Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends. Recueil de poésies simples et faciles destinées à servir d'exercices élémentaires de mémoire

Part 4

Chapter 43,796 wordsPublic domain

C'était le plus beau jour de tous les jours d'automne, Un de ces jours brillants, jours aux mille couleurs, Où la terre ravie, effeuillant sa couronne, Nous jette ses fruits et ses fleurs.

La mère travaillait à la fenêtre assise, Mère au front gracieux, au regard calme, doux, Et l'enfant apprenait, en silence et soumise, Une leçon sur ses genoux.

Relevant quelquefois sa tête rose et blanche, Pour sourire au soleil, au splendide horizon, Elle écoutait l'oiseau qui sautait sur la branche, En chantant gaiement sa chanson.

La pauvre mère alors, et bonne et généreuse, Pour ne pas la gronder, feignait de ne rien voir, Ou ramenait d'un mot sa chère paresseuse Au doux sentiment du devoir.

Que sa voix était tendre et pleine d'indulgence! «Allons, chère Marie, allons, tu n'apprends pas. Ton livre déchiré trahit ta négligence, Que vois-tu de si beau là-bas?»

Elle invitait encor la gentille rêveuse A reprendre courage, à lire de nouveau, Quand l'enfant s'écria: «Que je suis malheureuse! Ah! si j'étais petit oiseau!

Ah! si j'étais l'oiseau qui toujours saute et chante; Qui n'a souci de rien, qu'on voit toujours joyeux; Si j'étais cet oiseau, que je serais contente, Et que mon sort serait heureux!

Plus de livre ennuyeux, plus de leçon sévère; Voltiger tout le jour, courir et s'amuser, Causer avec les fleurs, caresser la bruyère, Sur le gazon se reposer;

Toujours nouveau plaisir, toujours nouvelle fête; Sous les arbres touffus, j'arrêterais mon vol, Et m'en irais souvent appeler la fauvette, Pour rire avec le rossignol.

Tu dis que c'est là-haut qu'on chante les louanges, Que la terre répète en tout temps, en tout lieu: J'y volerais aussi pour entendre les anges Chanter dans le ciel du bon Dieu.

Sans regrets, sans chagrins, toujours libre et ravie, Chaque jour le soleil me paraîtrait plus beau; Ainsi s'écouleraient tous les jours de ma vie. Ah! si j'étais petit oiseau!»

--«Sans doute, chère enfant, cette vie a des charmes, Mais elle compte aussi plus d'un jour douloureux. L'oiseau n'est pas exempt de craintes ni d'alarmes, Il est souvent bien malheureux.

Quand l'hiver couvre tout de glace et de tristesse, Lorsque tu dors, enfant, sous de légers rideaux, On n'entend plus dans l'air que les cris de détresse Poussés par les petits oiseaux.

Oh! que leur voix alors est touchante et plaintive! Ils vont mourir de faim, de froid et de douleur. Car ils n'ont plus de mère inquiète, attentive, Pour les réchauffer sur son coeur.

Plus heureux que l'oiseau, dont la vie est amère, L'enfant reçoit du ciel un regard plein de feu, Un coeur intelligent pour comprendre sa mère, Une âme pour adorer Dieu.

Regarde celui-ci qui frôle de son aile Et la branche de l'arbre et le gazon fleuri; Il va nous faire entendre une chanson nouvelle; Qu'il est mignon, qu'il est joli!

Il paraît bien joyeux, les airs sont sa patrie! Sans craindre le péril, sans songer à son sort, Il chante, court, s'envole, et légère est sa vie; Demain, peut-être, il sera mort.»

La mère encor parlait quand soudain l'éclair brille. Bientôt l'air retentit sous le grand peuplier, Et l'oiseau qui chantait tombe sous la charmille, Frappé par le plomb meurtrier.

On s'élance, on accourt, de terreur palpitantes. Hélas! il est trop tard! Oh! le cruel chasseur! L'oiseau fermait déjà ses paupières mourantes: Que de regrets! que de douleur!

On essaya pourtant de rappeler la vie; Longtemps on espéra qu'il rouvrirait les yeux: Tout en le réchauffant, la gentille Marie Versa bien des pleurs douloureux.

Elle lui dit tout bas beaucoup de douces choses (Car l'enfant sut de Dieu comprendre la leçon), Puis on l'ensevelit sous des feuilles de roses Que l'on cacha sous le gazon.

Elle revint alors désolée et pensive, Le coeur gros de soupirs, rêvant au pauvre oiseau; Et puis, sans dire un mot, sérieuse, attentive, Elle étudia de nouveau.

Puis, un moment après, elle dit en prière: «Seigneur! Seigneur mon Dieu! de ton ciel triomphant, Oh! conserve toujours un enfant à sa mère, Et garde la mère à l'enfant!»

Mlle ISABELLE RODIER.

UNE PROMENADE DE FÉNELON

Victime de l'intrigue et de la calomnie, Et par un noble exil expiant son génie, Fénelon, dans Cambrai, regrettant peu la cour, Répandait les bienfaits et recueillait l'amour; Instruisait, consolait, donnait à tous l'exemple; Son peuple pour l'entendre accourait dans le temple. Il parlait, et les coeurs s'ouvraient tous à sa voix. Quand du saint ministère ayant porté le poids, Il cherchait, vers le soir, le repos, la retraite, Alors, aux champs aimés du sage et du poète, Solitaire et rêveur, il allait s'égarer. De quel charme à leur vue il se sent pénétrer! Il médite, il compose, et son âme l'inspire! Jamais un vain orgueil ne le presse d'écrire; Sa gloire est d'être utile; heureux quand il a pu Montrer la vérité, faire aimer la vertu!

Ses regards, animés d'une flamme céleste, Relèvent de ses traits la majesté modeste, Sa taille est haute et noble; un bâton à la main, Seul, sans faste et sans crainte, il poursuit son chemin, Contemple la nature et jouit de Dieu même. Il visite souvent les villageois qu'il aime, Et chez ces bonnes gens, de le voir tout joyeux, Vient sans être attendu, s'assied au milieu d'eux, Écoute le récit des peines qu'il soulage, Joue avec les enfants, et goûte le laitage. Un jour, loin de la ville ayant longtemps erré, Il arrive aux confins d'un hameau retiré, Et sous un toit de chaume, indigente demeure, La pitié le conduit; une famille y pleure.

Il entre, et sur-le-champ, faisant place au respect, La douleur, un moment, se tait à son aspect. O ciel! c'est monseigneur!... On se lève, on s'empresse; Il voit avec plaisir éclater leur tendresse.

«Qu'avez-vous, mes enfants? d'où naît votre chagrin? «Ne puis-je le calmer? Versez-le dans mon sein; «Je n'abuserai point de votre confiance.»

On s'enhardit alors et la mère commence: «Pardonnez, monseigneur, mais vous n'y pouvez rien; «Ce que nous regrettons, c'était tout notre bien; «Nous n'avions qu'une vache!... hélas! elle est perdue; «Depuis trois jours entiers nous ne l'avons point vue. «Notre pauvre Brunon!.. nous l'attendons en vain; «Les loups l'auront mangée, et nous mourrons de faim. «Peut-il être un malheur au nôtre comparable?

--«Ce malheur, mes amis, est-il irréparable?» Dit le prélat, «et moi ne puis-je vous offrir, «Touché de vos regrets, de quoi les adoucir? «En place de Brunon, si j'en trouvais une autre?...»

--«L'aimerions-nous autant que nous aimons la nôtre? «Pour oublier Brunon il faudra bien du temps! «Eh! comment l'oublier?... Ni nous ni nos enfants «Nous ne serons ingrats. C'était notre nourrice! «Nous l'avions achetée étant encor génisse! «Accoutumée à nous, elle nous entendait, «Et même à sa manière elle nous répondait; «Son poil était si beau, d'une couleur si noire; «Trois marques seulement, plus blanches que l'ivoire, «Ornaient son large front et ses pieds de devant; «Avec mon petit Claude elle jouait souvent; «Il montait sur son dos, elle le laissait faire; «Je riais... A présent nous pleurons, au contraire! «Non, monseigneur, jamais, il n'y faut pas penser, «Une autre ne pourra chez nous la remplacer.»

Fénelon écoutait cette plainte naïve; Mais pendant l'entretien, bientôt le soir arrive. Quand on est occupé de sujets importants, On ne s'aperçoit pas de la fuite du temps. Il promet en partant de revoir la famille... «Ah! monseigneur, lui dit la plus petite fille, «Si vous vouliez pour nous la demander à Dieu, «Nous la retrouverions.»--«Ne pleurez plus; adieu.»

Il reprend son chemin, il reprend ses pensées, Achève en son esprit des pages commencées; Il marche; mais déjà l'ombre croît, le jour fuit. Ce reste de clarté qui devance la nuit Guide encore ses pas à travers les prairies, Et le calme du soir nourrit ses rêveries.

Tout à coup un objet à ses yeux s'est montré; Il regarde... il croit voir.., il distingue en un pré, Seule, errante et sans guide, une vache... C'est elle Dont on lui fit tantôt un portrait si fidèle... Il ne peut s'y tromper; et soudain, empressé, Il court dans l'herbe humide, il franchit un fossé, Arrive haletant; et Brunon complaisante, Loin de le fuir, vers lui s'avance et se présente. Lui-même, satisfait, la flatte de la main.

Mais que faire? Va-t-il poursuivre son chemin? Retourner sur ses pas, ou regagner la ville? Déjà, pour revenir, il a fait plus d'un mille. «Ils l'auront dès ce soir, dit-il, et par mes soins «Elle leur coûtera quelques larmes de moins.» Il saisit à ces mots la corde qu'elle traîne, Et marchant lentement, derrière lui l'emmène. Venez, mortels, si fiers d'un vain et mince éclat; Voyez, en ce moment, ce digne et saint prélat, Que son nom, son génie, et son titre décore, Mais que tant de bonté révèle plus encore. Ce qui fait votre orgueil vaut-il un trait si beau? Le voilà fatigué, de retour au hameau. Hélas! à la clarté d'une faible lumière, On veille, on pleure encor dans la triste chaumière. Il arrive à la porte: «Ouvrez-moi, mes enfants, «Ouvrez-moi; c'est Brunon, Brunon que je vous rends.»

On accourt; ô surprise! ô joie! ô doux spectacle! La fille croit que Dieu fait pour elle un miracle: «Ce n'est point monseigneur, c'est un ange des cieux «Qui, sous ses traits chéris, se présente à nos yeux, «Pour nous faire plaisir il a pris sa figure: «Aussi je n'ai pas peur... Oh! non, je vous assure, «Bon ange!...» En ce moment, de leurs larmes noyés, Père, mère, enfants, tous sont tombés à ses pieds. «Levez-vous, mes amis; mais quelle erreur étrange! «Je suis votre archevêque et ne suis point un ange; «J'ai retrouvé Brunon, et pour vous consoler «Je revenais vers vous; que n'ai-je pu voler! «Reprenez-la; je suis heureux de vous la rendre.»

«--Quoi! tant de peine! ô ciel! avez-vous pu la prendre, «Et vous-même?» Il reçoit leurs respects, leur amour; Mais il faut bien aussi que Brunon ait son tour.

On lui parle. «C'est donc ainsi que tu nous laisses? «Mais te voilà!» Je donne à penser les caresses! Brunon semble répondre à l'accueil qu'on lui fait. Tel au retour d'Ulysse, son chien le reconnaît. «Il faut, dit Fénelon, que je reparte encore; «A peine dans Cambrai serai-je avant l'aurore; «Je crains d'inquiéter mes amis, ma maison... «--Oui, dit le villageois, oui, vous avez raison; «On pleurerait ailleurs quand vous séchez nos larmes! «Vous êtes tant aimé!... Prévenez leurs alarmes «Mais comment retourner? car vous êtes bien las! «Monseigneur, permettez... nous vous offrons nos bras. «Oui, sans vous fatiguer, vous ferez le voyage.»

D'un peuplier voisin on abat le branchage. Mais au hameau déjà le bruit s'est répandu. Monseigneur est ici!... Chacun est accouru, Chacun veut le servir. De bois et de ramée Une civière agreste aussitôt est formée, Qu'on tapisse partout de fleurs, d'herbages frais; Des branches au-dessus s'arrondissent en dais; Le bon prélat s'y place, et mille cris de joie Volent au loin; l'écho les double et les renvoie. Il part: tout le hameau l'environne, le suit; La clarté des flambeaux brille à travers la nuit, Le cortège bruyant qu'égaye un chant rustique, Marche... Honneurs innocents et gloire pacifique! Ainsi par leur amour Fénelon escorté, Jusque dans son palais en triomphe est porté.

ANDRIEUX.

QUATRAINS MORAUX

1.

Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence; On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer: La voix de l'univers annonce sa puissance, Et la voix de nos coeurs dit qu'il faut l'adorer.

2.

Contre la conscience il n'est point de refuge: Elle parle en nos coeurs; rien n'étouffe sa voix, Et de nos actions elle est tout à la fois La loi, l'accusateur, le témoin et le juge.

3.

Enfants, quelque irrité que vous paraisse un père, Croyez qu'il est toujours votre ami le plus doux, Son coeur en vous montrant un courroux nécessaire, Le fait pour votre bien, et souffre plus que vous.

4.

Que vous devez aimer cette maman si chère, Qui souffrit tant pour vous, qui vous rend tant de soins, Et qui prévoit si bien vos peines, vos besoins! Est-il assez d'amour pour payer une mère?

5.

Soyez doux, complaisants, d'un caractère affable: On est toujours aimé quand on est sans humeur; L'esprit ne suffit pas, enfants, pour être aimable; Il faut y joindre encor l'indulgente douceur.

6.

Offensez-vous quelqu'un, votre orgueil vous refuse A demander pardon de votre emportement. Eh! pourquoi donc rougir de ce beau mouvement? La honte est dans l'offense, et non pas dans l'excuse.

7.

Notre vie est si courte! Il la faut employer; Instruisez-vous, enfants, dès l'âge le plus tendre. Vous serez malheureux si vous cessez d'apprendre Et c'est un jour perdu qu'un jour sans travailler.

LE BON EMPLOI DU TEMPS

Comme la bienfaisante pluie Féconde la terre en été Dieu fit pour féconder la vie, Le travail et l'activité. Ne laissons point d'heure inutile: Songeons que la paille stérile Est foulée aux pieds du glaneur; Puissent s'amasser nos journées, Comme les gerbes moissonnées, Dans le grenier du laboureur!

Mme AMABLE TASTU.

LE CÈDRE DU LIBAN

Le cèdre du Liban s'était dit en lui-même: «Je règne sur les monts; ma tête est dans les cieux, «J'étends sur les forêts mon vaste diadème; «Je prête un noble asile à l'aigle audacieux.

«A mes pieds l'homme rampe...» Et l'homme qu'il outrage Rit, se lève, et d'un bras trop longtemps dédaigné Fait tomber sous la hache et la tête et l'ombrage De ce roi des forêts, de sa chute indigné...

Vainement il s'exhale en des plaintes amères; Les arbres d'alentour sont joyeux de son deuil: Affranchis de son ombre, ils s'élèvent en frères, Et du géant superbe un ver punit l'orgueil.

LE BRUN.

LA FEUILLE

De ta tige détachée, Pauvre feuille desséchée, Où vas-tu?--Je n'en sais rien: L'orage a brisé le chêne Qui seul était mon soutien. De son inconstante haleine Le zéphir ou l'aquilon Depuis ce jour me promène De la forêt à la plaine, De la montagne au vallon. Je vais où le vent me mène, Sans me plaindre ou m'effrayer, Je vais où va toute chose, Où va la feuille de rose Et la feuille de laurier.

ARNAULT.

LE PLUS DOUX NOM

«Emmanuel... Dieu avec nous!»

Plus doux qu'est au printemps le parfum de la rose, Quand l'aube luit; Que le sein maternel où l'enfant se repose, Quand vient la nuit; Plus doux et plus touchant que le doux nom de père Pour l'orphelin; Plus doux qu'est à nos yeux l'éclat de la lumière A son déclin; Plus douce qu'est au coeur que le bruit empoisonne La paix du soir; Plus doux qu'est au mourant que la vie abandonne Le mot d'espoir; Plus doux qu'est le regard du jeune enfant qui prie Près de son lit; Plus doux qu'est dans l'exil le doux nom de patrie Pour le proscrit; Plus doux qu'est au rocher battu par la tempête L'aspect du port; Plus doux qu'est le duvet où l'oiseau met sa tête Quand il s'endort; Plus doux qu'au pèlerin arrivant de la terre Est le chant des élus, --Plus doux est au pécheur perdu dans sa misère Le doux nom de Jésus!

THÉOPHILE GONTARD.

DANDOLO

Venise aux Byzantins demandait un traité. Auprès de l'empereur part comme député Un des plus nobles fils de Venise la belle, Dandolo!... L'empereur ordonne qu'on l'appelle. Il entre!... Le traité l'attendait tout écrit: «Lisez, lui dit le prince, et puis signez...» Il lit. Mais soudain, pâlissant de colère, il s'écrie: «Ce traité flétrirait mon nom et ma patrie, «Je ne signerai pas!» L'impétueux César Se lève! Dandolo l'écrase d'un regard. Le prince veut parler de présents, il s'indigne! De bourreaux, il sourit; de prêtres, il se signe!

Alors tout écumant de honte et de fureur: «Si tu ne consens pas, traître, dit l'empereur, «J'appelle ici soudain quatre esclaves fidèles, «Je te fais garrotter, et là, dans tes prunelles, «Un fer rouge éteindra le feu évanoui; «Ainsi, hâte-toi donc, et réponds enfin... oui!» Il se tait!.. On apporte une lame brûlante! Il se tait!.. On l'applique à sa paupière ardente: Il se tait!.. De ses yeux où le fer s'enfonçait, Le sang coule: il se tait! la chair fume: il se tait!.. Et quand de ses bourreaux l'oeuvre fut achevée, Tranquille et ferme il dit: «La patrie est sauvée!» Eh bien! ce front d'airain, inflexible aux douleurs, Ces yeux qui torturés n'ont que du sang pour pleurs, Cet immobile front où pas un pli ne bouge, Qui ne sourcille pas sous le feu d'un fer rouge, Ces yeux, ce front, ce coeur, avaient quatre-vingts ans! Jeune aurait-il mieux fait? Vit-on ses faibles sens Le trahir, et son corps manqua-t-il à son âme? Va, va, fouille l'histoire avec des yeux de flamme, Jeune homme, et trouve un trait plus beau que ce trait-là. Auprès de Dandolo, qu'est-ce que Scevola?

E. LEGOUVÉ.

L'OREILLER D'UNE PETITE FILLE

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête, Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi! Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête, Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi! Beaucoup, beaucoup d'enfants, pauvres, nus et sans mère, Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir; Ils ont toujours sommeil! O destinée amère! Maman, douce maman, cela me fait gémir,

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges Qui n'ont pas d'oreiller, moi, j'embrasse le mien; Seule dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges, Je te bénis, ma mère, et je touche le tien. Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première De l'aube au rideau bleu; c'est si gai de la voir! Je vais dire tout bas ma plus tendre prière; Donne encore un baiser, bonne maman! Bonsoir.

PRIÈRE

Dieu des enfants, le coeur d'une petite fille, Plein de prière, écoute! est ici sous mes mains; On me parle souvent d'orphelins sans famille; Dans l'avenir, mon Dieu! ne fais plus d'orphelins! Laisse descendre au soir un ange qui pardonne, Pour répondre à des voix que l'on entend gémir; Mets sous l'enfant perdu, que la mère abandonne, Un petit oreiller qui le fasse dormir.

Mme DESBORDES-VALMORE.

PARAPHRASE DU PSAUME CXLVI

N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer; Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre: C'est Dieu qui nous fait vivre, C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies, Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux: Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont, ce que nous sommes, Véritablement hommes, Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers, Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs; Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.

MALHERBE.

LE BONHEUR DU CHRÉTIEN

Que ne puis-je, ô mon Dieu, Dieu de ma délivrance, Remplir de ta louange et la terre et les cieux, Les prendre pour témoins de ma reconnaissance, Et dire au monde entier combien je suis heureux!

Heureux quand je t'écoute et que cette parole Qui dit: «Lumière sois!» et la lumière fut, S'abaisse jusqu'à moi, m'instruit et me console, Et me dit: «C'est ici le chemin du salut!»

Heureux quand je te parle, et que de ma poussière, Je fais monter vers toi mon hommage et mon voeu, Avec la liberté d'un fils devant son père, Et le saint tremblement d'un pécheur devant Dieu.

Heureux lorsque ton jour, ce jour qui vit éclore Ton oeuvre du néant et ton fils du tombeau, Vient m'ouvrir les parvis où ton peuple t'adore, Et de mon zèle éteint rallumer le flambeau.

Heureux quand sous les coups de ta verge fidèle, Avec amour battu, je souffre avec amour: Pleurant, mais sans douter de ta main paternelle, Pleurant, mais sous la croix, pleurant, mais pour un jour.

Heureux, lorsque, attaqué par l'Ange de la chute, Prenant la Croix pour arme et l'Agneau pour Sauveur, Je triomphe à genoux et sors de cette lutte Vainqueur, mais tout meurtri, tout meurtri, mais vainqueur.

Heureux, toujours heureux! J'ai le Dieu fort pour père, Pour frère Jésus-Christ, pour guide l'Esprit-Saint! Que peut ôter l'enfer, que peut donner la terre A qui jouit du ciel et du Dieu trois fois saint?

A. MONOD.

LE NID DE FAUVETTES

Je le tiens, ce nid de fauvettes! Ils sont deux, trois, quatre petits! Depuis si longtemps je vous guette; Pauvres oiseaux, vous voilà pris!

Criez, sifflez, petits rebelles, Débattez-vous; oh! c'est en vain, Vous n'avez pas encor vos ailes, Comment vous sauver de ma main?

Mais quoi! n'entends-je pas leur mère Qui pousse des cris douloureux? Oui, je le vois, oui, c'est leur père Qui vient voltiger auprès d'eux.

Ah! pourrais-je causer leur peine, Moi qui, l'été, dans les vallons, Venais m'endormir sous un chêne, Au bruit de leurs douces chansons?

Hélas! si du sein de ma mère Un méchant venait me ravir, Je le sens bien, dans sa misère, Elle n'aurait plus qu'à mourir.

Et je serais assez barbare, Pour vous arracher vos enfants? Non, non, que rien ne vous sépare; Non, les voici, je vous les rends.

Apprenez-leur, dans le bocage, A voltiger auprès de vous; Qu'ils écoutent votre ramage Pour former des sons aussi doux.

Et moi, dans la saison prochaine, Je reviendrai dans les vallons, Dormir quelquefois sous un chêne, Au bruit de leurs douces chansons.

BERQUIN.

A MES OISEAUX

Oh! que vous chantez bien, mes petits canaris! C'est que vous avez tout à souhait: belle cage, Grain nouveau, gai soleil, air pur et frais breuvage, Et votre joie éclate en vos airs favoris!

Mais savez-vous, au moins, d'où vous vient cette fête? Moi, j'achète ce grain dont vous êtes friands: Mais qui l'a fait germer et mûrir dans les champs? Je vous verse cette eau: mais cette eau, qui l'a faite?

Qui donc a fait couler le limpide ruisseau Où, dans mon gobelet, pour vous je l'ai puisée? C'est moi qui vous ai mis tout près de la croisée; Quand j'ai vu ce jour pur et ce soleil si beau:

Mais d'où vient ce beau jour, et d'où vient l'astre même? Qui l'a formé? Qui l'a suspendu dans les airs, Pour être bienfaiteur et roi de l'univers? Dites, le savez-vous?--C'est quelqu'un qui vous aime.

C'est Dieu, mes canaris!--La graine et le ruisseau, L'azur et le soleil, et les cieux et la terre Sont son oeuvre: et c'est lui qui, comme un tendre père S'occupe de l'enfant et prend soin de l'oiseau!

C'est Dieu qui vous a faits, c'est Dieu qui vous apprête Ce repas, cet abri; c'est lui qui vous revêt, Dans la saison d'hiver, de ce moelleux duvet Où, pour vous endormir, vous cachez votre tête;