Rodin à l'hotel de Biron et à Meudon

Part 4

Chapter 43,436 wordsPublic domain

Pour le théâtre, il a également une estime très médiocre. A vrai dire, il n’y met jamais les pieds; et si, d’aventure, on l’y entraîne, au bout d’une heure il s’y ennuie. Rodin n’est ni suiveur ni mondain; quelle gêne pour sa popularité!

On l’a accusé, quelquefois, de donner son opinion sur bien des choses, sur trop de choses! Mais c’est toujours son extrême politesse qui lui joue ces tours-là! Car, si l’on savait ce qu’il y a de gens, hommes et femmes, journalistes français et esquimaux, bas bleus et amantes de la luxure, qui se présentent à l’hôtel Biron pour les plus cocasses interviews, on serait effaré. C’est un déballage d’histoires saugrenues et de questions bêtes; un salmigondis d’âmes en peine et de cœurs éplorés; c’est un galimatias de sentiments et d’idées usés. Américains et Américaines, surtout, se jettent sur Rodin avec une frénésie épileptique; ils veulent le «chambrer»; ils l’assaillent jusque dans ses retraites; ils le poursuivent sans trêve au cours de ses voyages; ils le harcèlent et le forcent!

C’est l’un de ces reporters en délire qui, par des communiqués spécieux envoyés aux gazettes d’Amérique, proclame qu’il donnera enfin de Rodin, du seul Rodin une image exacte, tout un lot d’impressions, toute une cargaison de documents neufs!

C’est vrai, tout cela montre que Rodin n’est pas un olympien, et qu’il est même plus accessible aujourd’hui qu’au temps de sa forte maturité. Il est simple, accueillant, comme toujours empressé à recevoir qui vient près de lui, même un touriste étranger qui ne veut rentrer _at home_ qu’après avoir visité toutes les «attractions» de Paris.

Et c’est cela qui excite contre Rodin des esprits grincheux, pour qui l’idéal de l’artiste, c’est le mordant et aigre Degas, barricadé celui-là, lesté, en tout cas, si on le rencontre, de mots féroces et cuisants!

Et pourtant, ce n’est pas tout, l’esprit! Quant à nous, nous préférons l’enthousiasme toujours neuf de Rodin, et aussi ce lyrisme particulier que l’on ne connut jamais à travers Degas; ce lyrisme qui, un soir, nous émerveilla, tandis que Rodin nous vantait la «sensibilité» de la pierre, la sensibilité d’un bloc de marbre, par exemple, «qui n’aime pas qu’on le bouscule, qu’on le traite avec violence, et que l’on transporte, que l’on _emmène_, au contraire, si aisément, si on emploie avec lui la douceur!»

Et, à tout prendre, ma foi, cela vaut bien un mot de Degas!

L’HISTOIRE D’UNE IDÉE.--LE MUSÉE RODIN.

En l’année 1911, le 5 septembre précisément, j’eus la chance de publier, dans un journal de Paris, l’article suivant, dont quelques parties sont restées inédites. Voici l’article en son entier:

«On ne s’est pas encore mis d’accord sur l’utilisation complète de l’hôtel Biron. Que va-t-on en faire, exactement?

«Cette question, qui revient au jour de l’actualité, combien de fois déjà se l’est-on posée, depuis que les dames du Sacré-Cœur sont parties, résignées et douces. Oui, que ferait-on bien de cette noble, grave et admirable «maison», que la verdure envahit peu à peu, sous l’œil figé mais souriant des jolies clés de voûte: têtes de faunes et de nymphes qui ont pas mal de philosophie,--et il y paraît!--tellement elles en ont vu ici des événements, des hivers et des printemps, rudes ou radieux!... Oui, que doit-on faire de l’hôtel Biron?...

«Vendre tout l’hôtel avec ses dépendances à des marchands de terrains, on y a déjà renoncé. Certes, le profit en serait rare; mais on redoute les grincements de dents des Parisiens, des habitants au moins de ce quartier des Invalides, qui respirent mieux à cause du vaste jardin, en train de devenir un parc sauvage, tout hérissé d’insectes et de plantes.

«D’un autre côté, garder l’hôtel et vendre seulement les dépendances, c’est-à-dire les bâtiments des cours, les galeries et l’église, ce serait une plus mauvaise solution que de conserver ces laides bâtisses du règne de Louis-Philippe; car celles-ci seraient immédiatement remplacées par de plus laides choses encore: des maisons à loyers. Il ne faut donc pas, sous quelque prétexte que ce soit, s’arrêter à cette idée. Examinons s’il n’y en a point une autre préférable.

«D’abord, il y a la question du quartier, dont nous parlions tout à l’heure. Eh bien, un moyen la satisfait pleinement. Oui, qu’on ouvre dès maintenant le vaste jardin, tout grand. Ce serait un magnifique don. Et quel noble voisinage pour le dôme rayonnant de l’hôtel des Invalides! Il est là, tout proche, et sa grandeur ne souffrirait pas du contact des laides maisons d’aujourd’hui. Que le conseiller municipal, intéressé, nous entende donc! Il a beau jeu, cet édile, pour défendre qu’on lotisse ce parc. Au nom de la beauté de la Ville et au nom de l’hygiène publique, il peut faire triompher d’abondantes et irrésistibles raisons. Que messieurs les architectes, pour une fois, gardent en leurs cartons leurs plans tout faits, taxés comme n’importe quelle autre marchandise. Nous préférons, nous, les arbres et les fleurs. Et alors on songera à l’hôtel lui-même, pour lequel il me paraît qu’une solution s’impose avec une éclatante force: _c’est qu’il faut faire de l’hôtel Biron un musée Rodin_.

«Tous les vrais artistes, d’ailleurs, ont déjà pensé peut-être à cette si simple chose. Car, le maître incontesté de la statuaire contemporaine et de beaucoup d’autres temps, n’a pas attendu notre proposition pour installer dans l’hôtel de nombreux chefs-d’œuvre. Déjà, dans de hautes et vastes salles qu’il loue, il déploie encore les frénétiques mouvements de la vie expressive. Regardez. Dans les salles du rez-de-chaussée, des marbres, les uns à peine ébauchés dans la gangue du bloc, les autres terminés, émerveillent. Dans les salles du premier étage, voici les rares dessins qui chantent au long des murs les nobles harmonies de la Beauté! N’est-ce point là l’acheminement précis vers le musée Rodin?

«A vrai dire, la chose est depuis longtemps moralement entendue. Elle vient naturellement après le musée de la dernière Exposition Universelle et après le musée de la villa des Brillants. Nous avons vu, en effet, en 1900, quel metteur en scène est l’illustre maître; à Meudon, il a fait mieux encore: il a dépassé son propre génie. Allez à sa villa des champs, et vous en reviendrez éperdu d’enthousiasme et de joie profonde. Ce n’est pas un sanctuaire, comme on le répète, sans esprit, c’est une magnifique floraison d’incomparables œuvres. Craignez de voir un jour tout ce splendide labeur dispersé aux enchères; et, prévoyants amoureux des statues superbes, demandez plutôt sans tarder qu’on transporte beaucoup des œuvres du musée de Meudon dans l’hôtel Biron.

«D’ailleurs, il n’y a nulle audace à réclamer cela. Qui protesterait, en effet, contre un acte de si haute justice artistique?... Il nous semble, présentement, que des siècles se sont écoulés depuis la malencontreuse «affaire» de la _statue de Balzac_. Oui, qui s’en souvient, si ce n’est pour rire, une fois de plus, de la sottise des juges? Or, à ce moment déjà, Rodin n’avait pas besoin de cette publicité: il appartenait au monde entier. A partir du jour où il nous montra la _Porte de l’Enfer_, il est resté le Maître sans rival. Profitons donc de ses vigoureuses années, et faisons-lui connaître notre projet.

«S’il nous approuve, une grande chose sera réalisée. Car il nous sera alors permis de revoir, aux heures enchantées de notre vie, les merveilleuses œuvres qui s’échelonnent de l’_Age d’airain_, au _Penseur_. Nous retrouverons ensemble la _Faunesse_, le _Printemps_, la _Pensée_, l’_Emprise_, les _Bourgeois de Calais_, si graves de douleur contenue; l’_Homme au nez cassé_, le _Buste de Dalou_; ses _Mains d’expression_, si tourmentées, si éloquentes; _Eve_, les _Études pour le Balzac_, le _Balzac_ lui-même, formidable comme un colosse Memnon; le _Saint-Jean_, l’_Appel aux armes_, la _Chute d’Icare_, _Adam et Eve_; le _Monument à Victor-Hugo_, etc., etc., marbres, bronzes et plâtres.

«Ce qui est certain, en tout cas (terminions-nous), c’est que l’on ne peut garder indéfiniment l’hôtel Biron dans l’état actuel. Ses pierres verdissent, se disjoignent, et des ravenelles y tremblent au moindre souffle du vent; et, bientôt, si l’on n’y prend garde, ce sera une pauvre chose abandonnée, presque une «vieillerie». C’est tout juste même si l’on ne continue pas à y voler, comme on l’a fait déjà, des rampes d’escaliers, des grilles, des sculptures ou des boiseries. Du dehors, les gamins jettent des pierres dans le jardin, et ils ont la tentation d’y entrer, comme ils pénètrent dans les terrains vagues. Profitons donc, je le répète, de ce que Rodin a pris asile en ces murs et installons-le commodément. Quoi! nous avons un génie bienveillant et prêt à nous charmer pour maintenant et pour plus tard! Qu’attendons-nous donc pour l’accaparer? Et c’est peut-être, du reste, aisé à entreprendre. Essayons. Des amis de Rodin sauraient, au besoin, l’amener même à préparer, à organiser son musée. Et alors la dolente et grave «maison», où frémissaient les oraisons, redeviendrait enfin auguste, comme il sied à une demeure ancienne parée d’un majestueux escalier de pierre et de spacieuses salles.»

Notre appel fut tout de suite entendu. Au mois de novembre de cette même année 1911, Mlle Judith Cladel, qui a hérité du noble et beau talent de son admirable père, que Hüysmans appelait: le François Millet de la littérature, Mlle Judith Cladel, reprenait mon article en faveur du musée Rodin.

«Le vœu de l’artiste (Rodin), disait notamment Judith Cladel, le vœu de l’artiste s’est rencontré avec celui de ses admirateurs. Son plus ardent désir, au seuil de la vieillesse, est qu’on le mette à même d’achever sa vie de labeur et de pensée dans la noble maison qui l’abrite actuellement, et qu’on l’autorise à y fonder un musée.

«En échange de quoi, il est prêt à léguer à l’État:

1º Toute son œuvre en sculpture;

2º Tous ses dessins;

3º L’importante collection d’antiques qu’il a rassemblée en ces quinze dernières années.»

Et, plus loin, il était ajouté:

«Il est nécessaire de stipuler que Rodin souhaite obtenir uniquement la jouissance du pavillon.

«L’État disposerait à son gré du jardin. Bien entendu, l’artiste ne toucherait en rien aux proportions harmonieuses des salles de l’hôtel, auxquelles attenterait forcément toute autre installation. Le pavillon n’est pas très vaste et il serait, certes, complètement occupé par les œuvres et les collections mentionnées ci-dessus.»

D’accord avec Rodin, avec qui je restais en contact, il était encore dit:

«Les salles du musée Rodin seraient ouvertes au public du vivant de l’artiste, à mesure de leur aménagement. _Le sculpteur en assumerait la charge ainsi que les frais de la mise en état des locaux._»

Enfin, après avoir constaté que les pays étrangers ont réservé, eux, de vastes salles à Rodin,--notamment le Musée Métropolitain de New-York,--il était conclu:

«Il faut créer un musée Rodin à l’hôtel Biron. Il faut offrir ce cadeau au Paris du travail et de la pensée. Il faut ajouter toujours au patrimoine d’art qui fait la France si grande et si aimée.»

Une sorte de «pétition» s’ensuivit. Elle fut présentée aux hommes de lettres, aux artistes et aux hommes politiques. Les adhésions vinrent, nombreuses.

En voici quelques-unes.

Claude Monet écrivit:

_J’adresse mon adhésion complète à votre projet d’un musée Rodin, heureux de témoigner mon admiration au grand artiste._

Octave Mirbeau:

l’œuvre que vous avez entreprise; et ce serait si beau que l’hôtel Biron fût le musée Rodin!_

_Je le souhaite de tout mon cœur._

J.-F. Raffaëlli:

_Je suis avec vous de tout cœur pour la création d’un musée devant conserver les ouvrages de mon illustre ami Auguste Rodin._

J.-H. Rosny aîné:

_Eh! oui, qu’on crée un musée Rodin et qu’on n’attende pas la fin des siècles._

Paul Adam:

_J’applaudis au projet du Musée Rodin et l’hôtel Biron, à défaut d’un palais moderne conçu selon l’esthétique du grand Maître, pourrait être le temple provisoire de ses splendides images._

Paul Margueritte:

_Nous ne savons pas honorer les vivants. Tous les autres peuples nous dépassent en cela._

_Que ce musée Rodin trouve sa place en un décor où Rodin rêva et travailla, est une idée délicate et noble. J’y adhère avec enthousiasme._

A. Antoine:

_Comment, diable, le malheureux panné que je suis peut-il vous être de quelque secours dans la réalisation de votre beau projet? En tous cas, comptez sur mon concours et mon dévouement._

Claude Debussy:

_Excusez mon retard à vous envoyer mon adhésion à la création d’un musée Rodin à Paris. Personne mieux que lui n’est digne de cette exceptionnelle création._

Jules Desbois:

_Quel plaisir on aurait à se reposer au milieu de l’Œuvre du merveilleux artiste!_

_On ne penserait guère, alors, aux horreurs dont nous accablent, chaque année, les multiples salons._

_Mais je dois avouer que je n’espère pas beaucoup. J’ai bien plus de confiance en la muflerie du temps._

Georges Ekhoud:

_Oui, il importe de conserver l’hôtel Biron et de le disputer aux spéculateurs en terrains et autres vandales pour en consacrer une partie à la création d’un musée Rodin._

_Rodin est le plus grand sculpteur vivant; avec Constantin Meunier, il fut un créateur génial, un véritable apporteur de neuf dans un art qui semblait voué aux poncifs et aux pastiches._

_C’est un Michel-Ange moderne, l’interprète par excellence de la sensibilité et du pathétique de son siècle._

Gabriel Mourey:

_Créer à Paris un musée Rodin, c’est une idée dont la réalisation s’impose; Paris, plus que jamais, a besoin de beauté._

Yvanhoé Rambosson:

_C’est de grand cœur et d’enthousiasme que j’applaudis à votre beau projet d’un musée Rodin._

_Soutenir une œuvre pareille sera un honneur pour tous ceux qui y collaboreront de près ou de loin._

Romain Rolland:

_Quel ministre français ne se fera pas un honneur de recevoir et de garder un tel hôte?_

Olivier Sainsère:

_J’adhère de tout cœur au projet de création d’un musée Rodin à Paris._

Emile Verhaeren:

_Honorer le plus possible Rodin vivant devrait être le souci de tous ses amis._

_Les gestes d’admiration dont ils l’entourent ne sont du reste que de simples indications soumises à la postérité. La gloire de Rodin est désormais irrenversable. Aussi conviendrait-il que ses yeux vîssent, avant de se fermer, le plus beau témoignage d’enthousiasme qu’on lui puisse donner et qui serait, comme vous le proposez, de lui offrir un monument historique pour y dresser son œuvre entier._

Et, enfin, Ignacio Zuloaga:

_C’est avec le plus grand plaisir que je viens vous dire combien je suis heureux de vous envoyer mon adhésion pour le beau projet de la création d’un musée Rodin à Paris._

_Je suis son ami et un très grand admirateur de son génie._

Nous avons, parmi beaucoup d’autres, choisi ces citations. Au jour le jour, de nombreuses adhésions parvinrent encore.

Parmi ces autres admirateurs de Rodin, il convient de citer MM. Anatole France, Mme Marie Cazin, Despiau, Léopold Lacour, Ménard-Dorian, Edmond Pilon, Waltner, etc., etc...

* * * * *

Aujourd’hui, la question du musée Rodin est sur le point d’être étudiée.

Un député a amené le sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts à faire, à la Chambre, des déclarations précises en faveur du musée Rodin.

Nous pouvons donc penser alors, en répétant le vœu catégorique de J.-H. Rosny aîné, qu’on n’attendra point, pour constituer le musée Rodin, «la fin des siècles!»

NOTES D’ALBUM

Au jour le jour, Rodin, avons-nous dit, se complaît à noter des impressions; il les note d’après nature, d’après toute la Nature; et, chapitre par chapitre, le tout compose l’œuvre d’un poète.

Nous avons choisi quelques-unes des fleurs de cette rare corbeille, mais nous n’avons pas voulu les séparer à la façon d’un botaniste; nous les avons, au contraire, mêlées, pour mieux rappeler qu’elles furent ainsi cueillies, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, et toutes, à la fin de la journée, réunies en gerbe.

C’est ainsi que l’on trouvera des «Pensées» sur la statuaire, sur des paysages, sur les femmes, sur la vie.

Voici ces «Pensées» que Rodin qualifie lui-même de notes d’album.

* * * * *

_Ce réveil_:

Le matin vierge se retire, sa pudeur s’évanouit: le soleil avance. Ces grands arbres ont comme feuillage des petits nuages. Un coq chante pour saluer. Une femme passe: elle porte dans ses bras un tout petit enfant; elle me l’offre comme salutation amicale. Elle donne le bonheur par ses yeux. Il est consolant de voir de l’enthousiasme.

* * * * *

_Intimité_:

«J’aime la grâce du XVIIIe siècle. J’aime la sécurité des modestes artistes. Comment ne l’aimerais-je pas, c’est elle qui m’a fait vivre! J’y trouve une aide à mon talent; j’y trouve déjà des souvenirs heureux. Rappelons avec reconnaissance ce que nous savons du charme de la vie aux siècles précédents. Ne laissons pas que des critiques de nous; faisons quelque chose qui ne se vende pas, qui ne soit pas pour l’éloge, qui reste!...»

* * * * *

_Parterre_:

«La beauté des fleurs; leurs mouvements comme nos mouvements expriment leurs pensées.»

* * * * *

«Les mouvements marquent la folie de la fleur, sa vieillesse.»

* * * * *

_Cette petite statue dans le jardin_:

«Ce petit antique qui serait Louis XIV...»

* * * * *

_Simple note_:

«Un bouleversement de beauté dans ces nuages éclatants.»

* * * * *

_Dans le jardin de l’hôtel Biron_:

«Le ciel est comme un lac bleu semé de nénuphars, les nuages. Il y a une telle abondance de beauté, un tel bouleversement des forces qui s’épanouissent, nuages, arbres; l’hiver était il y a quinze jours mêlé à cela.

«Assis au pied des marches de l’hôtel, mes yeux ne rencontrent que la grâce Régence, la sphère Louis XIV des Invalides.

«Assis et entouré de lumière, je supporte la beauté dans tous ses rayons.

«...N’être pas venu à la vie et être resté dans le néant, ne jamais avoir vécu... quelle morne misère!

«Ici, le carré s’ouvre; ce mur massif de verdure, arbres chandeliers à sept branches portant des fleurs au lieu de bougies; la haie haute et amie est dessous. Tous ces dessins confondus m’entrent et me pénètrent au fond. Ce n’est plus un dessin linéaire, c’est l’action,--l’action de tout sur moi.»

* * * * *

_Ce cri_:

«Comme on doit être ménagé de la vie, de cette œuvre, de ce chef-d’œuvre! Mais on le détruit, c’est la mode. Comme les nègres qui courent après l’eau de feu. Le poison est notre désir, celui de l’envie, quand il y a un ciel et des arbres pour tous.»

* * * * *

_Lumière_:

«Le soleil, l’époux radieux, a maintenant l’avantage de ce délicieux printemps qui sera moins parcimonieux...

«J’ai été obligé de fermer les yeux de trop de lumière; et chaque fois que je les rouvre, je suis assailli par cet amour immense de la Nature qui se montre à demi. Mais quand vous l’aimez, elle pénètre le poète.»

* * * * *

_Ces cris_:

«La Foi moderne protège et conserve l’âme antique.»

* * * * *

«Comme mon cœur a senti le respect pour ce monde dont je fais partie!»

_Fleurs_:

«Elles marquent, par des bras et des mains, des profils parlants et désignants.

«Aujourd’hui, elles sont relevées comme des candélabres.

«Elles s’offrent à tenir des lumières. Une seule est tombée droite, tête en bas, comme un serpent.»

* * * * *

_Paysage_:

«Les tilleuls d’hiver coupés sur la place de l’Église. Tout près, la multiplicité de ces vies abandonnées, feuilles mortes comme les morts des batailles.»

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_Ces paysages encore_:

«Barbarie de ne savoir se servir de ses yeux. La route gracieuse qui plus loin se détourne; l’étang et son joli geste circulaire à travers les arbres.»

* * * * *

«Ces frottis rugueux, épineux, sont des arbres à l’horizon; sur une bande de ciel, la misère des arbres.»

* * * * *

«Roulent des nuages lourds...»

* * * * *

«Arbres d’une douceur de convalescence...»

* * * * *

«La jeunesse du ciel sur ces arbres encore endormis.»

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«C’est une fresque de l’Angelico, le contour se dissout dans le bleu céleste...»

«Quand la feuille morte est bien sèche elle s’épuise à voler comme un oiseau; folle, elle tournoie.»

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«Ce val charmant commence à se cacher par les feuilles qui poussent.»

* * * * *

«Le bourdonnement du beau temps.»

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«Ces arbres tournent, ce bonheur m’entraîne loin.»

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«Tous ces arbres d’hiver sont des paysages de légende.»

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«L’étang n’est pas gai aujourd’hui... Un corbeau a longtemps regardé et s’est envolé... plus rien!...»

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_Architecture_:

«La cathédrale est la fête des yeux et des ombres.»

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«Palais des dieux partis avec la beauté condamnée pour crime de noblesse...»

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_Intimité_:

«Mes dernières années sont couronnées de roses; les femmes, ces dispensatrices, m’entourent; et rien n’est si doux!»

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_Paysage_:

«C’est vide de soleil, ce matin; il y a des jours inanimés. Est-ce de ma faute?»

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_Intimité_:

«Je n’ai plus de longues heures d’amour, elles me sont mesurées maintenant.»

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_Paysage_:

«Auprès des murs noirs de la vieille église voltigeaient les premières feuilles des tilleuls.»

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_Ce cri_:

«Avec quelle ardeur je me jette dans les musées! combat où je perds mes armes.»

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_Danses_:

«La danse est de l’architecture animée.»

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«Je vois les couples danser, le jouet naturel s’essayer à la cadence, suprême éloquence de la jeunesse.»

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_Paysage_:

«Ces rouges carmins attirent les yeux sur la maison et la rendent amicale.»

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_Sculptures_:

«Les belles lignes sont éternelles, pourquoi si peu les employer?»

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«Cette tête renversée, bras levé et interrompu, léger dans le sommeil. Cette épaule haussée, ce bras derrière le dos. Une marque dans les sourciliers, comme un peu de souffrance satyrique. C’est un petit bronze italien. La charmante, elle était Louis XVI, il y a deux mois, dans une autre esquisse.

«Ces doigts touchent et rejoignent les talons, sans les étreindre; elle est aussi comme un arc tendu. La tête, rieuse, lance le trait.»

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_Danse_:

«Quand la femme danse, l’atmosphère est ravie et lui sert de draperie.»

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_Modèle_:

«Elle vint à nous dans une grâce infinie parce que la petite est belle. C’est son attitude qui parle loin de nous, c’est le plan gracieux.»

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_Pensée détachée_:

«...La mort est un reposoir pour un plus céleste destin...»

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_Corbeille de fleurs_: