Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même

Part 34

Chapter 343,425 wordsPublic domain

Rappelle-toi ton ardente Marie, Celle qui fut la plus chère à ton cœur; Rappelle-toi qu'elle remplit ta vie, Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, Et tu bénis la main qui t'offrait la souffrance. De ton beau «_diamant_[266]» Toujours plus scintillant, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi ta belle «_perle fine_», Que tu connus faible et timide agneau; Vois-la, comptant sur la force divine, Et du Carmel conduisant le troupeau. De tes autres enfants elle est aujourd'hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel, De ton petit Carmel, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi cette ardente prière Que tu formas pour ta troisième enfant. Dieu l'entendit!... elle estime la terre Un lieu d'exil et de bannissement. La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l'inonde; De ses brûlants soupirs, De ses ardents désirs, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t'éprouver par un choix glorieux. Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie; Maintenant à Jésus elle donne sa vie... Protège ton enfant Qui redit bien souvent: Rappelle-toi!...

Oh! souviens-toi de ta «_petite reine_», Du tendre amour dont son cœur déborda... Rappelle-toi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida. Papa, rappelle-toi qu'aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l'asseyais souvent sur tes genoux, Et, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ton refrain si doux! Elle voyait du ciel un reflet sur ta face, Quand ton regard profond se plongeait dans l'espace... Et de l'éternité Tu chantais la beauté, Rappelle-toi!

Rappelle-toi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une _fleurette blanche_, Et lui permis de voler au Carmel. O père, souviens-toi qu'en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi!

Rappelle-toi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s'imprima. Maintenant tes enfants t'adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amère! Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux _Neuf lis_ en fleurs!

Août 1894.

Ce que j'aimais...

Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.

Air: _Combien j'ai douce souvenance._

J'ai en mon Bien-Aimé les montagnes. Les vallées solitaires et boisées, Les îles étrangères, Les fleuves retentissants, Le murmure des zéphyrs amoureux.

* * * * *

La nuit paisible, Pareille au lever de l'aurore; La musique silencieuse, La solitude harmonieuse, Le souper qui charme et qui accroît l'amour.

(SAINT JEAN DE LA CROIX.)

Oh! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance! Pour garder la fleur de mon innocence, Le Seigneur m'entoura toujours D'amour.

Aussi, malgré ma petitesse, A Dieu je donnai ma tendresse; Et de mon cœur s'échappa la promesse D'épouser le Roi des élus, Jésus.

J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux!

J'aimais les champs de blé, la plaine, J'aimais la colline lointaine; Dans mon bonheur, je respirais à peine. En moissonnant avec mes sœurs, Les fleurs.

J'aimais à cueillir les herbettes, Les bluets, toutes les fleurettes; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux.

J'aimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l'azur toujours radieux Des cieux.

J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée; Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel: Noël!

De maman, j'aimais le sourire, Son regard profond semblait dire: «L'éternité me ravit et m'attire, «Je vais aller dans le ciel bleu «Voir Dieu!

«Je vais trouver dans la patrie «_Mes anges_, la Vierge Marie. «De mes enfants que je laisse en la vie, «A Jésus j'offrirai les pleurs, «Les cœurs!»

Oh! que j'aimais Jésus-Hostie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie! Oh! que j'ouvris avec bonheur Mon cœur!

J'aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baisers d'un père, A caresser ses blancs cheveux Neigeux.

Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée, Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée. J'entends encor, de son doux chant, L'accent.

O souvenir! tu me reposes. Tu me rappelles bien des choses... Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaîté L'été.

A l'heure où tout vain bruit s'apaise, J'aimais à confondre à mon aise Mon âme avec celle de ma Thérèse; Je ne formais avec ma sœur Qu'un cœur!

Alors nos voix étaient mêlées, Nos mains, l'une à l'autre enchaînées; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel!

De la Suisse et de l'Italie, Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie. J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.

Avec amour je t'ai baisée, Terre sainte du Colysée! Des Catacombes la voûte sacrée A répété bien doucement Mon chant.

Mon bonheur fut suivi de larmes; Bien grandes furent mes alarmes! De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.

Alors j'aimais, fuyant le monde, Que l'Echo lointain me réponde; En la vallée ombragée et féconde Je cueillais, à travers mes pleurs, Les fleurs.

J'aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise. Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m'asseoir Le soir.

J'aimais le vol des hirondelles, Le chant plaintif des tourterelles; Avec plaisir j'entendais le bruit d'ailes De l'insecte au bourdonnement Bruyant.

J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale; J'aimais à voir l'abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.

J'aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère, Je prenais, voltigeant sur la fougère, Les papillons au reflet pur D'azur.

J'aimais le ver luisant dans l'ombre, J'aimais les étoiles sans nombre... Surtout j'aimais l'éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d'argent Brillant.

A mon père, dans sa vieillesse, J'offrais l'appui de ma jeunesse... Il m'était tout: bonheur, enfant, richesse. Ah! je l'embrassais tendrement Souvent.

Nous aimions le doux bruit de l'onde, L'éclat de l'orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.

Mais un matin son beau visage Du Crucifix chercha l'image..... De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard: Ma part!...

Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Et, l'emportant bien loin de la colline, Le plaça près de l'Eternel, Au ciel!

* * * * *

Maintenant je suis prisonnière, J'ai fui les bosquets de la terre, J'ai vu que tout en elle est éphémère, J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir!

Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie, La fleur en mes mains s'est flétrie... Jésus, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas Mes pas.

Comme un cerf, en sa soif ardente, Soupire après l'eau jaillissante, O Jésus, vers toi j'accours défaillante: Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs...

C'est ton seul amour qui m'entraîne; «Mon troupeau je laisse en la plaine, «De le garder je ne prends pas la peine»; Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.

Jésus, c'est toi l'Agneau que j'aime; Tu me suffis, ô Bien suprême! En toi j'ai tout: la terre et le ciel même: La fleur que je cueille, ô mon Roi, C'est toi!

Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée. Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée, Sur mon cœur je veux te garder, T'aimer!

Toujours ton amour m'accompagne; En toi j'ai les bois, la campagne, J'ai les roseaux, la lointaine montagne, La pluie et les flocons neigeux Des cieux.

En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d'or, belles roses; Du blanc muguet, j'ai la fraîcheur, L'odeur.

J'ai la lyre mélodieuse, La solitude harmonieuse, Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau, L'oiseau.

J'ai l'arc-en-ciel, j'ai l'aube pure, Le vaste horizon, la verdure; J'ai l'île étrangère et la moisson mûre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.

En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l'aurore; En toi je trouve pour jamais La paix!

J'ai les grappes délicieuses, Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux fleurs mystérieuses; J'ai tous les blonds petits enfants, Leurs chants.

En toi j'ai sources et collines, Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines, Le frisilis du peuplier Léger.

J'ai l'avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante, Le fil de la Vierge et la flamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris, Les nids.

En toi j'ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.

J'ai le beau lac, j'ai la vallée Solitaire et toute boisée; De l'Océan j'ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.

J'ai le vaisseau fuyant la plage, Le sillon d'or et le rivage; J'ai, du soleil festonnant le nuage Alors qu'il disparaît des cieux, Les feux.

En toi j'ai la brillante étoile; Souvent ton amour se dévoile, Et j'aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main!

O toi qui soutiens tous les mondes! Qui plantes les forêts profondes; D'un seul coup d'œil, toi qui les rends fécondes, Tu me suis d'un regard d'amour Toujours!

J'ai ton Cœur, ta Face adorée, _De ta flèche je suis blessée_... J'ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus!

J'irai chanter avec les Anges De l'amour sacré les louanges... Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges. _O Jésus, que je meure un jour D'amour!_

Attiré par sa transparence, Vers le feu l'insecte s'élance; Ainsi ton amour est mon espérance, C'est en lui que je veux voler, Brûler...

Je l'entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête! Aux saules, prenant ma harpe muette, Sur tes genoux je vais m'asseoir, Te voir!

Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie; Je vais, après l'exil de cette vie, Retrouver le toit paternel Au ciel...

28 avril 1895.

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Armoiries de Jésus et de Thérèse[267].

_Jours de grâces accordés par le Seigneur à sa petite épouse._

Naissance: 2 janvier 1873.--Baptême: 4 janvier 1873.--Sourire de la sainte Vierge: 10 mai 1883.--Première Communion: 8 mai 1884.--Confirmation: 14 juin 1884.--Conversion: 25 décembre 1886.--Audience de Léon XIII: 20 novembre 1887.--Entrée au Carmel: 9 avril 1888.--Prise d'Habit: 10 janvier 1889.--Profession: 8 septembre 1890.--Prise de Voile: 24 septembre 1890.--Offrande de moi-même à l'Amour: 9 juin 1895.

EXPLICATION DES ARMOIRIES

Le blason J.H.S.† est celui que Jésus a daigné apporter en dot à sa pauvre petite épouse, l'appelant Thérèse de l'_Enfant-Jésus_ et de la _Sainte Face_. Ce sont là ses titres de noblesse, sa richesse et son espérance.--La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire: «_Je suis la vigne et vous êtes les branches; je veux que vous me rapportiez beaucoup de fruit_[268].» Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus-Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'il ressentit pendant sa Passion. La harpe représente encore Thérèse qui veut chanter sans cesse à Jésus des mélodies d'amour.

Le blason FMT† est celui de Marie-Françoise-Thérèse, la petite fleur de la sainte Vierge; aussi cette petite fleur est-elle représentée recevant les rayons bienfaisants de la douce Etoile du matin.--La terre verdoyante, c'est la famille bénie au sein de laquelle la fleurette a grandi. Plus loin se voit la montagne du Carmel, où Thérèse figure en ses armoiries le dard enflammé de l'amour qui doit lui mériter la palme du martyre. Mais elle n'oublie pas qu'elle n'est qu'un faible roseau; aussi l'a-t-elle placé sur son blason. Le triangle lumineux représente l'adorable Trinité qui ne cesse de répandre ses dons inestimables sur l'âme de la petite Thérèse; aussi, dans sa reconnaissance, n'oubliera-t-elle jamais cette devise:

«_L'amour ne se paie que par l'amour._»

_Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face_.

QUELQUES-UNES

_Des Grâces et Guérisons_

ATTRIBUÉES A L'INTERCESSION

DE LA SERVANTE DE DIEU

THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS

ET DE LA SAINTE FACE

Récit de son exhumation.

Bayeux, le 4 janvier 1911.

Nous, Evêque de Bayeux, sur le rapport qui Nous a été fait, autorisons d'imprimer en appendice à la _Vie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus écrite par elle-même_, la relation des grâces et guérisons attribuées à l'intercession de la Servante de Dieu et publiée sous le titre: _Pluie de Roses._

Nous autorisons pareillement l'adjonction du récit qui Nous a été soumis de l'exhumation des restes de la Servante de Dieu, au cimetière de Lisieux.

† THOMAS, _Ev. de Bayeux et Lisieux_.

AVERTISSEMENT

Ces pages ne sont pas destinées à publier tous les bienfaits de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, mais seulement à en désigner quelques-uns à l'attention du pieux lecteur.

Les faveurs de tout genre attribuées à son intercession se multiplient d'une manière toujours plus rapide et plus universelle, comme on le verra dans ce premier recueil et dans un second opuscule: _Pluie de Roses, II._

Ce second opuscule, contrairement à celui-ci, ne peut trouver place à la fin de l'«HISTOIRE D'UNE AME».

* * * * *

Il ne sera parlé qu'incidemment des parfums. Les personnes qui ont été favorisées de ces émanations mystérieuses sont en très grand nombre. Il ne se passe guère de jour sans qu'il en soit question dans le volumineux courrier concernant la Servante de Dieu. Sur sa tombe et dans l'intérieur de son monastère les mêmes manifestations ne cessent de se produire.

Pluie de Roses.

I

JE VEUX PASSER MON CIEL A FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.

APRÈS MA MORT, JE FERAI TOMBER UNE PLUIE DE ROSES.

(Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.)

1.

Monastère des Carmes Déchaussés, Wadourie, Autriche (Gallicie), 9 octobre 1902.

_Réparation_.

TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

L'inscription placée en tête de cette lettre indique mon devoir de réparer une faute commise par moi envers votre petite sainte, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Il y a deux ou trois ans, quand on me présenta le manuscrit, avec traduction en langue polonaise de la vie de cette petite fleur du Carmel, je me suis permis de faire la remarque que la langue de notre pays ne sied aucunement au style de l'original, et que la lecture ne causerait que du dégoût. C'était comme mettre un frein à l'apostolat de cette élue de Dieu. Elle a dû prendre cela à cœur; et, en revanche, non seulement a su agir de manière que la dite traduction fût mise au jour, mais, de plus, s'est prise directement à ma personne.

Il y a une huitaine de jours, je suis rentré à la cellule, l'âme toute ballottée par les flots d'une mer orageuse de peines intérieures, et ne sachant où trouver refuge pour s'abriter. Voilà que mon regard s'arrête sur le livre français de la vie de la _sœur vengeresse_... Je l'ouvre, et je tombe sur la poésie: «VIVRE D'AMOUR.»

Soudain, l'orage s'apaise, le calme revient, quelque chose d'ineffable envahit tout mon être et me transforme de fond en comble. Ce cantique fut donc pour moi la barque de sauvetage: l'aimable sœur s'étant offerte pour pilote.

Je dois donc constater aujourd'hui que la promesse: «_Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre... Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses_», s'est réalisée en vérité.

Fr. RAPHAEL DE ST-JOSEPH, _Carm. Déch.,

Vicaire-Provincial_.

(Le R. P. Raphaël Kalinowski mourut en odeur de sainteté, en l'année 1907. Sa cause de béatification est soumise à la sainte Eglise.)

2.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 10 novembre 1902.

Mme Héloïse Debossu, habitant à Reims, actuellement 9, rue Luiquet, et précédemment 5, avenue de Laon, souffrait depuis une dizaine d'années d'une tumeur fibreuse, située du côté gauche, un peu au-dessous des côtes. De nombreux médecins consultés réclamaient avec instance une opération, devenant chaque jour plus urgente. La malade ne voulut jamais y consentir. En désespoir de cause, elle fut soumise à divers traitements de massage et d'électricité qui ne lui procurèrent qu'un soulagement très passager. Au mois de janvier 1901, son état s'aggrava tellement qu'elle dut garder la chambre et même le lit à peu près continuellement. La maigreur et les souffrances étaient devenues effrayantes. Au mois de septembre, une péritonite venait même de se déclarer. C'est alors que, désespérant du côté de la terre, j'envoyai à la pauvre malade un sachet de cheveux de la chère et vénérée petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, en l'engageant à s'unir à une neuvaine que j'allais demander à votre Carmel. Le résultat ne se fit pas attendre. Le dernier jour de la neuvaine, la malade, guérie de sa tumeur, pouvait se rendre à sa paroisse et y faire la sainte communion en action de grâces. Depuis, ses forces n'ont fait qu'aller en augmentant. Sa figure annonce une santé parfaite, et sa maigreur a fait place à un embonpoint et à une fraîcheur de teint qui ne laissent aucun doute sur sa guérison. Tous ceux qui connaissent cette personne, qui l'ont vue si malade et si désespérée, s'accordent à proclamer la chère petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus comme l'agent merveilleux de sa guérison.

Voilà, ma Révérende Mère, simplement, sans phrases et sans exagération, l'entière et sincère vérité. Aussi, impossible de vous dire la reconnaissance de Mme Debossu pour son incomparable bienfaitrice.

Cinq ans après: 23 février 1907.

Je soussigné certifie que Mme Héloïse Debossu, née Dauphinot, qui fut guérie à la suite d'une neuvaine faite à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, décédée au Carmel de Lisieux en 1897, a continué depuis 1902 à jouir d'une excellente santé et qu'elle demeure convaincue que sa guérison, aussi prompte que complète, est due entièrement et uniquement à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Les médecins l'avaient condamnée et, même avec une opération, ne répondaient pas de sa guérison. Elle n'a pas été opérée et, à la fin de la neuvaine, elle qui gardait le lit depuis de longs mois, elle allait à pied communier à l'église de sa paroisse.

En foi de quoi, je signe la présente attestation.

L'abbé D. PETIT,

_Ancien directeur du Séminaire de Versailles, actuellement curé de Marnes-la-Coquette_[269].

3.

Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 23 janvier 1903.

Une dame Jouanne, mariée à un jardinier, et mère de deux enfants dont l'aîné a dix ans, eut à subir, il y a plus d'un an, une opération pour une double hernie étranglée. Elle faillit y laisser la vie. Depuis elle pouvait à peine se traîner, et sa maigreur était extrême. Il y a trois semaines environ, cette femme est retombée gravement malade d'une appendicite compliquée d'une péritonite complète. Les médecins déclarent qu'elle est perdue. Un matin de la semaine dernière, le mari se précipite chez moi: «Venez vite, Monsieur le Curé, elle se meurt.» Un grand chirurgien de Paris, celui-là même qui précédemment l'avait opérée de sa double hernie, appelé par son confrère de Ville-d'Avray, était venu la veille pour tenter une opération. La malade avait été endormie. On lui ouvre le ventre, mais on se trouve en présence de tels abcès et de pus répandu, que vite on renonce à toute opération et qu'après quelques points de suture, pour rejoindre tant bien que mal les bords de la plaie, on déclare qu'elle n'a plus que quelques heures à vivre, un jour ou deux tout au plus.

J'arrive promptement. La malade ne pouvait plus parler, avait le teint cadavérique, était glacée et semblait ne plus avoir qu'un souffle. Elle gardait cependant sa connaissance. Je lui adresse du fond du cœur quelques mots, je lui recommande de se mettre intérieurement sous la protection de notre bien-aimée petite Thérèse, puis je lui donne l'absolution et l'indulgence de la bonne mort. J'avais oublié les Saintes Huiles, peut-être par une permission de Dieu.

La religieuse qui était près d'elle déclarait qu'elle baissait de minute en minute. Alors je glisse, en la prévenant, sous le traversin de la malade, un sachet renfermant des feuilles de roses dont Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus avait caressé son crucifix.

Le même jour, les vomissements, qui depuis six jours étaient continuels, cessaient entièrement; le surlendemain, les médecins déclaraient qu'elle était hors de danger et lui permettaient des aliments. Cinq jours après, le mari venait me dire et la joie de la malade et toute sa reconnaissance pour la chère petite sainte.

Vous le voyez, ma Révérende Mère, un rien qu'a touché cet ange a une valeur et une vertu inexprimables...

Du même, 23 juillet 1907.