S'ensuyt le Nouveau monde & navigations
Part 3
Il se tire de cesdictes isles des canariens grande quantité d’une herbe qui s’appelle oricelle/ De laquelle herbe on tainct les draps/ laquelle arrive en cades au fleuve de sibillia et dela se navigue par levant et par ponent/ il s’en tire aussi bonne quantité de cordouans qui sont gros & en toute perfection/ et du suyf assés et encores de bons fromages/ les habitans de ces quatre isles de crestiens sont purs canaries et sont differens de langaige & peu se entendent l’ung l’autre/ lesquelles isles n’ont aulcun lieu muré/ sauf les villaiges/ mais ilz se sont retirez es montaignes pource qu’elles sont tresgrandes et haultes/ & y a des passages si fors que tout le monde ne sçauroit prendre fors que par siege/ & la rotundité desdictes quatre isles n’ont gueres moins de .xxv. lieues et les aultres trois isles habitez de ydolatres sont plus grandes et beaucoup mieulx habitees & specialement les deux/ c’estassavoir la grande canarie qui fait environ .viii. mille ames et teneriffe qui est la plusgrande de toutes fait environ .xv. mille ames la palme fait peu de gens/ et a veoir c’est une tresbelle ysle Et notez que ces trois ysles pource qu’elles sont bien habitees elles ont beaucop de gens de deffence & aussi qu’il y a montaignes treshaultes & lieux perilleux & fors ne peurent jamais estre subjuguez des crestiens Et de teneriffe qui est la plus habitee et d’en faire mencion. Car c’est la plus haulte ysle du monde et a mon jugement en temps cler l’on la peult veoir de .lx. ou .lxx. lieues D’espaigne pource qu’il y a une poincte au meilleu de ladicte ysle en maniere d’ung dyament/ qui est treshaulte et continuellement art. Et cecy se peut entendre des cretiens qui ont esté prins en ladicte isle/ et afferment ladicte poincte estre haulte depuis le pié jusques a la cime de .xv. lieues de portugal qui sont .xxv. lieues des nostres. En cestedicte isle entre eulx ilz ont .lx. seigneurs appellez ducz/ ilz ne sont pas seigneurs par nature comme succede le filz au pere/ mais qui peut est seigneur/ et font aucuneffois entre eulx guerre et se tuent comme bestes/ pource qu’ilz n’ont point autres armes que pierres et massues en maniere d’ung dard. Et aucuns y mettent une corne aguisee en maniere de fer/ et avec cela ilz frappent pource qu’ilz n’ont point de fer ny armes & vont tousjours nudz fors que aucuns se mettent une peau de chievre l’une devant et l’autre derriere & oignent leur chair du sain de bouc composé avec le justz de aulcunes herbes pource que cela engresse leur peau et deffend du froit combien qu’il y face peu de froit/ pource qu’il est vers le midy/ ilz n’ont maisons ny de muraille ny de paille ilz demourent es grotes ou es cavernes de la montaigne/ ilz vivent d’orge/ de chair/ de laict de chievre/ ilz ont habondance de aucuns fruitz speciallement de figues/ ilz recueillent leur blé des le moys de mars et de apvril/ ilz n’ont point de foy ny congnoissent dieu/ mais les aucuns adorent le soleil les autres la lune & les autres les planettes/ et ont nouvelles fantasies de ydolatrie les femmes ne sont communes mais est licite de sçavoir a chascun d’en prendre autant qu’il en veult et ne prendroyent point nulle femme vierge se premierement elle ne avoit dormy avec sondict seigneur une nuyt et cela le reputent pour grant honneur. Et si vous disiés dont sçavez vous telles choses vous sera respondu que les habitans des quatres isles crestiennes ont de coustume avec aulcuns de leurs festes de venir a cesdictes isles de nuyt pour assaillir ces canariens ydolatres & aulcuneffois y prennent des masles et des femelles et puis apres envoyent en espaigne a vendre pour esclaves/ et entrevient aulcuneffois qu’il en demoure de ceulx qui y vont dans lesdictes festes lesquelz lesdictz ydolatres ne font mourir/ mais leur donnent pour office de tenir les chievres et les escorcher et faire chair et cela tiennent ung tresvillain office d’estre bouchier & pour les despriser leur font faire jusques a ce qu’ilz s’en puissent resjouyr en aulcune maniere. Et cesdictz canariens ydolatres ont une autre coustume que quant aulcun de leurs seigneurs entre nouvellement en sa seigneurie aucun d’eulx se offre a mourir pour honnorer la feste/ et viennent tous a une certaine valee bien parfonde. Et apres qu’ilz ont faict aulcunes leurs cerimonies et dit aulcunes parolles celuy qui veult mourir pour ledict seigneur se gecte du hault en bas en celle vallee et se met en pieces et apres cela le seigneur demeure obligé faire honneur et donner des biens aux parens du mort. Et combien que celle coustume leur soit brute et bestialle/ touteffoys elle se afferme estre vraye Encores ces hommes canariens sont agiles & grans saulteurs et saultent de pierre en pierre deschaussez comme chevreulx & font saulx qui ne sont pas de croire/ & encores tirent une pierre si roidement qu’ilz en donnent la ou ilz veulent/ ilz ont ung bras si fort qu’ilz mettent ung bouclier en piece. La progenie de ces gens icy se depingent sur leur peau/ aussi bien les masles comme les fumelles d’aucun just d’herbes verdes & jaulnes & tiennent que semblables couleurs soit une belle devise/ comme nous faisons de beaulx habillemens. Esquelles isles de canariens moy loys dessusdit fus en deux d’icelles: c’estassavoir en l’isle de gomere/ et en celle du fer qui sont des crestiens Aussi fus a l’isle de la paulme mais en ceste la je n’y descendy point pour faire nostre voyage.
¶ La description du chef blanc avec les isles plus prochaines.
Chapitre .ix.
Nous partismes de ceste isle en navigant toute la voye par ostro vers l’ethiope/ et arrivasmes en peu de jours au chief blanc lequel est distant de ceste isle de Canarie environ cent quatre vingtz lieues. Et est a noter que en partant de ladicte isle pour venir vers le chef blanc on coustoye la riviere de l’affricque. Car en allant par ostro on s’en vient demourer a la main gauche combien que l’homme aille courant au large et n’a point de vent de terre pource que ladicte isle des canariens est dessoubz ladicte coste en la mer vers le ponent auquel va l’homme courant au large de terre jusques a ce qu’il ait passé a tout le moins les deux tiers du chemin qui est de ladicte isle jusques audit chef blanc et puis apres on se destourne a main gauche avec la coste jusques a ce qu’on ait veu terre pour passer non ledict chef blanc sans le recongnoistre pource que oultre ledict chef ne se voit terre aulcune jusques au grant chemin plus avant & se mect la coste dans ledict chef et faict ung goulfe qui s’appelle la forme d’argin lequel nom D’argin descend de une isle qui est mise dans ledit goulfe laquelle est appellee par ceulx du pays argin et entre dans ledict goulfe plus de douze lieues & demye et y a la encores trois isles lesquelles par les portugalois ont esté nommez/ c’estassavoir l’une blanche pource qu’elle est areneuse/ l’autre la garze pource que ceulx qui premierement la trouverent ce furent lesdictz portugalois y trouverent si grant multitude de ces oyseaulx marins que ilz en chargerent deux barches de leurs caravelles La troiziesme isle apellee est l’isle des cuyrs/ lesquelles trois isles sont petites areneuses et non habitees et en celle d’argin se trouve assez d’eaue doulce et aux aultres non. Et est a noter que l’homme en partant hors de l’estroict de gilberterre/ pour venir vers ceste Ethiope ne trouve aulcune habitation de barbares jusques au chief de chantin/ et dudict chef toutesfois par ladicte coste vers ledit chef blanc se commencent les terres areneuses qui est le desert qui confine a la partie de la transmontane avec les montaignes/ lequel ferme ceste nostre barbarie deça de Thunes et de tous ces lieux de la coste lesquelles montaignes lesdictz barbares appellent Sarra & de la part ostro ledit desert se confine avec les mores de la ethiope basse/ & est tresgrant desert qui dure a traverser a ung bon chevaucheur cinquante ou soixante journees et est en aucuns lieux moindre ou plus grant & cestuy desert vient boyre sur la mer occeane de la coste laquelle est toute areneuse et blanche et seiche et est terre blanche toute esgalle et ne se monstre point estre plus hault en ung lieu qu’a l’autre jusques audict chef blanc pour autant que les portugaloys qui premierement la trouverent veirent qu’ilz estoient areneux & blancs & sans signe d’erbe ne d’arbres/ aulcuns l’appellent le chef blanc & est ung tresbeau chef pour estre en triangule. C’estassavoir en visaige et fait trois bouches larges loingtaines l’une de l’autre environ demye lieue En toute ceste coste se trouvent tresgrandes pescheries de divers et tresbons poissons & grans a la semblance des nostres que avons de deça et aussi d’aultre maniere. Audict goulfe d’argin par tout y a peu d’eaue et y sont aulcunes secques de sablon et aultres de pierre.
Vous qui lirez ce present livre quant desormais trouverez secques/ entendez que secques c’est ung roc qui est dedans la mer lequel est couvert de bien peue d’eau/ & est une chose dangereuse pour lez navires/ car si elles y heurtent elle se rompent et la est la mer et y a grans cours d’eaue par lequel on ne navigue point que de jour en tastant si l’eaue est parfonde & avec l’ordre de ladicte eaue/ pource qu’en cedit goulfe se rompirent deux navires sur lesdictes secques. Et est assavoir que cestuy chef de Chantin se garde avec ledit chef blanc vers ostro & la transmontane & est de sçavoir que derriere icelluy chef blanc dedans la terre est un lieu apellé par nom Hoden/ et y a jusques la six journees de chameau/ lequel lieu n’est point muré/ mais est habité des arrabes et y a port ou arrivent les caravannes qui viennent de Tambutu et d’autres lieux des mores qui veulent venir a nostre barbarie de deça et les vivres des habitans de ce lieu la si est de datiles & orge desquelz ilz en ont aulcunement/ mais non pas a souffisance/ et boyvent laict de chameaulx & des autres bestes pource qu’ilz n’ont point de vin ilz ont aussi des vaches et chievres mais non pas trop pource que la terre est seiche et y a des beufz et vaches mais petiz au regard des nostres. Ces gens icy tiennent la loy de macommet & sont tresennemys de jhesucrist et jamais ne sont fermes & vont tousjours vagans par iceulx desers Ce sont hommes qui vont aux terres des mores et viennent aussi a nostre Barbarie de deça et sont aucuns de bonne generation Et ont grande habondance de Chameaulx et avec iceulx ilz conduisent leur marchandise et argent de la Barbarie et aultres choses a Tambutu et autres terres desdictz Mores. Et dela ilz tirent l’or et graine de Paradis que ilz admenent de deça. Et sont hommes bruns & vestent aulcunes petites cappes sur la chair avec une tresse rouge sur le chef et ainsi se habillent leurs femmes sans chemise. Les hommes portent en leurs testes ung couvrechef a la façon Moresque & vont tousjours deschaulx. En ces lieux la areneux tousjours se trouve des Lyons Leopardz/ et des oeufz d’austruche Desquelz ay mengé plusieurs foys et sont bons. Et encores est de sçavoir que ledict seigneur de Portugal a faict de ceste isle D’argin ung repaire pour les crestiens en ceste maniere que nul ne peult entrer dedans ledict Goulfe pour marchander avec les dessusditz arrabes fors ceulx qui ont leur repaire en ladicte isle d’argin & y tiennent continuellement leurs facteurs qui achaptent et vendent avecques lesdictz arrabes qui viennent a la marine en faisant marchandises de diverses choses/ comme de draps/ toilles/ argent. tapiz/ & aultres choses et sur tout forment/ & pource qu’ilz sont tousjours affamez ilz donnent a l’encontre des esclaves noirs. A ceste cause ledict seigneur infant a faict faire ung chasteau en ladicte isle D’argin pour conserver a perpetuité telz traffigues et pour icelle occasion les caravelles de portugal tout l’an vont et viennent a ladicte isle D’argin sesdictz arrabes d’avantaige ilz ont beaucoup de chevaulx barbarisques desquelz ilz font marchandise et les conduisent es terres des mores et les vendent aux seigneurs lesquelz leur donnent a l’encontre des esclaves/ ilz conduisent semblablement aux terres desditz mores ouvraiges de soye moresque qui se font en Grenate et a thunes de barbarie/ et aussi y conduisent argent et beaucop d’aultres choses a l’encontre desquelles ilz ont des esclaves et de l’or lesquelz arrivent audit port et lieu de hoden et de la se partirent et une partie s’en va aux montaignes de Barche et de la arrivent en sicille/ et une autre partie se conduit a cestuy lieu de argin et les vendent aux portugallois qui y ont leur repaire en maniere que chascun an s’en tire par lesditz portugallois plus de mil esclaves vous declairant que cestuy traffigue a esté ordonné depuis ung peu de temps en ça/ car ceulx de portugal qui souloient venir avecques leurs caravelles en cedit goulfe D’argin descendoient en terre de nuyct et assailloient aulcuns villaiges de pescheurs et encores couroient par la terre en maniere qu’ilz prenoient desdictz arabes aussi bien masles que femelles et les menoyent a Portugal pour vendre et ainsi le faisoient par l’autre costé et plus avant que tient ledict chef blanc jusques au fleuve de senega lequel est ung grant fleuve et depart une generation qui s’appelle azenaghi du premier royaulme des mores lesquelz azenaghi sont hommes grisastres et si sont plus bruns que grisastres et habitent en aucuns lieux de ladicte coste qui est oultre le chef blanc et iceulx arrabes par le desert se confinent audit hoden & vivent semblablement de dates orges et laict de chameaulx/ mais ceulx qui sont plus pres de la terre desdictz mores vivent de millet et d’aultres legumes Ce sont hommes de peu de viande car en ayant ung peu de farine d’orge moullue ilz se maintiendront frais tout ung jour & ne sont point gens de provision parquoy bien souvent les portugalois en prenoient et les vendoient pour esclaves & iceulx icy sont meilleurs esclaves que ne sont pas les mores/ mais quoy que ce soit depuis ung bien peu de temps en ça tout s’est reduict a paix et au faict de la marchandise & ne permet ledit seigneur infant qu’a nulluy d’eulx soit faict aucun dommaige pource qu’il espere en conversant les crestiens avec eulx on les pourroit remettre a nostre foy pource qu’ilz ne sont pas bien fermes en la foy machometane/ car ce qu’ilz en ont ilz ne l’ont que par ouy dire. Et est a noter que ceulx icy azenagi ont une coustume bien estrange pource que continuellement ilz portent ung couvrechief alentour de la teste qui leur vient a travers du visaige et leur couvre la bouche et partie du nez et disent que la bouche est une brute chose qui continuellement rend aulcune ventosité et mauvaise odeur et pourtant elle se doit tenir couvert en la voullant comparer au ciel et que ses deux parties se veullent couvrir et est vray qu’ilz ne descouvrent jamais leur bouche sinon quant ilz mengent/ j’en ay veu plusieurs mais jamais je ne les veiz que ilz n’eussent leurs bouches cachees sinon quant ilz mengent/ Entre eulx ilz n’ont point de seigneur fors ceulx qui sont les plus riches sont aucunement des autres plus honnorez et obeiz/ toutesfoys ilz sont povres gens et mensongiers larrons plus que gens de tout le monde & grans traistres et sont hommes de commune grandeur mais ilz sont maigres et portent leurs cheveulx pendans sur l’espaule a la maniere d’allemens Mais ilz ont les cheveulx noirs & oignent tous les jours leurs cheveulx avec la gresse de poisson et fleurent tresmal & cela ilz ont par grande gentillesse.
¶ Commutation de sel pour autant d’or et le long chemin qu’il fault faire pour aller querir/ et la longue distance.
Chapitre .x.
Si ont ilz encores de coustume qui est a priser que leurs femmes soyent grasses et que sur tout elles ayent grandes tettes et pour cela quant elles sont en l’aage de .xvii. ans ou environ ilz leurs rompent les tettes par la moytié par force avec une corde en maniere que elle leur viennent pendillant/ en bas/ et ainsi qu’elles enfantent elles le font une autreffois parquoy elles sont treslongues c’est une chose tresabhominable a veoir. Et est assavoir que jamais n’avoyent eu notice d’aultres crestiens que desditz portugaloys/ lesquelz leur firent guerre par l’espace de quatorze ans ou environ en prenant plusieurs de leurs comme j’ay devant dit et les vendoyent pour esclaves vous certifiant que quant ces gens icy eurent la premiere veue des voilles ou navires sur la mer jamais au paradvant eulx ny leurs predecesseurs n’en avoyent veu et croyoyent que ce feussent grans oyseaulx ayans aesles blanches qui vollassent/ et fussent venuz d’aucun estrange pays et fussent la arrivez & apres que lesdictz Portugalois abbaissoyent leurs voilles pour descendre a leurs rivages aulcuns d’eulx pensoyent que desdictes caravelles feussent poissons en les voyant de loing et aulcuns disoyent que c’estoient fantosmes qui alloyent de nuyt et avoient tresgrant paour et c’estoit pource que les caravelles se trouvoient en peu d’espace de temps en plusieurs lieux et estoyent assaillis des hommes qui estoyent dedans/ et mesmement de nuyt/ et aulcuneffois faisoyent leurs assaulx a .xxv. lieues loing l’ung l’autre/ & aucuneffois moins selon qu’il estoit ordonné entre eulx mariniers Et aussi ainsi que les vens les servoyent aucuneffois plustost ça/ plustost la et disoyent entre eulx si ces gens icy estoyent creatures humaines comment pourroyent ilz faire tant de chemin en une nuyct que nous ne sçaurions faire en trois Ilz n’entendoient point la maniere de naviguer parquoy du tout tenoyent que ce fussent fantosmes et de cecy j’ay esté certifié par plusieurs portugalois lesquelz en ce temps la pratiquoient iceulx rivaiges avec leurs caravelles & semblablement de ceulx qui avoyent esté prins en ce temps la par lesditz portugalois. Et par cecy povez considerer comme ces gens cy estoyent nouveaulx aux choses nostres quant ilz avoyent telle oppinion Sur ledict port de Edon plus avant en terre de six journees y a ung lieu qui s’appelle Tagaza qui vault a dire en nostre Langue chargeur ou se charge tresgrande quantité de sel de pierre lequel se charge chascun an avec tresgrandes caravanes de chameaulx appartenans ausdictz arrabes & Azanaghi et se devisent en plusieurs parties et passent par Tambutu & vont a melly empire des mores si vous ditz que incontinent que ledit sel est arrivé audit empire que en huyt jours il est tout vendu et se vent la charge au pris de deux cens mitigali ou .ccc. selon qu’elle est & ung mitigal vault environ ung ducat Et puis apres avec leur or ilz s’en retournent en leurs maisons Vous advisant que cestuy empire de Melchy/ si est tant chault et aussi les vivres pour les bestes ayans quatre piedz y sont si contraires que la plusgrande partie des bestes qui vont avec ycelle Caravane de cent n’en retourne pas vingt cinq. Et audict pays de Melly ilz n’ont aucunes bestes de quatre piedz/ pource qu’elles se meurent toutes & encores plusieurs desditz Arrabes et Azanaghi audict lieu y deviennent malades et les aultres y meurent/ et cecy est pour la grande chaleur Et dit l’on que de Tagaza a Tambutu y a quarante journees de cheval et de Tambutu a melly environ trente J’ay demandé ausditz arrabes et Azanaghi que font les marchans de melly de cestuy sel/ lesquelz m’ont faict responce que une petite quantité dudit sel s’en consumme entre eulx en leur pays pource que eulx qui sont soubz le meridional ou equinoctial ou continuellement est autant de jour que de nuyt ou environ auquel lieu est la plus extresme chaleur en certain temps de l’an que leur sang se pourrist par maniere que si n’estoit ledit sel ilz mourroyent La medecine que ilz font si est ceste/ ilz prennent ung petit dudit sel lequel ilz destrempent en une escuelle avecques ung petit d’eaue laquelle ilz boivent chascun jour/ et avecques cela ilz disent qu’ilz se sauvent et que la reste dudict sel ilz le mettent en pieces et les font aussi grandes comme ung homme les pourroit porter habillement sur la teste avec ung grant engin/ pource qu’ilz ont apporter grant chemin. Et est assavoir que quant ledict sel arrive audict Melly avec les chameaux il est apporté en deux pieces pource que plus facillement on charge lesdictz Chameaulx qui l’aportent. Et puis apres a Melly les Mores le rompent en plusieurs pieces pour le porter sur la teste/ Si que chascun homme en porte une piece Et ainsi se faict ung grant excercice de gens a pied qui portent ledit sel ung grant chemin. En notant que ceulx qui le portent ont deux fourches/ lesquelles quant ilz se veulent reposer ilz les fichent en terre et sur icelles ilz mettent ledict sel/ et en ceste maniere ilz le portent jusques sur une certaine eaue Laquelle on ne m’a sceu dire si elle estoit douce ou sallee pour sçavoir si c’estoit Fleuve ou mer pourtant il se tient que ce soit mer/ et convient a sesdictz mores conduire ledict sel en la maniere que dessus/ pource que ilz n’ont point de chameaulx ny aultres bestes pour charger/ pource que la ilz ne pevent vivre Et pensés combien il fault d’hommes a porter a pied ledict sel. Et combien ilz sont de gens qui le consumment par chascun an.
Alors apres que ledict sel est apporté sur ladicte eaue/ lesdictz mores de Milly tiennent ceste façon de faire. Trestous ceulx de qui est ledict sel font ung mont a ladicte fille/ et marquent chascun le sien de son seing/ et apres que ilz ont faict tout cela tous ceulx de ceste Caravane se tirent en derriere demye journee. Et puis tout cela fait il vient une aultre generation de mores qui ne se veult laisser veoir ny parler/ et viennent avecques aulcunes leurs Barcques grande/ et semble qu’ilz yssent hors de aulcunes ysles et descendent et apres que ilz ont veu le sel ilz mettent une quantité d’or a l’encontre de chascun mont/ et puis tournent en derriere en laissant trestout l’or et le sel et puis apres qu’ilz sont partis viennent les mores de melly a qui appartient le sel et si la quantité de l’or leur plaist ilz prennent l’or et laissent le sel/ et s’il ne leur plaist ilz laissent l’or avecques le sel et de rechief s’en retournent en derriere. Et puis apres viennent les aultres mores a qui appartient l’or/ et celluy mont qu’ilz trouvent sans or/ ilz le prennent et aux aultres mons ou est encore l’or ilz tournent a mettre plus d’or se leur semble ou voirement ilz levent l’or et laissent le sel et en ceste maniere ilz font leur marchandise sans veoir l’ung l’autre et parler/ et cela est par une longue et antique coustume Et combien que cecy semble chose moult estrange a le croire neantmoins je vous certifie avoir fait information avec plusieurs marchans tant D’arrabes comme de azanaghi et encores de personnes desquelz l’homme y doit adjouster foy.
¶ Comme l’empereur de melly voulut congnoistre l’ung de ces marchans.
Chapitre unziesme.