Robinson Crusoe (II/II)

Part 31

Chapter 311,549 wordsPublic domain

Quand nous eûmes marché rudement pendant deux heures, le ciel, non pas qu'il eût été bien sombre jusque-là, commença à s'éclaircir, la lune se leva, et bref il fit plus clair que nous ne l'aurions souhaité. Vers six heures du matin nous avions fait près de quarante milles, à vrai dire nous avions éreinté nos chevaux. Nous trouvâmes alors un village russien nommé Kirmazinskoy où nous nous arrêtâmes tout le jour. N'ayant pas eu de nouvelles de nos Tartares Calmoucks, environ deux heures avant la nuit nous nous remîmes en route et marchâmes jusqu'à huit heures du matin, moins vite toutefois que la nuit précédente. Sur les sept heures nous passâmes une petite rivière appelée Kirtza et nous atteignîmes une bonne et grande ville habitée par les Russiens et très-peuplée, nommée Osomoys. Nous y apprîmes que plusieurs troupes ou hordes de Calmoucks s'étaient répandues dans le désert, mais que nous n'en avions plus rien à craindre, ce qui fut pour nous une grande satisfaction, je vous l'assure. Nous fûmes obligés de nous procurer quelques chevaux frais en ce lieu, et comme nous avions grand besoin de repos, nous y demeurâmes cinq jours; et mon partner et moi nous convînmes de donner à l'honnête Sibérien qui nous y avait conduits, la valeur de dix pistoles pour sa peine.

Après une nouvelle marche de cinq jours nous atteignîmes Veussima, sur la rivière Witzogda qui se jette dans la Dvina: nous touchions alors au terme heureux de nos voyages par terre, car ce fleuve, en sept jours de navigation, pouvait nous conduire à Archangel. De Veussima nous nous rendîmes à Laurenskoy, au confluent de la rivière, le 3 juillet, où nous nous procurâmes deux bateaux de transport, et une barge pour notre propre commodité. Nous nous embarquâmes le 7, et nous arrivâmes touts sains et saufs à Archangel le 18, après avoir été un an cinq mois et trois jours en voyage, y compris notre station de huit mois et quelques jours à Tobolsk.

Nous fûmes obligés d'y attendre six semaines l'arrivée des navires, et nous eussions attendu plus long-temps si un navire hambourgeois n'eût devancé de plus d'un mois touts les vaisseaux anglais. Considérant alors que nous pourrions nous défaire de nos marchandises aussi avantageusement à Hambourg qu'à Londres, nous prîmes touts passage sur ce bâtiment. Une fois nos effets à bord, pour en avoir soin, rien ne fut plus naturel que d'y placer mon intendant, le jeune seigneur, qui, par ce moyen, put se tenir caché parfaitement. Tout le temps que nous séjournâmes encore il ne remit plus le pied à terre, craignant de se montrer dans la ville, où quelques-uns des marchands moscovites l'eussent certainement vu et reconnu.

Nous quittâmes Archangel le 20 août de la même année, et, après un voyage pas trop mauvais, nous entrâmes dans l'Elbe le 13 septembre. Là, mon partner et moi nous trouvâmes un très-bon débit de nos marchandises chinoises, ainsi que de nos zibelines et autres pelleteries de Sibérie. Nous fîmes alors le partage de nos bénéfices, et ma part montait à 3,475 livres sterling 17 _shillings_ et 3 _pence_, malgré toutes les pertes que nous avions essuyées et les frais que nous avions eus; seulement, je me souviens que j'y avais compris la valeur d'environ 600 livres sterling pour les diamants que j'avais achetés au Bengale.

Le jeune seigneur prit alors congé de nous, et s'embarqua sur l'Elbe, dans le dessein de se rendre à la Cour de Vienne, où il avait résolu de chercher protection et d'où il pourrait correspondre avec ceux des amis de son père qui vivaient encore. Il ne se sépara pas de moi sans me témoigner toute sa gratitude pour le service que je lui avais rendu, et sans se montrer pénétré de mes bontés pour le prince son père.

Pour conclusion, après être demeuré près de quatre mois à Hambourg, je me rendis par terre à La Haye, où je m'embarquai sur le paquebot, et j'arrivai à Londres le 10 janvier 1705. Il y avait dix ans et neuf mois que j'étais absent d'Angleterre.

Enfin, bien résolu à ne pas me harasser davantage, je suis en train de me préparer pour un plus long voyage que touts ceux-ci, ayant passé soixante-douze ans d'une vie d'une variété infinie, ayant appris suffisamment à connaître le prix de la retraite et le bonheur qu'il y a à finir ses jours en paix.

FIN DE ROBINSON

NOTES:

[1] Voir à la Dissertation religieuse.

[2] Voir à la Dissertation religieuse.

[3] Ce paragraphe et le fragment que nous renvoyons à la Dissertation ont été supprimés dans une édition contemporaine où l'on se borne au rôle de traducteur fidèle.

[4] La pièce de huit ou de huit testons, dont il a souvent été parlé dans le cours de cet ouvrage, est une pièce d'or portugaise valant environ 5 Fr. 66 cent.

[5] Le _MOIDORES_ que les Français nomment _noror_ et les Portugais _nordadouro_, est aussi une pièce d'or qui vaut environ 33 Fr. 96 cent. P. B.

[6] Dans l'édition où l'on se borne au rôle de traducteur fidèle, les cinq paragraphes, à partir de: _J'eus alors la pensée_..., jusqu'à: _ma fidèle amie la veuve_..., ont été supprimés. P. B.

[7] Dans l'édition où l'on se borne au rôle de traducteur fidèle, les cinq paragraphes précédents ont été supprimés. P. B.

[8] What is bred in the bone will not go out of the flesh.

[9]

/*[4] Free from vices, free from care, Age has me pains, and youth ne snare. */

[10] Un liard, un quart de denier sterling.

[11] Petit navire à un mât. _(Note du correcteur--ELG.)_

[12] Gros canon court. _(Note du correcteur--ELG.)_

[13] Hôpital des fous.

[14] Voir à la Dissertation religieuse.

[15] Voir à la Dissertation religieuse.

[16] Voir à la Dissertation religieuse.

[17] _Straggling_. La traduction contemporaine (indigne du beau nom de MADAME TASTU) dont il est parlé dans notre préface et dans les quelques notes précédentes, porte TRAÎNARDS. Toutes les pages de cette traduction sont émaillées de pareils BARBARISMES: il est déplorable qu'un livre destiné à l'éducation de la jeunesse soit une école de jargon. P. B.

[18] Dans la susdite traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, où, soi-disant, on se borne au rôle de TRADUCTEUR FIDÈLE, ce paragraphe et le suivant sont complètement passés. P. B.

[19] Ici, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, est intercalé un long rabâchage sur la sincérité de cet ecclésiastique et sur le faux zèle et la rapacité des missionnaires, où il est dit que le Chinois Confucius fait partie du calendrier de nos Saints. Je ne sais si ce morceau peu regrettable est de Daniel de Foë: je ne l'ai point trouvé dans l'édition originale de Stockdale, ni dans l'édition donnée par John Walker en 1848 P. B.

[20] Ici, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, se trouve entre mille autres, cette phrase barbare: _Lorsqu'un des matelots vint à moi, et me dit qu'il voulait_ M'ÉVITER LA PEINE...

Pardon, on N'ÉVITE pas une peine à quelqu'un. On épargne une peine, c'est un mauvais lieu et une mauvaise traduction qu'on évite. Je l'ai déjà dit, il serait bien dans un livre destiné à l'éducation de la jeunesse d'éviter de pareilles incongruités. P. B.

[21] _But I am sure we came honestly and fairly by the ship._--Ici, dans la traduction contemporaine, toujours indigne du beau nom de MADAME TASTU, on a confondu le verbe TO COME, venir, et TO COME BY, qui a le sens d'acquérir et l'on a fait ce joli non-sens et contresens: ET QUE JE SOIS SÛR D'ÊTRE VENU TRÈS-PAISIBLEMENT ET TRÈS-HONNÊTEMENT SUR CE NAVIRE.--Nous citons ceci entre mille comme mémento seulement. P. B.

[22] Dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, où, soi-disant, on se borne au rôle de TRADUCTEUR FIDÈLE, toute la fin de ce paragraphe est supprimée et remplacée par ce non-sens: C'EÛT ÉTÉ NOTRE PESTE, SANS AUCUN ESPOIR DE SALUT. P. B.

[23] On a passé sous silence tout le commencement de ce paragraphe et la moitié du précédent, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, où, soi-disant, on s'est borné rôle de TRADUCTEUR FIDÈLE. P.B.

[24] On a passé sous silence toute la fin de ce paragraphe dans la traduction, indigne du beau nom de MADAME TASTU, où, soi-disant, on s'est borné au rôle de TRADUCTEUR FIDÈLE. P. B.

[25] _Paucité_: Petite quantité, petit nombre. (Note du correcteur ELG)

[26] On a supprimé toute la fin de ce paragraphe, ainsi que la fin de trois ou quatre paragraphes précédents et suivants, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, où, soi-disant, on s'est borné au rôle de TRADUCTEUR FIDÈLE. P. B.

[27] On a passé sous silence la fin de ce paragraphe et le commencement du suivant dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU.--Désormais nous nous abstiendrons, de relever les mutilations que, dans la nouvelle traduction, on a fait subir à toute la dernière partie de ROBINSON: il faudrait une note à chaque phrase. (P. B.)

[28] Nous avions promis de ne plus faire de notes; cependant, il ne nous est guère possible de ne pas dire qu'ici, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de MADAME TASTU, on a passé sous silence CINQ pages et DEMIE du texte original, à partir de _Vers le soir..._ jusqu'à _Le matin_...: c'est vraiment commode. P. B.

End of Project Gutenberg's Robinson Crusoe (II/II), by Daniel DeFoe