Sainte Lydwine de Schiedam

Part 18

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C’était un hospice spirituel ouvert à tout venant; et Dieu le voulait ainsi pour que les grâces qu’il lui dispensait fussent connues du public, pour que les miracles qu’elle œuvrait, en son nom, fussent visibles.

Sa vocation de guérisseuse des maux corporels fut, si l’on y songe, moindre. Elle fut moins prononcée, en tout cas, que celle de beaucoup d’autres saints; mais elle présente cette particularité que les maladies ôtées par Lydwine n’étaient pas, la plupart du temps, détruites mais simplement transplantées sur elle.

Au point de vue de l’ascèse même, il faut encore noter que le Seigneur exigea d’elle plus qu’il n’exigea d’autres élus; elle était déjà parvenue au sommet de la vie unitive et il la replongeait dans la nuit ou plutôt dans le crépuscule de la vie purgative.

Cette division des trois étapes de l’ascension mystique, si distincte chez les théologiens, s’embrouille chez elle. Il n’est plus question de la halte du milieu, du relais illuminatif, mais des deux extrêmes, de la première et de la dernière étape, dans lesquelles elle semble, à une certaine époque, s’être en même temps tenue. Cependant si Dieu l’humilia et la punit, il ne la fit pas descendre des cimes qu’elle avait atteintes. Il enténébra des cimes, et il l’y esseula; mais quand l’orage fut terminé, elle s’y retrouva, sans avoir perdu un pouce de terrain, indemne.

Elle fut, en somme, un fruit de souffrance que Dieu écrasa et pressura jusqu’à ce qu’il en eût exprimé le dernier suc; l’écale était vide lorsqu’elle mourut; Dieu allait confier à d’autres de ses filles le terrible fardeau qu’elle avait laissé; elle avait pris, elle-même, la succession d’autres saintes et d’autres saintes allaient, à leur tour, hériter d’elle; ses deux coadjutrices, sainte Colette et sainte Françoise Romaine avaient encore quelques années à souffrir; deux des autres stigmatifères de son siècle, sainte Rite de Cassie et Pétronille Hergods touchaient à leur fin; mais de nouvelles semailles de douleurs levaient, prêtes à les suppléer.

En thèse générale, tous les saints, tous les serviteurs du Christ sont des victimes d’expiation; en dehors même de leur mission spéciale qui n’est pas toujours celle-là, car les uns sont plus personnellement désignés, soit pour effectuer des conversions, soit pour régénérer des monastères, soit pour prêcher aux masses, tous néanmoins apportent au trésor commun de l’Église un appoint de maux; tous ont été des amoureux de la Croix et ont obtenu de Jésus d’être mis en mesure de lui administrer la preuve authentique de l’amour, la souffrance; l’on pourrait donc justement avancer que tous ont contribué à parachever l’œuvre de Lydwine; mais elle eut des héritières plus proches encore, des légataires plus directes, des âmes plus particulièrement indiquées, comme elle-même le fut, pour servir de victimes propitiatoires, d’holocaustes; et c’est parmi ses consœurs que le Fils blasonna de ses armes, marqua de l’étampe de ses plaies, c’est surtout parmi les stigmatisées qu’il les faut chercher.

Ne sied-il pas d’observer, à ce propos, que toutes ces victimes appartiennent au sexe féminin?

Dieu paraît, en effet, leur avoir plus spécialement réservé ce rôle de débitrices; les saints, eux, ont un rôle plus expansif, plus bruyant; ils parcourent le monde, créent ou réforment des ordres, convertissent les idolâtres, agissent surtout par l’éloquence de la chaire, tandis que, plus passive, la femme, qui n’est pas revêtue d’ailleurs du caractère sacerdotal, se tord, en silence, sur un lit. La vérité est que son âme et que son tempérament sont plus amoureux, plus dévoués, moins égoïstes que ceux de l’homme; elle est également plus impressionnable, plus facile à émouvoir; aussi Jésus rencontre-t-il un accueil plus empressé chez elle; elle a des attentions, des délicatesses, des petits soins qu’un homme, lorsqu’il n’est pas saint François d’Assise, ignore. Ajoutez que chez les vierges, l’amour maternel rentré se fond dans la dilection de l’Époux qui se dédouble pour elles et devient, quand elles le désirent, l’Enfant; les allégresses de Bethléem leur sont plus accessibles qu’à l’homme et l’on conçoit aisément alors qu’elles réagissent moins que lui contre l’emprise divine. En dépit de leur côté versatile et sujet aux illusions, c’est donc chez les femmes que l’Époux recrute ses victimes de choix et c’est sans doute cela qui explique comment sur les 321 stigmatisés que l’histoire connaît, il y a 274 femmes et 47 hommes.

La liste de ces réparatrices, héritières de Lydwine, elle existe tout au long dans un ouvrage merveilleusement documenté et absolument remarquable, dans «la Stigmatisation» du docteur Imbert-Gourbeyre.

Nous n’en extrairons cependant que celles des patientes dont la vocation de malades expiatrices ne peut être douteuse, celles dont la mission est écrite en toutes lettres, et nous y adjoindrons quelques victimes qui, si elles ne portèrent pas sur leur corps les cachets sanglants du Christ, furent de grandes extatiques et de grandes infirmes dont la vie présente les plus complètes analogies avec celle de Lydwine.

Parmi ces femmes qui, après la mort de la sainte de la Hollande, acquittèrent par des souffrances la rançon des péchés de leur temps et se substituèrent, en étant innocentes, aux coupables, nous trouvons:

AU XVe SIÈCLE.

Sainte Colombe de Riéti, une Italienne, du tiers-ordre dominicain; celle-là ne fut pas stigmatisée; chargée par le Seigneur de sommer le Pape, de corriger ses mœurs et d’épurer sa Cour, elle fut soumise aux plus impitoyables investigations et aux pires sévices à Rome; elle compensa aussi par des maladies inconnues des médecins les forfaits de son époque et mourut à la peine, en 1501.

La Bienheureuse Osanne, la patronne de la ville de Mantoue, une Italienne, tertiaire de l’ordre de saint Dominique; elle naquit six années après le trépas de Lydwine et à sept ans Jésus lui posa sur l’épaule sa croix et lui prédit une vie de tortures; sa chambre fut, ainsi que celle de la sainte de Schiedam, un cabinet de consultation pour les affections spirituelles. Les princes, les religieux, les laïques y défilèrent et elle débridait, elle aussi, les plaies des vices, perçait les apostumes des fautes et les pansait; elle décéda, après une existence de douleurs atroces, en 1505.

Sainte Catherine de Gênes, une Italienne. Elle fut mariée et vécut d’abord de la vie mondaine, puis Jésus jeta sur elle son épreinte et sa conversion eut lieu en coup de foudre comme celle de saint Paul; modèle des maladies extraterrestres, elle fut, suivant son expression: «déchirée de la tête aux pieds»; elle endura, de son vivant, les feux du Purgatoire pour sauver des âmes et elle a laissé sur ce séjour des supplices un traité persuasif et surélevé; elle connut également les affres de la Passion et trépassa en 1510, après une série de macérations et de souffrances dont le détail effraie. Son cadavre subsiste à l’état d’incorruption visible pour tous, à Gênes.

AU XVIe SIÈCLE.

La Bienheureuse Marie Bagnési, une Italienne, du tiers-ordre de saint Dominique, non stigmatisée mais dont la vie semble une copie de celle de Lydwine; elle souffrit pour réparer les scélératesses des hommes tout ce qu’il est possible de souffrir; pendant quarante-cinq ans, elle fut tenaillée par des maux de tête, brisée par des fièvres, frappée de mutisme et de surdité; elle n’eut pas un seul de ses membres qui fut intact, attestent les Bollandistes; elle mourut de la pierre ainsi que Lydwine, en 1577.

Sainte Térèse, une Espagnole, la réformatrice des carmels, l’inégalable historienne des luttes de l’âme et des combats divins. Son histoire est trop connue pour qu’il soit besoin d’en parler ici; notons seulement qu’elle fut constamment malade et expia, de même que la sainte des Pays-Bas, pour les âmes du Purgatoire, pour les pécheurs, pour les mauvais prêtres; elle naquit au ciel en 1582.

Sainte Catherine de Ricci, une Italienne, issue d’une illustre famille de Florence et appartenant à un monastère du tiers-ordre dominicain dont elle fut élue abbesse; la demande qu’elle adressa à Jésus de subir dans son corps et son âme les châtiments mérités par l’expansion des hérésies et le dérèglement des mœurs fut accueillie; son existence fut un enfer de maux; le Seigneur avait sculpté les instruments de la Passion dans ses chairs, affirme la bulle qui la canonise; elle trépassa en 1590.

Archangèle Tardera, une Italienne, tertiaire de l’ordre de saint François; elle fut malade pendant trente-six ans et passa les vingt-deux dernières années de sa vie au lit; sa mission consistait à redimer les offenses des impies; elle mourut en 1599.

AU XVIIe SIÈCLE.

Sainte Madeleine de Pazzi, une Italienne, carmélite; elle avait proposé au Sauveur d’endosser les péchés du monde et elle fut prise au mot. Elle vécut toujours malade et dans un état presque permanent d’extase: elle fut douée de l’esprit prophétique et elle a dicté des œuvres spirituelles qui sont des dialogues entre l’âme et Dieu et surtout des apostrophes volubiles, des hourras d’allégresse, des cris enflammés de joie; elle décéda en 1607.

Pudentienne Zagnoni, une Italienne, fille d’un tailleur de Bologne, tertiaire de saint François. Elle fut, ici-bas, écrasée par des infirmités dont l’origine surnaturelle fut reconnue par les médecins; elle était, en outre, traînée par les cheveux et rouée de coups par les démons; elle satisfaisait de la sorte aux iniquités qu’elle n’avait pas commises; neuf semaines avant qu’elle mourût, les neuf chœurs des anges la communièrent, à tour de rôle; elle succomba, en 1608.

La Bienheureuse Passidée de Sienne, une Italienne, de l’ordre des capucines; elle se sacrifia pour désarmer le Seigneur irrité par les impuretés de son temps. En sus de ses maladies qu’aucun remède n’apaisait, elle s’infligea, les jugeant inefficaces, d’épouvantables pénitences; elle se fouettait jusqu’au sang avec des branches de génévriers et des tiges d’épines et elle étuvait ses déchirures avec du vinaigre salé chaud; elle marchait dans la neige, pieds nus, ou se mettait des dragées de plomb dans ses chaussures; elle s’enfonçait dans des tonnes d’eau glacée l’hiver, et, l’été, se pendait, la tête en bas, au-dessus du feu; elle fut communiée par Jésus, par sa Mère, par les anges et ses extases étaient si fréquentes que le P. Venturi, son historien, écrivait «qu’elles la faisaient bien plus vivre dans le Paradis que sur la terre». Elle expira, en 1615.

La Vénérable Stéphanie des Apôtres, une Espagnole, carmélite, non stigmatisée; elle sollicita et obtint du Seigneur l’autorisation de se subroger aux pécheurs; elle accéléra les détresses d’une santé déjà débile par des jeûnes prolongés, des cilices, des cercles de fer et des chaînes. Elle acheva sa mission purificatrice en 1617.

Ursule Bénincasa, une Italienne, la fondatrice de la congrégation des théatines; elle para par ses tortures aux dangers qui menaçaient l’église; son existence fut effroyable; elle brûlait des flammes du Purgatoire pour exonérer des âmes et l’amour divin l’incendiait de telle sorte qu’il lui sortait une colonne de fumée de la bouche; en sus de ses maladies propitiatoires, elle fut soumise à Rome aux plus durs traitements et mourut en 1618.

Agathe de la Croix, une Espagnole, tertiaire de l’ordre de saint Dominique; elle devint par désir d’immolation estropiée et aveugle. Ses chairs, comme celles de Lydwine, tombaient en pourriture sur la paille et elle était aussi consumée par les feux du Purgatoire; elle décéda en 1621.

Marine Escobar, une Espagnole, la réformatrice de la règle de sainte-Brigitte; elle fut cinquante ans malade et en passa trente, étendue sur sa couche; elle exhalait, ainsi que la sainte de la Hollande, les plus délicats parfums. Quand on la changeait de linge, rapporte son biographe, il semblait que celui qu’on enlevait de son corps était un parterre odorant de fleurs; elle trépassa en 1633.

Agnès de Langeac, une Française, tertiaire de l’ordre de saint Dominique; elle supporta tous les tourments du Purgatoire pour affranchir des âmes; elle vécut, infirme, se traînant sur des potences, atténuant par ses maux les méfaits du prochain; elle mourut en 1634.

Jacqueline du Saint-Esprit, une Française, dominicaine, alitée, toujours obligée de garder la chambre; elle expira, après d’horribles souffrances réparatives, en 1638.

Marguerite du Saint-Sacrement, une Française, carmélite; celle-là endura des tortures extraordinaires; elle souffrit de telles douleurs dans le crâne, qu’après l’avoir vainement piquée avec des clous de fer rouge, les chirurgiens la trépanèrent; elle n’éprouva aucun allègement de ces sévices; seule, l’apposition des reliques chassait son mal. Elle expia plus spécialement les offenses faites au Seigneur par le manque de charité des riches; elle participa au supplice de différents martyrs pendant quinze mois, s’offrit au Sauveur comme victime pour délivrer la France de l’invasion des armées allemandes; elle termina son sacrifice, en 1648.

Lucie Gonzalès, une Italienne, rongée par les fièvres, n’ayant pas une place sur son corps qui fût saine; elle racheta plus particulièrement les abominations que commirent en 1647 les révolutionnaires de Naples; sa vie fut un livre de douleur; il se ferma en 1648.

Paule de sainte Térèse, une Italienne, du tiers-ordre de saint Dominique, prenait à son compte les péchés des séculiers et des prêtres; elle vécut couchée et fut, ainsi que Lydwine, communiée de la main du Christ; elle libéra aussi par ses souffrances les âmes du Purgatoire qui la cernaient de toutes parts; son décès eut lieu en 1657.

Marie de la Très Sainte Trinité, une Espagnole, tertiaire de saint Dominique; elle était accablée d’infirmités et réduite, lorsqu’elle n’était pas allongée sur des alèzes, à se traîner sur les genoux; sa mission piaculaire prit fin en 1660.

Pudentienne Zagnoni, Italienne, Clarisse, qu’il ne faut pas confondre avec sa sœur, la stigmatisée du même nom et du même prénom, citée plus haut. Elle fut, pendant trente-deux ans, malade. Ainsi que Lydwine, elle voyageait avec son ange dans le Paradis et amendait sur son grabat les forfaits du monde; elle mourut en 1662.

Marie Ock, une Belge, tertiaire carmélite; elle souffrait des peines appropriées aux excès des personnes qu’elle suppléait dans leur pénitence; elle purgeait les peines des âmes du Purgatoire et était tannée par les coups, roulée dans les escaliers, plongée dans des puits par les démons. Quand elle n’était pas alitée, elle courait dans les mauvais gîtes pour en retirer leurs hôtesses; elle fut une des compensatrices les plus fertiles et les plus résolues dont la biographie, vraiment curieuse, est à lire. Elle succomba à la peine, en 1684.

Jeanne Marie de la Croix, une Italienne, tertiaire franciscaine. Constamment malade, torturée par des douleurs atroces dans les reins, elle dut subir les traitements les plus barbares des médecins qui finirent cependant par reconnaître l’origine préternaturelle de ses maux et lui permirent de gémir en paix. Elle reçut l’anneau mystique, épandit de sa personne d’inexplicables parfums, guérit par sa bénédiction les infirmes et multiplia les pains. Elle s’immola plus spécialement pour combattre l’hérésie des protestants et naquit au ciel en 1673.

Marie Angélique de la Providence, une Française, tertiaire carmélite; elle intercéda plus particulièrement pour les communautés dévergondées et pour les prêtres. Le Seigneur lui indiquait, lui-même, les pécheurs dont il voulait qu’elle neutralisât par ses maladies les offenses; elle fut une grande adoratrice du saint Sacrement et l’une des victimes sur laquelle s’acharnèrent le plus les démons. Ils la battaient comme tapis, la cognaient contre les murailles, la piétinaient sur le sol; elle mourut en 1685.

AU XVIIIe SIÈCLE.

Marcelline Pauper, une Française, sœur de la Charité, à Nevers; celle-là fut une réparatrice des profanations du saint Sacrement et des vols d’hosties; c’est elle qui disait: «ma vie est un purgatoire délicieux où le corps souffre et où l’âme jouit»; elle décéda en 1708.

Fialetta-Rosa Fialetti, Italienne, tertiaire de saint Dominique. Son existence ne fut qu’une série de maladies rédemptrices; elle se termina en 1717.

Sainte Véronique Giulani, Italienne, clarisse; elle fut une vivante image du Christ en croix. Tandis que les maladies la dévoraient, elle criait: vive la croix toute seule et toute nue, vive la souffrance! Comme Lydwine elle s’offrait au Seigneur pour acquitter le supplément de péchés que suscitent les godailles des jours gras. Elle eut la transverbération du cœur ainsi que sainte Térèse et l’impression des instruments du Calvaire ainsi que sainte Claire de Montefalco. Elle mourut en 1727.

Sainte Marie Françoise des cinq plaies de Jésus, une Italienne, du tiers ordre de saint François; sa vie fut un tissu d’infirmités; elle souffrit de douleurs d’entrailles atroces, de fièvres, de gangrène. De même que Lydwine elle transbordait sur elle-même les maladies du prochain; elle fut persécutée par sa famille et par son confesseur et communiée par les anges. Douée de l’esprit prophétique, elle annonça longtemps à l’avance la Révolution française et la mort de Louis XVI, mais à la vue des souffrances de l’Église qui lui furent montrées, son cœur éclata et elle supplia le Seigneur de la délivrer de la vie; sa requête fut accueillie en 1791.

AU XIXe SIÈCLE.

Marie-Josépha Kümi, une Suissesse, dominicaine; elle fut une victime expiatrice de l’Église, des pécheurs, des âmes du Purgatoire dont elle partagea les tourments; son corps n’était qu’une plaie; elle décéda en 1817.

Anne-Catherine Emmerich, une Allemande, augustine, la plus grande voyante des temps modernes et, qui plus est, bien qu’illettrée, une magnifique artiste; son histoire est trop connue pour qu’il soit besoin de la rappeler; ses livres sont entre toutes les mains. Constatons seulement que cette stigmatifère fut toujours couchée et qu’elle est parmi les réparatrices celle qui avec Marie Bagnési se rapproche le plus de Lydwine; elle est son héritière directe à travers les âges; elle est morte après une vie de douleurs sans nom, en 1824.

Élisabeth Canori Mora, une Italienne, du tiers-ordre des trinitaires déchaussées; elle amortit surtout la dette des iniquités des persécuteurs de l’Église et trépassa en 1825.

Anna-Maria Taïgi, une Italienne, du tiers-ordre des trinitaires déchaussées; elle fut saccagée par une série de tortures; les céphalalgies, les fièvres, la goutte, l’asthme ne lui laissèrent pas un instant de repos; ses yeux, comme ceux de Lydwine, versaient du sang lorsqu’ils étaient atteints par les moindres lueurs; elle se sacrifia plus spécialement pour les bourreaux de l’Église; son holocauste prit fin en 1837.

Sœur Bernard de la Croix, une Française, de la congrégation de Marie-Thérèse, à Lyon; elle acceptait les tentations des personnes trop faibles pour les supporter et souffrait mort et passion pour elles; elle mourut en 1847.

Marie-Rosa Andriani, Italienne, du tiers-ordre franciscain; elle fut, depuis l’âge de cinq ans, une martyre par délégation et le Seigneur aggravait ses tourments, en ne la consolant pas; elle s’arrachait de la poitrine des os tout chauds et ne fut sustentée, pendant vingt-cinq ans, que par l’Eucharistie; elle décéda en 1848.

Marie Domenica Lazzari, l’une des stigmatisées du Tyrol; médiatrice des mécréants, son existence fut une continuelle agonie; brisée par des convulsions, par une toux opiniâtre, par des douleurs dans le bas-ventre, elle ne fut nourrie, durant quatorze années, que par les saintes Espèces; sa mort eut lieu en 1848.

Marie de saint-Pierre de la sainte-Famille, une Française, carmélite, non stigmatisée. Elle s’interposa entre Dieu et la France qui était sur le point d’être châtiée; elle eut gain de cause mais endura le martyre. Elle résumait, elle-même, sa vie en cette phrase: «c’est pour la réparation que j’ai été mise au monde et c’est d’elle que je meurs». Elle succomba à la peine en 1848.

Marie-Agnès Steiner, une Allemande, Clarisse dans un monastère de l’Ombrie; elle éprouva, pour le bien de l’Église, les plus cruelles maladies; elle effluait, comme Lydwine, de célestes aromes; elle trépassa en 1862.

Marie du Bourg, en religion Mère Marie de Jésus, une Française, fondatrice de la congrégation des sœurs du Saint-Sauveur et de la Sainte-Vierge; elle fut de même que la sainte de Hollande, une gloutonne de maux; elle a terriblement pâti pour les impies, pour les possédés et pour les âmes en attente. «Elle est tout occupée à peupler le Ciel et à vider le Purgatoire», disait l’une de ses filles; elle subit des attaques furieuses de la part des démons et mourut en 1862.

Marie de Moerl, la plus connue des stigmatisées du Tyrol, tertiaire de l’ordre de saint François; elle expia surtout pour l’Église; elle était douée de l’esprit prophétique et lisait dans les âmes; l’abbé Curicque, l’un de ses historiens, narre ce fait qui pourrait figurer dans la vie de Lydwine: un religieux dont elle ignorait jusqu’au nom vint, accompagné de plusieurs personnes, pour se recommander à ses prières; elle accepta d’invoquer le Seigneur à son intention, mais elle jugea nécessaire de lui signaler un défaut que, lui seul, pouvait connaître et dont il lui fallait à tout prix se débarrasser. Ne voulant point l’humilier devant des tiers, elle prit, sous son traversin, le psautier, l’ouvrit et lui montra du doigt un passage qui visait expressément ce défaut; puis elle lui sourit doucement et retomba dans l’extase que cette visite avait interrompue; elle décéda en 1868.

Barbe de saint Dominique, une Espagnole, dominicaine; elle assuma les péchés du prochain, fut en butte aux assauts du Maudit et mourut, victime de la substitution mystique; elle offrit, en effet, sa vie au Christ pour la guérison d’une autre religieuse dont l’état était désespéré; celle-ci recouvra aussitôt la santé et, elle, s’alita pour ne plus se relever; elle avait à peine trente ans, alors qu’on l’inhuma en 1872.

Louise Lateau, Belge; son cas est célèbre; elle vécut toujours couchée, rachetant par ses douleurs les forfaits d’autrui; pendant douze années, la communion fut son seul aliment. Trop de livres ont été écrits sur cette sainte fille pour qu’il soit utile d’en parler ici; elle mourut en 1883.

Marie-Catherine Putigny, une Française, visitandine; elle s’était proposée comme victime réparatrice au Seigneur; elle souffrit les plus lancinantes tortures pour les âmes du Purgatoire; elle voyait, de même que Lydwine et que la sœur Emmerich, les tableaux de la Passion; elle est décédée à son monastère de Metz, en 1885.

La cause de béatification de la plupart de ces femmes a été introduite à Rome; sans préjuger en rien le jugement qui interviendra pour chacune d’elles, il sied d’espérer que l’origine céleste de leurs vocations et de leurs maux sera reconnue.

L’on remarquera que, parmi ces héritières de Lydwine, il n’en est pas une qui soit issue, ainsi qu’elle, du territoire des Pays-Bas. Il y a des Italiennes, des Espagnoles, des Françaises, des Belges, des Tyroliennes, des Allemandes, une Suissesse et pas une Hollandaise; et cependant le Dr Imbert-Gourbeyre en cite une, mais sans renseignements assez précis pour nous permettre d’affirmer qu’elle fut une victime expiatrice; c’est une nommée Dorothée Visser, née en 1820, à Gendringen et qui aurait été étampée des stigmates de la Passion, vers 1843; il serait bien désirable qu’un moine ou qu’un prêtre hollandais suivît cette piste et nous montrât, s’il y a lieu, que la succession de Lydwine a été recueillie dans son pays même.

L’on remarquera également la large part qui est faite au XIXe siècle dans cette répartition des donatrices.