S'ensuyt le Nouveau monde & navigations

Part 11

Chapter 113,584 wordsPublic domain

Ce temps pendant que nous estions audit pont nostredit capitaine envoya demander au roy ung saufconduit lequel incontinent luy envoya Et depuis que ledit Capitaine eut le saufconduit il envoya en terre alfons furtad avec sept ou huyt hommes qui furent bien venuz avec ambassade: Par laquelle il envoyoit dire audit roy comme ces navires estoyent au roy de portugal et qu’ilz venoyent la pour contracter avec luy: et qu’ilz avoyent beaucop de marchandises de plusieurs sortes: et luy envoya dire d’avantaige qu’il auroit grant desir que ilz se entre vissent ensemble. Le roy luy respondit qu’il en estoyt moult content et que le jour ensuivant si ledit capitaine vouloit descendre en terre ilz se verroyent ensemble Alfons furtad luy fist responce que le capitaine avoit commandement de par son roy de non descendre en terre: et que s’il luy plaisoit ilz parleroyent ensemble dedans les basteaulx et demourerent d’accord que le lendemain ilz parleroyent ensemble dedans lesditz basteaulx. Auquel jour ledit capitaine fist mettre en point tous ses hommes les navires et basteaulx avec les banieres estendues de dehors/ et aussi ses Heraulx estoyent en point et son artillerie. Le roy de ladicte ville aussi fist mettre en point aucunes almadies C’estassavoir basteaux et apres qu’ilz furent prestz il entra dedans avec grans esbatemens et sons a leur maniere. Le capitaine estoit dedans ses navires avec ses trompettes & menestriers & quant ce vint au joindre l’ung de l’autre: l’artillerie dudit capitaine estoit toute preste pour tirer ce quelle fist Et tira de sorte pour la grande tempeste qu’elle feist que le roy avec tous ses gens demourerent tous esbahis et espouentez & depuis le roy et le capitaine eurent conferance ensemble de leurs affaires/ et cela faict ilz prindrent congé l’ung de l’autre: et l’autre jour ensuivant le capitaine envoya ledict alphons furtad en terre pour commencer a traicter Lequel trouva le roy moult hors du propos qu’il estoit par cy devant avec ledit capitaine en soy excusant qu’il n’avoit nul besoing de nostre marchandise & sembloit audit roy que nous fussions courciers de mer/ et avec cela s’en retourna ledict alfons furtad au capitaine Et demourasmes la deux ou trois jours: que jamais nous ne peusmes faire chose qui vaulsist en cestuy temps que nous demourasmes la. Le roy ne fist autre chose que d’envoyer gens a terre ferme dedans ladicte isle doubtant que nous ne la voulsissions prendre par force Et apres que le capitaine eut veu cela: il se delibera de s’en partir et commanda qu’on fist voille pour le chemin de bellinde ce que fut fait & trouvasmes du loing de la coste plusieurs isles peuplees de mores dedans l’une desquelles y a une cité appellee monbaza Et en est seigneur ung roy more.

¶ Item toutes ces costes d’arabie sont toutes peuplees de mores et aussi les ysles et ilz dient qu’ilz sont crestiens mais ne nous en sommes point apperceuz.

¶ Comment la lettre du roy de portugal avec le don fut presenté au roy de melinde.

Chapitre .lxix.

Item nous arrivasmes le .ii. jour D’aoust a melinde audit an Mil .ccccc. Auquel lieu y avoit trois navires ancrees de gambaye/ et chascune estoit de portee de .cc. bottes. Au fons elles sont bien faictes et de bon boys cousues avec cordes par ce qu’ilz n’ont point de cloubs: et sont empagees d’une misture: et en laquelle y a beaucoup d’encens Et esdictes navires n’y a point de chasteaulx sinon en la pouppe. Cestes navires estoyent venues de la partie D’indie pour contracter: Et aussitost que fusmes arrivez la le Roy nous envoya visiter avec quantité de moutons: poulles: oyes: limons. et orenges: les meilleures qui soyent au monde: par ce que en noz navires y avoit aulcuns malades en la bouche lesquelles orenges les guarirent Incontinent que nous eusmes devant la ville getté les ancres: le capitaine commanda qu’on mist le feu a toutes les pieces de l’artillerie et aux navires mettre les bannieres et envoya en la ville deux facteurs du roy de portugal: & l’ung d’eulx sçavoit parler more: c’estassavoir arabic pour entendre que faisoit le roy et luy faire sçavoir la cause pour laquelle nous venions: et que l’autre jour y envoyeroit son ambassade avec une lettre que le roy de portugal luy envoyeroit: le roy more eut grant joye de nostre venue: et celuy des facteurs qui sçavoit parler arabic a la requeste du roy demoura dedans la ville Le jour ensuivant le roy envoya aux navires deux mores moult honnestes lesquelz sçavoient parler Arabic pour visiter nostre capitaine et luy envoya dire comme il avoit grant plaisir de sa venue en le priant que de tout ce qu’il auroit affaire estant en sa ville qu’il l’envoyast querir comme s’il estoit en portugal: Et que lui & tout son royaulme estoit au commandement du roy de portugal. Le capitaine incontinent ordonna de envoyer dedens ladicte ville les lettres avec le present que le roy de portugal lui envoyoit. Le present estoit cecy C’estassavoir une selle riche/ une paire de testieres pour chevaulx et une paire d’estriers avec les esperons d’argent tous esmailletez et dorez: avec ung poictral sortable a ladicte selle avec cordons et fornimens de cramoisy moult riche. Et ung licoul ouvré d’or fillé pour ung cheval. Et deux oreilliers de drap d’or et autres deux de veloux cramoisy: et ung tappis fin & une piece de tapisserie: et deux pieces D’escarlate. Lequel present dedans Portugal valloit plus de mille ducatz. Et encores y avoit une piece de Satin cramoisi: et une piece de taffetas cramoisi. Le Capitaine eut par conseil qu’il debvoit envoyer ledict present par Areschorea qui alloit pour le roy de Portugal pour son grant facteur: Lequel alla en ladicte ville avecques la lettre et present Et avec luy alloient les plus principaulx hommes avec trompettes le roy envoya semblablement tous ces principaulx pour recepvoir ledict facteur: & les maisons du roy estoyent en la rue du port: & et devant que arrivissions a la maison du roy nous vindrent au devant beaucoup de femmes avec vaisseaulx plains de feu: dedans lesquelz ilz y mettoyent tant de parfumes que les odeurs estoyent par toute la ville & ainsi entrasmes en la maison du roy: en laquelle il estoit assis en une chaire & avec luy avoit plusieurs mores de ses plus principaulx: Le roy eut grant plaisir de nous veoir et luy fut donné le present et la lettre: laquelle une partie estoit en arrabic et l’autre en Portugalloys. Le roy apres qu’il eut leue ladicte lettre parla avec ses mores et entre eulx ilz eurent grant plaisir & tous ensemble gecterent ung merveilleux cry au meileu de la salle en rendant graces a dieu d’avoyr ung si grant roy comme le roy de portugal pour leur amy/ & incontinent il fist emporter le present & fist dire a ceulx qui avoient apporté ledict present & mesmement areschorea qu’ilz demourassent dedans la ville jusques a ce que les navires vouldroient partir: et qu’il avoit grant plaisir de parler avec ledict areschorea: lequel respondict qu’il ne le sçauroit faire sans le congié du grant cappitaine: incontinent le roy envoya ung sien cousin audict capitaine avec ung sien aneau d’or: en le priant qu’il laissast demourer ledict areschorea. et qu’il envoyast querir dedans sa ville tout ce qu’il avoit de besoing Le capitaine de ce fut content & soubdainement le roy bailla audict areschorea ung beau logis: & luy envoya bailler tout ce qui luy estoit necessaire: c’estassavoir moutons: gelines: et ris: laict: et burre dates miel et fruictz de toutes sortes: du pain il ne luy en envoya point: pource que en ce pays ilz n’en mangeussent point & ainsi demoura ledict areschorea trois jours dedans la ville en parlant au roy a toutes heures des choses de nostre roy de portugal & des choses estans au royaulme de portugal: en luy disant qu’il auroit moult grant plaisir de ce trouver avec le capitaine: areschorea luy deist que le capitaine n’avoit point de commission de descendre en terre mais qu’ilz se pourroyent veoir dedans les bateaulx: comme fist le roy de chillea: Le roy recusant a cela areschorea feist tant avec luy qu’il luy mist en teste d’y aller: & l’envoya dire au capitaine: lequel soubdainement se mist en poinct en ses bateaulx en laissant les navires avec bonne seureté: ses gens qui estoient avec luy dedans ledict bateau estoient armez par dessoubz leurs habillemens lesquelz estoient d’escarlate moult fine: le roy fist aprester deux bateaulx: et aussi envoya mettre ung cheval a la façon de portugal et les siens ne le sçavoient acoustrer en ceste façon: mais les nostres le misdrent en point le roy descendict par ung degrez: et au bout desdictz degrez tous ses hommes l’atendoient bien richement acoustrés lesquelz avoient ung mouton. & ainsi que le roy montoyt a cheval ilz couperent la gorge au mouton & le roy passa par dessus & tous ses hommes crierent moult fort avec une voix moult haulte: et cela faisoient par cerimonie et enchanterie: et ainsi apres il vint a parler audit capitaine: et apres qu’ilz eurent eu plusieurs parolles le capitaine luy dist qu’il s’en vouloit partir: et qu’il avoit besoing d’ung pillote en le priant qu’il le conduisist a calichut. et le roy luy en bailla ung: & apres que le roy fut en terre incontinent il envoya areschorea esdictes navires avec chair & fruitz pour le capitaine et luy envoya ung pillote des navires de combaye qui estoient audict port. Le capitaine laissa la deux hommes bannis de portugal: affin qu’ilz demourassent a melunde l’ung d’eulx demoura la et l’autre fut envoyé a gombaye. Le septiesme jour d’aoust le capitaine se partit dudict port: et commencerent a traverser le goulfe pour aller a calichut.

¶ Le .iii. livre de la navigation de lisbonne a calichut translaté de langue portugaloise en italienne: & de italienne en françoise.

¶ De la mer rouge/ & de la mer de perse l’isle aggradida.

Chapitre .lxx.

En traversant le goulfe duquel ou dernier chapitre est faicte mencion: nous traversasmes par toute la coste de mellinde/ en laquelle a une cité de mores qui s’apelle Magadasio moult riche & belle/ et plus avant d’elle y a une isle grande avec ung point en terre: laquelle s’apelle zonotore. et allant plus oultre par ladicte coste y a une bouche d’ung estroict de la mecque qui est large d’une lieue et demye et serre ledict estroit: et la dedans est la mer rouge: et aussi la maison de la mecque: & saincte katherine du mont de sinaÿ: et de la on porte les espiceries & pierreries au caire & en alexandrie par ung desert avec dromaderes qui sont chameaulx: et en ceste mer y a beaucoup de choses qui sont dignes d’estre comptees & apres qu’on a passé la bouche dudict estroit de l’autre costé est la mer de perse en laquelle y a de grandes provinces et beaucoup de royaulmes lesquelz appartiennent au grant souldan de babilone: et au meillieu de ceste mer de perse y a une isle petite qui s’appelle gulfal dedans laquelle y a beaucoup de perles. et en la bouche de ceste mer de perse est une grande isle qui se nomme Drinus/ dedans laquelle demeure ung roy de mores lequel est seigneur de gulfal: et en ceste isle de Drinus y a beaucoup de chevaulx lesquelz on maine vendre par toute l’inde: et valent ung grant pris: et en toutes cestes terres y a grant train de navires. En passant par cestedicte mer de perse y a une province qui s’appelle combaye: de laquelle en est seigneur ung roy lequel est grant et puissant: et ceste terre est plus fructueuse et grasse qui soit au monde en laquelle y a habondance de froment et d’autres bledz: du ris: de la sire: du sucre: & la y naist l’encens et la y a beaucoup de draps de soye et de coton: et aussi beaucoup de chevaulx et elephans. Le roy a esté ydolatre: et a peu que ung more en fut couronné roy par les grans mores: lesquelz sont sur le royaulme & a encores entre eulx beaucoup de ydolatres et entre ces gens y a de grans marchans: desquelz aulcuns d’eulx font le train avec l’arrabie: et les autres avec l’indie: laquelle se commence en ce lieu ou ilz sont et vont par ceste coste jusques au royaume calichut en laquelle coste y a de grandes provinces et royaumes de mores: & de ydolatres et tout ce qui est dedans ceste coste ne fut pas veu de nous autres. Item le .xxii. dudict moys d’aoust arrivasmes a veue de la terre de l’indie et ladicte terre estoit le royaulme de goga: & comme nous l’eusmes congneu nous allasmes de loing jusques a tant que arrivissions a une petite isle qui s’appelle agradida: laquelle appartient a ung more: au meillieu de laquelle y a ung grant lac d’eaue doulce elle est despeuplee & depuis ladicte isle jusques a la terre ferme y a demye lieue: elle a esté aultreffois peuplee de gentilz les mores de la mecque: qui font leur chemin a calichut ilz font leur chemin par la: & est a cause de la necessité qu’ilz ont d’eaue doulce et de boys ilz en prennent la et quant nous fusmes arrivés en ladicte isle incontinent mismes noz ancres & descendismes en terre et demourasmes la environ .xv. jours: en prenant eaue doulce et bois et aussi en gardant si aulcunes navires venoyent de la mecque lesquelles si nous voulions eussions peu prendre les hommes de terre venoient parler a nous et nous disoient beaucoup de choses nostre capitaine leur faisoit faire grant honneur en cestedicte isle ce pendant que nous y fusmes fut dit plusieurs messes par les prestres qui estoyent avec le facteur de Calichut et ceulx de l’armee se confesserent & communicquerent: et apres que nous veismes que lesdictes navires de la mecque ne venoyent point nous partismes pour aller en Calichut: lequel est oultre ladicte isle .lxx. lieues.

¶ Comment le capitaine alla au roy de calichut.

Chapitre .lxxi.

Nous arrivasmes a calichut le .xiii. jour de septembre audict an mil cinq cens et a une lieue pres dudit calichut saillirent une troupe de bateaulx pour nous recepvoir dedans l’ung desquelz venoit le chimel dudict calichut/ ung marchant de guysurate C’est a dire ung marchant qui est d’ung pays qui s’appelle guysarate moult riche: & les principaulx habitans de calichut: lesquelz entrerent dedans la navire du capitaine: en luy disant qu’ilz avoyent tresgrant plaisir de nostre venue: et nous gettasmes noz ancres en la mer devant ledit Calichut: et nostre artillerie commençoit fort a bruire: dequoy les indiens s’esmerveillerent grandement: en disant que contre nous nully n’avoit puissance sinon dieu: et ainsi demourasmes la ceste nuit le matin ensuivant le capitaine delibera d’envoyer audit calichut les indiens qu’il avoit amenez de portugal Lesquelz estoyent cinq C’estassavoir ung chrestien et les aultres quatre estoyent gentilz: et estoyent pescheurs: lesquelz tous parloyent bon portugaloys: et la deliberation dudit capitaine fut faicte Car il envoya lesditz cinq indiens en calichut richement habillez Et leur chargea de parler avec le roy et qu’ilz luy dissent la cause pour laquelle ilz estoyent venus: et aussi qu’il envoyast ung saufconduit pour povoir descendre en terre ce que lesdictz cinq indiens firent le more parla moult avec le roy: pource que les aultres qui estoient pescheurs n’avoyent hardiesse d’approcher du roy & ne le povent veoir par ce que le roy tient cela par coustume: et aussi pour son estat & pour magnanimité comme plus avant se declairera. Le roy envoya ledit saufconduit Et que tous ceulx qui vouldroyent descendre en terre y descendissent Lesquelles choses veues par ledict capitaine envoya soubdainement alphons furtad lequel sçavoit parler arabic: & eut charge de par ledit capitaine de dire au roy comme les navires appartenoyent au roy de portugal: lesquelles il envoyoit audit calichut pour traicter et faire train de marchandise: & pour avoir bonne paix avecques eulx Et pour ceste chose faire il estoit necessaire que ledict capitaine descendist en terre mais il avoit de commandement de sondit roy de portugal: de non descendre en terre sans avoir aulcuns personnaiges en hostaiges & en seureté de sa personne Et que le dessusdict roy de calichut luy envoyast dedans les navires des personnages dudit calichut: C’estassavoir telz et telz Et adonc que le roy entendit le message Et refusa assez d’obtemperer a ce qu’on demandoit en disant que les personnages qu’on demandoit estoyent bien vieulx et anciens: lesquelz ne povoyent entrer en la mer et qu’il luy en bailleroit d’autres. Alfons furtad luy dist qu’il n’avoit congé de prendre sinon ceulx qui luy avoyent esté baillez en memoire par ledit capitaine de par le roy de portugal. De cela s’en esmerveilla moult le roy: et demourerent en ce different deux ou trois jours. Finablement le roy eut par conseil de les envoyer Ce que incontinent fut dit au capitaine lequel se mist en point pour descendre en terre pour y demourer deux ou trois jours Et emmenoit avec luy vingt ou trente hommes et les plus honnourables et mieulx en point qu’il eust avec ses officiers comme il appartient au service d’ung prince & emporta toute la vaisselle d’argent qui estoit dedans lesdictes navires et laissa en son lieu pour grant capitaine ung nommé Sainct de tronar auquel il donna charge de faire honneur aux hommes de la ville qui venoyent pour hostaige de luy Le jour ensuivant le roy vint a une sienne maison qui estoit joignante la marine pour recevoir ledit capitaine: et de la envoya les hostaiges es navires: lesquelz estoyent cinq hommes moult honnorables & avoient avec eulx cent hommes portans espees & targes avec lesquelz y avoit .xv. ou .xx. tabourins. Le cappitaine saillit de sa navire avec ses Basteaulx: lequel avoit envoyé a la ville tout ce qu’il luy estoit necessaire ledit capitaine en descendant arriverent lesditz cinq hommes lesquelz ne voulurent entrer dedans lesdictes navires jusques a ce que ledit capitaine fust descendu en terre/ et en cela ilz contesterent par une grande piece de temps soubdainement Areschorea se mist dedans l’ung de leurs basteaulx & fist tant qu’ilz entrerent dans les navires & apres que ledit capitaine fut descendu en terre plusieurs gentilz hommes le vindrent recevoir lesquelz l’embrasserent et tous ceulx qu’il menoit avec luy & ne misdrent pied en terre jusques a ce qu’ilz fussent ou estoit le roy.

¶ L’abbaye du roy de calichut.

Chapitre .lxxii.

Le roy de calichut estoit en une maison haulte mis dedans une cuve dedans laquelle y avoit vingt oreillers de soye. La couverture de ladicte cuve estoit de ung drap de soye qui ressembloit a une escarlate & estoit nu depuis la ceinture en bas & aussi en hault il avoit tout a l’entour ung drap de coton moult subtil & blanc & faisoit plusieurs tours a l’entour de luy et estoit ouvré d’or Il avoit en sa teste ung bonnet de drap d’or fait a maniere d’une sallade longue et moult haulte: et avoit les oreilles percees dedans lesquelles il avoit grandes pieces d’or: avec Rubis de grans pris: et aussi de dyamans et deux perles moult grandes l’une estoit ronde et l’autre comme une poire et avoit dedans ses bras braceletz d’or et au dessus des couldes il estoit plain de riches pierreries C’estassavoir de perles de grande valeur & avoit aux jambes de grandes richesses Et en ung doy du pied il avoit ung anneau: dedans lequel y avoit ung rubiz de moult grande clarté et pris et aussi es doiz des mains plusieurs aneaulx garnis de joyaulx comme rubis: esmerauldes et dyamans entre lesquelles y avoit une esmeraulde plusgrande d’une feve & avoit deux ceintures d’or plaines de rubiz ceinctes sur le drap Pour abreger les joyaux qu’il avoit sur luy ne pourroyent estre estimez: aupres luy il y avoit une grant chaire d’argent laquelle avoit les braceletz et spalicies d’or garniz de pierrerie: C’estassavoir de joyaulx Dedans sa maison il avoit ung challit qui estoit faict a la façon de ceulx qui sont dessoubz les grans lytz de ce pays. lequel est assis sur quatre poulyes. Sur lequel challit il estoit venu de sa grant maison en laquelle il a acoustumé de se y tousjours tenir: et iceluy challit povoyt bien porter deux hommes et estoit riche sans nombre: il avoit aussi .xv. ou .xx. trompettes d’argent: et trois d’or L’une d’icelles estoit de si grande grandeur & poix que deux hommes avoient assez a faire a la porter: et les bouches de ces trois icy estoyent plaines de rubiz: et avoit joignant de lui quatre vaisseaulx d’or & d’argent & beaucoup de potz de cuir en façon de ceulx la dequoy on lave les mains chandeliers de laton: et autres plains d’huille et destouppes lesquelz estoyent allumez par la maison: et n’en estoit necessité et les tenoit pour une magnificence: et son pere estoit a cinq ou six pas sur ses piedz. Et aussi deux de ses freres acoustrez de grans richesses & aussi y avoit beaucop de gentilz hommes honnorables lesquelz estoient plus loing & si avoyent sur eulx grandes richesses pour l’amour du roy Quant le capitaine entra il voulut aller vers le roy pour luy baiser la main ilz luy firent signe qu’il se retirast pource qu’entre eulx ilz n’avoyent pas ceste coustume que aucun s’aprochast du roy. Et le capitaine demoura. Le roy pour luy faire honneur le fist seoir: et commença a dire son ambassade: et lirent la lettre du roy de portugal qui estoit escripte en langue arabicque: & soubdainement le capitaine envoya en sa maison pour le present des choses qu’il voulloit presenter: desquelles cy en bas parlerons.

¶ Le present qui fut donné au roy: avec le desordre qui y fut.

Chapitre .lxxiii.