Sésame et les lys: des trésors des rois, des jardins des reines
Part 12
[Note 70: Mais les actes cependant ne suffisent pas: «Avec sa main droite le Christ nous bénit, mais nous bénit sous condition: Fais ceci et tu vivras, ou plutôt dans un sens plus strict: «_Sois ceci et tu vivras._» Montrer de la pitié n'est rien, _être pur en action n'est rien_, tu dois être pur aussi dans ton cœur». (_Bible d'Amiens_, IV, 54). Le texte de Sésame et celui de la _Bible d'Amiens_ ne me paraissent pas d'ailleurs inconciliables. Ce qui doit être bon, c'est l'être même. Or un désir de bonté, suivi d'un acte mauvais, ne peut pas suffire à constituer la bonté de l'être, car l'acte mauvais est alors causé par quelque chose de mauvais qui est en nous. Voilà pour Sésame. Et pour la _Bible d'Amiens_: Mais l'acte bon ne doit pas être différent de notre moi profond, il ne doit pas être bon d'une manière purement formelle. Il doit exprimer la bonté de l'être. (Note du traducteur.)]
[Note 71: Cf. _Bible d'Amiens_, IV, 56, 59. «Je ne sais ni ne tiens à savoir à quelle époque la théorie de la justification par la Foi se trouve fixée, etc.; elle reste aujourd'hui le plus méprisable des emplâtres populaires mis sur chaque déchirure de la conscience, etc... Si vous devez croire que quoi que vous commettiez d'insensé ou d'indigne, cela pourra, grâce à vos doctrines, être raccommodé et pardonné, moins vous croirez en un monde spirituel et surtout moins vous en parlerez, mieux cela sera.» (Note du traducteur.)]
[Note 72: Cf. la _Bible d'Amiens_, III, § 41. (Note du traducteur.)]
[Note 73: Allusion probable à S. Jude, XII. «Ceux-là sont des nuées sans eau.» Cf. On the old Road, et Unto this last: «Les nuages sont le réservoir de la pluie et s'ils ne donnent pas de pluie, etc.», § 74. (Note du traducteur.)]
[Note 74: S. Luc, II, 52: «Malheur à vous, Docteurs de la Loi! parce que vous avez pris la clef de la science; vous n'êtes pas entrés vous-mêmes et vous avez empêché d'entrer ceux qui le voulaient.» Ce verset de S. Luc est ainsi expliqué par Renan: «Les pharisiens excluent les hommes du royaume de Dieu par leur casuistique méticuleuse qui en rend l'entrée trop difficile, et décourage les simples.» (Vie de Jésus, page 350 des premières éditions, note 3.) (Note du traducteur.)]
[Note 75: «Tel qui donne libéralement devient plus riche, Et tel qui épargne à l'excès ne fait que s'appauvrir. L'âme bienfaisante sera rassasiée Et celui qui arrose sera lui-même arrosé.»
(Proverbe, XI, 24, 25). (Note du traducteur.)]
[Note 76: Allusion aux versets de saint Mathieu qui resteront à tout jamais le plus amusant portrait du maître de maison exagérément formaliste, de celui dont les invités disent avec raison: Il est terrible. Voici ce passage: «Le Roi entrant pour voir ceux qui étaient à table, il aperçut un homme qui n'avait pas revêtu d'habit de noce. Il lui dit: «Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noce?» Cet homme garda le silence, alors le Roi dit aux serviteurs: «Liez-lui les pieds et les mains et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus». (S. Mathieu XXII, 12, 13, 14.) (Note du traducteur.)]
[Note 77: L'Éducation moderne consiste la plupart du temps à rendre chacun capable de penser de travers sur tous les sujets imaginables qui ont de l'importance pour lui. (Note de l'auteur.)]
[Note 78: De tels passages paraissent aux petits esprits l'œuvre d'un petit esprit; les grands esprits au contraire reconnaîtront que c'est, en morale, la conclusion à laquelle aboutissent tous les grands esprits. Seulement ils pourront regretter (pour les autres) que Ruskin s'explique aussi peu et donne cette forme un peu bourgeoise et un peu courte à des vérités qui pourraient être présentées moins prosaïquement. Cf. (pour cette manière d'exposer une vérité en la rapetissant volontairement, en lui donnant une apparence offensive de lieu commun démodé) _Bible d'Amiens_, IV, 59: «Toutes les créatures humaines qui ont des affections ardentes, le sens commun et l'empire sur soi-même, ont été et sont naturellement morales... un homme bon et sage diffère d'un homme méchant et idiot, comme un bon chien d'un chien hargneux.» Ruskin, quand il écrit, ne tient jamais compte de Mme Bovary, qui peut le lire. Ou plutôt il aime à la choquer et à lui paraître médiocre. (Note du traducteur.)]
[Note 79: Le «Library Edition» indique comme référence: Emerson: «To Rhea».]
[Note 80: Dans Henry VIII.]
[Note 81: Caïphe, éternellement étendu en croix en travers du chemin, pour avoir conseillé aux Juifs la crucifixion de Jésus. Selon Dante son beau-père Ananias et tous ceux qui assistaient au conseil où fut résolu le supplice de Jésus subissent la même peine. (Note du traducteur.)]
[Note 82: Nicolas III (Jean-Gaetan Orsini), que Dante aperçoit les pieds flambants hors d'un trou au fond duquel il est plongé, la tête en bas. Nicolas III entendant la voix de Dante croit d'abord que c'est Boniface VIII. Mais Virgile ordonne à Dante de le détromper, Nicolas III avoue alors à Dante qu'il fut simoniaque et Dante lui répond: «Or ça, dis-moi quel trésor Notre Seigneur voulut-il de S. Pierre, avant de mettre les clefs en son pouvoir? Il ne lui demande rien, sinon: Suis-moi.
Ni Pierre, ni les autres n'enlevèrent à Matthias son or et son argent.... Reste donc là, car tu es justement puni, et garde bien ta richesse mal acquise... Et n'était que me retient encore le respect des clefs souveraines que tu tins dans la douce vie, J'userais de paroles encore plus sévères... Il vous a vus, pasteurs, l'Évangéliste, lorsqu'il aperçut celle qui est assise sur les eaux se prostituant aux rois. Ah! Constantin, de quels maux fut la source, non ta conversion, mais la dot que reçut de toi le premier pape opulent.
Ces paroles (que je cite d'après la traduction de la Divine Comédie par Brizeux) plurent à Virgile. Il ne semble pas qu'elles produisirent le même effet à Nicolas III, car «tandis que je lui chantais ces notes, dit Dante, soit colère ou conscience qui le mordit, il secouait fortement les pieds.» (Note du traducteur.)]
[Note 83: Jérémie, IV, 3. (Note du traducteur.)]
[Note 84: Comparez § 13, Ci-dessus. (Note de l'auteur.)]
[Note 85: Voir plus bas la note dans la 2e partie de Sésame (Des jardins des Reines), page 212.]
[Note 86: Et c'est encor Seigneur le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge, etc.
(Baudelaire, _les Phares._) (Note du traducteur.)]
[Note 87: Cf. dans l'admirable _Livre de mon ami_ d'Anatole France: «À la bonne heure, m'écriais-je, voilà l'éclat des passions. Les passions il n'en faut pas médire. Tout ce qui se fait de grand en ce monde se fait par elles. Ma fille... ayez des passions fortes, laissez-les grandir et croissez avec elles. Et si plus tard vous devenez leur maîtresse inflexible, leur force sera votre force et leur grandeur votre beauté. Les passions, c'est toute la richesse morale de l'homme.» (Note du traducteur.)]
[Note 88: Cf. _Bible d'Amiens_: «Un monastère sans art, sans lettres et sans pitié.» (Note du traducteur.)]
[Note 89: I S. Pierre, 12. (Note du traducteur.)]
[Note 90: Allusion à l'anéantissement de la Pologne (1864.) (Note du traducteur.)]
[Note 91: La «Library Edition» nous apprend qu'il y a ici une allusion à l'intérêt (dont font foi les Journaux d'octobre et novembre 64) soulevé cette année même (1864) dans le public par l'assassinat de M. Briggs sur la ligne du North London. Matthew Arnold plaisante sur la démoralisation de notre classe causée par la tragédie de Bow (dans sa préface de 1865 à l'Essai sur la critique). (Note du traducteur.)]
[Note 92: Allusion, dit la «Library Edition», à la guerre de Sécession et à l'interruption du trafic du coton causée par le blocus des ports du Sud. (Note du traducteur.)]
[Note 93: Allusion, selon la même édition, aux guerres de 1840 et 1856 causées par l'opposition de la Chine au trafic de l'opium.]
[Note 94: Voir la note à la fin de la conférence. Je l'ai fait imprimer en gros caractères parce que, depuis qu'elle a été écrite, le cours des événements l'a peut-être rendue plus digne d'attention. (Note de l'auteur.)]
[Note 95: Malheureusement la «Library Edition» ne nous indique pas à quel fait contemporain ceci est une allusion.(Note du traducteur.)]
[Note 96: Le nouvel ambassadeur que l'Angleterre venait d'envoyer en Russie, l'année même des massacres de Pologne, qui est aussi l'année où a été prononcée cette conférence, La «Library Edition» nous donne le nom de cet ambassadeur: Sir Andrew Buchanam. (Note du traducteur.)]
[Note 97: Allusion à Timothée, VI, 10, passage auquel Ruskin fait souvent allusion. Notamment dans On the old Road, III, 152; dans Stones of Venice, I, V, 90: «_L'amour de l'argent_, le péché de Judas et d'Ananias, est assurément la racine de tout mal parce qu'il endurcit le cœur, mais la convoitise «qui est idolâtrie» (allusion à Colossiens, III, 5), le péché d'Achab.. qui cause bien plus de maux, mais est moins incompatible avec le christianisme.» Dans _Unto This Last_ l'allusion est faite presque de la même manière que dans notre texte de Sésame: «Les écrits que (en paroles) nous déclarons divins, non seulement dénoncent _l'amour de l'argent comme la source de tout mal_, etc., etc., et nous ne nous en mettons pas moins à étudier la science de devenir riche comme le chemin le plus court pour arriver au bonheur de la nation.» Sur le péché d'Ananias, voir notamment Sésame, III, The mystery of Life, § 135, et On the old Road, II, § 72 (The Cestas of Aglaia.) (Note du traducteur.)]
[Note 98: Cf. S. Luc, X, 30 et suivants.]
[Note 99: Allusion probable mais vague à Rois, XII, 14, discours que tient Roboam, contrairement aux conseils des vieillards, mais conforme au conseil des jeunes gens qui lui avaient dit: «Dis-leur: mon père vous a châtiés avec des fouets, mais moi je vous châtierai avec des fouets garnis de pointes.» (Note du traducteur.)]
[Note 100: Cf. Munera Pulveris, 65. (Note de l'auteur.)]
[Note 101: «Nous connaîtrions plus de nous-mêmes et du Christianisme si nous étions plus souvent soumis à cette épreuve.» (_Bible d'Amiens_, III). (Note du traducteur.)]
[Note 102: Allusion à la multiplication des pains grâce à laquelle Jésus rassasia cinq mille hommes avec cinq pains. St Jean, VI. (Note du traducteur.)]
[Note 103: «Le pain que je vous propose Sert aux anges d'aliment Dieu lui-même le compose De la fleur de son froment. C'est ce pain si délectable Que ne mange pas à sa table Le monde que vous suivez. Je l'offre à qui veut me suivre. Approchez. Voulez-vous vivre? Prenez, mangez, et vivez!»
(Racine, cantique IV) (Note du traducteur.)]
[Note 104: Depuis que ceci a été écrit, la réponse a été faite, topique: Non. Nous avons abandonné le champ des découvertes Arctiques aux nations continentales comme étant nous-mêmes trop pauvres pour payer des vaisseaux. (Note de l'auteur.)]
[Note 105: Peut-être allusion à S. Luc, IX, 58; voir plus bas la note de la page 224 et particulièrement la citation de la Couronne d'Olivier Sauvage: «Ces chasses gardées qui réalisent à la lettre ou plutôt en fait dans la personne de ses pauvres ce que leur maître répondit à ses disciples: que les renards avaient des abris, mais que lui n'en avait point.»--L'expression elle-même est des Psaumes (LXIII, 11): «Ils seront détruits par l'épée; ils seront la proie des renards.» (Note du traducteur.)]
[Note 106: La «Library Edition» nous apprend que ce fossile était l'archæoptéryx. (Note du traducteur.)]
[Note 107: Je livre le fait à la publicité sans l'autorisation du Professeur Owen, autorisation que, bien entendu, il n'aurait pu décemment m'accorder si je la lui avais demandée, mais je considère comme si important que le public soit instruit de cette affaire que je fais ce qui me semble mon devoir, quoique ce soit mal élevé. (Note de l'auteur.)]
[Note 108: Cf. Time and Tide by Weare and Tyne, Lettre 4.]
[Note 109: Ceci était le vrai but de votre «libre échange»: «tous les échanges pour moi». Vous trouvez maintenant que grâce à la concurrence les autres peuples peuvent tenir le marché aussi bien que vous et maintenant vous demandez de nouveau la protection. Pauvres petits! (Note de l'auteur.)]
[Note 110: Allusion aux aventures de Nigel: «Quand il était ainsi occupé il abandonnait le poste extérieur de son établissement commercial à deux robustes apprentis à voix de stentor qui ne cessaient de crier: De quoi avez-vous besoin? De quoi avez-vous besoin? sans manquer de joindre à ces paroles un pompeux éloge des objets qu'ils avaient à vendre. Cet usage de s'adresser aux passants pour les inviter à acheter ne subsiste plus aujourd'hui, à ce que nous croyons, que dans Monmouthstreet, etc. (Aventures de Nigel, chapitre Ier, p. 40, de la traduction française, édition Gosselin.) (Note du traducteur.)]
[Note 111: Comparez: «Les plus grands trésors d'art que l'Europe possède actuellement sont des morceaux de vieux plâtres sur des murs en ruines où les lézards se cachent et se chauffent et dont peu d'autres créatures vivantes approchent jamais; et les restes déchirés de toiles ternies dans les coins perdus des églises, etc. Un grand nombre de fresques et de plafonds de Véronèse et de Tintoret au Palais ducal ont été réduits, par la négligence des hommes, à cette condition. Malheureusement comme aucun d'eux n'est sans réputation, ils ont attiré l'attention des autorités vénitiennes et des académiciens. Il est de règle que les corps publics qui ne veulent pas payer cinq livres pour protéger un tableau en paient cinquante pour le repeindre. Et quand je fus à Venise, en 1846, il y avait deux opérations réparatrices qui se poursuivaient simultanément dans les deux édifices qui renferment les plus merveilleux tableaux de la ville... Des seaux étaient placés par terre dans la Scuola San Rocco à chaque averse pour recevoir la pluie qui traversait les plafonds de Tintoret, pendant qu'au Palais ducal les Véronèse étaient par terre pour être repeints; et je vis moi-même repeindre le ventre d'un cheval blanc de Véronèse à l'aide d'une brosse placée à l'extrémité d'un bâton de cinq mètres de long et trempé dans un pot à peinture de bâtiments, etc.» (Stones of Venice, II, VIII, 138 et 139.) (Note du traducteur.)]
[Note 112: Comparez: «Et moi qui vous parle de l'utilité de la guerre, je devrais véritablement être le dernier à vous parler de cette façon si je me fiais à ma seule expérience. Voici pourquoi: j'ai consacré une grande partie de ma vie à des recherches sur la peinture vénitienne et ces études ont eu pour résultat de me faire adopter l'un de ses représentants comme le plus grand de tous les peintres. Je me suis fait cette conviction sous un plafond couvert de ses peintures; et parmi ces peintures trois des plus belles n'offraient plus que des morceaux déchiquetés, mêlés aux lattes du plafond crevé par trois obus autrichiens. Or, sans doute tous les conférenciers ne pourraient pas vous dire qu'ils ont vu trois de leurs tableaux préférés mis en lambeaux par des obus. Et devant un pareil spectacle quel est le conférencier qui vous dirait comme moi que cependant la guerre est le fondement de tout grand art?» (La Couronne d'Olivier Sauvage, IIIe conférence: la guerre). Mais la référence exacte paraît être Stones of Venice, II, VII, 123. (Note du traducteur.)]
[Note 113: Les quatre premières éditions portaient: «Tous les Titiens»; à partir de 1871 ces mots sont remplacés par «toutes les plus belles peintures». La «Library Edition», qui signale cette variante, en conclut avec finesse et un peu spécieusement que l'admiration de Ruskin pour le Titien avait quelque peu diminué. Nous avons, à vrai dire, des témoignages plus précis que celui que donne la «Library Edition» de la révolution qui eut lieu dans le goût de Ruskin et qui renversa la hiérarchie de ses admirations. Nous n'avons pas la place malheureusement de donner ici aucune indication sur cette crise esthétique qui dénoua chez Ruskin la crise religieuse et calma ses plus grands doutes en lui montrant que les peintres croyants comme Giotto étaient supérieurs aux peintres incroyants comme Titien. (Note du traducteur.)]
[Note 114: Je voulais dire que les plus beaux lieux du monde, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne du Sud, etc., sont assurément les cathédrales véritables, les lieux ou révérer et ou prier, et que nous nous soucions seulement de les traverser à toute vitesse et de manger à leurs endroits les plus sacrés. (Note de l'auteur.)]
[Note 115: Cf. Præterita: «Depuis que j'ai composé et médité là pour la dernière fois, que «d'embellissements» sont survenus... Ensuite chaque jour d'exposition vint un flot de gens qui prenaient le sentier et qui le salissaient avec des cendres de cigare pour le reste de la semaine. Puis ce furent les chemins de fer, les voyous amenés par les trains de plaisir qui renversaient les palissades, faisaient peur aux vaches et cassaient autant de branches fleuries qu'ils pouvaient en attraper... etc., etc. Enfin, cette année une palissade de six pieds de haut a été placée de l'autre côté et les promeneurs marchent l'un derrière l'autre, s'offrent telle notion de l'air, de la campagne et du paysage qu'ils peuvent, entre ce mur et la palissade, chacun avec un mauvais cigare devant lui, un second derrière et un troisième dans la bouche.» (Note du traducteur.)]
[Note 116: «Oui, Chamonix est une demeure désolée pour moi. Je n'y retournerai plus, je crois. Je pourrais éviter la foule en hiver, mais que les glaciers m'aient trahi... c'en est trop! Faites, s'il vous plaît, mes amitiés à la grosse pierre qui est sous Breven à un quart de mille au-dessus du village, à moins qu'ils ne l'aient détruite pour leurs hôtels.» (Lettre citée par M. de la Sizeranne.) Comparez aussi avec The Queen of Air (Préface): «Ce 1er jour de mai 1869 je me retrouve écrivant là où mon œuvre fut commencée, il y a 35 ans, en vue des neiges des Alpes supérieures. Depuis ce temps, d'étranges calamités ont fondu sur les spectacles que j'ai le plus aimés et tâché de faire aimer aux autres. La lumière... l'air... l'eau sont souillés. Ce matin, sur le lac de Genève à un demi-mille, je pouvais à peine voir le plat de ma rame à 2 mètres de profondeur. À la place d'un petit rocher de marbre, dernier pied du Jura descendant dans l'eau bleue, toujours couvert de fleurs roses de saponaires, on a construit une rocaille artificielle avec cette inscription sur ses pierres rapportées:
«Aux botanistes Le club jurassique.»
«Ah! maîtres de la science moderne, rendez-moi mon Athénée, faites-la sortir de vos fioles, et enfermez-y sous scellés, s'il se peut une fois encore, Asmodée! Enseignez-nous seulement--ceci qui est tout ce que l'homme a besoin de savoir--que l'air lui a été donné pour sa vie, et la pluie pour sa soif et pour son baptême, et le feu pour sa chaleur et le soleil pour sa vue, et la terre pour sa nourriture,--et pour son Repos.» J'ai résumé ce dernier passage d'après M. de la Sizeranne. M. de la Sizeranne écrit ici «repos» avec un petit r. Je préfère rétablir la majuscule qui est dans Ruskin. Ainsi à la majesté soudaine, on comprend de quel repos il s'agit. Peut-être pourtant pourrait-on soutenir qu'il ne s'agit pas ici du repos de la tombe. On pourrait s'appuyer pour cela sur la Préface de «The crown of wild olive». «L'herbe cependant fut-elle créée verte pour vous servir seulement de linceul et non pour vous servir de lit? et n'y aura-t-il jamais de repos pour vous au-dessus d'elle, mais seulement au-dessous?» Malgré ce doute qui me vient et que j'avoue, je crois qu'il s'agit ici, surtout à cause de la majuscule et de l'importance donnée au mot final de la préface, du repos de la tombe. (Note du traducteur.)]
[Note 117: Ruskin fait ici allusion à ce passage de S. Mathieu (XXI, 3 et suivants, ou à Isaïe, V, 2, le passage est identique): «Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir et bâtit une tour» pour qu'on pût de là surveiller la vigne. Ruskin a fait allusion à ces versets dans «Lectures of Architecture and Painting», § 19, quand, énumérant tous les passages de la Bible où nous sont montrées des tours, il nous dit: «Vous vous rappelez ce propriétaire qui construisit une tour dans son vignoble.» Dans le passage de «Lectures of Architecture and Painting» Ruskin veut montrer (à propos de la valeur religieuse de l'architecture gothique) que, dans la Bible, les tours n'ont jamais un caractère religieux et sont seulement construites par orgueil, plaisir, ou dans un but de défense. (Note du traducteur.)]
[Note 118: Cf. Time and Tide, § 46.]
[Note 119: Voir plus loin «des sentiments de joie purs» et surtout comparez avec Arrows of the Chace (passage cité par M. Bardoux): «Buvons et mangeons, car nous mourrons demain», disait le fermier latin et il nous a laissé d'éternels monuments de sagesse humaine et de chant joyeux. «Travaillons et soyons justes, car demain nous mourrons et après la mort viendra le jugement», disaient Holbein et Durer, et ils nous ont laissé d'éternels souvenirs du travail humain et de la crainte attristée de la divinité. «Réjouissons-nous et soyons heureux, car demain nous mourrons et nous serons avec Dieu», disaient Fra Anglico et Giotto; et ils nous ont laissé d'éternels monuments de la royauté des cieux, divinement lambrissée. «Fumons des pipes, gagnons de l'argent, lisons de mauvais romans, marchons dans l'air empesté, disons avec sentiment que nous sommes bien las, car demain nous mourrons et nous serons changés en pipes», voilà ce que disent les hommes d'aujourd'hui.»--On sait que «buvons et mangeons car nous mourrons demain» est une citation d'Isaïe, XXII, 13. Quant au passage tout entier, tant d'idées essentielles à Ruskin s'y laissent deviner, quand elles ne s'y montrent pas, que pour ne pas accumuler les abstractions, je renonce à les isoler. Je me contente de renvoyer le lecteur à la note de la page 211 «oui, mais quel roi» et la longue note des pages 212 et 213. (Note du traducteur.)]
[Note 120: L'entrefilet entier est en effet imprimé en rouge dans le texte anglais. Nous aurions voulu pouvoir faire de même ici, afin de conserver l'aspect singulier que ces pages ont dans l'original. Mais des difficultés matérielles d'exécution nous en ont empêché. (Note du traducteur.)]
[Note 121: Cf. Stones of Venice «un message qui fut un jour écrit dans le sang et un son qui remplira un jour les voûtes du ciel» (Stones of Venice, I, IV, LXXI), et The crown of wild olive, ch. II, § 59, «lorsque le monde entier se tatoue de rouge avec son propre sang au lieu de vermillon». (Note du traducteur.)]
[Note 122: «Une des choses que nous devons nous acharner à obtenir pour le bien de toutes les classes dans nos programmes futurs, c'est que dans aucune, on ne porte d'habillement remis à neuf. Voir la préface.» (Note de l'auteur.)]