Part 2
La porte cède, il entre, et sa mère attendrie, Sa mère qu'un long mal près du foyer retient, Se relève à moitié, tend les bras et s'écrie: N'est-ce pas mon fils qui revient?
Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui l'appelle. --Je suis infirme, hélas! Dieu m'afflige, dit-elle, Et depuis quelques jours je te l'ai fait savoir; Car je ne voulais pas mourir sans te revoir.
Mais lui: De votre enfant vous étiez éloignée; Le voilà qui revient, ayez des jours contents; Vivez, je suis grandi, vous serez bien soignée, Nous sommes riches pour longtemps.
Et les mains de l'enfant, des siennes détachées, Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait, Les trois pièces d'argent dans sa veste cachées, Et le pain de froment que pour elle il gardait.
Sa mère l'embrassait et respirait à peine, Et son oeil se fixait, de larmes obscurci, Sur un grand crucifix de chêne, Suspendu devant elle et par le temps noirci.
«C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères «Et des petits enfants, qui du mien a pris soin; «Lui qui me consolait quand mes plaintes amères «Appelaient mon fils de si loin.
«C'est le Christ du foyer que les mères implorent, «Qui sauve nos enfants du froid et de la faim, «Nous gardons nos agneaux, et les loups les dévorent, «Nos fils s'en vont tout seuls... et reviennent enfin.
«Toi, mon fils, maintenant me seras-tu fidèle? «Ta pauvre mère infirme a besoin de secours; «Elle mourrait, sans toi.»--L'enfant à ce discours Grave et joignant les mains, tombe à genoux près d'elle Disant: «Que le bon Dieu vous fasse de longs jours!»
A. GUIRAUD.
L'ÉCOLIER
Un tout petit enfant s'en allait à l'école. On avait dit: Allez! Il tâchait d'obéir; Mais son livre était lourd; il ne pouvait courir; Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole. «--Abeille! lui dit-il, voulez-vous me parler? «Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire. «Mais le maître est tout noir et je n'ose pas rire. «Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?» «Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très pressée. «J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée, «Enfin j'ai vu des fleurs; je redescends du ciel, «Et je vais commencer mon doux rayon de miel. «Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses; «Avant une heure encor nous en aurons d'écloses. «Vite, vite, à la ruche. On ne rit pas toujours: «C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.» Elle fuit, et se perd sur la route embaumée. Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert: Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée Se montrait sans nuage et riait de l'hiver. Une hirondelle passe; elle offense la joue Du petit nonchalant qui s'attriste et qui joue, Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix, Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois. «--Oh! bonjour, dit l'enfant qui se souvenait d'elle. «Je t'ai vue à l'automne; oh! bonjour, hirondelle! «Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi «Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi? «Jouons!»--Je le voudrais, répond la voyageuse; «Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps; «Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps. «Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance, «J'emporte un brin de mousse, en signe d'espérance. «Nous allons relever nos palais dégarnis: «L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids, «J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère, «Je vais chercher mes soeurs là-bas sur le chemin. «Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère, «Il en faut profiter. Je me sauve: à demain.» L'enfant reste muet, et, la tête baissée, Rêve, et compte ses pas pour tromper son ennui, Quand le livre importun, dont sa main est lassée, Rompt ses fragiles noeuds, et tombe auprès de lui. Un dogue l'observait du seuil de sa demeure. Stentor, gardien sévère et prudent à la fois, De peur de l'effrayer retient sa grosse voix. Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure? «--Bon dogue, voulez vous que je m'approche un peu? «Dit l'écolier plaintif; je n'aime pas mon livre. «Voyez! ma main est rouge: il en est cause. Au jeu «Rien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre «Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours. «Je m'en plains tous les soirs et j'y vais tous les jours, «J'en suis très mécontent; je n'aime aucune affaire; «Le sort d'un chien me plaît, car il n'a rien à faire.» «--Écolier, voyez-vous ce laboureur aux champs? «Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître: «Il est très vigilant, je le suis plus, peut-être: «Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants; «J'éveille aussi ce boeuf, qui d'un pied lent, mais ferme, «Va creuser les sillons quand je garde la ferme. «Pour vous-même on travaille, et grâce à nos brebis, «Votre mère en chantant vous file des habits. «Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange. «Allez donc à l'école, allez, mon petit ange. «Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux: «L'ignorance toujours mène à la servitude; «L'homme est fin... L'homme est sage: il nous défend l'étude. «Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux. «Les chiens vous serviront.» L'enfant l'écouta dire, Et même il le baisa. Son livre était moins lourd. En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court; L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire. A l'école, un peu tard, il arrive gaiement, Et dans le mois des fruits il lisait couramment.
Mme DESBORDES-VALMORE.
LES DIX FRANCS D'ALFRED
Alfred était, je pense, Un enfant tel que vous ayant huit à neuf ans. Bien, bien riche, il avait dans sa bourse dix francs, Dix francs beaux et tout neufs! C'était la récompense Donnée à sa sagesse, à ses petits travaux, Ce qui rendait encor ces dix francs-là plus beaux. Mais l'idée arriva d'en chercher la dépense, Car c'eût été vilain de les garder toujours. L'argent qui ne sert pas est sans valeur aucune, Le point est de savoir lui donner un bon cours. On avait fait Alfred maître de sa fortune; Tantôt il la voyait en beau cheval de bois... Tantôt c'était un livre... Un livre... Alors sa mère Souriait de plaisir sans l'aider toutefois, Lui laissant tout l'honneur de ce qu'il allait faire. Sur un livre son choix à la fin se fixa. Charmant enfant! combien sa mère l'embrassa! C'était un jour d'hiver quand la neige et le givre Des arbres effeuillés blanchissent les rameaux, Quand vous, heureux enfants, dans de larges manteaux, Dans de bons gants fourrés, du froid on vous délivre. Alfred courait joyeux pour acheter son livre. Mais voici tout à coup qu'il s'arrête surpris... Deux enfants étaient là, tels hélas! qu'à Paris Si souvent on en voit sur les ponts de la Seine. Dans les bras l'un de l'autre ils étaient enlacés. L'un, de son petit frère, avec sa froide haleine, Cherchait à réchauffer les pauvres doigts glacés. Ils grelottaient bien fort, car leurs habits percés Presque à nu les laissaient étendus sur la pierre. Tournant vers les passants un regard de prière, Ensemble ils répétaient: J'ai grand froid, j'ai grand faim. Mais les riches passaient sans leur donner du pain; Et leurs yeux se gonflaient, et puis de grosses larmes Roulaient dans leur paupière et sillonnaient leur sein. Certes, vous eussiez pris pitié de leurs alarmes. Or, vers le petit pauvre Alfred porta ses pas, Voilà des maux cuisants que vous ne saviez pas. «Pourquoi, dit-il, tous deux restez-vous dans la neige? Vous n'avez donc pas, vous, de maman comme moi Qui vous donne du pain, du feu; qui vous protège? --Oh! nous en avons une aussi, monsieur.--Pourquoi Vous laisse-t-elle ainsi sans elle ou votre bonne, Les pieds nus sur la terre? Elle n'est donc pas bonne, Votre maman à vous?--Si fait, elle avait faim, Elle nous a donné ce qu'elle avait de pain. Et voilà deux grands jours, hélas! qu'elle est couchée. Comme il ne restait plus chez nous une bouchée, Elle nous embrassa, disant: Pauvres petits, Allez et mendiez! et nous sommes sortis: Et nous sommes venus nous coucher sur la pierre; Et personne, ô mon Dieu, n'entend notre prière; Et voilà que bientôt mon frère va mourir, Car le froid, car la faim nous ont tant fait souffrir! --Vous n'avez donc pas, vous, reprit Alfred, un père Qui donne tous les jours de l'or à votre mère?» Le pauvre enfant se prit à sangloter plus fort. «Hélas! répondit-il, notre père... il est mort... «Il est mort et c'est lui qui nous faisait tous vivre!» Alfred, pleurant aussi, ne songea plus au livre, Et dans la main du pauvre il glissa ses dix francs. Sa mère le saisit dans ses bras triomphants Et lui dit: «Mon Alfred, un livre pour apprendre, C'était déjà bien beau; mais tu m'as fait comprendre, Mon fils, que mieux encore est de donner du pain A ceux qui vont mourir et de froid et de faim.» Et moi, je dis: «Heureux est l'enfant charitable Qui donne à l'indigent le peu qu'il reçoit d'or, Et qui, des miettes de la table, S'il ne peut rien de plus, sait faire aumône encor.»
A. GUÉRIN.
LA VACHE PERDUE
Ah! ah!... de la montagne Reviens, Néra, reviens! Réponds-moi, ma compagne, Ma vache, mon seul bien! La voix d'un si bon maître, Néra, Peux-tu la méconnaître? Ah! Ah! Néra!
Reviens, reviens! c'est l'heure Où le loup sort des bois. Ma chienne qui te pleure, Répond seule à ma voix.
Hors l'ami qui t'appelle, Néra, Qui t'aimera comme elle? Ah! Ah! Néra!
Dis-moi si dans la crèche, Où tu léchais ma main, Tu manquas d'herbe fraîche, Quand je manquais de pain? Nous n'en avions qu'à peine, Néra, Et ta crèche était pleine, Ah! Ah! Néra?
Hélas! c'est bien sans cause Que tu m'as délaissé. T'ai-je dit quelque chose, Hors un mot, l'an passé! Oui, quand mourut ma femme, Néra! J'avais la mort dans l'âme. Ah! Ah! Néra!
De ta mamelle avide, Mon pauvre enfant criera; S'il voit l'étable vide, Qui le consolera? Toi, sa chère nourrice, Néra, Veux-tu donc qu'il périsse? Ah! Ah! Néra!
Quand les miens en famille Tiraient les rois entre eux, Je te disais: «Ma fille, Ma part est à nous deux.» A la fève prochaine, Néra, Tu ne seras pas reine. Ah! Ah! Néra!
Ingrate, quand la fièvre Glaçait mes doigts raidis, Otant mon poil de chèvre, Sur vous je l'étendis. Faut-il que le froid vienne, Néra, Pour qu'il vous en souvienne? Ah! Ah! Néra!
Adieu, sous mon vieux hêtre Je m'en reviens sans vous. Allez chercher pour maître Un plus riche que nous! Allez, mon coeur se brise, Néra!... Pourtant, Dieu te conduise! Ah! Ah! Néra!
Je n'ai pas le courage De te vouloir du mal: Sur nos monts crains l'orage! Crains l'ombre dans le val! Pais longtemps l'herbe verte, Néra! Nous mourrons de ta perte, Ah! Ah! Néra!
Un soir, à ma fenêtre, Néra, pour t'abriter, De la corne peut-être Tu reviendras heurter. Si la famille est morte, Néra, Qui t'ouvrira la porte? Ah! Ah! Néra!
CASIMIR DELAVIGNE.
ATHALIE INTERROGEANT JOAS
ATHALIE (_à part_).
O ciel! plus j'examine, et plus je le regarde... C'est lui! D'horreur encor tous mes sens sont saisis.
(_A Josabet en lui montrant Joas_).
Épouse de Joad, est-ce là votre fils?
JOSABET.
Qui? lui, madame?
ATHALIE.
Lui.
JOSABET.
Je ne suis point sa mère.
(_Montrant Zacharie._)
Voilà mon fils.
ATHALIE _à Joas_.
Et vous, quel est donc votre père? Jeune enfant, répondez.
JOSABET.
Le ciel jusqu'aujourd'hui...
ATHALIE _à Josabet_.
Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui! C'est à lui de parler.
JOSABET.
Dans un âge si tendre, Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?
ATHALIE.
Cet âge est innocent; son ingénuité N'altère point encor la simple vérité: Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.
JOSABET (_à part_).
Daigne mettre, grand Dieu! ta sagesse en sa bouche.
ATHALIE.
Comment vous nommez-vous?
JOAS.
J'ai nom Éliacin.
ATHALIE.
Votre père?
JOAS.
Je suis, dit-on, un orphelin, Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance, Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.
ATHALIE.
Vous êtes sans parents?
JOAS.
Ils m'ont abandonné.
ATHALIE.
Comment et depuis quand?
JOAS.
Depuis que je suis né.
ATHALIE.
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
JOAS.
Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autre.
ATHALIE.
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?
JOAS.
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATHALIE.
Qui vous mit dans ce temple?
JOAS.
Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.
ATHALIE.
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?
JOAS.
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque, et d'un soin paternel Il me nourrit des dons offerts sur son autel.
ATHALIE (_à part_).
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse! La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce, Font insensiblement à mon inimitié Succéder... Je serais sensible à la pitié!
(_A Joas._)
..... Quel est tous les jours votre emploi?
JOAS.
J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi; Dans son livre divin on m'apprend à la lire, Et déjà de ma main je commence à l'écrire.
ATHALIE.
Que vous dit cette loi?
JOAS.
Que Dieu veut être aimé. Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide; Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.
ATHALIE.
J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu, A quoi s'occupe-t-il?
JOAS.
Il loue et bénit Dieu.
ATHALIE.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?
JOAS.
Tout profane exercice est banni de son temple.
ATHALIE.
Quels sont donc vos plaisirs?
JOAS.
Quelquefois à l'autel, Je présente au grand-prêtre ou l'encens ou le sel; J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies; Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.
ATHALIE.
Hé quoi! vous n'avez pas de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.
JOAS.
Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire!
ATHALIE.
Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.
JOAS.
Vous ne le priez point.
ATHALIE.
Vous pourrez le prier.
JOAS.
Je verrais cependant en invoquer un autre.
ATHALIE.
J'ai mon Dieu que je sers: vous servirez le vôtre: Ce sont deux puissants dieux.
JOAS.
Il faut craindre le mien: Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.
ATHALIE.
Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.
JOAS.
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
ATHALIE.
Ces méchants, qui sont-ils?
JOSABET.
Hé, madame! excusez Un enfant...
ATHALIE (_à Josabet_).
J'aime à voir comme vous l'instruisez.
(_A Joas._)
Enfin, Éliacin, vous avez su me plaire; Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier; Laissez là cet habit, quittez ce vil métier: Je veux vous faire part de toutes mes richesses. Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses; A ma table, partout, à mes côtés assis, Je prétends vous traiter comme mon propre fils.
JOAS.
Comme votre fils!
ATHALIE.
Oui.. Vous vous taisez?
JOAS.
Quel père Je quitterais! et pour...
ATHALIE.
Hé bien?
JOAS.
Pour quelle mère!
(Athalie, acte II, scène VII.)
RACINE.
BONHEUR DE L'ENFANT PIEUX
Oh! bienheureux mille fois L'enfant que le Seigneur aime, Qui de bonne heure entend sa voix, Et que ce Dieu daigne instruire lui-même! Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux Il est orné dès son enfance, Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence. Tel en un secret vallon, Sur le bord d'une onde pure, Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis, l'amour de la nature, Heureux, heureux mille fois L'enfant que le Seigneur rend docile à ses lois!
J. RACINE.
L'ENFANT ET LA FAUVETTE
Si j'étais toi, ma fauvette, Toi qui becquettes le pain Que pour toi répand ma main Aux abords de ma chambrette; Si j'étais toi, je prendrais Mon vol bien loin de la terre: Adieu! dirais-je à ma mère; Et j'irais, je monterais Bien haut, par-dessus les nues; Je franchirais ces sommets Où l'homme n'atteint jamais, Par des routes inconnues J'irais au fond du ciel bleu, Plus haut qu'où l'astre étincelle; Je n'arrêterais mon aile Qu'après avoir trouvé Dieu. Mon ami, dit la fauvette, Pour cela point n'est besoin D'aller si haut ni si loin: Cherche Dieu dans ta chambrette!
L. TOURNIER.
L'HIRONDELLE
«Où va ce petit oiseau Quand il quitte le hameau? Disait un fils à sa mère. «Va-t-il en terre étrangère, Chercher un toit plus béni Pour y suspendre son nid? Pourquoi, dans cette saison, Quitte-t-il notre maison? --«Mon enfant, reprit la mère, Regarde vers ces grands bois; Les feuilles jonchent la terre; Les oiseaux n'ont plus de voix. Dans l'air plus de doux murmure, Plus de chants mélodieux: C'est le deuil de la nature: Vois, tout est mort sous les cieux! Voilà pourquoi l'hirondelle, Quand tout meurt autour de nous, Au loin fuit à tire-d'aile, Pour chercher des cieux plus doux.» De notre vie, enfant, l'hirondelle est l'image: Nous sommes ici-bas des oiseaux de passage, Et quand le long sommeil vient nous fermer les yeux, Nous prenons notre essor vers le séjour des cieux.
P.-T. GONTARD.
ÉLÉGIE
SUR UNE JEUNE FILLE TOMBÉE A LA MER
Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés, Oiseaux chers à Thétis; doux alcyons, pleurez! Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine! Un vaisseau la portait aux bords de Camarine: Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement Devaient la reconduire au seuil de son amant. Une clef vigilante a, pour cette journée, Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée, Et l'or dont au festin ses bras seront parés, Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés. Mais seule sur la proue invoquant les étoiles, Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles L'enveloppe: étonnée et loin des matelots, Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots...
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine! Son beau corps a roulé sous la vague marine. Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher, Aux monstres dévorants eut soin de le cacher. Par son ordre bientôt les belles Néréides S'élèvent au-dessus des demeures humides, Le poussent au rivage, et dans ce monument L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement; Et de loin à grands cris appelant leurs compagnes, Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes, Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, Répétèrent, hélas! autour de son cercueil: Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée, Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée. L'or autour de ton bras n'a point serré de noeuds, Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux.
ANDRÉ CHÉNIER.
LE PETIT ENFANT
Pour le bon Dieu que puis-je faire? Je suis si petit, si petit! Voici ce que mon coeur me dit: J'aimerai bien ma bonne mère; Je puis l'aimer quoique petit!
Pour Dieu, que puis-je faire encore? Puisque c'est Dieu qui nous bénit, Je prierai bien, près de mon lit, Ce bon Dieu que ma mère adore. On peut prier, quoique petit!
Et puis-je faire davantage? A l'école où l'on me conduit, Attentif à tout ce qu'on dit, Je m'efforcerai d'être sage: On peut l'être, quoique petit!
Et quoi d'autre enfin?... Si ma mère Me réprimande ou m'avertit, J'y veillerai quoique petit, Pour corriger mon caractère: C'est comme cela qu'on grandit!
L. TOURNIER.
LE PETIT ESPIÈGLE
Au loup! au loup! à moi! criait un jeune pâtre, Et les bergers entre eux suspendaient leurs discours, Trompés par les clameurs du rustique folâtre; Tout venait, jusqu'au chien, tout volait au secours. Ayant de tant de coeurs éveillé le courage, Tirant l'un du sommeil et l'autre de l'ouvrage, Il se mettait à rire, il se croyait bien fin. Je suis loup, disait-il; mais attendez la fin. Un jour que les bergers, au fond de la vallée, Appelant la gaieté sur leurs aigres pipeaux, Confondaient leurs repas, leurs chansons, leurs troupeaux Et de leurs pieds joyeux pressaient l'herbe foulée: «Au loup! au loup! à moi!» dit le jeune garçon, «Au loup!» répéta-t-il d'une voix lamentable: Pas un n'abandonna la danse ni la table. «Il est loup,» dirent-ils, «à d'autres la leçon.» Et toutefois le loup dévorait la plus belle De ses belles brebis; Et pour punir l'enfant qu'il traitait de rebelle, Il lui montrait les dents, déchirait ses habits: Et le pauvre menteur, élevant ses prières, N'attristait que l'écho: ses cris n'amenaient rien, Tout riait, tout dansait au loin sur les bruyères. «Eh quoi! pas un ami,» dit-il, «pas même un chien!» On ajoute (et vraiment c'est pitié de le croire) Qu'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblants; Et quand il vint en pleurs raconter son histoire, On vit que ses deux bras étaient nus et sanglants. «Il ne ment pas, dit-on; il tremble! il saigne! il pleure. «Quoi! c'est donc vrai, Colas!» il s'appelait Colas, «Nous avons bien ri tout à l'heure, «Et la brebis est morte, elle est mangée... hélas!» On le plaignit. Un rustre insensible à ses larmes Lui dit: «Tu fus menteur, tu trompas notre effroi; «Or, s'il m'avait trompé, le menteur fut-il roi, «Me crierait vainement: Aux armes!»
Mme DESBORDES-VALMORE.
L'ENFANT AVEUGLE
Quel est donc, dites-moi, ce qu'on nomme lumière, Dont je ne peux jamais espérer de jouir? A votre pauvre enfant, dites, dites, ma mère, La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?
Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère; Ce soleil si brillant, il éclaire vos pas; Je sens bien sa chaleur, mais comment il éclaire, Quels sont le jour, la nuit, je ne le comprends pas.
Je m'amuse le jour et la nuit je sommeille; Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour. Oh? dites, du soleil est-ce là la merveille? Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?
Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge: Ménagez des soupirs et des pleurs superflus; Si la vue est un bien j'en ignore l'usage: On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.
Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance; Ne me dérobez pas ce qu'il a mis en moi: Je suis un pauvre enfant aveugle de naissance; Mais, avec ma gaieté, je chante, je suis roi.
J.-F. CHATELAIN.
L'ENFANT DU SOLDAT
Je n'ai plus d'appui sur la terre, Je suis errant, abandonné: Mon seul espoir était mon père, Et les combats l'ont moissonné! Mais avec orgueil je m'écrie: Il tomba fidèle et vaillant! Ah! secourez le pauvre enfant Du soldat mort pour sa patrie!