Sésame et les lys: des trésors des rois, des jardins des reines

Part 17

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93. Avez-vous jamais songé au sens profond qui est caché, ou du moins que nous pouvons lire, si nous le voulons faire, dans notre coutume de jeter des fleurs devant ceux que nous estimons les plus heureux? Pensez-vous que ce soit seulement pour les abuser de l'espérance que toujours le bonheur tombera ainsi en pluie à leurs pieds? Que partout où ils passeront, ils fouleront une herbe au suave parfum, et que le sol rude s'adoucira pour eux, sous l'épaisseur des roses? Dans la mesure où ils croiront cela, ils auront à marcher sur des herbes amères et sur des épines, et la seule douceur sous leurs pas sera celle de la neige. Mais ce n'est pas ce qu'on se proposait de leur dire; cette vieille coutume comportait un sens meilleur. Le sentier que suit une femme bonne est certes jonché de fleurs; mais elles viendront derrière ses pas, non devant eux: «Ses pieds ont touché les prairies et les marguerites en sont restées roses[208].»

94. Vous pensez que c'est là seulement une rêverie d'amant;--fausse et vaine[209]! Et si elle était vraie? Peut-être pensez-vous que ceci aussi est une rêverie de poète:

Même la légère campanule relève sa tête Qui rebondit sous ses pas aériens[210].

Mais c'est peu de dire d'une femme qu'elle ne détruit pas là où elle pose le pied. Il faut qu'elle ranime; les campanules doivent fleurir et non s'affaisser quand elle passe. Vous pensez que je me jette dans de folles hyperboles. Pardon; pas le moins du monde et je veux vraiment dire ce que je dis ici en un anglais tranquille, parlant résolument et sincèrement. Vous avez entendu dire (et je crois qu'il y a plus qu'une fiction dans ces paroles, mais admettons qu'elles ne soient qu'une fiction) que les fleurs ne fleurissent bien que dans le jardin de celui qui les aime. Je sais que vous aimeriez que ce fût vrai; vous penseriez que c'est une plaisante magie que de pouvoir épanouir plus richement la floraison de vos fleurs rien qu'en laissant tomber sur elles un regard de bonté; mieux encore, si votre regard avait le pouvoir non seulement de les réjouir, mais de les protéger; si vous pouviez ordonner à la noire nielle de rebrousser chemin et à la chenille annelée d'épargner,--si vous pouviez ordonner à la rosée de tomber pendant la sécheresse, et dire au vent du sud au temps des frimas: « Viens, Vent du sud, et souffle sur mon jardin, que tous ses parfums d'aromates s'exhalent[211],» ce serait une grande chose, pensez-vous? Et ne pensez-vous pas que ce serait une chose plus grande encore, que tout cela (et beaucoup plus que tout cela) vous puissiez le faire pour des fleurs plus belles que celles-là--des fleurs qui pourraient vous bénir de les avoir bénies, et qui vous aimeraient de les avoir aimées; des fleurs qui ont des pensées comme les vôtres, des vies comme les vôtres, et qui, sauvées une fois, seraient sauvées pour toujours. Est-ce là un faible pouvoir? Au loin, parmi les landes et les rochers,--au loin dans l'obscurité des rues terribles, gisent ces faibles fleurettes, leurs fraîches feuilles déchirées, leurs tiges brisées; ne descendrez vous jamais auprès d'elles pour les bien arranger dans leurs petites corbeilles odorantes, pour les abriter, toutes tremblantes, du vent cruel? Les matins succéderont-ils aux matins, pour nous, mais non pour elles? L'aube se lèvera-t-elle seulement pour regarder au loin les frénétiques Danses de la mort[212]; et ne se lèvera-t-elle jamais pour rafraîchir de son souffle ces touffes vivantes de violette sauvage, et de chèvrefeuille, et de rose; ni pour vous appeler, par la fenêtre (ne vous donnant pas le nom de la Dame du poète anglais, mais le nom de la grande Mathilde de Dante[213], qui, sur le bord de l'heureux Léthé, se tenait debout, tressant les fleurs avec les fleurs en guirlandes), disant:

Viens dans le jardin, Maud, Car cette noire chauve-souris, la nuit, s'est envolée Et les parfums du chèvrefeuille flottent au loin Et le musc des roses s'exhale[214].

Ne descendrez-vous pas parmi elles? parmi ces douces choses vivantes, dont le jeune courage, jailli de la terre avec, sur lui, la couleur profonde du ciel, s'élance, dans la vigueur des épis joyeux[215], et dont la pureté, lavée de la poussière, va s'ouvrant, bouton par bouton, en la fleur de promesse;--et encore elles se tournent vers vous, et pour vous «le pied d'alouette chuchote: J'entends, j'entends!--et le lys soupire: J'attends[216]».

95. Avez-vous remarqué que j'ai passé deux lignes quand je vous ai lu la première stance et pensez-vous que je les aie oubliées? Écoutez-les maintenant:

Viens dans le jardin, Maud, Car cette noire chauve-souris, la nuit, s'est envolée, Viens dans le jardin, Maud, Je suis sur la porte, tout seul.

Qui est-ce, pensez-vous, qui se tient ainsi sur la porte de ce si doux jardin, seul, et vous attendant? Avez-vous jamais entendu parler non d'une Maud, mais d'une Madeleine, qui, descendant à son jardin, à l'aurore, trouva quelqu'un qui attendait sur la porte, quelqu'un qu'elle supposa être le jardinier[217]? Ne l'avez-vous pas cherché souvent, Lui, cherché en vain, toute la nuit, cherché en vain à la porte de cet ancien jardin où l'Épée flamboyante est plantée[218]?

Là Il n'est jamais; mais à la porte de _ce jardin-ci_ Il attend toujours--il attend de vous prendre par la main, prêt à descendre voir avec vous les fruits de la vallée, voir si la vigne a fleuri, et si la grenade a bourgeonné.

Là vous verrez avec Lui les petites vrilles de la vigne que sa main conduit; là vous verrez[219] éclater les grenades où sa main a caché la graine couleur de sang, et plus encore: vous verrez les troupes des anges gardiens, en remuant leurs ailes, écarter les oiseaux affamés des sentiers où Il a semé, et, s'appelant l'un l'autre à travers les rangées des vignes, dire: «Emparons-nous des renards[220], des petits renards qui pillent nos vignes, parce que nos vignes ont de tendres grappes de raisins.»

Oh! reines que vous êtes,--ô reines!--dans les collines et les calmes forêts vertes de ce pays qui est le vôtre, les renards auront-ils des tanières et les oiseaux de l'air des nids; et dans vos cités faudra-t-il que les pierres aient à crier contre vous qu'elles sont les seuls oreillers où le Fils de l'Homme peut reposer sa tête?

[Note 154: La version habituelle est: «Le désert et le lieu aride se réjouiront et la solitude sera dans l'allégresse et fleurira comme une rose. Comparez Modern Painters, vol. IV, ch. VII, § 4: «Il faut que la cruauté des tempêtes frappe les montagnes, que la ronce et les épines croissent sur elles; mais elles les frappent de façon à amener leurs rochers aux formes les plus belles; et elles croissent de façon que _le désert fleurisse comme la rose._» Et aussi Fors Clavigera, vol. IV (ce dernier passage cité par M. Bardoux): «L'histoire de la vallée aux roses n'est pas révolue. Les montagnes et les collines rompront le silence, éclateront en chansons; et autour d'elle, le désert se réjouira et fleurira comme la rose.» (Note du traducteur.)]

[Note 155: Milton, Paradis perdu, IIe chant, vers 673 (je transcris cette référence du Bulletin de l'Union pour l'action morale qui m'est très aimablement communiqué par M. Lucien Fontaine (Bulletin des 1er et 15 décembre 1895).]

[Note 156: State en anglais signifie aussi majesté. Ruskin dit: a kings majesty or «state».]

[Note 157: Comparez Mæterlinck: «Ne parlons pas du père de Cordelia, dont l'inconscience par trop manifeste ne sera contestée par personne; mais Hamlet, le penseur, est-il sage? Voit-il les crimes d'Elseneur d'assez haut? (Il les aperçoit des sommets de l'intelligence, mais non des sommets de la bonté.) Que serait-il advenu s'il avait contemplé les forfaits d'Elseneur des hauteurs d'où Marc-Aurèle et Fénelon les eussent contemplés? Vous imaginez-vous une âme puissante et souveraine au lieu de celle de Hamlet, et que la tragédie suive son cours jusqu'à la fin? Hamlet pense beaucoup mais n'est guère sage.» (_La Sagesse et la Destinée._) (Note du traducteur.)]

[Note 158: Comparez «les acteurs s'élancent, tenant en main déjà leur catastrophe». (Comtesse Mathieu de Noailles, article sur _la Lueur sur la cime._) (Note du traducteur.)]

[Note 159: «Sa naïveté et sa crédulité de demi-barbare.» (Mæterlinck.)]

[Note 160: Marchand de Venise, III, 2.]

[Note 161: Comparez Fors Clavigera, lettre 92: «Walter Scott est sans comparaison possible la plus grande puissance spirituelle en Europe depuis Shakespeare.» Comparez la haute estime où Scott est également tenu par Carlyle, par Gœthe, par Emerson. (Note du traducteur.)]

[Note 162: J'aurais dû, pour rendre cette affirmation pleinement intelligible, indiquer les différentes faiblesses qui abaissent l'idéal des autres grands caractères masculins, l'égoïsme et l'étroitesse d'esprit chez Redgauntlet, la médiocrité d'enthousiasme religieux chez Edouard Glendinning (i) et d'autres analogues; et j'aurais dû faire observer qu'il a parfois esquissé à l'arrière-plan des caractères vraiment parfaits--trois d'entre eux (acceptons joyeusement cette marque de courtoisie adressée à l'Angleterre et à ses soldats) sont des officiers anglais: Le colonel Gardiner (ii), le colonel Talbot et le colonel Mannering (iii). (Note de l'auteur.)

(i) Personnage du _Monastère_. Sur le _Monastère_ voir Fiction, Fair and Foul (publié dans «On the Old Road»), § 26, 113, 114, 117 et surtout § III et aussi la belle lettre 92 dans Fors Clavigera. (Note du traducteur.)

(ii) Ce personnage de Wawerley est cité dans le même ouvrage (Fiction, Fair and Foul) § 113. (Note du traducteur.)

(iii) Voir le même ouvrage § 109 et 119. (Note du traducteur.)]

[Note 163: Dandie Dinmont, personnage de Guy Mannering. Voir le même ouvrage, § 9, 10, 23, 114, etc. (Note du traducteur.)]

[Note 164: Sur Rob Roy, voir le même ouvrage, § 22, 24, 29, 30, 31, 97, 114. (Note du traducteur.)]

[Note 165: Sur Rose Bradwardine (personnage de «Wawerley»), voir «Fiction, Fair and Foul» § 20. (Note du traducteur.)]

[Note 166: Sur Catherine Seyton (personnage de «l'Abbé»), voir le même ouvrage, § 21. (Note du traducteur.)]

[Note 167: Sur Diane Vernon (personnage de «Rob Roy» ), voir le même ouvrage, § 22. (Note du traducteur.)]

[Note 168: Sur Redgauntlet, voir le même ouvrage, passim.]

[Note 169: Sur ce prénom d'Alice, voir même ouvrage, §19, note 5 (Alice Bridgenorth est un personnage de Peveril du Pic, Alice Lee de Woodstock). (Note du traducteur.)]

[Note 170: Sur Jenny Deans, voir le même ouvrage, § 113. (Note du traducteur.)]

[Note 171: Sur cette ascension de Dante à la suite de Béatrice, voir Lucie Félix-Faure, les Femmes dans l'œuvre de Dante, pp. 226-280. (Note du traducteur.)]

[Note 172: «Rien ne vaut la douceur de son autorité.» (Baudelaire.) (Note du traducteur.)]

[Note 173: Les mots «la résurrection d'Alceste» se trouvent plusieurs fois dans Ruskin. Cf. The Queen of the air, III, 92, Pleasures of England, IV. (Note du traducteur.)]

[Note 174: Ouvrage de Chaucer imite des Héroïdes d'Ovide et des hagiographies chrétiennes. Dix-neuf héroïnes devaient prendre place dans cet ouvrage qui, resté incomplet, n'en comprend que neuf. (Note du traducteur.)]

[Note 175: Allusions à la «Fairy queen» de Spencer (1589-1596). Le chevalier de la Croix-Rouge notamment est d'abord par les enchantements d'Archimagus séparé d'Una. (Note du traducteur.)]

[Note 176: Moïse, Cf. Exode, II. (Note du traducteur.)]

[Note 177: Cf. _Bible d'Amiens_: «L'Égypte fut pour tous les peuples la mère de la géométrie, de l'astronomie, de l'architecture et de la chevalerie... Elle fut l'éducatrice de Moïse et l'hôtesse du Christ» (III, 27) et le beau morceau sur l'Égypte artistique et guerrière dans la Couronne d'Olivier sauvage, II, la Guerre. (Note du traducteur.)]

[Note 178: Coventry Patmore. Vous ne pourrez jamais le lire assez souvent ni assez attentivement; autant que je sache il est le seul poète vivant qui toujours fortifie et épure; les autres quelquefois assombrissent et presque toujours déprimant et découragent les imaginations dont ils se sont facilement emparés. (Note de l'auteur.)]

[Note 179: Allusion à Isaïe, XXXII, 2. (Note du traducteur.)]

[Note 180: Allusion à Jérémie, XXII, 14: «Malheur à qui dit: «Je me bâtirai une grande maison et des étages bien aérés, et qui s'y perce des fenêtres, qui la lambrisse de cèdre, et qui la peint de vermillon.» (Note du traducteur.)]

[Note 181: Rigoletto. (Note du traducteur.)]

[Note 182: Walter Scott (Marmion, 6e chant, stance 30). Référence du Bulletin de l'Union pour l'action morale, n° du 1er janvier 1896. (Note du traducteur.)]

[Note 183: Wordsworth. Ces mots «exquise vérité» appliqués à Wordsworth sont commentés par Ruskin lui-même dans «Fiction, Fair and Foul», § 80 (On the old Road, 3e volume.) (Note du traducteur.)]

[Note 184: Cf., dans la Bible, la Vallée de Bénédiction (II Chroniques, XX, 26), la vallée de Destruction (Joel, II, 14, etc.). Mais l'allusion est ici bien plus directe, à la vallée symbolique que doit traverser _Chrétien_, dans le Pilgrims progress du chaudronnier Bunyam. Tout est allégorie (un homme perfide, _Sagesse mondaine_, un homme secourable, _Évangéliste_, tentent de perdre et de sauver _Chrétien_, tandis que _Maniable_ s'embourbe dans le marais du _Découragement_, etc.) dans ce livre auquel Ruskin fait souvent allusion. (Note du traducteur.)]

[Note 185: Allusion au Paradis reconquis de Milton: «Comme des enfants ramassent des galets sur la grève.» D'où (nous dit la «Library Edition», cette parole de Newton qu'il «n'était qu'un enfant jouant sur le rivage de la mer et s'amusant après un galet d'un autre galet, des coquillages après les coquillages, tandis que le grand océan de vérité s'étendait au loin, inaccessible.» (Note du traducteur.)]

[Note 186: Allusion à Tennyson: «Dieu qui toujours vit et aime.» (Note du traducteur.)]

[Note 187: _Prayer book._]

[Note 188: Ces préceptes, Ruskin ne les a peut-être trouvés que dans son intelligence, ils sont plus émouvants pour nous qui les avons vu vivre, qui les avons recueillis sacrés et vivants ayant traversé des générations en passant d'une pensée à une autre pensée (de la pensée de la mère éducatrice à la fille éduquée) ou ils s'incorporaient, s'assimilaient, dirigeant et modifiant les fonctions de la vie spirituelle. Nous les avons recueillis dans le cœur infiniment pur, dans l'intelligence infiniment noble de femmes qui avaient été élevées d'après eux par des mères trop pures aussi pour craindre le mal pour elles-mêmes ou pour leurs filles, trop élevées d'esprit pour ne pas craindre la frivolité. Il y eut ainsi, à un certain moment, dans certaines familles de la bourgeoisie française, une sorte d'ardente religion de l'intelligence transmise à leurs filles par des mères qui ne redoutaient pour elle qu'un contact dangereux, celui de la vulgarité. Des mots crus que pouvait renfermer Molière, des situations hardies que pouvait renfermer George Sand, on n'en avait cure, la mère sachant que sa fille n'y songerait même pas. L'absence de pudibonderie n'était que la sainte confiance d'un cœur inaccessible aux curiosités malsaines, qui ne se disait même pas qu'il y était inaccessible, car il ne pouvait les concevoir. Par de telles mères, des femmes furent élevées dont la puissance intellectuelle et la grandeur morale ne furent jamais dépassées. On ne peut s'empêcher de le dire en retrouvant, en reconnaissant ici ces mots bénis qui avaient dirigé leur jeunesse, écarté d'elles la frivolité, entretenu en elles, avec une simplicité délicieuse, le feu sacré. (Note du traducteur.)]

[Note 189: M. de Montesquieu disait d'un jeune artiste qui, depuis, l'avait payé d'ingratitude: «Moi qui l'ai taillé comme un if!»]

[Note 190: Wordsworth. Je crois que j'ai donné dans une note de la traduction de la _Bible d'Amiens_ des extraits (à propos de la cathédrale de Chartres) du chapitre de Val d'Arno intitulé: Franchise. À la fin de ce chapitre Ruskin cite ces vers de Wordsworth et associe l'idéal féminin qu'ils évoquent à la Libertas de la cathédrale de Chartres, à la Débonnaireté de Westminster, à la Diana Vernon de Scott, à Antigone et à Alceste, pour les opposer toutes à une moderne danseuse de cancan, à la «Liberté selon Stuart Mill et Victor Hugo». (Note du traducteur.)]

[Note 191: «Nous avons convenu avec la marquise que, chaque fois que je serais de trop au salon, elle me dirait: «Je crois que la pendule retarde.» (Lettre de Mlle de Saint-Geneix, dans le marquis de Villemer, cité de mémoire.) Mais la marquise de Villemer était intelligente et bonne. Je connais en revanche des gens qui se croient très élégants et d'une culture raffinée, qui ont prié le professeur de français de leur fille, personne tout à fait remarquable, de passer par l'escalier de service dans l'après-midi «pour ne pas rencontrer les visites». (Note du traducteur.)]

[Note 192: «Jeanne d'Arc», d'après l'histoire de France de M. Michelet. Œuvres de Quincey, vol. III, p. 217. (Note de l'auteur.)]

[Note 193: Psaume CXX. (Note du traducteur.)]

[Note 194: I Rois, 22, 17, dont on peut rapprocher, mais en moins complète ressemblance avec le texte de Ruskin, Nombres, XXVII, 17. Le texte des Rois est reproduit dans saint Mathieu, IX, 36. (Note du traducteur.)]

[Note 195: Exode, XXVII, 6. (Note du traducteur.)]

[Note 196: Actes, XVII, 23. (Note du traducteur.)]

[Note 197: Comparez Lectures on Art, § 39: «Vexilla regis prodeunt.» Oui, mais _de quel roi_? Il y a deux oriflammes; laquelle planterons-nous sur les plus lointaines îles,--celle qui flotte dans les flammes du ciel, ou celle qui pend en son vil tissu d'or terrestre?» (Note du traducteur.)]

[Note 198: Allusion probable à I Psaumes, 89, 15, et peut-être aussi à Isaïe, XVI, 5. (Note du traducteur.)]

[Note 199: Je voudrais qu'on instituât, pour la jeunesse anglaise d'une certaine classe, un véritable ordre de chevalerie dans lequel jeunes gens et jeunes filles à un âge donné seraient admis, à bon escient, au rang de chevalier et de dame; rang accessible seulement après un examen décisif, une épreuve qui porterait à la fois sur le caractère et sur le talent: et d'où l'on serait déchu si l'on était convaincu, par ses pairs, d'une action déshonorante. Une telle institution serait parfaitement possible, et avec elle tous les nobles résultats qu'elle comporte, chez une nation qui aimerait l'honneur. Le fait qu'elle ne soit pas possible chez nous, ne peut en rien discréditer ce projet. (Note de l'auteur.)]

[Note 200: Au cours de Sésame et les Lys (et nous ne pouvions pas le noter chaque fois) nous voyons ainsi Ruskin faire souvent semblant d'accorder quelque chose au mal, de concéder aux faiblesses humaines. Loin de mépriser les sensations, il trouvera que plutôt nous n'en avons pas assez (§ 27), que les formes de la joie sont plus importantes encore que celles du devoir (§ 36). À la page précédente, il exaltait la soif du pouvoir. Et tout à l'heure il va dire que jamais une femme ne souhaitera assez être grande dame et n'aura jamais d'assez nombreux vassaux. Mais dès qu'il s'explique, la concession se trouve retirée: il fallait seulement s'entendre sur le sens des mots. Du moment que «les passions» signifient l'amour de la vérité, et l'«ambition mondaine» la charité, le plus sévère médecin de notre âme, peut nous en permettre l'usage. En réalité, ce qui est défendu par une morale reste défendu par toutes les autres, parce que ce qui est défendu c'est ce qui est nuisible et qu'il ne dépend pas du médecin de l'âme d'en changer la constitution. Les apparences seules sont renouvelées et le régime tout au plus «aromatisé» au parfum des choses défendues. Une morale du plaisir est au fond une morale de devoir. Le nom seul nous est concédé. (Je ne parle ici qu'à propos de Ruskin, bien entendu, et ne prétends pas méconnaître la profonde diversité des morales, malgré l'identité des régimes qu'elles nous prescrivent, et ce qu'elles gardent chacune de diffèrent et qu'elles tiennent de leur origine, utilitaire, mystique, etc,). Mais ou peut se demander si la meilleure manière d'habituer un malade à prendre du lait est d'y mêler une goutte de cognac, et n'est pas plutôt de lui apprendre tout de suite à aimer le goût même du lait. Ici cette conception «flatteuse pour l'amour-propre» du devoir social manque en réalité son but. Quand une femme désire être lady, elle ne se soucie pas de l'étymologie du mot, mais des privilèges mondains qui y sont attachés. Et si elle était une «lady» dans le sens que dit Ruskin, c'est-à-dire si elle souhaitait seulement être femme de bien, elle ne souhaiterait pas (ou, en elle, ce ne serait pas la même personne qui le souhaiterait) être appelée «lady».--(Je ne parle pas de celles qui, de tous temps, ont été «ladies». Chez celles-là, la volonté d'être appelées «lady» correspond à quelque chose d'absolument naturel et légitime, et aussi étranger au snobisme que la volonté d'un général d'être appelé mon général). Lui donner ce petit appât du titre de lady pour l'aider à faire le bien, c'est cultiver son amour-propre pour accroître sa charité, c'est-à-dire quelque chose de contradictoire, comme nous avons déjà vu Ruskin nous autoriser à être ambitieux pourvu que nous soyons d'abord philosophes. Une philosophie ou une charité à qui le snobisme sert de seuil ou de terme, voilà une philosophie et une charité qui ne se conçoivent pas bien clairement. Sans doute je force ici, et bien grossièrement, la pensée de Ruskin. Et sans doute le mot «lady» n'a pas ici son sens strict. Mais enfin malgré tout il en garde quelque chose (il est un peu un de ces mots «masqués» contre lesquels Ruskin nous met en garde et ne se met pas assez en garde lui-même) et introduit dans la pensée du lecteur ces gracieuses confusions ou se plaisent aussi certains écrivains français quand ils mêlent,--en parlant comme de choses analogues--la «noblesse» du talent, «la noblesse» de la «naissance» et du caractère. La noblesse de la naissance, cela veut dire être duc, etc. Et sans doute dans l'ordre des grandeurs de la chair et comme facteur social, et pour tous les sentiments que cela met en jeu... chez les autres, cela est important. Mais c'est un pur calembour de rapprocher cela de la «noblesse» au sens spirituel; il est fort utile de se rendre compte du sens des mots, de ne pas tout mêler et, de tant d'idées confondues, de ne pas faire sortir une prétendue aristocratie de l'intelligence qui emprunte à l'aristocratie de naissance son système de filiation par le sang, non par l'esprit, pour l'appliquer à la noblesse de l'esprit et finalement fait un «noble» (dans tous les sens du mot qui en réalité alors n'en a plus alors aucun) du neveu de Michelet. (Inutile de dire que j'ignore s'il existe un neveu de Michelet et que j'ai pris ce grand nom au hasard.) (Note du traducteur.)]

[Note 201: «Breadgiver» ou «Loaf giver». Bread est le pain. Loaf c'est un pain, une miche, c'est-à-dire le pain avec la forme que lui à donnée le boulanger. (Note du traducteur.)]

[Note 202: Saint Luc, XXIV, 30-35. Comparez une autre application du même texte dans Lectures on Art: «Et l'art chrétien ne sera de nouveau possible que quand il... se fera reconnaître, comme fit son Maître, _en rompant le pain_» (Lectures ou Art, IV, 16). Il est vrai que l'Index de «Lectures on Art» donne comme référence à ce passage: Actes, II, 42. Mais en se reportant à l'un et l'autre texte, le lecteur verra que la référence au texte de saint Luc, pour être moins littérale, est plus exacte en esprit. (Note du traducteur.)]

[Note 203: Rapprochez la _Bible d'Amiens_ sur David: «Roi et Prophète, symbole de toute Royauté divinement bienfaisante (Divinely _right doing_)» (_Bible d'Amiens_, IV, 32), et la Couronne d'Olivier sauvage: «Lui (le roi) dont la royauté signifie seulement que sa fonction est d'être envers chacun bienfaisant (_right doing_) » (III, la Guerre). (Note du traducteur.)]