Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg

Part 13

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[297] _Porcon_ était une ville considérable, suivant le même document, avec un temple immense dédié à Apocatequil, et de vastes logements pour les pèlerins qui y venaient de toutes parts. Alcedo (_Dicc. geogr._) écrit _Porco_ et en fait une petite ville de la province du même nom.

[298] _Guacat_ paraît un nom d’origine nahuatl, aussi bien que la fable de la fronde, qui rappelle, avec ses divers autres détails, l’histoire de Hunahpu et de Xbalanqué.

[299] _Santa_, orthographié quelquefois _Sancta_ et que nous trouvons écrit _Santapor_, dans Calancha, _loc. cit._ lib. II, cap. VIII. C’était une ville et une province confinant au Pacifique entre Guailas et Truxillo.

[300] Calancha, _Hist. moral. del Peru_, lib. II, cap. XII.

[301] Au Mexique, c’étaient des chiens roux qu’il fallait.

[302] Renan, _Hist. gén. des langues sémitiques_, liv. I, ch. III, page 33.

[303] _Des Cares ou Cariens de l’antiquité_, IIᵉ part. _passim_.

[304] Renan, _loc. cit._, page 49.

[305] Id. _ibid._, page 53.

[306] Renan, _ibid._ _ut sup._, page 34.

[307] _Biblioth. hist._, lib. I, 28.

[308] Renan, _loc. cit._, page 65.

[309] _Nemrod_ est un nom dont l’étymologie se trouve également fort satisfaisante dans le quiché: _Nim_, grand, fort, et _rut_, bruit, effort violent, ou bien lancer, remuer avec fracas, et aussi le verbe qui signifie _roter_ en français, dont la racine est tout à fait quichée.

[310] Id. _ibid._, pages 60-61.

[311] _Ibid._, page 62.

[312] C’est au sens d’un déchirement matériel des diverses contrées de la terre, à la suite d’une catastrophe physique, cause ainsi d’une séparation forcée des nations, que ferait allusion le nom de _Phaleg_, suivant quelques commentateurs de l’Écriture. Ce serait à peine deux ou trois siècles avant Abraham. Car on ne peut guère fixer la chronologie de la Bible antérieurement à ce patriarche d’une manière positive. Moïse n’en donne point, et l’Église, en adoptant celle des Septante dans le _Martyrologe romain_, a toutefois adopté la plus longue. Elle a agi avec sa prudence accoutumée et pris celle-là, faute d’une autre qui fût meilleure.

[313] À propos de ces recherches, quelques amis nous ayant témoigné la crainte qu’elles ne vinssent à se trouver en opposition avec la Bible, au sujet de la tradition du déluge universel, nous avons répondu ce que d’autres avaient dit avant nous: que la Bible, comme la vérité, ne pouvait que gagner aux recherches scientifiques, de quelque nature qu’elles pussent être. En ce qui concerne le déluge, nous dirons que l’Église n’a pas plus décidé cette question que celle de la chronologie. Rappelons à ceux dont la conscience pourrait s’alarmer, que la Congrégation de l’_Index_ ayant été réuni à Rome en 1686, à propos du livre de Vossius, intitulé _Dissertatio de vera ætate mundi_, le docte Mabillon invité à donner son avis, soutint que l’opinion émise par le savant hollandais, sur ce que le déluge n’avait pas été universel, peut être acceptée ou au moins tolérée, comme ne contenant aucune erreur capitale contre la foi, ni contre les bonnes mœurs: «_Principio hæc opinio nullatenus continet errorem capitalem, neque contra fides, neque contra bonos mores. Itaque tolerari potest et criticorum disputationi permitti._» Tel fut l’avis de Mabillon. La congrégation, composée de neuf cardinaux, d’un grand nombre de prélats et de religieux éminents, et du maître du Sacré Palais, l’écouta avec une grande admiration et s’en tint à la décision du savant bénédictin français. Voir pour plus de détails les _Ouvrages posthumes_ de Don Mabillon, Paris, 1724, pag. 59, 61, etc. Aussi la _Vie de Don Mabillon_, par Don Ruinart, Paris, 1709, page 127; la _Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon_, par Valery, tome 1, p. 213. Je dois les détails de cette note à l’obligeance de M. Schæbel, savant allemand, résidant à Paris.

[314] C’est ce qu’exprimé encore le _Codex Letellier_, à propos d’_Itzpapalotl_, le Papillon aux couteaux d’obsidienne, donnée comme la même qu’_Ixcuina_, la déesse des amours impudiques, la même, ajoute le document, qui apporta la mort au monde. _Itzpapalotl_ est présentée aussi comme une des six constellations qui tombèrent du ciel au temps du déluge, lesquelles étaient enfants de _Citlallicué_ et de _Citlallatonac_, images de la voûte céleste. Elle est identifiée avec _Xochiquetzal_, déesse des fleurs et de l’amour, l’habitante du paradis terrestre. «Esta fingen, dit le _Codex Letellier_, que estando en aquel huerto, que comia de aquellas rosas, que esto duro poco, que luego se quebro el arbol.» Après cela vient l’image d’un tronc d’arbre couvert de fleurs, rompu par le milieu et dont les racines sont des ruisseaux de sang. En tête, il y a ces mots: «_Tamoanchan_ o _Xuchitlycacan_; quiere dezir en romance (langue vulgaire): Alli es su casa, donde abaxaron y donde estan sus rosas levantadas.» Au bas, il continue d’une autre main: «Para dar a entender »que esta fiesta no era buena y lo que hazian era de temor, pintan este arbol ensangrentado y quebrado por medio, como quien dize fiesta de travajos por aquel pecado.»—«Este lugar que se dize Tamoanchan,» continue la première main, «y Xuchitlycacan es el lugar donde fueron criados estos dioses que ellos tenian, que asi estando como dezir en el parayso terrenal, y asi dizen que estando estos dioses eh aquel lugar, se desmandaron en cortar rosas y ramas de los arboles, y que por esto se enojo mucho el _Tonacaleuctli_ y la muger _Tonacaciuatl_, y que los hecho dalla de aquel lugar, y asi vinieron unos a la tierra y otros al infierno y estos son los que a ellos ponen los temores.» L’arbre couvert de fleurs paraît être l’image d’un pays magnifique, détruit par quelque catastrophe; les dieux qui descendent aux enfers, sont ceux qui périssent, et ceux qui vont sur la terre, ceux qui échappent à la mort.

[315] Eckstein, _Sur les sources de la cosmogonie de Sanchoniathon_, pages 216-217 et 227.

[316] _Biblioth. hist._, lib. V, 19-20.

[317] _Essai sur l’hist. de la géogr. du N. Continent_, tome I, page 34.

[318] _Hist._, lib. IV, cap. CLII, ed. Steph., 1618, pag. 273. Voss, en se fondant sur l’époque de la colonisation de Cyrène, place l’expédition de Colœus, avant la dix-huitième olympiade, plus de 708 ans avant notre ère (_Krit. Blätter_, tom. II, p. 335 et 344). D’après les recherches de Letronne, l’expédition des Samiens tombe dans la première année de la trente-cinquième olympiade.

[319] Un travail moderne d’un grand intérêt archéologique et géographique a prouvé que le Thulé, où aborda Pythéas, et qu’il décrit, ne peut être que l’Islande (Nilsson, _Die ureinwohner des Scandinavischen Nordens_, Hamburg, 1863, pag. 102 et 109.)

[320] Voir le _Popol Vuh_, introd., page XCIX et suiv.

[321] «Quelle est cette île, dit le savant annotateur de notre traduction de Diodore; quelle est cette île dont parle ici Diodore? Est-ce l’Atlantide de Platon, ou même l’Amérique? Quoi qu’il en soit, je ne saurais partager l’opinion de Miot, d’après laquelle le récit de Diodore ne serait qu’une tradition fabuleuse, embellie par l’imagination des historiens et des poëtes. Il me semble que la description que Diodore fait du climat et du sol de cette île inconnue peut, sous plusieurs rapports, s’appliquer aux îles Canaries ou aux îles Açores (mais ni les Canaries, ni les Açores n’ont de grandes rivières navigables).» Diod. _Biblioth. hist._, trad. de M. Ferd. Hoefer, lib. V, 19-20.

[322] Ceci peut être légèrement exagéré: les Phéniciens n’étaient pas si bavards.

[323] Dans le discours que Quetzalcohuatl adresse à ses compagnons, en les laissant, il semble faire allusion à l’idée émise ici par Diodore. Cf. _Popol Vuh_, Intr. p. LXXXV et suiv.

[324] Aristot., _De Mirab. Auscult._, cap. LXXXIV, pag. 836. Bœkk.

[325] Letronne, dans le _Journal des Savants_, février-mai 1825, p. 236.

[326] Plutar., _In vita Sertor._, cap. VIII.—Sallust., _Fragm._, 489.

[327] Mannert, _Geogr. der Alten_, part. I, pag. 44, 77.

[328] Voici, entre autres passages curieux, celui où Silène raconte à Midas (Ælian. III, _Histor._): «Europam, Asiam, Lybiam, insulas Oceano circumfusas esse; extra eas continentem quamdam infinitæ magnitudinis quæ nutriat grandia animalia et homines duplo majores et longæviores quam nostri sint Ibidem esse magnas civitates, diversa vitæ instituts et leges nostris contrarias.» Et plus loin: «Hanc terram possidere grandem vim auri et argenti, ita ut inter illos populos minoris pretii sit quam apud nos ferrum.»—De son côté, Marcellin disait: «In Atlantico mari Europæo orbe potior insula,» et Avienus: «Fertiles in Oceano jacere terras, ultraque eum rursus alia littora alium jacere orbem.»

RELATION DES CHOSES

DE YUCATAN

TIRÉE DES ÉCRITS DU

PÈRE DIEGO DE LANDA de l’ordre de Saint François.

MDLXVI.

RELACION DE LAS COSAS DE YUCATAN

RELATION DES CHOSES DE YUCATAN.

§ I.—_Descripcion de Yucatan. Estaciones varias._

Que Yucatan no es isla, ni punta que entra en la mar, como algunos pensaron sino tierra firme, y que se engañaron por la punta de Cotoch que haze la mar entrando la vaya de la Ascension haz el golfe Dulce y por la punta que por esta otra parte haz à Mexico haze la Desconocida antes de llegar à Campeche, o por el estendimiento de las lagunas que haze la mar entrando por Puerto Real y Dos Bocas.

Que es tierra muy llana y límpia de hiervas, y que por esto no se descubre desde los navios hasta muy cerca, salvo entre Campeche y Champoton donde descubren unas serrezetas y un morro de ellas que llaman de los Diablos.

Que viniendo de la Vera Cruz por parte de la punta de Cotoch, esta en menos de XX grados y por la boca de Puerto Real en mas de veinte y tres y que tiene de un cabo de estos al otro bien ciento y treinta leguas de largo camino derecho. Que su costa es baja y por esto los navios grandes van algo apartados de tierra.

Que la costa es muy suzia de peñas y piçarrales ásperos que gastan mucho los cables de los navios, y que tiene mucha lama por lo cual aunque los navios den en la costa se pierde poca gente.

Que es tan grande la menguante de la mar especial en la baya de Campeche, que muchas veces queda media legua en seco por algunas partes. Que con estas grandes menguantes se quedan en las ovas y lamas y charcos muchos pescados pequeños de que se mantiene mucha gente.

Que atraviesa à Yucatan una sierra pequeña de esquina à esquina y comiença cerca de Champoton y procede hasta la villa de Salamanca que es el cornijal contrario al de Champoton. Que esta sierra divide à Yucatan en dos partes, y que la parte de mediodia haz à Lacandon y Taiza, esta despoblada por falta de agua, que no la hay sino quando llueve. La otra que es al norte esta poblada.

Que esta tierra es muy caliente, y el sol quema mucho, aunque no faltan aires frescos como Brisa o Solano que alli reyna mucho, y las tardes la virazon de la mar. Que en esta tierra vive mucho la gente, y que se ha hallado hombre de ciento y quarenta años.

Que comiença el ynvierno desde St Francisco, y dura hasta fin de marzo, porque en este tiempo corren los nortes, y causan catarros rezios y calenturas por estar la gente mal vestida. Que por fin de enero y febrero ay un veranillo de rezios soles, y no llueve en este tiempo sino a las entradas de las lunas. Que las aguas comiençan desde abril hasta fin de setiembre, y que en este tiempo siembran todas sus cosas, y viene a maduracion aunque siempre llueva, y que siembran cierto genero de maiz por Sant Francisco que se coge brevemente.

§ I.—_Description du Yucatan. Saisons diverses de l’année._

Le Yucatan n’est point une île ni simplement une pointe de terre avançant dans la mer, comme quelques-uns l’ont cru, mais bien la terre ferme. On s’était trompé à cet égard, soit à cause de la pointe de _Cotoch_, qui est formée par la mer et la baie de l’Ascension[1] entrant vers le golfe Dulce, soit à cause de la projection que, de l’autre côté, forme en allant vers le Mexique la Desconocida, avant d’arriver à Campêche[2], ou bien encore à cause de l’étendue des lagunes creusées par la mer entrant par Puerto-Real et Dos Bocas[3].

C’est une terre aux abords unis et débarrassés de végétation, d’où il arrive qu’on ne la découvre de dessus les navires, que de très-près, excepté entre Campêche et Champoton[4], où l’on aperçoit quelques petites montagnes, et entre celles-ci un morne appelé de los Diablos.

En venant de la Vera-Cruz vers la pointe de Cotoch, elle est située à moins de XX degrés, et vers la bouche de Puerto-Real à moins de vingt-trois; et, d’une extrémité à l’autre, elle peut bien avoir cent trente lieues de long, chemin direct[5]. La côte est basse; aussi les gros navires cinglent-ils quelque peu éloignés de terre.

Elle est hérissée de rochers et d’âpres ardoisières qui usent beaucoup les câbles des navires, et la plage y est très-étendue, d’où il arrive que quand même les navires donnent à la côte, il se perd peu de monde.

Les marées sont si fortes, surtout dans la baie de Campêche, que la mer en plusieurs endroits laisse souvent à découvert une étendue de plus d’une demi-lieue. De sorte qu’avec ces grandes marées, il reste souvent entre les algues et les épaves, ou dans les flaques d’eau, un grand nombre de petits poissons dont se nourrit beaucoup de monde.

Le Yucatan est traversé par une petite chaîne de montagnes d’un angle à l’autre, laquelle commence près de Champoton, et s’avance jusqu’à la ville de Salamanca, à l’encoignure opposée à celle de Champoton. Cette chaîne divise le Yucatan en deux parts; celle du midi, qui s’étend vers le Lacandon et _Taiza_[6], est déserte faute d’eau, car il n’y en a que lorsqu’il pleut; et celle du nord qui est habitée.

Cette terre est fort chaude et le soleil brûle durement, bien qu’il n’y manque pas de brises fraîches comme celles du nord-est et de l’est qui dominent principalement, et les vents de mer qui soufflent le soir. Le monde vit longtemps dans ce pays, et l’on y a vu plus d’une fois des gens de cent quarante ans.

L’hiver commence à la Saint-François[7], et dure jusqu’à la fin de mars, parce que c’est le temps où dominent les vents du nord, qui occasionnent des rhumes très-forts, et des fièvres causées surtout par la mauvaise manière de se vêtir des habitants. Vers la fin de janvier et en février, il y a un petit été accompagné d’un soleil ardent, et durant ce temps il ne pleut point, sinon à l’entrée de la lune. Les eaux commençant dès le mois d’avril durent jusqu’à la fin de septembre: c’est dans cet intervalle que les indigènes font toutes leurs semailles, lesquelles arrivent à maturité, bien qu’il continue à pleuvoir; ils sèment aussi à la Saint-François une qualité particulière de maïs qu’ils recueillent au bout d’un temps fort court.

§ II.—_Origen del nombre desta provincia. Situation della._

Que esta provincia se llama en lengua de los Indios _Ulumil Cuz_ y _Etel Ceh_, que quiere dezir tierra de pavos y venados, y que tambien la llaman _Peten_ que quiere dezir isla, engañados por las ensenadas, y bayas dichas. Que quando Francisco Hernandez de Cordoba llego a este tierra, saltando en la punta que el llamo Cabo de Cotoch, hallo ciertos pescadores indios, y les pregunto que tierra era aquella; y que le respondieron _Co t’och_ que quiere dezir nuestras casas, y nuestra patria, y que por esto se puso este nombre a aquella punta, y que preguntandoles por señas que como era suya aquella tierra, respondieron _ci u than_ que quiere dezir, dizen lo, y que los españoles la llamaron _Yucatan_, y que esto se entendio de uno de los conquistadores viejos llamado Blas Hernandez que fueron con el adelantado la primera vez.

Que Yucatan a la parte de medio dia tiene los rios de Taiza, y las sierras de Lacandon, y que entre medio dia y poniente cae la provincia de Chiapa, y que para passar a ella, se avian de atravesar los quatro rios que decienden de las sierras, que con otros se viene a hazer Sant Pedro y Sant Pablo, rio que discubrio en Tabasco Grijalva y que a poniente esta Xicalango y Tavasco que es una mesma provincia.

Que entre esta provincia de Tabasco y Yucatan estan las dos bocas que rompe la mar en la costa, y que la mayor de estas tiene una gran laguna de abertura y que la otra no es muy grande. Que entra la mar por estas bocas con tanta furia que se haze una gran laguna abundante de todos pescados, y tan llena de isletas que los indios ponen señales en los arboles para acertar el camino, para ir o venir navegando de Tavasco a Yucatan y que estas islas y sus playas y arenales estan llenos de tanta diversidad de aves marinas, que es cosa de admiracion y hermosura, y que tambien ay infinita caça de venados, conejos, y puercos de los de aquella tierra, y monos que no los ay en Yucatan. Que ay muchas yguanas que espanta, y en una dellas esta un pueblo que llaman _Tixchel_.

Que al norte tiene la isla de Cuba y a LX leguas muy en frente la Habana y algo adelante una islilla de Cuba que dizen de Pinos. Que al Oriente tiene a Honduras, y que entre Honduras y Yucatan se haze una muy gran ensenada de mar la qual llamo Grijalva Baya de la Ascension, y que esta muy llena de isletas y que se pierden en ella navios, principalmente de los de la contractacion de Yucatan a Honduras, y que avra XV años que se perdio una barca con mucha gente y ropa que se les zozobro el navio y se ahogaron todos, salvo un Majuelas y otros quatro que se abraçaron con un gran pedaço de un arbol del navio, y que anduvieron assi tres o quatro dias sin poder llegar a ninguna de las isletas y que se ahogaron faltandoles las fuerças, sino fue Majuelas que salio medio muerto, y torno en si, comiendo caracolejos y almejar; y que desde la islilla passo a tierra en una balsa que hizo de ramos como mejor pudo, y passado a tierra firme buscando de comer en la ribera topo con un cangrejo que le corto el dedo pulgar por la primera conjuntura con gravissimo dolor. Y tomo la derrota por un aspero monte a tiento para la villa de Salamanca y que anochescido se subio en un arbol, y que desde alli vio un gran Tigre que se puso en asechanza de una cierva y se la vio matar y que en la mañana el comio de lo que avia quedado.

Que Yucatan tiene algo mas baxo de la punta de Cotoch a _Cuzmil_ en frente, V leguas de una canal que haze la mar entre ella y la isla de muy gran corriente. Que Cuzmil es isla de XV leguas en largo y cinco en ancho en que ay pocos indios y son de la lengua y costumbres de los de Yucatan y esta en XX grados a esta parte de la equinocial. Que la isla de las Mugeres esta XIII leguas abaxo de la punta de Cotoch XI leguas de tierra en frente de _Ekab_.

§ II.—_Origine du nom de cette province. Sa situation._

Cette province, dans la langue des Indiens, se nomme _Ulumil Cuz_ et _Etel Ceh_, c’est-à-dire la terre de la volaille et du gibier; ils l’appellent aussi _Peten_, ce qui veut dire île[8], trompés qu’ils étaient par les anses et baies susdites. Lorsque Francisco Hernandez de Cordoba aborda à cette terre, étant descendu à la pointe, nommée cap de _Cotoch_, il y trouva des pêcheurs indiens auxquels il demanda quelle terre c’était, et ceux-ci lui répondirent: _C’otoch_, ce qui veut dire nos maisons[9] et notre patrie, d’où vient le nom qu’on donna à cette pointe. Leur ayant ensuite demandé par signes de quelle manière était leur terre, ils répliquèrent _Ci u than_, qui signifie: Ils le disent, d’où les Espagnols dirent _Yucatan_; c’est ce que racontait un des vieux conquérants, nommé Blas Hernandez, qui arriva ici avec l’adelantado la première fois.

Au sud du Yucatan sont les rivières de _Taiza_[10] et les montagnes de _Lacandon_. Entre le midi et le couchant se trouve la province de Chiapa; pour s’y rendre d’ici, il faut traverser les quatre rivières qui descendent des montagnes et qui, avec quelques autres, forment le San Pedro y San Pablo, fleuve découvert en Tabasco par Grijalva, au couchant duquel existent _Xicalanco_ et _Tavasco_, qui ne sont qu’une seule et même province[11].

Entre cette province de Tabasco et le Yucatan s’ouvrent les deux embouchures, coupées par la mer sur cette côte; la plus considérable des deux a une grande lagune pour ouverture; mais l’autre n’est pas très-large. Ce qui forme cette lagune, c’est la mer qui entre avec furie dans les terres; elle est très-abondante en poissons de toute sorte et remplie d’îlots. Les Indiens y posent des signaux entre les arbres, afin de reconnaître le chemin à suivre, pour aller et venir par eau entre Tabasco et Yucatan. Ces îles, leurs plages et leurs grèves, sont remplies d’une si grande variété d’oiseaux de mer que c’est admirable de les voir et de considérer leur beauté; il s’y trouve également du gibier à l’infini; chevreuils, lapins et porcs du pays, ainsi que des singes, dont il n’y a point au Yucatan. Les iguanes s’y rencontrent aussi en si grande quantité qu’il y a de quoi épouvanter, et, dans une de ces îles, il y a une localité appelée _Tixchel_[12].

Au nord du Yucatan est située l’île de Cuba, et, tout en face, à soixante lieues de distance, la Havane, et un peu plus avant, une petite île dépendante de Cuba, qu’on appelle _de los Pinos_. Au levant s’étend le Honduras, et entre le Honduras et le Yucatan s’ouvre une fort grande baie que Grijalva appelle la baie de l’Ascension[13]; elle est remplie d’îlots, et il s’y perd quelquefois des navires, surtout de ceux du commerce de Yucatan à Honduras. Il y a justement quinze ans qu’une barque chargée de beaucoup de monde et d’effets y fit naufrage; tous se noyèrent, à l’exception d’un certain Majuelas et de quatre autres qui s’attachèrent à un tronçon du mât du navire; ils allèrent ainsi durant quatre jours, sans pouvoir atteindre aucun des îlots, et les forces venant à leur manquer, ils finirent par se noyer à leur tour. Majuelas seul se sauva de la mer à demi mort, et recouvra ses forces en mangeant de petites limaces et des moules; de la petite île il passa à la terre ferme dans un radeau qu’il fabriqua de branches d’arbres, le mieux qu’il put; arrivé là et cherchant sur la plage de quoi se nourrir, il donna contre un cancre qui lui coupa le pouce à l’articulation, ce qui lui causa une très-grande souffrance. Il chemina ensuite au hasard, cherchant à se diriger sur Salamanca: la nuit venant, il grimpa sur un arbre; il aperçut de là un grand tigre qui se mit à guetter une biche qu’il lui vit tuer et dont il mangea ensuite lui-même les restes au matin.

Un peu plus bas que la pointe de _Cotoch_, entre la côte du Yucatan et _Cuzmil_[14], qui est en face, s’ouvre un canal de cinq lieues de large formé par la mer et dont le courant est d’une très-grande force. _Cuzmil_ est une île de quinze lieues de long sur cinq de largeur: les Indiens y sont en petit nombre; leur langue et leurs coutumes sont les mêmes qu’au Yucatan. Cette île est située au XXᵉ degré nord de la ligne équinoxiale. L’île dite de Las Mugeres est située à treize lieues en bas du cap Cotoch et à onze lieues de terre ferme, en face d’_Ekab_[15].

§ III.—_Geronimo de Aguilar. Su cautiverio entre los Indios de Yucatan. Navegan Hernandez de Cordoba y Grijalva á Yucatan._

Que los primeros Españoles que aportaron a Yucatan, segun se dice, fueron Geronimo de Aguilar natural de Ecija y sus compañeros; los quales el ano de MDXI, en desbarato del Darien por las rebueltas entre Diego de Nicueza, y Vasco Nuñez de Balboa, siguieron a Valdivia que venia en una caravela a Santo-Domingo, a dar cuenta al almirante y al governador de lo que passava, y a traer XX mil ducados del rey, y que esta caravela llegando a Jamaica dieron en los baxos que llaman _Viboras_ donde se perdio que no escaparon mas de hasta XX hombres que con Valdivia entraron en el batel sin velas, y con unos ruynes remos y sin mantenimiento ninguno, y que anduvieron XIII dias por la mar; despues de muertos de hambre casí la mitad llegaron a la costa de Yucatan a una provincia que llamavan de la _Maya_, de la qual la lengua de Yucatan se llama _Mayathan_ que quiere dezir lengua de Maya.