Robert Ier et Raoul de Bourgogne, rois de France (923-936)
Chapter 5
Aussitôt la nouvelle connue, Herbert parut à Reims, où il avait des intelligences parmi les vassaux et les clercs du diocèse. Grâce à l'appui de l'évêque de Soissons, Abbon, et à celui de l'évêque de Châlons, Beuves, il fit élire comme successeur désigné de Séulf, Hugues, son fils, âgé de cinq ans à peine, puis il alla trouver Raoul, en Bourgogne, et se fit charger par lui de l'administration intérimaire du temporel de l'archevêché[164]. Le roi avait mis comme première condition à son assentiment le respect des personnes et des biens de l'évêché, et s'était refusé à reconnaître Hugues comme régulièrement intronisé, tant qu'il n'aurait pas atteint l'âge nécessaire pour recevoir l'ordination canonique. Abbon se rendit à Rome, afin de solliciter du pape Jean X son approbation générale pour les actes d'Herbert, et pour lui-même l'investiture provisoire des fonctions archiépiscopales, en qualité de vicaire. Il l'obtint[165]. Tout cédait devant l'habileté puissante du comte de Vermandois. Il y eut cependant quelques mécontents. L'historien Flodoard fut de leur nombre et cela lui coûta la prébende qu'il avait reçue de l'archevêque Hervé. D'autres récalcitrants furent traités encore plus mal. Herbert n'hésita pas à user de violence, même vis-à-vis du clergé, et deux ecclésiastiques furent tués par ses gens au cours des troubles, dans le cloître des chanoines[166].
D'autre part, les Normands ne tardèrent pas à vouloir tirer vengeance de l'effroyable massacre d'Eu. Ils ravagèrent avec leur flotte le littoral du Boulonnais, concentrèrent une nouvelle armée et envahirent l'Artois. Raoul se tenait encore sur ses gardes. Il opéra sa jonction avec Herbert et les seigneurs des régions côtières du nord, et réussit à cerner l'ennemi non loin, semble-t-il, de Fauquembergue[167]. Malheureusement l'armée française avait été obligée de se diviser. Une nuit les Normands, à la faveur de l'obscurité, sortirent soudain du défilé boisé, où ils se trouvaient enfermés, et vinrent fondre à l'improviste sur le camp royal. Plusieurs tentes furent brûlées et le roi faillit être pris. Herbert, qui campait à quelque distance, sut accourir juste à point pour témoigner un dévoûment intéressé à son suzerain, et les agresseurs furent repoussés après une lutte acharnée, où ils laissèrent onze cents morts sur la place. Les Français de leur côté furent grandement éprouvés: le vaillant comte de Ponthieu, Helgaud, périt dans la mêlée, et le roi Raoul lui-même grièvement blessé fut contraint de regagner Laon. Malgré leur échec, les Normands purent ainsi pousser leurs dévastations jusqu'aux confins de la Lorraine, en Porcien[168].
Vers le même temps, aux environs de Pâques, les Hongrois rôdaient près de là, dans le pays de Voncq[169], où ils auraient pu se rencontrer avec les Normands. A leur approche, les habitants et le clergé désertaient les campagnes, les moines cherchaient avec leurs reliques un refuge à l'abri des murailles romaines des cités épiscopales de Metz, Toul et Reims, ou encore dans des lieux inaccessibles, fortifiés par la nature. Ainsi furent portées à Reims les reliques de saint Remy et de sainte Vaubourg d'Attigny. Les Hongrois jetèrent dans l'est la même terreur que les Sarrasins dans le midi ou les Normands dans l'ouest: le pillage des riches monastères et des campagnes florissantes, jusque-là épargnés, fut considéré par les populations comme un châtiment céleste [170].
Les difficultés s'étaient accumulées autour de Raoul avec une incroyable rapidité. Lui blessé, et par conséquent condamné pour un temps assez long au repos, les Normands et les Hongrois livraient au pillage les environs de Laon et de Reims. Enhardi par les embarras d'un suzerain qu'il n'avait reconnu que contraint et forcé, le duc d'Aquitaine fit défection. Un de ses frères, probablement Affré, se jeta sur Nevers et y prit une attitude telle que Raoul, craignant pour son duché de Bourgogne [171], se hâta de transiger avec les Normands: il leur acheta la paix moyennant une forte indemnité réunie à l'aide d'un impôt spécial (_exactio pecuniae collaticiae_) levé sur la France septentrionale et la Bourgogne. Les Hongrois disparurent heureusement, aussi vite qu'ils étaient venus.
A peine remis de sa blessure, Raoul prit le commandement d'une armée franco-bourguignonne, et, accompagné d'Herbert de Vermandois, se dirigea sur Nevers. Il ne s'y attarda pas, se bornant à se faire livrer des otages [172], car son objectif était avant tout la soumission de Guillaume d'Aquitaine. Il pénétra sur les domaines de ce dernier et le harcela sans trêve, jusqu'à ce que la nouvelle d'un retour offensif des Hongrois vint le contraindre à se replier sur son duché. Ces envahisseurs passaient avec la rapidité d'un ouragan. Il était presque impossible de les atteindre pour les combattre: pendant deux années consécutives ils reparaissent, sans qu'il soit question d'une seule rencontre dans les textes [4].
Raoul séjourna le 10 décembre à Sens, où à la prière du comte de Troyes, Richard, et de l'évêque Anseïs, il confirma les privilèges et possessions de l'abbaye de Montiéramey[174].
Il traversait une période d'échecs. Un mariage de son beau-frère Hugues lui profita plus que ses expéditions indécises: le duc de France épousa Eadhild, fille d'Édouard Ier l'Ancien, roi des Anglo-Saxons, la propre soeur d'Ogive, femme de Charles le Simple[175]. Cette alliance avait certainement un caractère politique: Hugues, par cette union princière, se posait nettement en rival d'Herbert pour recueillir la succession éventuelle de Raoul. L'appui des Anglo-Saxons lui était désormais assuré et par suite, à Raoul, contre Herbert, le geôlier de Charles le Simple. Dans une curieuse précaire du chapitre de Saint-Martin de Tours, où l'on voit paraître à la fois l'abbé Hugues et sa soeur la reine Emma, la date donnée d'après le calcul des années du règne de Raoul porte la mention de la captivité de Charles[176]. Il semble que ce soit là l'indice d'une détente et d'un revirement en faveur du Carolingien.
FOOTNOTES:
[Footnote 87: Widukind, _Rev. gestar. saxonicar._, 1. I, c. 33 (éd. Waitz, p. 26). On peut se demander si les reliques de saint Denis, dont il est ici question, ne sont pas à identifier avec celles qui ont été conservées à Saint-Erameran de Ratisbonne au XIe siècle. Cf. Lauer, _Le trésor du Sancta Sanctorum_ (_Monuments Piol_ publ. par l'Acad. des Inscr., t. XV, 1906, p. 126).]
[Footnote 88: Il s'agit peut-être du comte de Senlis de ce nom, qu'on voit figurer dans le _De Moribus_ de Dudon de Saint-Quentin, précisément avec un rôle de diplomate. Voy. _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 5, n. 2.]
[Footnote 89: Richer, _Hist._, 1, 47.]
[Footnote 90: Les rares détails que nous ayons sont fournis par les sources suivantes: Flod., _Ann._, a. 923; Richer, I, 47; Rodulf. Glaber, I, 1, § 5 (éd. Prou, p. 6-7); Folcuin, _Gesta abbat. Sith._, c. 101 (_M.G.h., Scr._, XIII, 625-626). La légende apparaît dans l'_Hist. Walciodor. mon._, c. 5 (ibid., XIV, 507), et Jocundus, _Translatio S. Serratii_, c. 14 (ibid., XII, 99). Les autres textes mentionnent le fait en l'appréciant parfois sévèrement. Ce sont, dans l'ordre de publication des _Monumenta Germaniae historica: Domus carolingicae genealogia; Ann. S. Maximi Trerer._, a. 923; _Ann. Laubiens._, a. 922; _Ann. Leod._, a. 922; _Ann. Elnon. min._, a. 922; _Ann. Blandin._, a. 922; Hugues de Flavigny, _Chron.; Genealogia comitum Buloniensium; Hist. Francor. Senon.; Miracula S. Benedicti_; Hugues de Fleury, _Modernor. reg. actus_, c. 3; _Ann. Lobienses_, a. 924; _Genealogiae Karolorum; Ann. Prum._, a. 923; _Ann. S. Quintini Verom._, a. 923; Aubry de Trois-Fontaines, Chron. (_M.G.h., Scr._, II, 312, IV, 6, 16; V, 19 et 25; VIII, 358; IX, 300, 366, 375, 381; XIII, 232, 247, 251, 252; XV, 1292; XVI, 507; XXIII, 757). Citons encore pour mémoire: Odoran, Chron. (_Recueil des histor. de France_, VIII, 237); _Magnum_ et _Breve Chron. Turon._, a. 922 (éd. Salmon, p. 110 et 184). Widukind (I, 29) fait une confusion en attribuant à Hugues la prise de Charles. Cf. Thietmar, I, 13 (_M.G.h., Scr._, III, 741).]
[Footnote 91: _Ann. Einsidlenses_ (_M.G.h., Scr._, III, 141); _Ann. Floriac. breves_ (ibid., XIII, 87); _Breve Chron. Tornacense (Recueil des historiens de France_, VIII, 285), etc. Voy. la note précédente.]
[Footnote 92: Voy. _Appendice_ et _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 94.]
[Footnote 93: Rappelons brièvement les circonstances: Pépin d'Italie, fils aîné de Charlemagne, laissa un fils, Bernard, qui revendiqua l'empire contre son oncle Louis le Pieux. Au moment où ce dernier marchait sur l'Italie pour le châtier, des émissaires envoyés par l'impératrice Ermenjart persuadèrent à Bernard de passer en France en lui promettant sous serment toute sûreté pour sa personne. Bernard, suivi de ses complices, alla trouver l'empereur à Châlon-sur-Saône et implora à genoux son pardon. On le conduisit à Aix-la-Chapelle, où son procès fut instruit et jugé. Bernard fut condamné à mort, mais Louis commua la peine en privation de la vue. Ce terrible arrêt fut exécuté si brutalement que trois jours après Bernard expira (le 17 avril 818) à 19 ans, laissant un fils, Pépin, qui fut père d'Herbert Ier, comte de Vermandois.]
[Footnote 94: G. Valat, _Poursuite privée et composition pécuniaire dans l'ancienne Bourgogne_ (Dijon, 1907, in-8°); Ch. Petit-Dutaillis, _Les moeurs populaires et le droit de vengeance dans les Pays-Bas au XVe siècle_ (Paris, 1909, in-8°).]
[Footnote 95: Ce sont peut-être aussi ces droits éventuels de la maison de Vermandois à l'empire qui ont empêché le roi de Germanie de soutenir la candidature d'Herbert II au trône.]
[Footnote 96: Richer, _Hist._, II, 73 (éd. Waitz, p. 75): «Me vero parvum in fasciculo farraginis a meis dissimulatum in partes transmarinas et prope in Rifeos fugere compulit.»]
[Footnote 97: Witger, _Geneal. Arnalfi_ (_M.G.h., Scr._, IX, 303). Voy. _Le règne de Louis IV d'Outre-Mer_, p. 10.]
[Footnote 98: Flod., _Ann._, a. 923.]
[Footnote 99: Flod., _Ann._, a. 928; _Hist. eccl. Rem._, IV, 21; Richer, I, 54.]
[Footnote 100: Flod., _Ann._, a. 924; _Necrolog. Modiciense_; Liudprand, _Antapodosis_, II, 71 (éd. Dümmler, p. 52, n. 2).]
[Footnote 101: Voy. plus haut, p. 2.]
[Footnote 102: Voy. Flod., _Ann._, a. 923, éd. Lauer, p. 15, n. 4 et p. 46, n. 1.]
[Footnote 103: Flod., _Ann._, a. 923.]
[Footnote 104: Flod., ibid.]
[Footnote 105: L'Alsace faisait encore partie du royaume de Lorraine. Cf. Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 592-593.]
[Footnote 106: Flod., ibid.]
[Footnote 107: Flod., ibid.; Hugues de Flavigny, _Chron._, a. 923 (d'après Flodoard).]
[Footnote 108: C'est le propre frère de Raoul, Boson, qui avait tué Ricoin malade dans son lit, le 14 mars 923, pour s'emparer de Verdun. Parisot, _Le royaume de Lorraine_ (Paris, 1899), pp. 663 et 667. Le 19 septembre 923, Raoul était encore reconnu comme roi à Toul, ainsi que le prouve une charte de l'évêque Josselin (_Mém. de la Soc. d'archéol. lorr._, XII, 133; Parisot, _op. cit._, p. 662, n. 5); mais il résulte d'une autre charte du même qu'Henri Ier, y fut reconnu entre le 16 octobre 923 et le 14 octobre 924 (Bibl. de Nancy, ms. 77, fol. 42; Calmet., _Hist. de Lorraine_, 1re éd., I, pr., col. CCCXIV). Cf. J. Depoin, _Études sur le Luxembourg à l'époque carolingienne_ (extr. de _Ons Hemecht_, année 1909).]
[Footnote 109: Flod., _Ann._, a. 923.]
[Footnote 110: Flod., ibid.]
[Footnote 111: Flod., _Ann._, a. 923.]
[Footnote 112: Flod., _Ann._, a. 924.]
[Footnote 113: Elle intervient dans un diplôme du 6 avril 924 en faveur de Saint-Martin d'Autun. Bulliot, _Essai hist. sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun_ (Autun, 1849), I, p. 164; 11, p. 24, no 10.]
[Footnote 114: Il figure comme impétrant avec Adson dans un diplôme du 29 février 924, en faveur de Saint-Symphorien d'Autun. Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 118.]
[Footnote 115: Cf. Bulliot, _loc. cit._]
[Footnote 116: Chifflet, _Hist. de l'abbaye de Tournus_, p. 275; Poupardin, _Monuments de l'histoire des abbayes de Saint-Philibert_ (Paris, 1905, in-8), p. 120, no 27.]
[Footnote 117: Cf. Thiroux, _loc. cit._]
[Footnote 118: _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, p. 146, n° 49.]
[Footnote 119: Flod., _Ann._, a. 924. Diplômes de Raoul datés d'Autun, le 29 février, et de Châlon, les 6, 8 et 9 avril 924. _Recueil des historiens de France_, IX, 562-565.]
[Footnote 120: Flod., _loc. cit._; Em. Coët, _Hist. de la ville de Roye_, t. I, p. 32.]
[Footnote 121: Flod., _Ann._, a. 924.]
[Footnote 122: Diplôme du 6 avril 924. _Recueil des historiens de France_, IX, 563; Bulliot, _Essai sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun_, I, 164; II, 24. Sur le mariage de Boson, voy. G. de Manteyer, _La Provence du premier au douzième siècle_ (Paris, 1908, in-8), p. 158-159; Poupardin, _Le royaume de Bourgogne_, p. 59, 69 et 282, n. 5; du même, _Le royaume de Provence_, p. 232, 240, 338 et 394.]
[Footnote 123: _Recueil des historiens de France_, IX, 562; _Gall. christ._, IV, instr., 372; Thiroux, _loc. cit._]
[Footnote 124: _Rec. des histor. de Fr._, IX, 563, et Bulliot, _loc. cit._]
[Footnote 125: _Recueil des historiens de France_, XI, p. 564, et _Hist. de Languedoc_, nouv. éd., V, p. 146, n° 49; VIII, 387, 416 (_Numismatique de la province de Languedoc_). Les monnaies épiscopales portèrent le nom de Raoul.--Cf. M. Prou, _Catal. des monnaies françaises de la Bibliothèque nationale. Les monnaies carolingiennes_ (Paris, 1896), p. Lvi, Lxx, 107 (n° 772).]
[Footnote 126: Ibid., p. 565, et Chifflet, _Hist. de Tournus, loc. cit._]
[Footnote 127: Côte-d'Or, arr. de Beaune, cant. de Pouilly-en-Auxois.]
[Footnote 128: Flod., _Ann._, a. 924, passim.]
[Footnote 129: Flod., _Ann._]
[Footnote 130: Flod., ibid., a. 924.]
[Footnote 131: Flod., ibid.]
[Footnote 132: Le comté du Maine semble avoir fait partie autrefois des domaines de Robert. Cf. Eckel, p. 36-37.]
[Footnote 133: Flod., _Ann._, a. 924; Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, éd. Lair, introd., p. 66. Cette cession du Maine ne fut sans doute pas complètement exécutée ou bien elle fut rendue impossible, car on voit, dans la suite, ce pays disputé entre l'Anjou et la Normandie. Cf. Lot, _Hugues Capet_, p. 197-198.]
[Footnote 134: Trosly-Loire, Aisne, arr. de Laon, cant. de Coucy-le-Château.]
[Footnote 135: Flod., _Ann._, a. 924.]
[Footnote 136: Flod., _Ann._, a. 924; _Chron. Nemaus._, a. 925 (_M.G.h., Scr._, III, 219); _Hist. de Languedoc_, III, 99, 100.]
[Footnote 137: Voy. plus haut, p. 2.]
[Footnote 138: Flod., _Ann._, a. 925; Richer, I, c. 49.--Pour l'identification de _Mons Calaus_ avec Chalmont (Seine-et-Marne, arr. de Melun, comm. de Fleury-en-Bière), voy. _Les Annales de Flodoard_, éd. Lauer, p. 26, n. 6.]
[Footnote 139: Flod., _Ann._, a. 925.]
[Footnote 140: _Miracul. S. Bened._, II, 2 (éd. de Certain, p. 96-98): «Igitur innumerae Nortmannorum phalanges, super quas Rainaldus regnum obtinuerat, quampluribus longis usae navibus, usque ad superiora Ligeris percursantes, cuncta devastant. Tandem ad coenobium ter beati Deoque dilecti Benedicti, quod Floriacum dicitur, Rainaldus cum suis attingens, vacuum habitatoribus cunctisque necessariis offendit rebus, domibus duntaxat exceptis; siquidem monachi cum corpore semper nominandi patris nostri Benedicti ad tutiora se contulerant loca, Lamberto tune abbate piae sollicitudinis erga eos curam gerente. Perveniens ergo inibi rex memoratus, et ex captivis resciscens quorum hominum foret talis habitatio, dormitorium fratrum suae metationis delegit sedem; in quo varia, utpote paganus, dum patraret flagitia, una noctium, quiescenti ei sanctus astitit Benedictus duobus comitatus monachis, unus, ut ipsi Rainaldo videbatur, medie artatis robore praeditus, alteri puerilis inerat habitudo. Beatissimus autem pater, niveam capite canitiem praeferens, baculum vero manu, ita jacentem allocutus est adversarium: «Quid, inquiens, te, Rainalde, offendi, quod me meosque a propriis perturbas sedibus? sed mihi deinceps curae erit, et te ab incoeptis inhibere, et famulis Christi, ossibus quoque una meis, optatam quietem reformare.» His dictis, ligno, quod manu gerebat, incurvo caput jam expergefacti regis contingens, praenuntiavit terminum ejus vitae in proximo adfuturum, sicque recessit. Turbatus hac visione Rainaldus, satellites magna ad auxiliandum sibi voce inclamat. Quibus accurrentibus et quid pateretur percunctantibus: «Quidam, inquit, monachus, non alter, ut aestimo, quam ille hujus tutor loci senex Benedictus, baculo verticem tangens meum, mortem minitando, dolorem mihi ingessit ingentem.» Jubet confestim cunctos pervasa domicilia deserere, nativumque solum repetere, cum quibus ipse profectus, ut patriam attigit, crebro debilitatus cruciatu vita discessit; tantaque, subito moriente eo, ventorum procella inhorruit, ut non solum culmina tectorum, verum etiam eminentium subrueret moles arborum; captivorum vincula soluta; equi seu reliqua jumenta infra duodecim et eo amplius milliaria a Rothomagensi urbe ad pastum deducta, disruptis compedibus, in diversa fugerunt. Corporis ejus tumulo pyramidem superaedificatam validissimo accepimus terrae motu subversam, ac ejus cadaver tellurem a suo rejecisse sinu; quod culeo cum lapidum mole insutum in Sequanam est demersum, quandoquidem humo non poterat contineri tectum. Hoc interitu memoria nefandi abolita fuisset hominis, ni vetustas Floriacensium incolarum, curiosa futurorum, marmoream ejus capitis fingere curavisset effigiem, quae nunc in ultima parte parietis ecclesiae sanctae Dei genitricis Mariae ac famuli ejus Benedicti, septentrionem versus, inserta perspicitur, quatenus et praesentes et secuturi omnes agnoscerent, interventu eorumdem sanctorum, omnipotens Deus qualem quantamque exercuerit in suis adversariis vindictae severitatem. Adeo denique haec ultio Nortmannicam in posterum perterrefecit temeritatem, ut prae caeteris Galliae sanctis beatissimum revereantur patrem nostrum Benedictum.»]
[Footnote 141: Voy. la note précédente, _in fine_, et Rocher, _Hist. de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire_ (Orléans, 1865, in-8), p. 108 et 499.]
[Footnote 142: Flod., _Ann._, a. 925.]
[Footnote 143: Flod., _Ann._, a. 925.]
[Footnote 144: Flod., ibid.; A. Lefranc, _Hist. de la ville de Noyon et de ses institutions_ (_Bibl. de l'École des hautes études_, fasc. 75, 1887), p. 18; Peigné-Delacourt, _Les Normands dans le Noyonnais_ (Noyon, 1868, in-8, p. 36.)]
[Footnote 145: Flod., _Ann._, a. 925.]
[Footnote 146: _Recueil des historiens de France_, IX, 566. La rédaction de ce diplôme présente des particularités qui ont été relevées par N. de Wailly, _Élém. de paléographie_, I, 358.]
[Footnote 147: Diplôme du 30 mai 925 dans _Recueil des historiens de France_, IX, 569 (à l'année 926), d'après Pérard, _Recueil de pièces servant à l'hist. de Bourgogne_, p. 162. On ne peut identifier _Artiaco villa supra fluvium Ararim_ avec Arcy (Saône-et-Loire, arr. de Charolles, canton de Marcigny, comm. de Vindecy), cette localité n'étant pas sur la Saône. M.-P. Gautier qui vient de rééditer le diplôme d'après l'original (_Étude sur un diplôme de Robert le Pieux_ dans le _Moyen Age_, t. XXII, 1909, p. 281) identifie _Artiaco villa_ avec Arsoncourt. C'est plutôt Arciat, Saône-et-Loire, arr. de Mâcon, cant. de La Chapelle-de-Guinchay, comm. de Crèches-sur-Saône.]
[Footnote 148: Il avait visité l'église Saint-Symphorien, suivi d'une pompeuse escorte. Les chanoines profitèrent de l'occasion pour se faire accorder diverses concessions. Le diplôme fut souscrit par Adélaïde, mère de Raoul, et par un certain nombre de seigneurs bourguignons présents, appartenant à la famille comtale de Dijon. Thiroux, _Hist. des comtes d'Autun_, p. 119.]
[Footnote 149: Flod., _Ann._, a. 925.]
[Footnote 150: Richer, _Hist_., I, c. 50.]
[Footnote 151: Flod., _Ann_., a. 925. Richer (I, 50) prétend que Rollon périt au cours de ces combats. Cf. Dudon de Saint-Quentin, _De moribus_, éd. Lair, introd., p. 77.]
[Footnote 152: Flod., ibid.]
[Footnote 153: Flod., _Ann_., a. 925.]
[Footnote 154: Charte de Thion, vicomte de Paris (23 août 925) dans Mabillon, _Ann_. _Bened_., III, 384.]
[Footnote 155: _Liber de diversis casibus coenobii Dervensis_ (Mabillon, _Acta SS. ord. S. Bened._, saec. II, col. 846-847).]
[Footnote 156: Flod., _Ann_., a. 925; Waitz, _Heinrich I_, p. 81.]
[Footnote 157: Flod., ibid.]
[Footnote 158: _Contin. Reginon._, a. 923.]
[Footnote 159: Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Virdun._ (_M.G.h., Scr._, IV, 8); _Hist. episcopor. Virdun. cont._ (_Scr._, IV, 45); _Ann. S. Benigni Divion._ (_Scr._, IV, 8); Hugues de Flavigny, _Chron._ (_Scr._, VIII, 358).]
[Footnote 160: Parisot, _Le royaume de Lorraine_, p. 675; K. Wittich, _Die Enlstehung des Herzogthums Lothringen_ (Göttingen, 1862, in-8), p. 114; _Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmédy_, éd. Halkin et Roland (_Acad. roy. de Belgique_, Bruxelles, 1909), n° 56 (charte de 926, datée de l'an 4 du règne d'Henri Ier); _Cartulaire de Gorze_, éd. d'Herbomez, n° 92 (charte de 933, datée de l'an 8 du règne d'Henri Ier, en Lorraine); Wauters, _Table chronologique des chartes et diplômes impr. concernant l'hist. de Belgique_, t. I, p. 340 (charte du duc Gilbert, datée de DCCCCXXVIII, _anno vero V domini Henrici serenissimi regis super regnum quondam Lotharii, indictione I_). Dès 924 on datait des années d'Henri Ier à Trèves et à Stavelot (Wauters, _op. cit._, t. I, p. 338).]
[Footnote 161: Flod., _Ann._, a. 925; _Hist. eccl. Rem._, IV, 19 et 35.]
[Footnote 162: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 18.]
[Footnote 163: Flod., ibid.]
[Footnote 164: Flod., _Hist. eccl. Rem_., IV, 19.]
[Footnote 165: Jaffé-Löwenfeld, _Regesta pontif. roman_., no 3570 (17 février 926).]
[Footnote 166: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 20 et 35; Richer, I, 55.]
[Footnote 167: Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer. Il semble, en effet, qu'il faille identifier la bataille livrée par Raoul aux Normands, en Artois, d'après Flodoard, avec le combat de Fauquembergue, mentionné par Folcuin dans les _Gesta abbatum Sithiensium_, c. 101 (M.G.h., _Scr._, XIII, 626).]
[Footnote 168: Flod., _Ann._, a. 926.]
[Footnote 169: Ardennes, arr. de Vouziers, cant. d'Attigny.]
[Footnote 170: Flod., _Hist. eccl. Rom._, IV, 21; _Miracula S. Apri_, c. 22; _Miracula S. Basoli_, c. 7 (M.G.h., _Scr._, IV, 517); _Ann. S. Vincentii Mett._. (Scr., III 157); _Gesta episcopor. Mettens_. (Scr., X, 541); _Miracula S. Deicoli_ (Duchesne, Scr., III, 422); _Polypl. Virdunense_ (Scr., IV, 38); charte de Saint-Maximin de Trèves (926) dans Reyer, _Millelrhein. Urkandenbach_ (Coblentz, 1860), t. I, n° 167: «... depopulantibus Agarenis pene totum regnum Belgicae Galliae».--Voy. aussi Dussieux, _Invasions des Hongrois_, p. 11.]
[Footnote 171: Flod., _Ann._, a. 920; _Hist. de Languedoc_, nouv. éd. III, 101.]
[Footnote 172: R. de Lespinasse, _Le Nivernais et les comtes de Nevers_, t l. I (Paris, 1909, in-8), p. 173. Il existe une monnaie de Nevers à l'effigie de Raoul. Soultrail. _Essai sur la numismatique nivernaise_ (Paris, 1854, in 4), p. 20]
[173][Footnote 173: 4. Flod., _Ann._, a. 926; _Ann. Augienses_ (M.G. h., Scr., II, 68); Ekkehard, _Casas S. Galli_ (Scr., II, 110). Voy. Waitz, Heinrich I, p. 88.]
[Footnote 174: A. Giry, _Études carolingiennes_, dans les _Études d'histoire du moyen âge dédiées à Gabriel Monod_ (Paris, 1896, in-8), p. 134, n° 26; Nicolas Vignier, _Bibl. historiale_, t. II (1588, in-fol.), p. 551.]
[Footnote 175: Flod., _Ann._, a. 926, _in fine._ Voy. W.G. Searle, _Anglo-saxon bishops, kings and nobles_ (Cambridge, 1899, in-8), p. 346.]
[Footnote 176: Mabille, _La pancarte noire de Saint-Martin de Tours_, n° CIII (130).]
CHAPITRE IV
LA LUTTE CONTRE HERBERT DE VERMANDOIS.
PREMIÈRE PÉRIODE.