Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même
Part 20
--Ma Mère, _c'est la voie de l'enfance spirituelle, c'est le chemin de la confiance et du total abandon_. Je veux leur indiquer les petits moyens qui m'ont si parfaitement réussi; leur dire qu'il n'y a qu'une seule chose à faire ici-bas: _jeter à Jésus les fleurs des petits sacrifices, le prendre par des caresses! C'est comme cela que je l'ai pris, et c'est pour cela que je serai si bien reçue!_»
«Si je vous induis en erreur avec ma petite voie d'amour, disait-elle à une novice, ne craignez pas que je vous la laisse suivre longtemps. Je vous apparaîtrais bientôt pour vous dire de prendre une autre route; mais, si je ne reviens pas, croyez à la vérité de mes paroles: _on n'a jamais trop de confiance envers le bon Dieu, si puissant et si miséricordieux! On obtient de lui tout autant qu'on en espère!..._»
La veille de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel une novice lui dit:
«Si vous alliez mourir demain, après la communion, ce serait une si belle mort qu'elle me consolerait de toute ma peine, il me semble.»
Et Thérèse répondit vivement:
«Mourir après la communion! Un jour de grande fête! Non, il n'en sera pas ainsi: _les petites âmes ne pourraient pas imiter cela_. Dans ma petite voie, il n'y a que des choses très ordinaires; _il faut que tout ce que je fais, les petites âmes puissent le faire_.»
Elle écrivait encore à l'un de ses frères missionnaires:
«Ce qui m'attire vers la Patrie des cieux, c'est l'appel du Seigneur, c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré, et la pensée que je pourrai le faire aimer _d'une multitude d'âmes_ qui le béniront éternellement.»
Et une autre fois:
«Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l'Eglise et les âmes; je le demande à Dieu et je suis certaine qu'il m'exaucera. Vous voyez que, si je quitte déjà le champ de bataille, ce n'est pas avec le désir égoïste de me reposer. Depuis longtemps la souffrance est devenue mon ciel ici-bas; et j'ai du mal à concevoir comment il me sera possible de m'acclimater dans un pays où la joie règne sans aucun mélange de tristesse. Il faudra que Jésus transforme tout à fait mon âme, autrement je ne pourrais supporter les délices éternelles.»
* * * * *
Oui, la souffrance était devenue son ciel sur la terre; elle lui souriait, comme nous sourions au bonheur.
«Quand je souffre beaucoup, disait-elle, quand il m'arrive des choses pénibles, désagréables, au lieu de prendre un air triste, j'y réponds par un sourire. Au début, je ne réussissais pas toujours; mais maintenant, c'est une habitude que je suis bien heureuse d'avoir contractée.»
Une de nos sœurs doutait de sa patience. Un jour, en la visitant, elle vit sur son visage une expression de joie céleste et voulut en savoir la cause.
«C'est parce que je ressens une très vive douleur, répondit Thérèse; je me suis toujours efforcée d'aimer la souffrance et de lui faire bon accueil.»
«Pourquoi êtes-vous si gaie ce matin?» lui demandait Mère Agnès de Jésus.
--C'est parce que j'ai eu deux petites peines; rien ne me donne de _petites joies_ comme les _petites peines_.»
Et une autre fois:
«Vous avez eu bien des épreuves aujourd'hui?
--Oui, mais... puisque je les aime!... J'aime tout ce que le bon Dieu me donne.
--C'est affreux ce que vous souffrez?
--Non, ce n'est pas affreux; une petite victime d'amour pourrait-elle trouver affreux ce que son Epoux lui envoie? Il me donne à chaque instant ce que je puis supporter; pas davantage; et si, le moment d'après, il augmente ma souffrance, il augmente aussi ma force.
«Cependant, je ne pourrais jamais lui demander des souffrances plus grandes, _car je suis trop petite_; elles deviendraient alors mes souffrances à moi, il faudrait que je les supporte toute seule; _et je n'ai jamais rien pu faire toute seule_.»
* * * * *
Ainsi parlait au lit de mort cette vierge sage et prudente dont la lampe, toujours remplie de l'huile des vertus, brilla jusqu'à la fin.
Si l'Esprit-Saint nous dit au livre des Proverbes: «_La doctrine d'un homme se prouve par sa patience_»[147], celles qui l'ont entendue peuvent croire à sa doctrine, maintenant qu'elle l'a prouvée par une patience invincible.
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A chaque visite, le médecin nous témoignait son admiration: «Ah! si vous saviez ce qu'elle endure! Jamais je n'ai vu souffrir autant avec cette expression de joie surnaturelle. C'est un ange!» Et comme nous lui exprimions notre chagrin à la pensée de perdre un pareil trésor:--«Je ne pourrai la guérir, c'est une âme qui n'est pas faite pour la terre.»
Voyant son extrême faiblesse, il ordonnait des potions fortifiantes. Thérèse s'en attrista d'abord, à cause de leur prix élevé; puis elle nous dit:
«Maintenant je ne m'afflige plus de prendre des remèdes chers, car j'ai lu que sainte Gertrude s'en réjouissait en pensant que tout serait à l'avantage de nos bienfaiteurs, puisque Nôtre-Seigneur a dit: «_Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi-même que vous le ferez._»[148]
«Je suis convaincue de l'inutilité des médicaments pour me guérir, ajoutait-elle; mais je me suis arrangée avec le bon Dieu pour qu'il en fasse profiter de pauvres missionnaires qui n'ont ni le temps, ni les moyens de se soigner.»
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Touché des prévenances de sa petite épouse, le Seigneur, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, l'entourait aussi de ses divines attentions: tantôt, c'étaient des gerbes fleuries envoyées par sa famille, tantôt un petit rouge-gorge qui venait sautiller sur son lit, la regardant d'un air de connaissance et lui faisant mille gentillesses.
«Ma Mère, disait alors notre enfant, je suis profondément émue des délicatesses du bon Dieu pour moi; à l'extérieur, j'en suis comblée... et cependant je demeure dans les plus noires ténèbres!... Je souffre beaucoup... oui, beaucoup! mais avec cela, _je suis dans une paix étonnante_: tous mes désirs ont été réalisés... je suis pleine de confiance.»
* * * * *
Quelque temps après, elle racontait ce trait touchant:
«Un soir, à l'heure du grand silence, l'infirmière vint me mettre aux pieds une bouteille d'eau chaude et de la teinture d'iode sur la poitrine.
«J'étais consumée par la fièvre, une soif ardente me dévorait. En subissant ces remèdes, je ne pus m'empêcher de me plaindre à Nôtre-Seigneur: «Mon Jésus, lui dis-je, vous en êtes témoin, je brûle et l'on m'apporte encore de la chaleur et du feu! Ah! si j'avais, au lieu de tout cela, un demi-verre d'eau, comme je serais bien plus soulagée!... Mon Jésus! _votre petite fille a bien soif!_ Mais elle est heureuse pourtant de trouver l'occasion de manquer du nécessaire, afin de mieux vous ressembler et pour sauver des âmes.»
«Bientôt l'infirmière me quitta, et je ne comptais plus la revoir que le lendemain matin, lorsqu'à ma grande surprise elle revint quelques minutes après, apportant une boisson rafraîchissante: «Je viens de penser à l'instant que vous pourriez avoir soif, me dit-elle, désormais je prendrai l'habitude de vous offrir ce soulagement tous les soirs.» Je la regardai, interdite, et, quand je fus seule, je me mis à fondre en larmes. Oh! que notre Jésus est bon! Qu'il est doux et tendre! Que son cœur est facile à toucher!»
* * * * *
Une des délicatesses du Cœur de Jésus, qui causèrent le plus de joie à sa petite épouse, fut celle du 6 septembre, jour où, par un fait tout providentiel, nous reçûmes une relique du vénérable Théophane Vénard. Plusieurs fois déjà, elle avait exprimé le désir de posséder quelque chose ayant appartenu à son bienheureux ami; mais, voyant qu'on n'y donnait pas suite, elle n'en parlait plus. Aussi son émotion fut grande quand la Mère Prieure lui remit le précieux objet; elle le couvrit de baisers et ne voulut plus s'en séparer.
Pourquoi donc chérissait-elle à ce point l'angélique missionnaire? Elle le confia à ses sœurs bien-aimées dans un entretien touchant:
«Théophane Vénard est _un petit saint_, sa vie est tout ordinaire. Il aimait beaucoup la Vierge Immaculée, il aimait beaucoup sa famille.»
Appuyant alors sur ces derniers mots:
«Moi aussi, j'aime beaucoup ma famille! Je ne comprends pas les saints qui n'aiment pas leur famille!... Pour souvenir d'adieu, je vous ai copié certains passages des dernières lettres qu'il écrivit à ses parents; ce sont mes pensées, mon âme ressemble à la sienne.»
Nous transcrivons ici cette lettre que l'on croirait sortie de la plume et du cœur de notre ange:
«Je ne trouve rien sur la terre qui me rende heureuse; mon cœur est trop grand, rien de ce qu'on appelle bonheur en ce monde ne peut le satisfaire. Ma pensée s'envole vers l'éternité, le temps va finir! Mon cœur est paisible comme un lac tranquille ou un ciel serein; je ne regrette pas la vie de ce monde: j'ai soif des eaux de la vie éternelle...
«Encore un peu et mon âme quittera la terre, finira son exil, terminera son combat. Je monte au ciel! Je vais entrer dans ce séjour des élus, voir des beautés que l'œil de l'homme n'a jamais vues, entendre des harmonies que l'oreille n'a jamais entendues, jouir de joies que le cœur n'a jamais goûtées... Me voici rendue à cette heure que chacune de nous a tant désirée! Il est bien vrai que le Seigneur choisit _les petits_ pour confondre les grands de ce monde. Je ne m'appuie pas sur mes propres forces, mais sur la force de Celui qui, sur la croix, a vaincu les puissances de l'enfer.
«Je suis une fleur printanière que le Maître du jardin cueille pour son plaisir. Nous sommes toutes des fleurs plantées sur cette terre et que Dieu cueille en son temps: un peu plus tôt, un peu plus tard... Moi, petite éphémère, je m'en vais la première! Un jour nous nous retrouverons dans le paradis et nous jouirons du vrai bonheur.»
SŒUR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS,
empruntant les paroles de l'angélique martyr Théophane Vénard.
Vers la fin de septembre, comme on lui rapportait quelque chose de ce qui avait été dit à la récréation, touchant la responsabilité de ceux qui ont charge d'âmes, elles se ranima un instant et prononça ces belles paroles:
«_Pour les petits, ils seront jugés avec une extrême douceur[149]!_» Il est possible de rester petit, même dans les charges les plus redoutables; et n'est-il pas écrit qu'à la fin «_le Seigneur se lèvera pour sauver tous les doux et les humbles de la terre[150]»? Il ne dit pas juger, mais sauver!_»
Cependant, le flot de la douleur montait de plus en plus. La faiblesse devint si excessive que, bientôt, la sainte petite malade en fut réduite à ne plus pouvoir faire, sans secours, le plus léger mouvement. Entendre parler près d'elle, même à voix basse, lui devenait une pénible souffrance; la fièvre et l'oppression ne lui permettaient pas d'articuler une seule parole, sans ressentir la plus extrême fatigue. En cet état pourtant, le sourire ne quitta pas ses lèvres. Un nuage passait-il sur son front? c'était la crainte de donner à nos sœurs un surcroît de peine. Jusqu'à l'avant-veille de sa mort elle voulut être seule la nuit. Cependant, son infirmière se levait plusieurs fois, malgré ses instances. En l'une de ses visites, elle la trouva les mains jointes et les yeux élevés vers le ciel.
«Que faites-vous donc ainsi? lui demanda-t-elle; il faudrait essayer de dormir.
--Je ne puis pas, ma sœur, je souffre trop! alors je prie.....
--Et que dites-vous à Jésus?
--Je ne lui dis rien, _je l'aime!_»
* * * * *
«Oh! que le _bon Dieu est bon!_... s'écriait-elle parfois. Oui, il faut qu'il soit bien bon pour me donner la force de supporter tout ce que je souffre.»
Un jour elle dit à sa Mère Prieure:
«Ma Mère, je voudrais vous confier l'état de mon âme; mais je ne le puis, je suis trop émue en ce moment.»
Et, le soir, elle lui remit ces lignes, tracées au crayon, d'une main tremblante:
«O mon Dieu, que vous êtes bon pour la petite victime de votre amour miséricordieux! Maintenant même que vous joignez la souffrance extérieure aux épreuves de mon âme, je ne puis dire: «_Les angoisses de la mort m'ont environnée._»[151] Mais je m'écrie, dans ma reconnaissance: «_Je suis descendue dans la vallée des ombres de la mort, cependant, je ne crains aucun mal, parce que vous êtes avec moi, Seigneur._»[152]
«Quelques-unes croient que vous avez peur de la mort, lui dit sa _petite Mère_.
--Cela pourra bien arriver, je ne m'appuie jamais sur mes propres pensées, je sais combien je suis faible; mais je veux jouir du sentiment que le bon Dieu me donne maintenant; il sera toujours temps de souffrir du contraire.
«Monsieur l'Aumônier m'a dit: «Etes-vous résignée à mourir?» Je lui ai répondu: «Ah! mon Père, je trouve qu'il n'y a besoin de résignation que pour vivre..... pour mourir, c'est de la joie que j'éprouve.»
«Ne vous faites pas de peine, ma Mère, si je souffre beaucoup, et si je ne manifeste aucun signe de bonheur au dernier moment. Nôtre-Seigneur n'est-il pas mort Victime d'amour, et voyez quelle a été son agonie!...»
* * * * *
Enfin, l'aurore du jour éternel se leva! C'était le jeudi, 30 septembre. Le matin, notre douce victime, parlant de sa dernière nuit d'exil, regarda la statue de Marie en disant:
«Oh! je l'ai priée avec une ferveur!... mais c'est l'agonie toute pure, sans aucun mélange de consolation...
«L'air de la terre me manque, quand est-ce que j'aurai l'air du Ciel?»
A deux heures et demie, elle se redressa sur son lit, ce qu'elle n'avait pu faire depuis plusieurs semaines, et s'écria:
«Ma Mère, le calice est plein jusqu'au bord! Non, je n'aurais jamais cru qu'il fût possible de tant souffrir... Je ne puis m'expliquer cela que par mon désir extrême de sauver des âmes...»
Et quelque temps après:
«Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance, oh! c'est bien vrai! _Je ne me repens pas de m'être livrée à l'amour._»
Elle répéta plusieurs fois ces derniers mots.
Et un peu plus tard:
«Ma Mère, préparez-moi à bien mourir.»
Sa vénérée Prieure l'encouragea par ces paroles:
«Mon enfant, vous êtes toute prête à paraître devant Dieu, parce que vous avez toujours compris la vertu d'humilité.»
Elle se rendit alors ce beau témoignage:
«Oui, je le sens, mon âme n'a jamais recherché que la vérité... oui, j'ai compris l'humilité du cœur!»
A quatre heures et demie, les symptômes de la dernière agonie se manifestèrent. Dès que notre angélique mourante vit entrer la communauté, elle la remercia par le plus gracieux sourire; puis tout entière à l'amour et à la souffrance, tenant le crucifix dans ses mains défaillantes, elle entreprit le combat suprême. Une sueur abondante couvrait son visage; elle tremblait... Mais, comme au sein d'une furieuse tempête le pilote à deux doigts du port ne perd pas courage, ainsi cette âme de foi, apercevant tout près le phare lumineux du rivage éternel, donnait vaillamment les derniers coups de rame pour atteindre le port.
Quand la cloche du monastère tinta l'Angélus du soir, elle fixa sur l'Etoile des mers, la Vierge immaculée, un inexprimable regard. N'était-ce pas le moment de chanter:
Toi, qui vins me sourire au matin de ma vie, Viens me sourire encor, Mère, voici le soir!
A sept heures et quelques minutes, notre pauvre petite martyre, se tournant vers sa Mère Prieure, lui dit:
«Ma Mère, n'est-ce pas l'agonie?... Ne vais-je pas mourir?...
--Oui, mon enfant, c'est l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures.»
Alors, d'une voix douce et plaintive:
«Eh bien... allons... allons... _oh! je ne voudrais pas moins souffrir!_»
Puis, regardant son crucifix:
«OH!... JE L'AIME!... MON DIEU, JE... VOUS... AIME!!!»
* * * * *
Ce furent ses dernières paroles. Elle venait à peine de les prononcer qu'à notre grande surprise elle s'affaissa tout à coup, la tête penchée à droite, dans l'attitude de ces vierges martyres s'offrant d'elles-mêmes au tranchant du glaive; ou plutôt, comme une victime d'amour, attendant de l'Archer divin la flèche embrasée dont elle veut mourir...
Soudain elle se relève, comme appelée par une voix mystérieuse, elle ouvre les yeux et les fixe, brillants de paix céleste et d'un bonheur indicible, un peu au-dessus de l'image de Marie.
Ce regard se prolongea l'espace d'un _Credo_, et son âme bienheureuse devenue la proie de l'_Aigle divin_ s'envola dans les cieux....
* * * * *
Cet ange nous avait dit quelques jours avant de quitter ce monde: «_La mort d'amour que je souhaite, c'est celle de Jésus sur la croix._» Son désir fut pleinement exaucé: les ténèbres, l'angoisse accompagnèrent son agonie. Cependant, ne pouvons-nous pas lui appliquer aussi la prophétie sublime de saint Jean de la Croix, touchant les âmes consommées dans la divine charité:
«_Elles meurent dans des transports admirables et des assauts délicieux que leur livre l'amour, comme le cygne dont le chant est plus mélodieux quand il est sur le point de mourir._ C'est ce qui faisait dire à David que «_la mort des justes est précieuse devant Dieu_»: car c'est alors que les fleuves de l'amour s'échappent de l'âme, et s'en vont se perdre dans l'océan de l'amour divin.»
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Aussitôt que notre blanche colombe eut pris son essor, la joie du dernier instant s'imprima sur son front; un ineffable sourire animait son visage. Nous lui mîmes une palme à la main; et les lis et les roses entourèrent la dépouille virginale de celle qui emportait au ciel la robe blanche de son baptême empourprée du sang de son martyre d'amour. Le samedi et le dimanche, une foule nombreuse et recueillie ne cessa d'affluer devant la grille du chœur, contemplant dans la majesté de la mort «_la petite reine_» toujours gracieuse, et lui faisant toucher par centaines: chapelets, médailles, et jusqu'à des bijoux.
Le 4 octobre, jour de l'inhumation, nous la vîmes entourée d'une belle couronne de prêtres; cet honneur lui était dû: elle avait tant prié pour les âmes sacerdotales! Enfin, après avoir été solennellement bénit, ce grain de froment précieux fut jeté dans le sillon par les mains maternelles de la sainte Eglise...
Et qui dira maintenant de combien d'épis mûrs il a porté le germe?... Une fois de plus, elle s'est réalisée magnifiquement la parole du divin Moissonneur: «_En vérité, je vous le dis, si le grain de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul; mais s'il meurt, IL PORTE BEAUCOUP DE FRUITS.._»
Des Anges, ce soir-la, dans l'ombre descendirent, Pour chercher une sœur et l'emporter aux Cieux; Sur leurs ailes d'azur, joyeux, ils la ravirent, Et l'Enfant-Dieu, Jésus, accourait devant eux.
Des Vierges étaient là, pour faire sa conquête, Et l'ardeur du triomphe en leurs yeux éclatait; Toutes la regardaient avec un air de fête, La Vierge Immaculée aussi lui souriait!...
Et, ses liens rompus, parut au milieu d'elles, Thérèse, belle et jeune, et d'un œil enflammé; Seule, elle avait le front orné de fleurs nouvelles, Plus brillantes que l'aube aux premiers jours de mai.
Cette épouse choisie, âme pure et sereine, Déjà pleine de jours, allait chercher au Ciel, Au Ciel impatient de la proclamer reine, De son ardent amour le salaire éternel...
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_Belle ROSE EFFEUILLÉE autrefois sur la terre, Nous courons à l'odeur de tes parfums si doux. Toi qui compris l'Amour, donne-nous ta lumière, Jette encor de Là-Haut tes pétales sur nous!_
APPENDICE
«_Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux savants et aux sages, et que vous les avez révélées aux plus petits._»
LUC., x, 21.
PORTRAIT PHYSIQUE
DE
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Nous trouvons dans le portrait que RIBEIRA nous a laissé de la _grande_ Thérèse de Jésus, les traits sous lesquels est fidèlement peinte la _petite_ Thérèse de l'Enfant-Jésus (sauf de légères modifications indiquées en italique):
«Elle était grande de taille et fort bien faite. Elle avait les yeux _pers_, les cheveux _blonds_, _les traits fins et réguliers_, les mains très belles. Son visage était d'une très belle coupe, bien proportionné, le teint de lis: il s'enflammait quand elle parlait de Dieu et lui donnait une beauté ravissante. Sa figure était ineffablement limpide, tout y respirait une paix céleste. Enfin tout paraissait parfait en elle. Sa démarche était pleine de dignité _en même temps gué de simplicité_ et de grâce; elle était si aimable, si paisible, qu'il suffisait de la voir et de l'entendre pour lui porter du respect et l'aimer.»
Conseils et Souvenirs
Dans les entretiens de Thérèse avec ses novices, nous trouvons les plus précieux enseignements.
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Je me décourageais à la vue de mes imperfections, raconte l'une d'entre elles, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit:
«Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d'un escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile! il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien, soyez ce petit enfant; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l'escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche! non; mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. Bientôt, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-même, et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne le quitterez plus. Mais, si vous cessez de lever votre petit pied, il vous laissera longtemps sur la terre.»
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«Le seul moyen de faire de rapides progrès dans la voie de l'amour, disait-elle encore, est celui de rester toujours bien petite; c'est ainsi que j'ai fait; aussi maintenant je puis chanter avec notre Père saint Jean de la Croix:
_Et m'abaissant si bas, si bas, Je m'élevai si haut, si haut, Que je pus atteindre mon but!..._»
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Dans une tentation qui me semblait insurmontable, je lui dis: «Cette fois, je ne puis me mettre au-dessus, c'est impossible.» Elle me répondit:
«Pourquoi cherchez-vous à vous mettre au-dessus? _passez dessous_ tout simplement. C'est bon pour les grandes âmes de voler au-dessus des nuages quand l'orage gronde; pour nous, nous n'avons qu'à supporter patiemment les averses. Tant pis si nous sommes un peu mouillées! Nous nous sécherons ensuite au soleil de l'amour.
«Je me rappelle à ce propos ce petit trait de mon enfance: un cheval nous barrait un jour l'entrée du jardin; on parlait autour de moi cherchant à le faire reculer; mais je laissai discuter, et passai tout doucement entre ses jambes... Voilà ce que l'on gagne à garder sa petite taille!»
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«Nôtre-Seigneur répondait autrefois à la mère des fils de Zébédée: «_Pour être à ma droite et à ma gauche, c'est à ceux à qui mon Père l'a destiné._»[153] Je me figure que ces places de choix, refusées à de grands saints, à des martyrs, seront le partage de petits enfants.
«David n'en fait-il pas la prédiction lorsqu'il dit que _le petit Benjamin présidera les assemblées_ (des saints)[154]?»
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