux.--Chœur des Carmélites 189
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus dans le jardin du monastère 209
Vue générale du Carmel de Lisieux.--Cloître d'où l'on aperçoit l'infirmerie où mourut Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 239
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus après sa mort, d'après un tableau de «Céline» 255
Allée des marronniers dans le jardin du Carmel de Lisieux 280
Tombe de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 301
Thérèse et Céline 339
Portrait de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus d'après un tableau de «Céline» 368
La Sainte Face 395
Intérieur de la Chapelle du Carmel de Lisieux 396
La Vierge-Mère 413
Oratoire où se trouve actuellement la «Vierge de la chambre de Thérèse» 418
L'Enfant Jésus du Cloître 458
Fresque composée et peinte par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 476
Les armoiries de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 505
Exhumation de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus 103*
ÉDITIONS ÉTRANGÈRES
L'=Histoire d'une Ame= et les diverses publications sur la Servante de Dieu, Thérèse de l'Enfant-Jésus, sont traduites et éditées en diverses langues: =anglaise=, =espagnole=, =portugaise=, =italienne=, =allemande=, =polonaise=, =flamande=, =hollandaise=, =japonaise=.
Des traductions en d'autres langues sont également en préparation.
Pour avoir le Catalogue détaillé de ces différentes éditions étrangères s'adresser _au Carmel de Lisieux_ (Calvados) ou _à l'Imprimerie Saint-Paul_, 36, boulevard de la Banque, Bar-le-Duc (Meuse).
NOTES:
[1] _Une boucle des cheveux de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et sa première petite dent enchâssée dans un de ses bijoux._
[2] Publiée seule à la première édition.
[3] _Univers_, 11 juillet 1906.
[4] Mgr d'Aviau, le saint et illustre archevêque de Bordeaux, fit aux parents l'honneur de baptiser le petit Louis. Lisant dans l'avenir, il leur dit: «Réjouissez-vous, cet enfant est un prédestiné.»
[5] Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.
[6] Devenue bientôt après Sœur Marie-Dosithée, au Monastère de la Visitation du Mans, elle y pratiqua constamment toutes les vertus religieuses. De son propre aveu, jamais, dans toute sa vie, elle ne commit de propos délibéré la faute la plus légère. Dom Guéranger, qui la connaissait, la citait comme un modèle de parfaite religieuse.
Mgr d'Outremont, de sainte mémoire, vint la visiter quelques jours avant sa mort et lui dit cette parole qui la combla de joie: «Ma fille, n'ayez aucune crainte, _où l'arbre tombe, il demeure_: vous allez tomber sur le Cœur de Jésus pour y demeurer éternellement.» Ainsi encouragée, elle mourut dans d'admirables sentiments de confiance, le 24 février 1877, dans sa quarante-huitième année.
[7] R. P. de Santanna.
[8] Cette vierge précieuse, bien que sans aucune valeur artistique, s'était animée deux fois pour éclairer et consoler, en de graves circonstances, la mère de Thérèse. Elle-même reçut, par cette statue bénie, des grâces signalées, comme nous le verrons plus loin.
[9] Marci, III, 13.
[10] Exod., XXXIII, 18, 19.
[11] Rom., IX, 16.
[12] Ps. XXII, 1, 2, 3, 4.
[13] Ps. CII, 8.
[14] Cette vénérée Mère avait fait profession au Carmel de Poitiers, d'où elle fut envoyée pour fonder celui de Lisieux en 1838.
Sa mémoire est restée en bénédiction dans ces deux monastères; elle y pratiqua constamment sous le regard de Dieu seul les vertus les plus héroïques, et couronna par une mort très sainte une vie chargée de bonnes œuvres, le 5 décembre 1891. Elle était âgée de quatre-vingt-six ans.
[15] Marie Guérin entra au Carmel de Lisieux, le 15 août 1895, et prononça ses vœux sous le nom de _Sœur Marie de l'Eucharistie_.
Elle se fit remarquer par son grand esprit de pauvreté et sa patience au milieu de longues souffrances. «_Je ne sais pas si j'ai bien souffert,_ dira-t-elle pendant sa dernière maladie, _mais il me semble que_ THÉRÈSE _me communique ses sentiments et que j'ai son même abandon_. _Oh! si je pouvais comme elle mourir d'amour! Ce ne serait pas étonnant, puisque je fais partie de la légion des petites victimes qu'elle a demandées au bon Dieu. Ma Mère, pendant mon agonie, si vous voyez que la souffrance m'empêche de faire des actes d'amour, je vous en conjure, rappelez-moi mon désir. Je veux mourir en disant à Jésus que je l'aime._»
Ce désir fut réalisé. La Mère Prieure, dans une lettre circulaire adressée à tous les Carmels, raconte ainsi ses derniers moments:
«On respirait vraiment, dans sa cellule, une autre atmosphère que celle d'ici-bas. Une de nos sœurs y apporta «LA VIERGE DE THÉRÈSE». Le regard déjà si beau de la petite Marie s'illumina d'un reflet céleste. «_Que je l'aime!_ dit-elle en lui tendant les bras. _Oh! qu'elle est belle!_»
«Le moment suprême approchait, et les élans de notre douce mourante devenaient toujours plus expressifs et plus embrasés: «_Je ne crains pas de mourir! oh! quelle paix!... Il ne faut pas avoir peur de la souffrance... Il donne toujours la force... Oh! que je voudrais bien mourir d'amour!... d'amour pour le bon Dieu..._ MON JÉSUS, JE VOUS AIME!» Et l'âme de notre angélique sœur, quittant son enveloppe fragile, s'exhala dans cet acte d'amour...
«C'était le 14 avril 1905. Elle avait 34 ans.»
[16] Joan., XI, 4.