Six mois dans les Montagnes-Rocheuses

Chapter 11

Chapter 112,514 wordsPublic domain

Arapahoe............. 60,537 189,811 Archuleta............ 11,555 77,743 Baca................. 89,601 9,960 Bent................. 54,972 18,030 Boulder.............. 52,059 1,380 Chaffee.............. 24.933 3,918 Cheyenne............. 4,671 12,987 Custer............... 36,234 Costilla............. 32,733 43,764 Conejos.............. 20,925 39,674 Clear Creek.......... 3,353 Douglas.............. 49,358 Colores.............. 12,015 Delta................ 53,487 Eagle................ 150,477 4,242 Elbert............... 64,848 233,100 El Paso.............. 108,006 171,534 Frémont.............. 61,923 Garfield............. 69,930 3,378 Gilpin............... 4,023 Grand................ 35,622 7,824 Gunnison............. 39,159 13,692 Hinsdale............. 3,861 Huerfano............. 34,479 155,782 Jefferson............ 57,238 Kit Carson........... 6,717 Kiowa................ 8,916 Las Animas........... 124,569 190,762 Larimer.............. 148,986 33,261 La Plata............. 61,923 13,767 Lake................. 3,783 Lincoln.............. 28,581 156,972 Logan................ 60,024 49,896 Mesa................. 97,875 20,916 Montezuma............ 25,593 Montrose............. 104,052 44,916 Morgan............... 25,002 72,287. Otero................ 54,531 17,562 Ouray................ 11,514 Park................. 75,261 89,508 Phillips............. 7,785 2,133 Pitkin............... 11,913 Prowers.............. 36,483 Pueblo............... 58,638 40,155 Rio Blanco........... 136,389 15,810 Rio Grande........... 26,373 32,340 Routt................ 140,304 30,042 Saguache............. 82,332 83,534 San-Juan............. 90 San-Miguel........... 27,168 15,006 Sedgewick............ 5,287 Summit............... 4,277 7,620 Washington........... 8,370 16,500 Weld................. 109,533 137,985 Yuma................. 13,278 _____________ __________ Total................ 2,641,546 2,007,791

Valeur totale........ $25,200,725 $2,139,000

J'ai déjà dit que les mines de charbon abondaient partout dans les montagnes. Les géologues et les ingénieurs considèrent les gisements comme inépuisables. Pendant l'année 1889, les mines ont produit 2,373,954 tonneaux de houille, répartis comme suit, dans les différents comtés de l'Etat.

Tonneaux.

Arapahoe........................ 900 Boulder......................... 297,793 Douglas......................... 300 El Paso......................... 54,066 Frémont......................... 279.855 Gunnison........................ 251,808 Garfield........................ 144,627 Huerfano........................ 309,023 Jefferson....................... 6,600 Las Animas...................... 876,990 La Plata........................ 32,630 Park............................ 47,005 Pitkin.......................... 46,181 Weld............................ 26,276 _________ Total........................... 2,374,054

Après une lutte plus ou moins prolongée, l'animal est séparé enfin du troupeau et se tient devant son maître, tous ses membres frémissants, l'oeil dilaté et les flancs tout pantelants.

Le plus difficile reste à faire. La tâche du cowboy est bien propre à exercer au plus haut degré son jugement, son agilité, sa patience et son courage. Il faut que le cowboy passe un noeud aux naseaux du cheval et le muselle, afin de s'en faire mieux obéir et de permettre en même temps de lâcher un peu le lasso, de crainte qu'il ne s'étrangle.

Avec un instinct aussi rapide que merveilleux, le cheval découvrira le signe de frayeur le plus léger chez son dompteur, et il saura en profiter.

Le _cowboy_ s'approche lentement, tantôt avançant et tantôt reculant, selon la tactique du cheval. Il s'agit pour lui d'arriver jusqu'à la tête du cheval. Si étrange que cela paraisse, la manière de lui montrer la main est un point d'une grande importance. Par instinct, la bête craint la main ouverte dont il voit la paume, beaucoup plus que celle qui est fermée, ou dont on ne lui montre que le dos.

Lorsqu'on est parvenu enfin à s'approcher assez près pour promener doucement sur l'extrémité des naseaux le dos de la main, on a accompli une bonne partie de la tâche. Le cheval commence à se calmer. Alors, d'un mouvement rapide, on lui passe un noeud coulant aux naseaux, et la bête se trouve suffisamment muselée. Parfois, cette partie de la tâche demande des heures entières. Le cheval essaiera de porter des coups avec ses pieds de devant, et essaiera de mordre, ou bien, pivotant avec la rapidité de l'éclair, il lancera de terribles ruades.

Malheur au cowboy s'il n'est aussi agile qu'un chat, et s'il ne sait point se mettre en garde contre ces attaques dangereuses. Mais surtout qu'il ne lâche point le licol ou bien tout sera à recommencer dans des conditions pires encore.

Après des tentatives longues et patientes, le cowboy parvient enfin à mettre la main sur l'encolure, le garrot et les reins du cheval. Cette manière n'est pas la plus courte pour dresser un cheval; mais c'est la meilleure.

Lorsqu'à force de douceur, on est parvenu à rendre la bête maniable, il n'est pas difficile à un cavalier habile de la monter ensuite.

Une méthode beaucoup moins longue mais plus violente, et qui peut blesser le cheval, consiste à lui lier les deux pieds de devant avec un second lasso, à le jeter après cela sur le flanc, à lui passer alors le licol et à lui attacher une selle, pendant qu'il gît ainsi sur le sol.

Après ces précautions, un cavalier adroit fait passer la bête effarouchée par une série d'exercices fatigants, jusqu'à ce qu'elle soit littéralement épuisée, et que, n'en pouvant plus, elle se soumette. Mais l'effet de cette méthode est loin d'être aussi satisfaisant que la première; car désormais, le cheval ne cessera plus de voir en son maître un ennemi naturel, et il n'obéira plus que sous l'empire de la crainte.

Mais il ne suffit pas de dompter l'animal en lui passant un licol et en l'habituant à y obéir. La seconde partie du dressage consiste à lui mettre une selle.

Pour l'y amener, on lui passe à plusieurs reprises la main sur les reins et sur les flancs. On lui jette ensuite sur le dos une couverture légère à laquelle est attachée une sous-ventrière. Néanmoins, quelque accoutumé que soit le cheval à cette couverture, ce sera encore toute une affaire lorsqu'on lui fera sentir le poids d'une selle et qu'on bouclera la sangle.

Il va sans dire qu'il y a chevaux et chevaux, et que dans le nombre, il s'en trouve qui se prêtent plus facilement que les autres à la volonté de l'homme. On arrive toutefois à surmonter enfin la difficulté de la selle, et il s'agit alors d'accoutumer la bête à se laisser monter.

Ce n'est pas la chose la plus facile du monde que d'arriver à se mettre en selle, car le cheval tourne, se dresse tout droit sur ses pieds de derrière, lance des ruades et s'efforce d'échapper. S'il se jette à terre, la selle de dressage est faite de telle sorte, avec un pommeau élevé, que le cavalier peut retirer les jambes sans difficulté dans le cas où il se trouverait pris sous la bête. D'ordinaire, il se tient sur ses pieds au moment où le cheval s'abat, et il enfourche de nouveau sa monture dès qu'elle se relève.

Voici le moment où le cheval va essayer les cabrioles. Se sentant sur le dos le poids assez lourd d'un cavalier, il fait tin effort suprême pour s'en débarrasser. Le voilà qui s'élève au-dessus du sol et qui retombe tenant la tête entre ses jambes de devant, la queue serrée entre les jambes de derrière, et réunissant les quatre pieds aussi près que cela lui est possible.

Le choc que le cavalier ressent à la descente est terrible et si c'est un novice, qui ne l'a pas éprouvé encore, il sera désarçonné en un rien de temps. Mais s'il a déjà passé par des épreuves semblables, s'il sait se tenir en selle, il est à peu près certain que le cheval recommencera le même manège en y introduisant de nombreuses variations.

Il sautera, pivotera sur lui-même pendant qu'il sera dans les airs; il s'abattra sur le sol, les jambes roides comme des barres; et il lancera de terribles ruades. Si l'on se met bien dans l'esprit que tout cela a lieu pendant une course échevelée, on comprendra facilement qu'un homme qui ne se sent pas en selle parfaitement à son aise, sera bientôt désarçonné. Un coup dont la bête fait invariablement l'essai quand elle voit qu'aucun des autres ne lui a réussi, consiste en un bond fait soudainement de recul. Immédiatement après, le cheval se dresse sur sa croupe et se laisse tomber en arrière, dans l'espoir d'écraser le cavalier sous son poids. Il ne tient alors qu'à un cheveu que ce dernier n'ait quelque membre brisé, peut-être même qu'il ne soit entièrement broyé.

Il ne peut échapper au danger qu'en se jetant hors de selle par un côté, sans oublier toutefois de garder fermement dans sa poigne la corde qui sert de licol. Dès que le cheval se redresse, le cavalier doit être déjà remis en selle.

C'est alors qu'il faut du sang-froid et de la présence d'esprit, car le cheval ne médite rien moins que la mort de son cavalier. Quelquefois il continuera cette lutte durant une heure, se tenant tout le temps dans un étroit espace de dix pieds carrés. Ce n'est que lorsqu'il se sent entièrement hors d'haleine et à bout de forces qu'il donne quelques signes de soumission. Quand la bête en arrive à ce point, c'est le moment d'avoir recours au fouet et, à l'éperon pour mettre le cheval au galop. Tandis qu'il court, il ne lui est pas possible de faire ses cabrioles de bouc; aussi, pourvu que le cowboy puisse rester en selle quand le cheval fait ses sauts, et qu'il le fasse courir jusqu'au point d'épuiser ses forces, il est sûr de sortir vainqueur de la lutte.

Toutefois, si le cheval est d'un naturel vicieux, il fera l'essai du même jeu avec chaque nouveau cavalier qu'il portera en selle; car, reconnaissant un maître en celui qui l'a d'abord dompté et lui obéissant, il n'abandonnera pas l'espoir de reconquérir la liberté avec un nouveau cavalier. Aussi les _cowboys_ sont-ils toujours sur leurs gardes quand ils montent une nouvelle bête, ne négligeant jamais de demander si elle _buckcabriole_, et si elle fait des bêtises.

Qu'arriverait-il si un cheval s'échappait pendant qu'on le dompte? Ce serait adieu paniers, les vendanges sont faites, du moins en ce qui regarderait le cavalier. Le cheval se souviendrait à jamais de lui; il n'oublierait pas de sa vie qu'il a eu un jour le dessus sur cet homme, et tant qu'il lui resterait un souffle de vie, il essaierait de nouveau de gagner la partie.

A dire vrai, il est très difficile de reprendre un cheval qui est dans ce cas; car dès qu'il aperçoit du plus loin un homme qui se dirige vers lui, monté sur une autre bête, il se met à fuir loin du troupeau, et il disparaît à l'horizon. Dans la plupart des cas, s'il arrive même à un cavalier d'être jeté à terre une seule fois, il est très difficile de faire oublier au cheval cette victoire, et l'on peut être certain que la bête continuera à cabrioler de temps en temps jusqu'à la fin de sa vie.

XX

LA DETTE DU SANG

15 octobre 1890.

Il vient de se passer parmi les Indiens de l'ouest, un drame étrange dont le récit a fait le tour de la presse américaine et qui trouve naturellement sa place dans un livre qui traite des régions sauvages des Montagnes Rocheuses.

Les récits d'Homère pâlissent devant l'héroïque réalité d'une lutte comme celle que nous raconte M. S. C. Robertson, lieutenant au Ier régiment de cavalerie des Etats-Unis, un des acteurs de ce drame émouvant.

Je laisse la parole à M. Robertson, me contentant de traduire son récit qui est une des plus curieuses pages de l'histoire des races indigènes de l'Amérique du Nord:

Jamais, épopée sanglante, ayant pour acteurs des blancs et des peaux-rouges, n'a présenté aussi complètement la grandeur et l'horrible, mêlés au pittoresque, que celle dont la réserve [4] des Cheyennes du Nord a été le théâtre, la semaine dernière.

[Note 4: Territoires réservés par le gouvernement pour la résidence des Indiens.]

Dans cette réserve qui s'étend au sud de la rivière Yellowstone dans le Montana, et englobe les terres arrosées par la Rosebud et la Tongue, on a rassemblé les restes de cette bande de Sauvages belliqueux qui, dans le cours des septante, commandée par des chefs tels que Nez-d'aigle et Couteau-rouge, a écrit les pages les plus sanglantes dans les annales des guerres indiennes et livré les combats les plus acharnés à nos généraux Miles, McKenzie et Crook.

On peut dire que, somme toute, ces Sauvages se sont montrés assez paisibles depuis qu'ils ont été réunis sur la réserve. Néanmoins, depuis quatre ans, ils ont donné quelques signes de mécontentement et d'agitation, ce qui a rendu nécessaire l'établissement permanent de petits camps de troupes régulières dans leur voisinage.

Le printemps dernier, on craignit un instant que le meurtre d'un fermier par trois de ces Sauvages n'amenât une crise; mais les assassins furent livrés et la crise n'eut pas lieu. Néanmoins, comme conséquence de ce crime, les tentes blanches d'un escadron du Ier régiment de cavalerie des Etats-Unis, sont restées, pendant cinq longs mois, comme de silencieux pacificateurs en présence des _wigwams_ enfumés des Cheyennes, le long du _Lame Deer_.

Tout nous faisait espérer le maintien de la paix et le départ prochain des troupes, quand le meurtre inattendu d'un jeune homme du nom de Boyle, commis par les Indiens, à la date du 6 septembre 1890, à trois milles de notre camp, donna une nouvelle tournure à la situation. Après trois jours de recherches actives par les troupes et les Indiens alliés, on avait trouvé le corps de Boyle dans une ravine profonde sur le penchant d'une montagne escarpée et solitaire, à une grande distance de la scène du meurtre.

Cette même nuit, la police indienne avait également découvert les assassins. C'étaient deux jeunes Cheyennes qui, lorsqu'on avait retrouvé le corps de la victime, s'étaient enfuis dans la montagne.

Ce crime, commis sans motif apparent, avait été accompagné de circonstances qui le rendaient exceptionnellement atroce; mais il eut pour, dénouement une des scènes les plus caractéristiques du courage des Peaux-Rouges.

La recherche des coupables avait continué sans aucun succès pendant plusieurs jours, lorsqu'au moment où l'on s'y attendait le moins, le père même de l'un d'eux porta à l'agent [5] chef, un message de leur part, pour informer ce fonctionnaire qu'ils étaient fatigués de se cacher, qu'ils s'attendaient bien au sacrifice de leur vie, mais qu'ils voulaient mourir en combattant bravement. Ils faisaient donc savoir à l'agent que s'il voulait réunir les troupes, ils se présenteraient seuls pour les combattre jusqu'à la mort. Dans le cas où leur demande serait repoussée, ils se jetteraient sur l'établissement de l'agence, ainsi que sur le camp et tueraient tous les blancs qui leur tomberaient sous la main.

[Note 5: Chaque réserve est placée sous le, contrôle d'un fonctionnaire du gouvernement qu'on appelle Indian Agent, (agent des Indiens.) Sa résidence est connue sous le nom de Agency (agence).]

Faite par un guerrier de la tribu des Shoshones ou des Corbeaux, une pareille proposition n'eût été prise que pour une simple vantardise; mais elle avait un tout autre caractère venant de deux jeunes braves Cheyennes.

Avis fut donc immédiatement donné au major Carroll qui commandait le camp, et qui ordonna sans retard aux clairons de sonner le boute-selle. Les troupeaux furent ramenés aussitôt au camp et en un clin d'oeil les soldats se trouvèrent à cheval.

Celui qui écrit ces lignes ayant été un des premiers à se présenter, reçut d'ordre de prendre son escadron, de le disposer en cordon autour du camp sans perdre un seul instant, afin d'empêcher l'approche des deux Indiens de ce côté.