Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même

Part 38

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Oh! cette voix intérieure je l'entendrai toujours!... «Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, suppliai-je avec ferveur, j'ai foi en votre sainteté, ne m'abandonnez pas, demandez à Jésus qu'il ait pitié de ma mère, qu'il exauce les prières de mes chères tantes, qu'il entende les invocations des Carmels, qu'il ait pitié de moi!» Et toujours cette même voix si douce faisait descendre en moi une suave confiance!... Ma tante, carmélite, eut la même intuition très énergique, elle était certaine que je ne serais pas opérée.

Le matin de l'opération arriva: à 7 h., j'avais 40° de fièvre! je priai, m'isolant dans une foi absolue.

A 8 h. 1/2 les docteurs arrivèrent, prêtant la main aux derniers préparatifs... J'eus un dernier élan! «Sœur Thérèse, suppliai-je, restez avec moi, ne m'abandonnez pas, j'ai foi, j'ai confiance!» Les docteurs entrèrent: il fallait me résigner... Quand, soudain, un apaisement de mon mal, une décroissance subite de ma fièvre et l'écoulement de l'abcès de ma mastoïde se faisant normalement par l'oreille! J'eus un cri d'allégresse, j'étais guérie! Les docteurs ne voulaient pas en croire leurs yeux; ils observèrent, constatèrent, et furent muets de stupéfaction, enregistrant un cas unique dans la mastoïdite.

Oh! merci de toute mon âme à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que je vénère et glorifie comme une sainte!

40.

_Relations de la Révérende Mère Saint-Jean Berchmans, Fondatrice et Supérieure des Missions des Sœurs de la Providence à Madagascar._

I

Ambatolampy (Madagascar), 16 mai 1909.

Je suis depuis deux jours à l'hôpital de X. auprès de ma Sœur Ste-R., atteinte de fièvre bilieuse hématurique. Le cas est mortel. Deux Européens de Tananarive viennent d'être enlevés en quarante-huit heures par cette maladie. Notre si chère Sœur a été plusieurs fois sur le point d'expirer; un miracle seul peut la sauver, nous le demandons ardemment à Notre-Dame de Lourdes par l'intercession de l'angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

13 août 1909.

Quelques heures après mon arrivée, les derniers sacrements furent administrés à la chère malade. Elle fit généreusement le sacrifice de sa vie, disant qu'elle était heureuse de mourir missionnaire...

Nous avions perdu tout espoir. Nos Malgaches étaient inconsolables; ils assiégeaient les portes de l'hôpital pour essayer de voir leur bonne Mère une dernière fois.

Le lundi 17 mai, vers 6 h. du soir, une dernière absolution lui fut donnée. Tout à coup elle m'appela et me dit d'un accent dont je fus frappée: «Vous savez ma Mère, que jusqu'à ce jour j'ai cru que j'allais mourir. Eh bien, ce soir je sens naître la confiance...»

Depuis lors notre chère Sœur alla mieux; maintenant elle est guérie. Gloire et reconnaissance à Notre-Dame de Lourdes et à Thérèse de l'Enfant-Jésus!

II

19 décembre 1909.

Notre petite sainte continue à travailler fort à la mission et nous fait constater une fois de plus la vérité de ses paroles: «Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.» Ce bien, je vois qu'elle aime surtout à le faire chez les plus petits, les plus pauvres, les plus déshérités des biens de la fortune et même de la grâce.

J'avais une pauvre infirme qui, depuis plus de dix ans, ne pouvait se mouvoir. Après plusieurs neuvaines à Sr Thérèse, elle s'est trouvée guérie et peut maintenant marcher. Elle vient d'être baptisée et a pris le nom de _Marie-Thérèse_.

III

Il y a un peu plus d'un mois, j'administrai le baptême à un petit enfant que je quittai ayant déjà le râle de la mort sur les lèvres. J'avais remis à la mère une image de Sr Thérèse en l'engageant à la prier. Quelques jours plus tard, je vois arriver la pauvre Malgache portant dans ses bras son bébé plein de santé. Et me le présentant, ainsi que l'image que nous lui avions donnée pour tout remède, elle me dit: «_La belle dame que tu m'as donnée a guéri mon fils pendant la nuit; je le croyais mort et déjà je pleurais... et elle arriva en portant une robe blanche qu'elle déposa sur lui, et quand mon petit se réveilla, il était guéri._»

N'est-il pas vrai, ma Révérende Mère, que ce sont là de beaux traits à insérer dans la «Pluie de roses»?

IV

29 mai 1910.

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus continue à _descendre_ souvent dans notre île. Sa pieuse intervention, nous aide beaucoup à prouver la vérité de notre sainte Religion.

En mai dernier, une de nos nouvelles Sœurs malgaches, la filleule de Thérèse (car la petite sainte, étant une des premières protectrices de notre noviciat, nous avons appelé: _Thérèse de l'Enfant-Jésus_, la plus jeune de nos novices, celle qui par sa simplicité nous rappelle le mieux notre petite sœur du Ciel), sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, dis-je, accompagnée de Flore, une de nos postulantes, visitait les malades d'une petite chrétienté qui a nom: Ambadivona, près d'Ambatolampy. Elles rencontrèrent dans une case délabrée une pauvre femme minée par la fièvre. Après l'avoir fait prier et lui avoir donné quelques remèdes, la sœur et sa compagne se préparaient à sortir, lorsqu'elles entendirent un profond gémissement: «Y a-t-il quelque autre malade ici?» demandèrent-elles à la pauvre femme. Cette dernière, leur montrant un trou au fond de la case, leur dit: «Il y a là mon fils qui est mourant.» Nos deux visiteuses pénétrèrent par le trou et virent étendu sur une natte, faisant entendre le râle de l'agonie, un jeune homme de 16 à 17 ans. Près de lui était blottie la grand'mère. «Est-il baptisé?» lui demandèrent-elles; la vieille fit un signe négatif. Alors sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus essaya de dire quelques mots du baptême, mais le malade paraissait avoir perdu connaissance. La sœur eut alors la pensée de sortir une image de Thérèse qu'elle portait sur elle, et de la mettre devant les yeux du mourant. A l'aspect de cette image, le regard de ce dernier parut s'illuminer et la connaissance lui revenir. La sœur profita de cette lueur de raison pour instruire le jeune homme, puis elle l'ondoya. Enfin, elle invita fortement la famille à prier et à suivre les catéchismes préparatoires au baptême. Tous promirent.

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et sa compagne sortirent, laissant la petite image de Thérèse au père du jeune homme qui venait de rentrer dans la case, apportant un linceul pour l'ensevelir. Elles remercièrent leur protectrice, à qui elles devaient la consolation d'avoir donné une âme de plus à Dieu; mais elles n'espéraient guère la guérison du malade qui n'avait plus qu'un souffle de vie.

Quel ne fut pas leur étonnement quand une huitaine de jours après cet incident, la femme du catéchiste d'Ambadivona vint leur dire que le malade presque mourant était complètement guéri. Elles crurent d'abord à une erreur.

Pour en avoir le cœur net, elles me demandèrent la permission d'aller s'assurer de la vérité. Leur surprise fut grande lorsque, arrivées à quelques pas de la case, elles aperçurent le jeune homme qui s'avançait à leur rencontre, aussi vigoureux que s'il n'avait jamais été malade. «Quel remède as-tu pris, lui dirent-elles, pour retrouver si vite tes forces?--Mais aucun, répondit-il, c'est l'image que vous m'avez laissée qui m'a guéri; chaque fois que je la regardais, je sentais mes forces revenir.»

Cette petite image est toujours dans la case, elle fait l'admiration de tous ces pauvres païens.

V

Il y a quelques mois, une pauvre mère nous amenait son petit enfant couvert de plaies; pas une place sur tout ce petit corps qui fût intacte. Comme toujours, ma première question fut de demander si l'enfant était baptisé. A la réponse négative de ses parents, j'appelai une de nos sœurs, nouvellement arrivée de France et qui brûlait du désir de faire un baptême. Après avoir conduit les parents de l'enfant dans notre chapelle et les avoir fait prier, la sœur toute tremblante d'émotion fit couler l'eau sur la tête de ce pauvre petit dont la seule vue et l'odeur nauséabonde, s'échappant des plaies, soulevaient le cœur. Elle donna ensuite une image de Thérèse aux parents de l'enfant en leur disant: «Priez bien la petite sœur qui est là sur cette (sary) image. Elle seule peut guérir votre enfant, ou, si ce n'est pas la volonté de Dieu, elle viendra le chercher pour le mettre au ciel.» Ils partirent; nous ne pensions plus du tout à cet enfant, lorsque, une quinzaine de jours après, la jeune sœur m'appela: «Venez vite voir mon petit Paul, me dit-elle, il est tout à fait guéri, il n'a plus une seule plaie»; et la jeune sœur était vivement émue.

«Qui a guéri ton fils?» demandai-je à la mère du petit. Et soulevant les pauvres haillons qui couvraient le corps de son enfant, la femme me montra une image de Thérèse, pliée dans un petit chiffon, et attachée à son cou: «Depuis que l'image est là, me dit-elle, les plaies ont séché presque subitement.»

VI

Une de nos chrétiennes, atteinte de la tuberculose, après s'être fait soigner à l'hôpital, fut congédiée par le docteur qui avait perdu tout espoir de guérison pour sa malade. En s'en allant dans son pays (Andraraty, 8 kilom. d'Ambatolampy), elle entra au couvent pour me demander des prières. Je lui donnai une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en lui disant de solliciter sa guérison auprès de cette religieuse dont elle emportait le portrait.

Le dimanche suivant, à la réunion des chrétiens d'Andraraty, je fus bien étonnée d'y trouver la pauvre femme toute transformée. Son visage était plein de santé.

«Qui t'a guérie? lui dis-je.--Mais, c'est l'image que vous m'avez donnée!»

Toute sa famille est dans l'admiration et croit fermement à l'efficacité de la prière.

VII

La petite relique de Thérèse vient encore de guérir une de nos meilleures chrétiennes d'Ambatolampy, Angèle Rasoa. La pauvre femme venait de perdre sa fille, en quelques heures, d'un fort accès de fièvre. Le lendemain de cette mort presque subite, elle fut terrassée elle-même. Son fils nous appela immédiatement. Je prévins le R. P. Roblet, et je partis en toute hâte. Je fis respirer de l'ammoniaque à la mourante, ce qui lui rendit assez de connaissance pour que le Père pût la confesser. Ensuite nous fîmes quelques prières auprès de son lit; elle paraissait n'avoir plus qu'un souffle de vie. Voyant la douleur de ses pauvres enfants qui l'entouraient, il me vint à la pensée de demander sa guérison à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et j'épinglai une de ses reliques à la couverture de la malade. A partir de ce moment, cette dernière parut aller mieux; le lendemain, elle était hors de danger, et deux jours après complètement guérie. Depuis lors, elle et sa famille ne cessent de remercier leur bienfaitrice.

VIII

10 novembre 1910.

Dans notre orphelinat de Betafo (Madagascar) était élevée, depuis cinq ans, Justine Raivo, jeune fille d'une très robuste constitution. En octobre 1907, elle tomba malade, et depuis, sa santé alla de jour en jour en déclinant. Deux ans après, les crises étaient si violentes qu'elle devint bientôt méconnaissable. Plus d'appétit, de forces, de sommeil. Après quelques instants de repos au dortoir, la pauvre enfant commençait à gémir, se plaignant de douleurs vers le cœur, puis criait, délirait, se promenait dans la maison, dans la cour, ne sachant que faire pour obtenir quelque soulagement. Elle était alors, tantôt transie de froid, tantôt brûlante de fièvre.

Deux docteurs prodiguèrent les soins les plus intelligents et les plus assidus à la jeune fille, sans obtenir aucun résultat. La malade était devenue maigre, son teint était terne, ses yeux tantôt hagards, tantôt brillants démesurément.

Elle se plaignait de souffrances violentes dans la tête, les reins, les genoux, etc... Les deux docteurs finirent par nous avouer qu'on pouvait la prolonger de quelques mois; «mais une guérison était impossible», disaient-ils.

Dix mois s'étaient ainsi écoulés quand la jeune fille, qui, depuis longtemps, nous avait témoigne le désir de se faire religieuse, m'écrivit pour me supplier de vouloir bien l'accepter au noviciat indigène. Sa demande aie m'étonna pas; mais comment penser à recevoir une postulante dans un pareil état de santé? Nous commençâmes alors immédiatement une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je donnai une réponse affirmative à la jeune fille. Le lendemain de son arrivée (31 juillet), commencement d'une seconde neuvaine à la petite sainte. La nuit suivante fut extrêmement douloureuse; jamais peut être la pauvre enfant n'avait autant gémi, déliré, souffert. On eût dit que Thérèse voulait nous prouver à toutes que la terrible maladie existait bien toujours. Puis ce fut fini; depuis ce moment, les journées et les nuits de la jeune fille ont été parfaitement calmes.

Chaque jour de la neuvaine on la voyait redevenir plus fraîche, plus forte, et, à partir du dernier jour, elle reprit son appétit d'autrefois, toutes ses forces lui revinrent.

Elle n'a cessé depuis d'étudier, de même que ses compagnes, d'aller faire des catéchismes dans les chrétientés environnantes assez éloignées, et jamais elle n'a ressenti la moindre lassitude.

Aidez-nous, ma Rde Mère, à remercier notre chère petite Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et demandez-lui de multiplier ses visites; alors, malgré notre petit nombre, nous pourrons donner à Nôtre-Seigneur les âmes de tous les païens qui nous entourent.

Sr St-JEAN BERCHMANS.

* * * * *

Je soussigné, évêque titulaire de Soruze, vicaire apostolique de Madagascar central, déclare que Sr St-Jean Berchmans est tout à fait digne de foi.

Tananarive (Madagascar), le 22 novembre 1910.

† J.-B. CAZET,

_Vic. apost. de Madagascar central_.

41.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 7 juin 1909.

MA TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

Vous serez heureuse d'apprendre que votre petite Sœur, qui aimait tant les Carmels des missions, a bien voulu nous favoriser d'une de ses visites.

Nous avions une de nos chères Sœurs très mal d'une pneumonie compliquée d'une maladie de foie et d'une affection des reins; le docteur avait peu d'espoir et d'autant moins que notre bien-aimée malade ne voulait pas guérir, étant si heureuse d'entrevoir le ciel, objet de tous les désirs de son cœur.

Elle venait de recevoir avec une piété touchante le saint Viatique et l'Extrême-Onction, lorsque nous arriva la circulaire relatant les faits merveilleux opérés par l'intervention toute-puissante, auprès de Dieu, de votre aimable petite sainte.

Nous commençâmes une neuvaine en communauté, pour obtenir la guérison de notre chère malade qui voulut s'unir à nos supplications, dans le but de glorifier le bon Dieu et de contribuer aussi, autant que possible, à la glorification de la Servante de Dieu, par sa guérison.

Elle vous dit elle-même comment elle a été guérie.

Cette grâce obtenue au Carmel a fait grand bruit dans la ville, et on nous demande des neuvaines. Nous vous serions bien reconnaissantes, si vous vouliez nous envoyer quelques reliques et images.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS.

_prieure_.

_Relation de la Sœur._

Sans me rendre exactement compte des maladies graves dont j'étais atteinte, souffrant beaucoup sous l'influence d'une forte fièvre, crachant le sang et comme des morceaux de poumon, j'interrogeai le docteur afin de savoir si ma vie était en danger, pour recevoir les derniers sacrements. Il me répondu que, depuis trois jours, je me trouvais dans ce cas.

J'exprimai alors mon désir à notre Révérende Mère de ne point différer à me procurer cette grâce et, dans l'après-midi de ce même jour, 16 mars 1909, je reçus la sainte communion en viatique ainsi que l'Extrême-Onction, et me disposai de mon mieux au grand passage du temps à l'éternité.

Voyant que le docteur réitérait ses visites trois et même quatre fois par jour, et qu'il s'était adjoint un autre médecin en consultation, je fus affligée de sa sollicitude à vouloir m'arracher à la mort, moi qui me sentais si heureuse de quitter cette terre d'exil, et je lui en exprimai ma peine, lui reprochant d'agir contrairement aux desseins de Dieu qui m'appelait.

Il était attristé de mes dispositions, contraires, disait-il, aux efforts de la science pour me guérir.

Sa piété avait cependant plus d'espoir dans la puissance de la prière que dans les secours humains. Ce jour même, la communauté commençait une neuvaine pour solliciter un miracle par l'intercession de la Servante de Dieu, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Bien après le départ du docteur, j'éprouvai quelque chose qui ne saurait s'exprimer; j'étais seule et ne dormais point; il me semblait que j'étais comme suspendue dans l'espace. Je ne vis rien, mais je m'entendis interroger ainsi: «Pourquoi voulez-vous mourir?» Croyant parler à Dieu, je répondis: «Pour vous voir.» Mais la voix reprit qu'il serait plus glorieux à Dieu de m'abandonner à lui, soit pour vivre, soit pour mourir, et de m'unir à la neuvaine que faisait la communauté.

J'entendis encore ces paroles: «Quelle plus grande gloire pour Dieu, pour la sainte Eglise, pour votre saint Ordre et votre communauté, si le miracle de votre guérison doit hâter la glorification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!»

Aussitôt mes dispositions furent complètement changées, je répondis: «Non, je ne veux plus désirer mourir, je veux prier et commencer une neuvaine.»

Lorsque le docteur revint dans l'après-midi, je lui fis réparation des reproches que je lui avais adressés; le même jour, sur ma demande, on me donna une image représentant Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que je plaçai près de mon chevet. Je la priais sans cesse, avec une grande confiance, à proportion de mes souffrances qui s'accentuaient davantage, à mesure que la neuvaine approchait de son terme.

La veille du dernier jour, 23 mars, vers 5 h. de l'après-midi, alors que toute la communauté se trouvait réunie au chœur pour l'oraison, étant seule avec la Sœur infirmière, je fus subitement prise de violentes suffocations. A la quatrième crise, qui fut la dernière, j'endurai toutes les angoisses de l'asphyxie. M'étant soulevée du lit par l'excès de la souffrance, j'étreignais la Sœur qui me soutenait dans ses bras, croyant, comme moi, que j'allais expirer. L'air me manquait absolument pour respirer. Lorsque je fus remise de cette terrible lutte, aussitôt que je pus parler, j'invitai la pauvre Sœur bien émotionnée à remercier Dieu. «Puisque je n'en suis pas morte, lui dis-je, c'est une preuve que nos prières seront exaucées.»

J'avais l'espoir que je serais guérie le lendemain à la sainte communion. La nuit fut très mauvaise. A 3 h. du matin, j'endurai une véritable agonie, j'étais inondée d'une sueur froide, grelottant malgré les fortes chaleurs de l'été et la couverture de laine dont j'étais enveloppée; j'en demandai même une autre plus chaude. A 3 h. 1/2 j'éprouvai soudainement un indéfinissable bien-être, je dis aux Sœurs qui me prodiguaient leurs soins: «Retirez-vous dans vos cellules, allez vous reposer, je n'ai plus besoin que personne me veille, je suis guérie! Aussitôt que notre Mère sera levée, veuillez le lui annoncer.»

En effet, je dormis d'un bon sommeil jusqu'à l'Angélus.

La veille encore, je recevais la sainte communion dans mon lit en viatique et ne pouvais avaler qu'une parcelle de la sainte Hostie avec difficulté. Ce dernier jour de la neuvaine je me levais, m'habillais, recevais la sainte communion et demeurais à genoux, sans appui, environ une demi-heure.

A la fin de mon action de grâces, je chantais un des cantiques composés par notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!

Quelques instants après, le docteur vint m'ausculter et déclarait qu'il n'y avait plus aucune trace de la pneumonie qui m'avait conduite aux portes du tombeau, et qui était compliquée d'une affection au foie et d'une maladie non moins sérieuse des reins. Ma santé, si éprouvée depuis plusieurs années, m'a été rendue bien meilleure. En peu de jours j'ai pu reprendre et exercer sans interruption mon office de portière avec d'autres occupations fatigantes. La nuit du Jeudi Saint, 7 avril, j'ai pu veiller avec la communauté devant le Saint Sacrement. Je prends la nourriture commune de nos Sœurs au réfectoire et ne ressens nullement aucune des indispositions des maladies précédentes. J'ai su depuis, par une religieuse du Tiers-Ordre, qu'ayant interrogé le docteur sur mon état le soir, veille de ma guérison, celui-ci avait répondu: «Elle expirera peut-être cette nuit.» Gloire soit rendue à Dieu et à la chère âme qui a daigné intercéder pour son indigne petite sœur! Qu'elle achève maintenant son œuvre en m'obtenant l'inappréciable grâce de marcher fidèlement sur ses traces dans la pratique des vertus religieuses.

SR MARIE DU CALVAIRE.

Suit le certificat du docteur.

42.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 31 juillet 1909.

La santé de notre chère miraculée est bonne, très bonne. Elle, qui depuis de bien longues années endurait de cruelles douleurs, privée des exercices de communauté, vient maintenant partout. La joie est répandue dans tout son être, on sent qu'une divine transformation s'est opérée en elle. Jamais nous ne pourrons oublier l'expression du visage de notre bien-aimée Sœur le jour de sa guérison; elle était transfigurée, comme en extase, et encore, quand elle parle de sa céleste bienfaitrice, elle est toute rayonnante de reconnaissance et d'amour.

Une de nos Sœurs eut la pensée d'obtenir, elle aussi, la guérison d'un écoulement d'oreille qui la faisait bien souffrir et la privait de sa voix au chœur, soit pour la psalmodie, soit pour le chant; elle avait encore des ulcères extérieurs. Eh bien! pendant la neuvaine, tout a disparu! Et maintenant elle donne sa voix librement, et il n'y a aucune trace des ulcères d'où sortait un pus verdâtre qui nous inquiétait.

Nous faisons quelques économies afin d'offrir notre obole pour la glorification de notre douce sainte.

Nous vous prions de faire faire une visite pour nous à sa glorieuse tombe et de lui recommander plusieurs intentions.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS,

_Prieure_.

43.

Communauté de X. (Finistère), 15 juin 1909.

Thérèse, la gracieuse «petite Reine», vient de jeter sur notre monastère un de ses pétales de rose.

Depuis le 1er décembre 1908, une de nos Sœurs, âgée de 31 ans, était atteinte d'une maladie infectieuse du cerveau et de la moelle épinière, le tout augmenté d'une phlébite aux deux jambes.

Le 16 mars, le docteur, ayant constaté que les phlébites avaient disparu, mais que la jambe droite était ankylosée, plia lui-même les deux jambes afin de permettre à la Sœur de marcher: ce fut une souffrance ajoutée à tant d'autres, car quand il fallut faire circuler la patiente, les jambes fléchissaient et étaient incapables de la porter. Dès l'abord, on crut à de la faiblesse et l'on espérait que le temps en aurait raison. Hélas! la malade restait impotente, et le docteur disait que, probablement, elle serait paralysée toute sa vie et que, seule, Notre-Dame de Lourdes, pourrait la guérir. C'était le jeudi 3 juin.

Le vendredi, 11 juin, la malade, dès son réveil, se sentit plus fatiguée encore qu'à l'ordinaire et souffrit cruellement pendant la sainte Messe. Au moment de la communion, quand l'infirmière la prit pour la conduire à la sainte Table, elle faillit tomber, tant ses jambes étaient rebelles.

De retour à l'infirmerie, la Sœur dit à la malade: «Quand vous êtes seule, il faudrait essayer de vous lever du fauteuil.» Elle répondit tristement: «Je ne le puis j'essaie souvent, mais il m'est impossible de remuer les reins.» L'infirmière n'insista pas, persuadée, en effet, de son impuissance; elle la prit par le bras et la fit marcher dans l'appartement. La Sœur coadjutrice,--aide pour les malades--arrivant à ce moment, dit à l'infirmière: «Pourquoi vous fatiguer ainsi? On n'est pas plus avancé de faire marcher la Sœur aujourd'hui qu'au premier jour.»