Robert Burns. Vol. 2, Les Oeuvres

Chapter 35

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Mon coeur était jadis aussi joyeux et libre Que les jours d'été étaient longs, Mais un tisserand de l'ouest, un joli gars, M'a fait changer ma chanson.

Chez le tisserand, si vous allez, jolies fillettes, Chez le tisserand, si vous allez, Je vous avertis, n'allez jamais la nuit, Si vous allez chez le tisserand....

Ma mère m'a envoyé à la ville Pour faire ourdir un tissu de plaid; Mais que cet ourdissage m'a fait lasse, lasse, M'a causé de soupirs, de sanglots!

Un beau gars tisserand de l'ouest Travaillait assis à son métier, Il a pris mon coeur comme dans un filet Dans les bouts de fil et les noeuds.

Ce qui fut dit ou ce qui fut fait, La honte me prenne si je le dis, Mais, oh! j'ai peur que le pays bientôt Ne le sache aussi bien que moi[660].

[Footnote 660: _To the Weaver's gin ye go._]

Hélas! le pays, en effet, ne tarde pas à tout savoir. Les chuchotements viennent, puis les reproches et les railleries, avec des expressions goguenardes et grossières. Ces duretés se font jour, avec ce manque de pitié qui est commun aux paysans et aux enfants, et qui donne à leurs remarques quelque chose de si direct et de si cruel. Cela se termine par une de ces plaisanteries brutales, sur lesquelles le groupe se disperse avec des éclats de rire, en laissant la pauvre fillette confuse et pleurante.

Vous vous êtes couchée de travers, fillette, Vous vous êtes couchée de travers. Vous vous êtes couchée dans un autre lit, Et avec un homme étranger.

Vos joues rosées sont devenues si pâles, Vous êtes plus verte que l'herbe, fillette, Votre jupon est plus court d'une main, Bien qu'on ne l'ait pas raccourci d'un pouce, fillette.

Ô, fillette, vous avez fait la sotte, Vous éprouverez le mépris, fillette, Car la soupe que vous prenez le soir, Vous la rendez avant le matin, fillette.

Oh! jadis, vous dansiez sur les collines, Et à travers les bois, vous chantiez, fillette, Mais, en saccageant une ruche d'abeilles, Vous vous êtes fait piquer, fillette[661].

[Footnote 661: _Ye hae lien wrang, Lassie._]

Comme cela est inévitable, les comédies du mariage fournissent des scènes nombreuses. L'argent, la dot, en est le grand ressort. Nul n'était mieux disposé à railler ce point particulier que l'ancien président du Club des Célibataires de Tarbolton. On se souvient que le premier sujet de discussion avait été de savoir s'il vaut mieux épouser une femme riche et sans charmes qu'une femme aimable et sans fortune[662]. Burns était sévère pour les mariages d'argent. Aussi, est-il intarissable sur les situations comiques et divertissantes que ces marchés matrimoniaux peuvent amener.

[Footnote 662: Voir première partie, page 39.]

Voici d'abord les avisés qui pensent que la beauté passe et que la dot demeure. On sait les sages conseils que le père Maurice donne à Germain au début de la _Mare au Diable_. C'était aussi l'avis de quelques madrés paysans écossais. Il y en a plus d'un qui met, sans vergogne, son coeur à nu.

Au diable votre sorcellerie de la beauté tremblante, Ce petit morceau de beauté que vous serrez dans vos bras! Oh! donnez-moi une fillette qui a des acres de charmes, Oh! donnez-moi une fillette avec de bonnes fermes.

Donc, hey pour la fillette avec une dot, Donc, hey pour la fillette avec une dot, Donc, hey pour la fillette avec une dot, Les jolies guinées jaunes pour moi!

Votre beauté est une fleur qui fleurit le matin, Fanée d'autant plus vite qu'elle a fleuri plus tôt; Mais les charmes délicieux des jolies Collines vertes, Chaque printemps les vêtit à neuf de jolies brebis blanches.

Et même quand votre beauté a exaucé vos voeux: La plus brillante beauté peut fatiguer, quand on l'a possédée; Mais les doux jaunets chéris, avec l'empreinte de Georges, Plus longtemps vous les avez, et plus vous les caressez[663].

[Footnote 663: _A Lass wi a Tocher._]

Mais ces beaux calculs ne réussissent pas toujours. À matois, matoise et demie. Il y a de fines mouches qui savent bien à qui ces déclarations s'adressent, et l'une d'elles dit dans une jolie chanson:

Oh! mon amoureux fait grand cas de ma beauté, Et mon amoureux fait grand cas de ma famille; Mais mon amoureux ne sait pas que je sais fort bien Que ma dot est le joyau qui a des charmes pour lui. C'est pour la pomme qu'il veut nourrir l'arbre, C'est pour le miel qu'il veut soigner l'abeille; Mon gars est tombé si amoureux de l'argent, Qu'il ne peut pas lui rester un peu d'amour pour moi[664].

[Footnote 664: _My Tocher's the Jewel._]

Les hommes sont après tout maîtres de se marier comme il leur semble bon. Ceux qui apprécient à la vergée la beauté de leur future et qui épousent des prairies et des bois sont clairsemés en somme. Qu'il leur advienne ce qui voudra! Quand le mariage leur rapporterait un peu plus de bois qu'ils n'y comptaient, c'est une faible erreur de calcul. Ils ont simplement la large mesure. Mais il se rencontre de braves garçons qui, avec de bons bras, sont prêts à nourrir une belle fille. Ceux-ci sont encore les plus nombreux. Aussi les pièces qui roulent sur la recherche de la dot sont-elles assez rares du côté masculin.

Mais que le côté féminin en est riche! Que les femmes sont bien plus à plaindre! À la merci du premier venu auquel il plaît à leur famille de les accorder! Quel défilé de pauvres filles qu'on veut faire marier à contre coeur. Les parents sont partout les mêmes. Ils sont pour le bonheur en terre et les gendres fonciers.

Combien cruels sont les parents Qui n'estiment que la richesse, Et à un riche lourdaud Sacrifient la pauvre femme! Cependant, la fille malheureuse N'a que le choix de la lutte: Fuir la haine d'un père despotique, Devenir une épouse malheureuse[665].

[Footnote 665: _How cruel are the Parents._]

Et la chanson continue en comparant la pauvrette à une colombe poursuivie par un faucon. Elle fuit un moment, essaye ses ailes, et désespérant d'échapper, tombe aux pieds du fauconnier qui représente le mari. Sur ce thème, à moitié comique et à moitié douloureux, Burns est intarissable. Il y a à grouper, autour de ce seul point, une quinzaine de chansons avec lesquelles on constituerait toutes les phases de cette aventure commune, depuis les premières instances des parents jusqu'au moment où les résultats ordinaires de pareils mariages commencent à poindre. Les hésitations, les combats, les refus, les chagrins des pauvrettes y sont tout au long. Elles demandent conseil tout autour d'elles et ce sont de petites scènes charmantes de naïveté et de malice.

L'une d'elles va trouver sa soeur: son coeur se brise, elle ne veut pas irriter ses parents, mais que fera-t-elle de Tam Glen? Avec un aussi brave garçon ne pourrait-elle pas supporter la pauvreté, et que lui importe de se rouler dans les richesses si elle n'épouse pas Tam Glen? Il y a un propriétaire voisin qui se vante et parle toujours de son argent, mais quand dansera-t-il comme Tam Glen? Sa mère lui répète de se défier des jeunes hommes qui ne flattent que pour tromper, mais qui peut penser cela de Tam Glen? D'ailleurs, à la Toussaint, elle a mouillé sa manche gauche à un ruisseau et l'a suspendue devant le feu pour qu'à minuit celui qu'elle doit épouser vînt la retourner. Et qui est venu? sinon une apparition qui portait les culottes grises de Tam Glen?

«Viens, conseille-moi, chère soeurette, vite, Je te donnerai une belle poule noire, Si tu m'avises d'épouser Le gars que je préfère, Tam Glen.»[666]

[Footnote 666: _Tam Glen._]

Elles ne reçoivent pas toujours la réponse dont elles sont désireuses. Elles s'adressent quelquefois à des commères avisées, quelque dame bien ridée qui sait que «de bon conseil ne sort jamais de mal».

Oh! fillette étourdie, la vie est un combat; Même pour les plus heureux, la lutte est dure; On combat mieux les mains pleines, Et les soucis qui ont faim sont de durs soucis. Mais l'un dépense et l'autre épargne, Et les mauvaises têtes veulent avoir leur gré; Selon que vous aurez brassé, ma jolie fille, Souvenez-vous que vous tirerez la bière[667].

[Footnote 667: _The Country Lass._]

La petite aura beau répéter qu'elle ne donnerait pas un regard de Robin pour la grange et l'étable d'un autre, que l'argent ni l'or n'ont jamais acheté un coeur loyal, que le fardeau que l'amour porte est léger, que le contentement et la tendresse apportent la paix et la joie, et que les reines n'ont rien de plus sur leur trône, les avertissements de la vieille voisine la renvoient pensive.

Que faire? Quelques-unes, les plus décidées, refusent nettement et envoient promener ces prétendants laids et vieux dont toute la séduction est dans leurs sacs d'écus. Elles leur disent leur fait comme des filles qui ont la langue leste et dont la main le serait aussi. Il y en a une entre autres qui ne va pas par quatre chemins. C'est assurément une vaillante fille, qui sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas, et qui ne manque ni d'esprit ni de fierté.

La rose rouge-sang peut fleurir à Noël, Les lis d'été éclore dans la neige, Le froid peut geler la plus profonde mer, Mais un vieil homme ne me mènera jamais.

Me mener moi, et moi si jeune, Avec son coeur faux et sa langue flatteuse; C'est une chose que vous ne verrez jamais, Car un vieil homme ne me mènera jamais.

Malgré toute sa farine et tout son grain, Malgré tout son boeuf frais et son boeuf salé, Malgré tout son or et son argent blanc, Un vieil homme ne me mènera jamais.

Son bien peut lui acheter vaches et brebis, Son bien peut lui acheter vallons et collines, Mais il ne m'aura jamais, ni à fonds, ni à bail, Un vieil homme ne me mènera jamais.

Il se traîne, cassé en deux, comme il peut, Avec sa bouche sans dents et sa vieille tête chauve, La pluie tombe de ses yeux rouges et chassieux; Ce vieil homme ne me mènera jamais[668].

[Footnote 668: _To Daunton me._]

Si le vieil homme ne se le tient pas pour dit, c'est qu'il est sourd, outre le reste. Mais toutes n'ont pas aussi bonne tête et cette clarté de langue qui ne permet pas de se méprendre sur ce qu'elles pensent. Il y a de petites niaises qui probablement s'imaginent, comme l'ingénue de Molière, que les familles se perpétuent par l'oreille. On les marie, sans qu'elles sachent ce qu'on leur fait faire. Le lendemain, elles pleurnichent sottement.

Oh! savez-vous ce que grand'mère m'a fait, Ce que grand'mère a fait, ce que grand'mère m'a fait, Oh! savez-vous ce que grand'mère m'a fait, M'a fait jeudi soir, gars? Elle m'a mise dans un lit doux, Dans un lit doux, dans un lit doux, Elle m'a mise dans un lit doux, Et m'a souhaité bonsoir, gars.

Et savez-vous ce que le curé a fait, Le curé a fait, le curé a fait. Et savez-vous ce que le curé a fait, Pour quelques gros sous, gars? Il a lâché sur moi un long homme, Un gros homme, un fort homme, Il a lâché sur moi un long homme, Qui aurait pu m'effrayer, gars.

Et je n'étais qu'une jeune créature, Une jeune créature, une jeune créature, Et je n'étais qu'une jeune créature, Avec personne pour me plaindre, gars. C'est l'église qui est à blâmer, Qui est à blâmer, qui est à blâmer, D'effrayer une jeune créature, Et de lâcher un homme sur moi, gars[669].

[Footnote 669: _O wat ye what my Minnie did._]

Si le long homme n'est pas, quelque jour, allongé encore, il passera, comme on dit, par une belle porte. La chanson n'est pas longue à changer. La niaiserie, sur ces choses, n'est chez les femmes que de surface; la plus innocente est prompte à se délurer. Alors le dépit vient, et les reproches, dont on se fait une provision d'excuses pour soi-même. À ce compte, les défauts s'accumulent vite sur le mari; les prétextes vont du même train. Telle fillette qui, peut-être a eu les étonnements de celle qu'on vient d'entendre, parle maintenant d'un autre ton.

Que peut faire une jeunesse, que fera une jeunesse, Que peut faire une jeunesse, avec un vieil homme? Malheur aux écus qui ont poussé ma mère À vendre sa Jenny pour de l'argent et des terres; Malheur aux écus qui ont poussé ma mère À vendre sa Jenny pour de l'argent et des terres.

Il est toujours à se plaindre du matin au soir, Il tousse, et il boîte, toute la longue journée; Il est caduc, il est engourdi, son sang est gelé; Ah! triste est la nuit avec un vieil homme vermoulu, Il est caduc, il est engourdi, son sang est gelé, Ah! triste est la nuit avec un vieil homme vermoulu.

Il gronde et il grogne, il s'agite et il bougonne, Il n'est jamais content, quoi que je fasse. Il est hargneux et jaloux de tous les jeunes gens. Ah! malheur sur le jour où j'ai rencontré un vieil homme! Il est hargneux et jaloux de tous les jeunes gens, Ah! malheur sur le jour où j'ai rencontré un vieil homme!

Ma vieille tante Katie prend pitié de moi, Je vais essayer de suivre son plan. Je le tracasserai, je le harasserai, tant qu'il perde l'âme, Alors, son vieux cuivre me procurera une poële neuve; Je le tracasserai, je le harasserai tant qu'il perde l'âme, Alors son vieux cuivre me procurera une poële neuve[670].

[Footnote 670: _What can a young Lassie do wi' an auld Man._]

Mais il faut se garder de croire que toutes les filles d'Écosse aient été mariées par contrainte. Si on en pousse quelques-unes au mariage, les autres y vont bien d'elles-mêmes. Il n'en manque pas de fines et de futées, qui savent chercher et trouver un mari toutes seules. Ce sont alors de jolis jeux de coquetterie. Les demoiselles de la ville ne leur en remontreraient pas sur ce chapitre. Ce manège est heureusement exposé dans une chanson qui est une vraie petite comédie. Les refus prétendus du commencement, la niaiserie de l'amoureux qui les prend pour argent comptant et cherche à se consoler ailleurs, le dépit de la fillette, la confiance qu'elle a dans un de ses regards, sa façon si féminine d'achever sa rivale en demandant de ses nouvelles, la brusque volte-face de l'amoureux qui du coup perd la tête et se tuera si elle ne l'accepte. Elle le fait, mais à cause de lui et par grâce; la rusée a l'air de faire un sacrifice.

En mai dernier, un bel amoureux descendit le long du vallon Et me fatigua, m'obséda avec son amour, Je dis qu'il n'y avait rien que je haïsse comme les hommes. Le diable l'emporte de m'avoir crue, de m'avoir crue, Le diable l'emporte de m'avoir crue.

Il parla des dards de mes jolis yeux noirs, Et jura qu'il se mourrait d'amour pour moi, Je dis qu'il pouvait mourir quand il lui plairait, Le Seigneur me pardonne d'avoir menti, d'avoir menti, Le Seigneur me pardonne d'avoir menti.

Et cependant, il offrait une ferme bien garnie et le mariage aussitôt. Elle pensait bien qu'elle pouvait avoir de pires offres. C'est alors que le benêt s'en va trouver la noire cousine Bess.

Mais, la semaine suivante, tourmentée de soucis, J'allai à la foire de Dalgarnock. Et qui était là, sinon mon bel amoureux volage? J'ouvris les yeux comme si je voyais un sorcier, un sorcier, J'ouvris les yeux comme si je voyais un sorcier.

Mais, par-dessus mon épaule gauche, je lui lançai un regard, De peur que les voisins ne disent que j'étais hardie. Mon amoureux dansa comme s'il avait été gris, Et jura que j'étais sa chère fillette, sa chère fillette, Et jura que j'étais sa chère fillette.

Je m'informai de ma cousine, tout doucement et tranquillement, Si elle avait recouvré l'ouïe, Et comment ses souliers neufs allaient à ses vieux pieds tortus. Mais, cieux, comme il se mit à jurer, à jurer, Mais, cieux, comme il se mit à jurer!

Il me pria, pour l'amour de Dieu, d'être sa femme, Sinon, je le tuerais de chagrin; Aussi, pour préserver la vie du pauvre garçon, Je crois que je dois l'épouser demain, demain, Je crois que je dois l'épouser demain[671].

[Footnote 671: _The Braw Wooer._]

C'est un sujet analogue dans la chanson de _Duncan Gray_. Mais, tandis que la précédente est toute faite d'observations, celle-ci est faite de grosse gaîté, le récit est interrompu par un grand éclat de rire qui éclate à chaque instant, se répercute de strophe en strophe, devient contagieux, et secoue toute la pièce d'une lourde et joviale hilarité.

Duncan Gray est venu ici faire sa cour, Ha! ha! la jolie cour, Une belle nuit de Noël, quand nous étions gris, Ha! ha! la jolie cour. Maggie rejeta la tête en l'air, Le regarda de côté et de haut, Et lui dit de se tenir coi, Ha! ha! la jolie cour!

Duncan flatta, et Duncan pria, Ha! ha! la jolie cour; May fut sourde comme Ailsa Craig[672], Ha! ha! la jolie cour. Duncan sortit et rentra de gros soupirs, Pleura, eut les yeux rouges et troublés, Parla de sauter dans une cascade, Ha! ha! la jolie cour!

[Footnote 672: C'est une petite île rocheuse non loin d'Ayr.]

L'arrivée de ce pauvre amoureux transi, dans la bagarre joyeuse d'une nuit de Noël, son attitude gauche, et celle sottement dédaigneuse de Maggie sont bien amusantes. Mais, malgré son air contrit, Duncan Gray n'est pas une bête.

Le Temps et la Chance sont comme les flots, Ha! ha! la jolie cour, L'amour dédaigné est dur à supporter, Ha! ha! la jolie cour. Irai-je comme un sot, dit-il, Pour une chipie hautaine, mourir? Elle peut aller... en France, je m'en moque! Ha! ha! la jolie cour.

Comment cela se fit, que les docteurs le disent; Ha! ha! la jolie cour, Meg dépérit à mesure qu'il guérissait, Ha! ha! la jolie cour. Elle sent une peine en sa poitrine, Elle pousse des soupirs pour se soulager, Et, oh! ses yeux disent de telles choses; Ha! ha! la jolie cour.

Duncan était un gars de pitié, Ha! ha! la jolie cour, Maggie était en mauvais cas Ha! ha! la jolie cour! Duncan ne voulut pas causer sa mort, La pitié en lui étouffa la colère. Maintenant, ils sont contents et heureux, Ha! ha! la jolie cour![673]

[Footnote 673: _Duncan Gray._]

Le jour des épousailles lui-même ne passe pas inaperçu. C'était souvent un jour de lourde joie et d'ivresse. On en a quelques aperçus.

La dernière belle noce où je fus, C'était le jour de la Toussaint, Il y avait abondance de boire et de rire, Et beaucoup de joie et de jeu. Et les cloches sonnaient, et les vieilles femmes chantaient, Et les jeunes dansaient dans la salle, L'épouse alla au lit, avec son sot mari, Au milieu de toutes ses commères[674].

[Footnote 674: _The last Braw Bridal._]

Il y a aussi le jour de noces de Meg du moulin, qui aimait bien une goutte de whiskey le matin. Tout le monde semble y avoir été gris. On remporta à bras le fiancé, on remporta le clerc dans une voiture.

Oh! savez-vous comment Meg du moulin fut mise au lit? Et savez-vous comment Meg du moulin fut mise au lit? Le futur était si gris qu'il tomba tout d'un tas à côté. Et voilà comment Meg du moulin fut mise au lit![675]

[Footnote 675: _Meg o' the Mill._]

Comme il est à prévoir, la vie conjugale réunit tout un groupe de ces chansons. En général, elle n'est pas représentée en brillantes couleurs. Du côté attrayant, à peine une petite chanson, pleine de crânerie et de belle humeur, fredonne-t-elle la joie d'un homme tout fier d'avoir une femme à soi et décidée à défendre son bien. Elle est très enlevée et très jolie; on a vu à quel propos elle a été composée[676].

[Footnote 676: Voir première partie, p. 398.]

J'ai pris une femme pour moi seul, Je ne partagerai avec personne, Personne ne me fera cocu, Je ne ferai cocu personne. J'ai un penny à dépenser Qui ne doit rien à personne; Je n'ai rien à pouvoir prêter, Je n'emprunterai de personne.

De personne je ne suis le maître, Je ne serai esclave de personne. J'ai une brave épée écossaise, Je n'accepte de coups de personne. Je serai libre et joyeux, Je ne serai triste pour personne. Si personne n'a souci de moi, Je n'aurai souci de personne[677].

[Footnote 677: _I hae a Wife o' my ain._]

Pour le reste, c'est un concert de lamentations, toutes placées d'ailleurs, dans la bouche des hommes. Le titre d'une chanson _Je voudrais ne m'être jamais marié_[678], pourrait servir d'épigraphe à l'ensemble. Quels tracas de toutes parts! Des inquiétudes, des soucis, des enfants qui demandent à manger. Et les femmes! Une collection de commères, de maritornes, de viragos acariâtres, hargneuses et malfaisantes qui criaillent, disputaillent et braillent, au jour la journée. Elles font de leurs pauvres hommes de vrais martyrs[679]. Une d'elles boit et casse sa quenouille sur la tête de son mari[680]. Une autre reproche au sien, depuis sept longues années de n'être plus qu'un vieux sans sève. Et lui, doucement, répond qu'il a vu le jour, et elle aussi, où elle n'était pas si revêche. Cette querelle de vieux époux, tombés en sénilité, est comme la contre-partie et la caricature de la chanson de _John Anderson_. Les enfants arrivent en criant que le canard, en passant entre les jambes du vieux grand-père, l'a fait tomber.

[Footnote 678: _Oh, that I had ne'er been married._]

[Footnote 679: _Oh, aye my Wife she dang me; Shelah O' Neil; My spouse Nancy._]

[Footnote 680: _The weary Pund o' Tow._]

Les enfants sortirent avec de grands cris, «Le canard a fait tomber grand-père, Ô!» «Le diable le ramasse, cria la grand'mère restue, Il n'a jamais été qu'un clampin, Ô! Il clampine en sortant, il clampine en entrant, Il clampine, matin et soir, Ô; Voilà sept longues années que je couche près de lui, Et ce n'est plus qu'un vieux sans sève, Ô.»

«Ô veux-tu te taire, ma vieille femme restue, Ô veux-tu te taire, Nansie, Ô! J'ai vu le jour et toi aussi, Où tu n'étais pas si fière, Ô; J'ai vu le jour où tu mettais du beurre dans mon potage, Où tu me caressais, soir et matin, Ô; Mais «je ne puis plus» est venu me trouver, Et ah! je m'en ressens durement, Ô.»[681]

[Footnote 681: _The Deuk's dang o'er my Daddie, O._]

Il y a dans ces deux strophes l'histoire de bien des vieux ménages où le mari caduc et brisé répond aux railleries de la femme encore verte par des rappels de souvenirs et semble insinuer qu'il y a quelque ingratitude de sa part à lui reprocher l'état où il est. Il ne fait pas toujours bon de tenir tête à ces gaillardes; plus d'un ne s'y fie pas. L'un des maris nous prend à moitié dans sa confidence, mais il a peur et s'arrête à mi-chemin. Il y a, dans cette chanson de deux strophes, toute une scène de comédie. Il faudrait l'analyser, mot à mot, dans l'original, pour voir ce qu'il y tient, dans un si court espace, de colère, de peur, de malice et de drôlerie. Il y a surtout à la fin une bouffée de fureur où l'homme s'oublie et va dire brutalement ce qu'il a sur le coeur. Mais avec quelle prestesse il rentre ses paroles et comme il se calme tout à coup! On le voit prendre l'air détaché de quelqu'un qui ne pense à rien et siffle pour se distraire.

Quand Maggy commença à être mon souci, Le ciel, pensais-je, était dans son air, Maintenant, nous sommes mariés; n'en demandez pas plus: Sifflons sur le reste. Meg était douce et Meg était charmante, La jolie Meg était l'enfant de la nature; De plus sages que moi ont été attrapés: Sifflons sur le reste.

Comment nous vivons, Meg et moi, Comme nous nous aimons et nous entendons, Je me soucie peu que beaucoup le sachent: Sifflons sur le reste. Que je voudrais la voir viande à vers, Servie dans un plat de linceul, Je pourrais l'écrire, mais Meg le verrait: Sifflons sur le reste[682].

[Footnote 682: _Whistle o'er the Lave o't._]