Part 3
Au malheur son destin me livre Et j'implore en vain la pitié; Quand le brave a cessé de vivre, Serait-il si tôt oublié? Songez, vous que ma voix supplie, Qu'il mourut en vous défendant; Ah! secourez le pauvre enfant Du soldat mort pour sa patrie!
Voilà cette étoile éclatante Que je vis briller sur son sein: Faudra-t-il d'une main tremblante La vendre pour avoir du pain? Garde qu'elle ne soit flétrie! Me disait-il en expirant... Ah! secourez le pauvre enfant Du soldat mort pour sa patrie!
Déjà mon jeune coeur tressaille, Quand je vois flotter nos drapeaux; Au seul récit d'une bataille Je me sens le fils d'un héros: Je l'espère, ô France chérie! Un jour je t'offrirai mon sang... Ah! secourez le pauvre enfant Du soldat mort pour sa patrie!
CONSOLATION
Composé en 1669. A M. du Perrier.
Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle? Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle L'augmenteront toujours?
Le malheur de ta fille au tombeau descendue Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue Ne se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance était pleine, Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses Ont le pire destin; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Puis quand ainsi serait que, selon ta prière, Elle aurait obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière, Qu'en fût-il advenu?
Penses-tu que plus vieille en sa maison céleste Elle eût eu plus d'accueil, Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste Et les vers du cercueil?
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles: On a beau la prier; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend point les rois.
De murmurer contre elle et perdre patience Il est mal à propos; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.
MALHERBE.
L'ANGE ET L'ENFANT
Un ange au radieux visage, Penché sur le bord d'un berceau, Semblait contempler son image Comme dans l'onde d'un ruisseau.
Charmant enfant qui me ressemble, Oh! disait-il, viens avec moi; Viens, nous serons heureux ensemble; La terre est indigne de toi.
Là, jamais entière allégresse; L'âme y souffre de ses plaisirs; Les cris de joie ont leur tristesse, Et les voluptés leurs soupirs.
La crainte est de toutes les fêtes; Jamais un jour calme et serein Du choc ténébreux des tempêtes N'a garanti le lendemain.
Eh quoi! les chagrins, les alarmes, Viendraient troubler ce front si pur, Et par l'amertume des larmes Se terniraient ces yeux d'azur!
Non, non, dans les champs de l'espace Avec moi tu vas t'envoler: La Providence te fait grâce Des jours que tu devais couler.
Que personne dans ta demeure N'obscurcisse ses vêtements; Qu'on accueille ta dernière heure, Ainsi que tes premiers moments.
Que les fronts y soient sans nuage, Que rien n'y révèle un tombeau. Quand on est pur comme à ton âge, Le dernier jour est le plus beau.
Et secouant ses blanches ailes, L'ange, à ces mots, prit son essor Vers les demeures éternelles. Pauvre mère!... ton fils est mort.
REBOUL.
LA FAUVETTE ET SES PETITS
Aux branches d'un tilleul une jeune fauvette Avait de ses petits suspendu le berceau. D'écoliers turbulents une troupe inquiète, Cherchant quelque plaisir nouveau, Aperçut en passant le nid de la pauvrette: Le voir, être tenté, l'assaillir à l'instant, Chez ce peuple enclin à mal faire Ce fut l'ouvrage d'un moment. Tous sans pitié lui déclarent la guerre, Le pauvre nid vingt fois pensa faire le saut, Il n'était si petit marmot Qui ne fît de son mieux pour y lancer sa pierre. L'alarme cependant était grande au logis, La fauvette voyait l'instant où ses petits Allaient périr ou subir l'esclavage. Un esclavage, hélas! pire que le trépas. Les gens qu'elle voyait là-bas Étaient assurément quelque peuple sauvage Qui ne les épargnerait pas. Que faire en ce péril extrême? Mais que ne fait-on pas pour sauver ce qu'on aime? Elle vole au-devant des coups: Pour sa famille elle se sacrifie, Espérant que ces gens, dans leur affreux courroux, Se contenteront de sa vie. Aux yeux du peuple scélérat, Elle va, vient, vole et revole, S'élève tout à coup, et tout à coup s'abat, Fait tant qu'enfin cette race frivole Court après elle et laisse là le nid. Elle amusa longtemps cette maudite engeance, Les mena loin, fatigua leur constance, Et pas un d'eux ne l'atteignit. L'amour sauva le nid, le ciel sauva la mère, A ses petits elle en devint plus chère. Dieu sait la joie et tout ce qu'on lui dit, A son retour, de touchant et de tendre! Comme ils avaient passé tout ce temps sans rien prendre, Elle apaisa leur faim, puis chacun s'endormit.
AUBERT.
ADIEUX A LA VIE
--1780--
J'ai révélé mon coeur au Dieu de l'innocence, Il a vu mes pleurs pénitents; Il guérit mes remords, il m'arme de constance; Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère: Qu'il meure et sa gloire avec lui! Mais à mon coeur calmé le Seigneur dit en père: Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage; Tout trompe la simplicité! Celui que tu nourris court vendre ton image Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramène Un vrai remords né de douleurs; Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine D'être faible dans les malheurs.
J'éveillerai pour toi la pitié, la justice De l'incorruptible avenir; Eux-mêmes épureront, par leur long artifice, Ton honneur qu'ils pensent ternir.
Soyez béni, mon Dieu! vous qui daignez me rendre La paix et l'espoir sans orgueil; Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre, Veillerez près de mon cercueil!
Au banquet de la vie, infortuné convive, J'apparus un jour et je meurs: Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure, Et vous, riant exil des bois! Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature, Salut pour la dernière fois!
Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacrée Tant d'amis sourds à mes adieux! Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée! Qu'un ami leur ferme les yeux!
GILBERT.
LES TROIS JOURS DE CHRISTOPHE COLOMB
En Europe! en Europe!--Espérez! Plus d'espoir! «Trois jours, leur dit Colomb, et je vous donne un monde.» Et son doigt le montrait, et son oeil, pour le voir, Perçait de l'horizon l'immensité profonde.
Il marche, et des trois jours le premier jour a lui; Il marche, et l'horizon recule devant lui; Il marche, et le jour baisse. Avec l'azur de l'onde L'azur d'un ciel sans borne à ses yeux se confond. Il marche, il marche encore, et toujours; et la sonde Plonge et replonge en vain dans une mer sans fond.
Le pilote, en silence, appuyé tristement Sur la barre qui crie au milieu des ténèbres, Écoute du roulis le sourd mugissement, Et des mâts fatigués les craquements funèbres. Les astres de l'Europe ont disparu des cieux; L'ardente croix du sud épouvante ses yeux. Enfin l'aube attendue, et trop lente à paraître, Blanchit le pavillon de sa douce clarté: «Colomb! voici le jour! le jour vient de renaître! «--Le jour! et que vois-tu?--Je vois l'immensité.»
Le second jour a lui. Que fait Colomb? il dort; La fatigue l'accable, et dans l'ombre on conspire. «Périra-t-il? Aux voix!--La mort! la mort! la mort! «--Qu'il triomphe demain, ou, parjure, il expire.» Les ingrats! quoi! demain, il aura pour tombeau Les mers où son audace ouvre un chemin nouveau! Et peut-être demain leurs flots impitoyables Le poussant vers ces bords que cherchait son regard, Les lui feront toucher, en roulant sur les sables L'aventurier Colomb, grand homme un jour plus tard! Soudain du haut des mâts descendit une voix: Terre! s'écria-t-on, terre! terre!... Il s'éveille: Il court. Oui, la voilà, c'est elle, tu la vois, La terre!... ô doux spectacle! ô transports! ô merveille! O généreux sanglots qu'il ne peut retenir! Que dira Ferdinand, l'Europe, l'avenir? Il la donne à son roi, cette terre féconde; Son roi va le payer des maux qu'il a soufferts: Des trésors, des honneurs en échange d'un monde, Un trône, ah! c'était peu!... Que reçut-il? des fers.
CASIMIR DELAVIGNE.
L'AUMONE
Donnez, riches! l'aumône est soeur de la prière. Hélas! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre, Tout raidi par l'hiver, en vain tombe à genoux; Quand les petits enfants, les mains de froid rougies, Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies, La face du Seigneur se détourne de vous.
Donnez! afin que Dieu qui dote les familles, Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles; Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit; Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges; Afin d'être meilleurs; afin de voir des anges Passer dans vos rêves la nuit.
Donnez! il vient un jour où le monde nous laisse. Vos aumônes là-haut vous font une richesse. Donnez afin qu'on dise: «Il a pitié de nous!» Afin que l'indigent que glacent les tempêtes, Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un oeil moins jaloux.
Donnez! pour être aimés du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même, en s'inclinant, vous nomme, Pour que votre foyer soit calme et fraternel; Donnez! afin qu'un jour à votre heure dernière, Contre tous vos péchés vous ayez la prière D'un mendiant puissant au ciel.
VICTOR HUGO.
LA CHUTE DES FEUILLES
De la dépouille de nos bois L'automne avait jonché la terre; Le bocage était sans mystère, Le rossignol était sans voix. Triste, et mourant, à son aurore, Un jeune malade à pas lents Parcourait une fois encore Le bois cher à ses premiers ans.
«Bois que j'aime, adieu, je succombe: Votre deuil me prédit mon sort; Et dans chaque feuille qui tombe Je vois un présage de mort. Fatal oracle d'Épidaure, Tu m'as dit: «Les feuilles des bois «A tes yeux jauniront encore, «Mais c'est pour la dernière fois.
«L'éternel cyprès se balance; «Déjà sur sa tête en silence «Il incline ses longs rameaux; «Ta jeunesse sera flétrie «Avant l'herbe de la prairie, «Avant les pampres des coteaux.»
Et je meurs... de leur froide haleine M'ont touché les sombres autans; Et j'ai vu comme une ombre vaine S'évanouir mon beau printemps! Tombe, tombe, feuille éphémère! Voile aux yeux ce triste chemin; Cache au désespoir de ma mère La place où je serai demain.
Mais vers la solitaire allée, Si mon amante désolée Venait pleurer quand le jour fuit, Éveille par ton léger bruit Mon ombre un instant consolée. Il dit, s'éloigne, et sans retour, La dernière feuille qui tombe A signalé son dernier jour.
Sous le chêne on creusa sa tombe... Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isolée; Et le pâtre de la vallée Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausolée.
MILLEVOYE.
LE COIN DU GRAND-PÈRE
Ce coin près du foyer, c'est le coin du grand-père. C'est là, je m'en souviens, qu'il aimait à s'asseoir, Les pieds sur les chenets, dans sa vieille bergère, Là qu'il lisait le jour et sommeillait le soir.
Je crois le voir encor. Sa tête couronnée De beaux cheveux blanchis par l'âge et le chagrin, Se penchait en avant, doucement inclinée; Son visage était grave à la fois et serein.
Son coeur était ouvert à tous. On pouvait lire Le calme sur son front, la bonté dans ses yeux; Et lorsque sur sa bouche il passait un sourire, On croyait voir briller comme un rayon des cieux.
Puis, il était si bon pour moi! Dès que décembre, Neigeux, humide et froid, me fermait le jardin, Souvent à ses côtés, je jouais dans la chambre: Vénérable grand-père et petit-fils mutin!
Je vous laisse à penser le tapage et la fête, Quand le ronfle à mon gré sifflait sur le plancher, Quand mes soldats de plomb, rangés tambour en tête, Sous mon commandement semblaient prêts à marcher.
--Regarde donc! regarde, oh! regarde, grand-père! Il souriait, et moi, m'excitant, par des cris, Au combat, d'un seul coup je culbutais à terre Tous ces pauvres soldats disloqués et meurtris!
Puis, lorsque j'étais las de jouer:--Une histoire. Grand-père!--et me voilà sur ses genoux assis. Lui, cherchant un moment dans sa vieille mémoire, Et me baisant au front, commençait ses récits.
C'étaient des souvenirs de l'enfance lointaine, Ou bien quelque beau conte, un conte d'autrefois, Terrible... et j'écoutais, ne respirant qu'à peine, Mon oreille et mon coeur suspendus à sa voix?
Souvent, dans la veillée, il prenait son gros livre; --Un vieillard, disait-il, est l'ami du vieillard,-- Et tandis qu'il ouvrait ses deux fermoirs de cuivre, Un céleste bonheur animait son regard.
Les mains jointes, le front recueilli, son visage Reflétait tout son coeur, ce coeur humble et pieux, Et rarement son doigt tournait la sainte page, Sans qu'une douce larme y tombât de ses yeux!
Ainsi Dieu le reprit, lisant sa vieille Bible? Un soir, je l'appelais, le croyant endormi... Il n'était plus: la mort, comme un sommeil paisible, L'avait couché, serein, auprès de son ami!
Maintenant, son fauteuil est vide. Le grand-père Ne viendra plus jamais s'asseoir au coin du feu! Mais sa place est meilleure au ciel que sur la terre: Il ne nous a quittés que pour aller à Dieu!
L. TOURNIER.
HYMNE DE L'ENFANT A SON RÉVEIL
O père qu'adore mon père! Toi qu'on ne nomme qu'à genoux! Toi, dont le nom terrible et doux Fait courber le front de ma mère!
On dit que ce brillant soleil N'est qu'un jouet de ta puissance; Que sous tes pieds il se balance Comme une lampe de vermeil.
On dit que c'est toi qui fais naître Les petits oiseaux dans les champs, Et qui donnes aux petits enfants Une âme aussi pour te connaître.
On dit que c'est toi qui produis Les fleurs dont le jardin se pare, Et que, sans toi, toujours avare, Le verger n'aurait point de fruits.
Aux dons que ta bonté mesure Tout l'univers est convié: Nul insecte n'est oublié A ce festin de la nature.
L'agneau broute le serpolet, La chèvre s'attache au cytise, La mouche au bord du vase puise Les blanches gouttes de mon lait!
L'alouette a la graine amère Que laisse envoler le glaneur, Le passereau suit le vanneur, Et l'enfant s'attache à sa mère.
Et pour obtenir chaque don Que chaque jour tu fais éclore, A midi, le soir, à l'aurore, Que faut-il? Prononcer ton nom!
O Dieu! ma bouche balbutie Ce nom des anges redouté; Un enfant même est écouté Dans le choeur qui te glorifie!...
Ah! puisqu'il entend de si loin Les voeux que notre bouche adresse, Je veux lui demander sans cesse Ce dont les autres ont besoin.
Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines, Donne la plume aux passereaux, Et la laine aux petits agneaux, Et l'ombre et la rosée aux plaines.
Donne au malade la santé, Au mendiant le pain qu'il pleure, A l'orphelin une demeure, Au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuse Au père qui craint le Seigneur; Donne à moi sagesse et bonheur, Pour que ma mère soit heureuse!...
LAMARTINE.
DERNIER CHOEUR D'ESTHER
--1689--
Dieu fait triompher l'innocence, Chantons, célébrons sa puissance.
Il a vu contre nous les méchants s'assembler, Et notre sang prêt à couler; Comme l'eau sur la terre ils allaient le répandre: Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre; L'homme superbe est renversé, Ses propres flèches l'ont percé.
J'ai vu l'impie adoré sur la terre, Pareil au cèdre, il cachait dans les cieux Son front audacieux; Il semblait à son gré gouverner le tonnerre, Foulait aux pieds ses ennemis vaincus: Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.
Comment s'est calmé l'orage? Quelle main salutaire a chassé le nuage? L'aimable Esther a fait ce grand ouvrage. De l'amour de son Dieu son coeur s'est embrasé. Au péril d'une mort funeste Son zèle ardent s'est exposé; Elle a parlé: le ciel a fait le reste.
Esther a triomphé des filles des Persans: La nature et le ciel à l'envi l'ont ornée. Tout ressent de ses yeux les charmes innocents, Jamais tant de beauté fut-elle couronnée? Les charmes de son coeur sont encor plus puissants, Jamais tant de vertu fut-elle couronnée?
Ton Dieu n'est plus irrité: Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière, Quitte les vêtements de ta captivité, Et reprends ta splendeur première. Les chemins de Sion à la fin sont ouverts: Rompez vos fers, Tribus captives; Troupes fugitives, Repassez les monts et les mers, Rassemblez-vous des bouts de l'univers.
Je reverrai ces campagnes si chères, J'irai pleurer au tombeau de mes pères. Relevez, relevez les superbes portiques Du temple où notre Dieu se plaît d'être adoré: Que de l'or le plus pur son autel soit paré, Et que du sein des monts le marbre soit tiré. Prêtres sacrés, préparez vos cantiques. Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques:
Dieu descend et vient habiter parmi nous: Terre, frémis d'allégresse et de crainte; Et vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous.
Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable! Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur! Jeune peuple, courez à ce maître adorable. Les biens les plus charmants n'ont rien de comparable Aux torrents de plaisirs qu'il répand dans un coeur. Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable! Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur! Il s'apaise, il pardonne; Du coeur ingrat qui l'abandonne Il attend le retour; Il excuse notre faiblesse, A nous chercher même il s'empresse; Pour l'enfant qu'elle a mis au jour Une mère a moins de tendresse. Ah! qui peut avec lui partager notre amour?
Il nous fait remporter une illustre victoire. Il nous a révélé sa gloire. Ah! qui peut avec lui partager notre amour? Que son nom soit béni, que son nom soit chanté; Que l'on célèbre ses ouvrages Au delà des temps et des âges, Au delà de l'éternité.
J. RACINE.
LE NID
Moins on tient de place, plus on est à couvert: une feuille suffit au nid de l'oiseau-mouche.
_Bernardin de Saint-Pierre._
De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble: Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble? Pour le couvrir, vois-tu les rameaux se ployer? Les petits sont cachés sous leur couche de mousse; Ils sont tous endormis!... Oh! viens, ta voix est douce: Ne crains pas de les effrayer.
De ses ailes encore la mère les recouvre; Son oeil appesanti se referme et s'entr'ouvre, Et son amour souvent lutte avec le sommeil: Elle s'endort enfin... Vois comme elle repose! Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose, Et sa part de notre soleil.
Vois, il n'est point de vide en son étroit asile, A peine s'il contient sa famille tranquille; Mais là le jour est pur, là le sommeil est doux, C'est assez!... Elle n'est ici que passagère; Chacun de ses petits peut réchauffer son frère, Et son aile les couvre tous.
Et nous, pourtant, mortels, nous passagers comme elle, Nous fondons des palais quand la mort nous appelle; Le présent est flétri par nos voeux d'avenir; Nous demandons plus d'air, plus de jour, plus d'espace, Des champs, un toit plus grand!... Ah! faut-il tant de place Pour aimer un jour... et mourir!
E. SOUVESTRE.
LE MONTAGNARD ÉMIGRÉ
Combien j'ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissance! Ma soeur, qu'ils étaient beaux les jours De France! O mon pays, sois mes amours Toujours.
Te souvient-il que notre mère Au foyer de notre chaumière Nous pressait sur son sein joyeux, Ma chère! Et nous baisions ses blancs cheveux Tous deux.
Ma soeur, te souvient-il encore Du château que baignait la Dore? Et de cette tant vieille tour Du Maure, Où l'airain sonnait le retour Du jour?
Te souvient-il du lac tranquille Qu'effleurait l'hirondelle agile, Du vent qui courbait le roseau Mobile, Et du soleil couchant sur l'eau Si beau?
Oh! qui me rendra mon Hélène Et ma montagne et le grand chêne! Leur souvenir fait tous les jours Ma peine. Mon pays sera mes amours Toujours!
CHATEAUBRIAND.
LE RETOUR DANS LA PATRIE
Qu'il va lentement, le navire A qui j'ai confié mon sort! Au rivage où mon coeur aspire Qu'il est lent à trouver un port! France adorée? Douce contrée, Mes yeux cent fois ont cru te découvrir; Qu'un vent rapide Soudain nous guide Aux bords sacrés où je reviens mourir. Mais enfin le matelot crie: Terre! terre! là-bas, voyez! Ah! tous mes maux sont oubliés: Salut à ma patrie!
Oui, voilà les rives de France; Oui, voilà le port vaste et sûr, Voisin des champs où mon enfance S'écoula sous un chaume obscur. France adorée! Douce contrée! Après vingt ans, enfin, je te revois. De mon village Je vois la plage; Je vois fumer la cime de nos toits. Combien mon âme est attendrie! Là furent mes premiers amours; Là ma mère m'attend toujours; Salut à ma patrie!
Loin de mon berceau, jeune encore, L'inconstance emporta mes pas Jusqu'au sein des mers où l'aurore Sourit aux plus riches climats. France adorée! Douce contrée! Dieu te devait leurs fécondes chaleurs. Toute l'année, Là, brille ornée De fleurs, de fruits, et de fruits et de fleurs. Mais là, ma jeunesse flétrie Rêvait à des climats plus chers: Là, je regrettais nos hivers. Salut à ma patrie!
Poussé chez des peuples sauvages Qui m'offraient de régner sur eux, J'ai su défendre leurs rivages Contre des ennemis nombreux. France adorée! Douce contrée! Tes champs alors gémissaient envahis. Puissance et gloire, Cris de victoire, Rien n'étouffa la voix de mon pays: De tout quitter mon coeur me prie; Je reviens pauvre, mais constant. Une bêche est là qui m'attend. Salut à ma patrie!
Au bruit des transports d'allégresse Enfin le navire entre au port. Dans cette barque où l'on se presse, Hâtons-nous d'atteindre le bord. France adorée! Douce contrée! Puissent tes fils te revoir ainsi tous! Enfin j'arrive, Et sur la rive Je rends au ciel, je rends grâce à genoux. Je t'embrasse, ô terre chérie! Dieu! qu'un exilé doit souffrir! Moi désormais, je puis mourir; Salut à ma patrie!
BÉRANGER.
AH! SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU!