Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de Maradèh

Part 1

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VOYAGE DANS =LA MARMARIQUE ET LA CYRÉNAÏQUE.=

...........mi gioverà narrar altrui

Le novità vedute, e dire : Io fui.

Gerus. liber. cant. XV.

IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, IMPRIMEUR DU ROI ET DE L’INSTITUT, RUE JACOB, No 24.

RELATION D’UN VOYAGE DANS =LA MARMARIQUE, LA CYRÉNAÏQUE,= ET LES OASIS D’AUDJELAH ET DE MARADÈH,

ACCOMPAGNÉE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES ET TOPOGRAPHIQUES, ET DE PLANCHES REPRÉSENTANT LES MONUMENTS DE CES CONTRÉES.

PAR M. J. R. PACHO.

_Ouvrage publié sous les auspices de S. E. le Ministre de l’Intérieur._

Dédié au Roi.

[Décoration]

=PARIS.= LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT PÈRE ET FILS, RUE JACOB, No 24. * * * * * MDCCCXXVII.

_Au Roi._

Sire,

_Parmi les contrées illustrées par d’antiques souvenirs, la Cyrénaïque, une des plus interessantes à connaître, restait néanmoins peu connue. La géographie et l’histoire demandaient dès long-tems un voyageur assez heureux, pour soulever le voile qui la dérobait à la curiosité européenne ; plusieurs l’avaient tenté, aucun n’y avait complétement réussi, j’osai à mon tour l’entreprendre._ Sire, _vous avez accueilli, avec votre royale et indulgente bienveillance, mes faibles travaux, et vous avez bien voulu leur accorder une brillante récompense, en agréant la Dédicace de l’ouvrage dans lequel j’ai réuni leurs résultats. Cette haute faveur est le plus puissant encouragement que j’aie pu ambitionner, et le gage le plus sûr du succès de mes efforts._

_Daignez agréer,_ Sire, _l’hommage de ma reconnaissance, et celui du profond respect avec lequel_

_Je suis,_

Sire,

De Votre Majesté,

_Le très-humble et très-obéissant Serviteur et fidèle Sujet,_

J. R. PACHO.

=PREMIÈRE PARTIE.=

* * * * *

_MARMARIQUE._

* * * * *

NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE =M. PACHO ;=

PAR M. DE LARENAUDIÈRE, SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL DE LA COMMISSION CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE.

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Les dernières lignes du voyage dans la Cyrénaïque étaient tracées ; quelques jours encore, et M. Pacho allait jouir de toute sa gloire. Mais l’inflexible destin en avait autrement ordonné. Une mort déplorable dans l’âge où la mort est lointaine est venue tout à coup arrêter dans sa course ce voyageur accoutumé depuis long-temps à lutter contre les obstacles, à se roidir contre les difficultés et les mauvais jours. Il avait déja beaucoup fait pour captiver les suffrages de l’Europe éclairée, et son zèle promettait encore de nouvelles découvertes. Nous étions loin de nous attendre à faire précéder son premier ouvrage d’un tribut à sa mémoire.

JEAN-RAIMOND PACHO naquit à Nice le 23 janvier 1794, de Joseph Pacho, négociant riche et estimé, dont les ancêtres étaient d’origine suisse. Orphelin à huit ans, dans l’âge où l’on a besoin des soins maternels et de la vigilante tendresse d’un père, il fut placé au collége de Tournon, département de l’Ardêche. Là, son goût pour le dessin et la botanique se développa tout à coup, et n’eut d’autre rival que son penchant pour la poésie. C’était d’assez mauvaises dispositions pour l’aride étude des lois à laquelle on le destinait. Le cours de droit qu’il suivit à Aix, en 1812, ne fut pas terminé ; il l’abandonna, en 1814, pour retourner dans sa patrie, où il recueillit la part qui lui revenait dans l’héritage de ses parents. Maître d’une fortune toute mobilière à cette époque de la vie où le soin de l’avenir n’occupe guère, où le besoin de conserver est le dernier de ceux qu’on éprouve, M. Pacho alla voyager en Italie et séjourna quelque temps à Turin. Ce voyage n’enrichit que son esprit, n’accrut que ses connaissances, et n’augmenta que son enthousiasme pour les beaux-arts et les monuments de l’antiquité. Sa fortune en souffrit. Il vint à Paris, en juillet 1817, dans le dessein de l’améliorer. Il crut que la peinture pouvait le conduire à l’aisance, et le genre d’Isabey fut celui qu’il adopta. Il s’essayait dans l’imitation périlleuse d’un grand modèle, lorsque son frère négociant à Alexandrie l’appela près de lui. Il s’y rendit avec toutes les illusions de l’espérance ; elles se dissipèrent promptement ; et, après une année de séjour sans résultat, il revint à Paris reprendre ses pinceaux. Quelques portraits faiblement payés, quelques articles de journaux moins lucratifs encore, étaient loin de suffire à son existence. Il s’inquiétait de son avenir lorsque son frère l’engagea à se rendre une seconde fois en Égypte. Il arriva au Caire le 12 février 1822. Pendant les premiers mois de son séjour, il s’occupa à dessiner quelques-uns des monuments de cette grande cité et des environs. Il soumit ses essais à M. Jumel, alors directeur d’une des filatures de coton du Pacha, qui s’engagea à lui fournir les fonds nécessaires pour explorer la Basse- Égypte. Il la parcourut depuis le mois de décembre 1822 jusqu’en avril 1823, époque à laquelle une disgrace essuyée par M. Jumel lui enleva les moyens de soutenir cette entreprise scientifique. Sa mort, arrivée peu de mois après, renversa toutes les espérances de M. Pacho, et l’obligea à garder en portefeuille un grand nombre de dessins, plus ou moins curieux, de sites, de monuments et d’objets d’histoire naturelle. A côté de ces stériles richesses, il languissait inoccupé et sans appui dans la ville du Caire ; les soucis de l’inaction, si puissants sur les imaginations ardentes, altéraient sa santé ; l’épuisement de ses forces amenait le découragement ; il allait y succomber, lorsqu’il eut le bonheur de rencontrer dans M. Célestin Guyenet du canton de Neuchatel en Suisse, fondateur et directeur de la manufacture d’indiennes du vice- roi, un protecteur et un ami. M. Pacho en lui peignant sa position précaire, l’intéressa vivement à ses projets d’exploration ; il obtint de ce négociant, ami des sciences, les fonds nécessaires pour continuer ses recherches et entreprendre le voyage des cinq Oasis. Parti du Caire le 17 novembre 1823, il visita successivement le Fayoum, les Oasis de Syouah, el Arachièh, et Faredghah. Il regretta que les circonstances ne lui permissent pas d’explorer trois villages isolés à quatre journées nord-ouest de Faredghah, qu’on lui annonçait comme devant renfermer de nombreuses ruines d’anciens édifices. Il revint de Faredghah à Syouah, à l’Oasis du Fayoum, au temple Keroum, puis se dirigea sur Béni-Hassan et Siout, et se rendit à Béni-Ali où il resta treize jours pour obtenir d’Hamed Bey, l’ancien Kiahya du Caire, quelques Arabes destinés à lui servir de guides. Il visita avec eux la vallée Ruinée ou des ruines, l’Oasis d’El Karghèh, Gainah, Boulac, Dakakim, Berys et leurs environs. Il revint sur ses pas, puis se porta à l’ouest et atteignit l’Oasis de Dhakel, en passant par Aïn Amour, Ballat et Themida ; il examina l’Ouadi El Gharb, qui contient neuf villages, et le Bahr Be-la-ma qui traverse l’Oasis. Il reprit la route du nord, qui le conduisit à Farafrah, puis à Siout, d’où il revint au Caire dans le courant d’août 1824. Cette exploration des Oasis de l’Égypte, résultat de neuf mois de peines et de fatigues, ne satisfit point l’active curiosité de M. Pacho. Depuis long- temps un projet d’une tout autre importance occupait sa pensée. Pendant son premier voyage à l’Oasis d’Ammon, les Arabes Aoulad-Aly l’avaient souvent entretenu du Djebel-Akhdar, nom moderne de la Pentapole Cyrénaïque. Les descriptions qu’ils lui firent de leur ancien domaine, de ses vertes collines, de la fraîcheur de ses sources et des merveilles de ses ruines ravit son imagination, et fit naître chez lui le plus vif désir d’explorer cette terre riche de vieux souvenirs et presque inconnue. Il fit part de son projet à M. Henry Salt, consul général d’Angleterre, qui, tout en ne lui laissant ignorer aucun des dangers qui l’attendaient dans cette périlleuse excursion, lui remit le programme de la société de géographie, relatif à un voyage dans la Cyrénaïque. Ce programme, fruit de la proposition de M. Alex. Barbié du Bocage, éclairait une partie des recherches de M. Pacho, comme il le dit lui- même. Son influence sur sa détermination fut décisive. Il traçait déja son itinéraire, lorsqu’il découvrit une difficulté de nature à modérer un peu les élans d’un premier enthousiasme. Il s’aperçut que le voyage serait fort cher et qu’il était sans argent. Ses démarches, pour s’en procurer, furent d’abord sans succès ; il obtint des éloges et rien de plus. Son inquiétude était grande ; elle fut heureusement de courte durée. M. Guyenet ne lui manqua pas, il fit tous les frais de l’entreprise avec ce désintéressement qui trouve plus d’approbateurs que d’imitateurs. Les consuls généraux de France et d’Angleterre, et même, ce qui est digne de remarque, celui des états Barbaresques, s’intéressèrent vivement au sort de ce voyage, et cherchèrent à en assurer le succès par des lettres de recommandation les plus pressantes. M. Müller, jeune orientaliste dont les connaissances dans la langue arabe avaient été déja fort utiles à M. Pacho dans les Oasis, et qui le servirent mieux encore dans la Cyrénaïque, voulut partager les périls et l’honneur de cette nouvelle exploration. Elle se présentait avec un attrait d’autant plus vif qu’elle avait en grande partie le caractère de la nouveauté. La Cyrénaïque n’avait pas encore été visitée dans son ensemble. Le Français Granger, sous la protection d’un chef de voleurs, avait pénétré jusqu’à Cyrène, et copié de nombreuses inscriptions antiques. Mais le récit de ses travaux avait disparu. Paul-Lucas et Bruce n’offrirent que des indications superficielles. Les notices recueillies et publiées par Della-Cella, se présentaient comme les premiers renseignements intéressants sur les monuments de l’ancienne Pentapole ; malheureusement le savant Italien ne les dessina pas, et ne soulevant qu’une partie du voile excita la curiosité sans la satisfaire entièrement. Le Père Pacifique avait ajouté peu de faits aux faits déja connus. Le général Minutoli s’était arrêté au pied du mont Catabathmus, et les grands travaux du capitaine Beechey, depuis Tripoli jusqu’à Derne, n’étaient pas alors connus. Le but de M. Pacho était d’examiner d’une manière complète toute la partie maritime comprise entre Alexandrie et les côtes de la grande Syrte. Nous allons essayer d’esquisser ici les principaux traits de cette longue exploration. Elle commence le 3 novembre 1824, par la vallée Maréotide, célèbre dans l’antiquité par ses vignobles. Le voyageur voit ensuite les ruines d’Abousir l’ancienne Taposiris, où il cherche en vain des vestiges de la Vieille-Égypte ; il s’arrête au château-fort de Lamaïd, construction des Sarrazins du moyen âge, de ceux qui se mesuraient avec les chevaliers de l’Occident. Il séjourne à Dresièh, visite les citernes de Djammernèh, et s’étonne de la solitude de ces lieux, jadis couverts de villages et d’habitants ; il franchit les collines de l’Akabah-El Soughaïer, premier échelon des hauteurs qui s’élèvent progressivement jusqu’aux montagnes de la Pentapole ; il aperçoit ici, pour la première fois, en grand nombre les tentes brunes des Arabes, et son pinceau trace le premier tableau général des mœurs de ces nomades. Il s’arrête aux ruines de Kassaba-Zarghah, puis au port de Berek, le célèbre Parætonium des anciens géographes, et l’entrepôt du commerce des Aoulad-Aly, avant qu’ils eussent cédé au génie entreprenant du vice-roi d’Égypte. Il traverse le retoutable Akabah-El-Soloum, gardé par des tribus indépendantes qui forcèrent le général Minutoli à s’arrêter au pied de ces hauteurs ; il parcourt le grand plateau de Za’rah et la célèbre et fertile vallée de Daphenèh, coupée de mille canaux et habitée par les Harâbi, guerriers courageux et cruels. Au sortir de l’Ouadi-El-Sedd, sa marche le conduit sur le rivage en face de l’île rocailleuse de Bomba, l’Aedonia de Scylax, voisine de la fameuse Platée d’Hérodote. L’aspect de l’Ouadi Temmimèh lui confirme la description que les anciens ont laissée d’Aziris. Après avoir franchi une lagune que forme le golfe de Bomba, il arrive sur les premiers échelons boisés des monts cyrénéens, et les Nubiens et les Égyptiens qui l’accompagnent, s’émerveillent de cette végétation si riche et si nouvelle pour leurs yeux habitués à la nudité du désert. Derne, tant désirée par les hommes de sa caravane et par lui-même, le reçoit enfin dans ses murs. Il y trouve d’abord un repos nécessaire, puis des contrariétés désespérantes. Il les surmonte, et reprend enfin sa route par le château de Zeïtoum, et les vallées profondes et pittoresques de Betkaât et de Tarakenet ; il se rend aux ruines de Massakhit (la ville des statues), ancien séjour des chrétiens. Il voit les débris imposants de Tammer, qui lui semblent les ruines mêmes du temple de Vénus, comme toutes celles de cette contrée lui indiquent qu’il se trouve dans l’un des cantons les plus florissants de la Pentapole. Il pénètre dans les grottes sepulcrales, et s’arrête sur le bord des réservoirs de Lameloudèh, peut-être l’ancienne Limniade. Il quitte le dromadaire pour le cheval de Barcah, et sur cette agile monture il se hasarde à parcourir les bords des sommités du plateau cyrénéen et les sentiers difficiles de ses pentes abruptes. Il va chercher les restes de Natroun, la ville de la mer des Arabes. Il reconnaît dans le Ras el Hal-al le célèbre Naustathmus de Strabon. Sans s’effrayer de la guerre qui règne alors entre les tribus de ces contrées, il multiplie ses recherches, il les poursuit dans la vallée des figuiers, séjour de paix et de bonheur, où l’attend l’accueil le plus hospitalier. Djaus, Téreth, Saffnèh, Ghernès le voient successivement explorer leurs sites agrestes et les restes d’une autre civilisation. Il fait halte au port de Sousa, aux ruines et aux grottes sépulcrales de Tolometa ou Ptolémaïs, de Tokrah ou Teuchira, et d’Adrianopolis ; il essaie de déterminer la position du jardin des Hespérides ; et, à la suite de cette intéressante excursion, il revient à Sousa, l’Apollonie de Strabon, l’ancien port de Cyrène. Il s’approche de la Grennah moderne, et se trouve enfin au milieu des ruines de la capitale de la Pentapole. Il les examine en détail, descend dans les tombeaux vides, dans les cavernes profondes, dessine les sarcophages et les bas-reliefs dégradés, les statues, les colonnes, les frises mutilées ; le désir de tout connaître le détermine à pénétrer dans l’aquéduc dont les eaux alimentaient jadis la fontaine d’Apollon, et dont les hyènes aujourd’hui gardent souvent l’entrée ; il cherche, à défaut de murailles conservées, dans le seul mouvement des ruines, le plan de Cyrène, sa forme et son étendue. Il l’exhume de ses décombres pour la montrer telle qu’elle fut aux jours de son orgueil. De retour à Ben-Ghazi, qui ne conserve plus rien de l’ancienne Bérénice, il descend au Sud, atteint Ladjedabiah, dépasse près de ce point les limites des terres fertiles, et s’enfonce dans le désert des Syrtes, ancienne patrie des Nasamons. Il entre dans l’Oasis de Maradèh, caché au milieu d’un labyrinthe de monticules de sables mouvants, et dont les eaux pures ou thermales, et la forêt de palmiers, font les délices du voyageur. Il visite Audjelah, Oasis plus stérile, dont l’aspect, la culture et les produits n’ont pas changé depuis les jours d’Hérodote, et à laquelle un destin bizarre a donné pour gouverneur un Français, qui suivit enfant l’expédition d’Égypte. Le voyageur n’oublie aucun des cantons habités dépendants de ces deux groupes ; il passe une troisième fois par l’Oasis d’Ammon, et revient au Caire, par la vallée du lac Natron. Il entre dans la capitale de l’Égypte, le 17 juillet 1825.

Une telle entreprise périlleuse et difficile ne peut être soutenue que par un vif amour de la science, et disons-le, par la légitime ambition des éloges des hommes éclairés. Ce sentiment naturel explique l’empressement que mit M. Pacho à réunir ses matériaux et à se rendre en France ; et la même année, qui l’avait vu sur les ruines de Cyrène, dans les sables du désert, et sous les tentes arabes, le vit au milieu de la capitale du monde civilisé. Il arriva à Paris, le 12 novembre 1825, et s’empressa de soumettre à la Société de géographie l’ensemble de ses travaux. Elle les fit examiner, et, sur le rapport de Malte-Brun, elle lui décerna le prix proposé. Cette honorable récompense avait été précédée des suffrages de l’Académie des inscriptions, accordés particulièrement à la partie archéologique du voyage. Cette compagnie avait pour interprète le savant M. Letronne. Les deux rapporteurs manifestèrent le vœu de la prompte publication du voyage de M. Pacho. Tous deux réclamèrent en sa faveur l’appui du gouvernement. Leurs voix furent entendues de quelques amis des sciences. M. le comte Chabrol de Volvic, préfet de la Seine, qui les protége comme un homme qui leur doit une partie de sa renommée, répondit à ce noble vœu, et MM. Firmin Didot se chargèrent avec empressement de cette publication dispendieuse. Elle parut sous les auspices de S. M., qui daigna en agréer la dédicace. L’ensemble de ce grand travail a été mis sous les yeux du public, et ce juge suprême a ratifié les décisions des Académies. Il a reconnu que le talent de l’observateur était de niveau avec la tâche qu’il s’était imposée, et digne de la célébrité des lieux parcourus. On a été frappé de l’importance des faits relatifs à la géographie physique et à la distribution des plantes, et, bien que ces faits soient peu nombreux, et n’embrassent pas toutes les localités, ils permettent déja de comparer la végétation de la Cyrénaïque avec celle des terres voisines ou des zones correspondantes. On suit avec un vif intérêt les détails topographiques et archéologiques nombreux, nouveaux et empreints du cachet de l’exactitude. Les dessins de ruines, les copies d’inscriptions antiques méritent les mêmes éloges. M. Pacho sait l’art de transporter son lecteur sur les sites mêmes, par des descriptions vivantes, et de l’initier aux mœurs des habitants, par des tableaux pleins de fraîcheur, de mouvement et de vérité. Tout ce qui tient à la géographie comparée décèle le savant consciencieux, lors même qu’il se trompe, et toujours l’implacable ennemi des systèmes. M. Pacho aime à peindre les masses, à grouper les objets analogues ou dissemblables, seul moyen de les faire bien connaître. Son style généralement nerveux et brillant, s’anime sous l’influence des lieux et des souvenirs. S’il manque quelquefois de souplesse, s’il n’a pas encore toute cette pureté classique, toute cette grace flexible, heureux présent de la nature, ou dernière conquête de l’étude, c’est que les travaux de l’érudition, auxquels M. Pacho soumettait comme par force sa poétique imagination, ne lui permettaient pas d’accorder d’assez longues heures aux méditations du littérateur. Difficile à l’excès, il traitait ses propres compositions avec une rigueur que les seuls gens de goût regardent comme un devoir ; et, bien qu’au début de sa carrière littéraire, on voyait déja son talent grandir avec rapidité. Depuis le jour de son arrivée à Paris, jusqu’au jour de sa mort, M. Pacho travailla sans relâche à la rédaction de son voyage. Vivant dans une retraite profonde, il consacrait toutes les heures du jour, et souvent celles de la nuit, à ce qu’il regardait comme son plus beau titre à l’estime du monde savant. Cette tension continuelle d’esprit, cet isolement complet de la société, cette absence de toute distraction, développèrent rapidement chez lui une misantropie d’autant plus funeste qu’elle se nourrissait à chaque instant de toutes les contrariétés inséparables d’une vie littéraire et d’une position incertaine. Le même M. Guyenet, qui avait fait les frais de ses voyages, lui continuait à Paris l’appui de ses moyens. Trop fier pour solliciter les dons du pouvoir, et se croyant en droit de les obtenir, M. Pacho s’indignait de n’être pas prévenu. Peut-être des récompenses, qui n’eussent pas été des faveurs, auraient-elles exercé une heureuse influence sur son moral, et triomphé de sa noire mélancolie. Il en vint bientôt à ce point déplorable de soupçonner la foi et l’attachement de ses amis, et d’en restreindre le cercle chaque jour. Il couvrait de nuages un avenir qui n’aurait eu rien d’inquiétant pour un tout autre caractère. En descendant en lui, il aurait vu qu’il n’avait besoin de personne pour assurer sa destinée. Toutefois, au milieu de laborieuses occupations, sa santé s’altérait, et le régime excitant qu’il avait adopté, en ranimant momentanément ses forces, le replongeait bientôt dans une faiblesse plus grande. Des pensées de mort vinrent enfin l’agiter. Celui qui écrit ces lignes eut quelquefois le bonheur de rendre des instants de calme à son esprit troublé. Mais le souvenir de telles consolations disparaissait rapidement, et le désespoir s’acharnait de nouveau sur sa victime. Dans cette lutte affreuse la raison de M. Pacho succomba. Il cessa de vivre, ou plutôt de souffrir, le 26 janvier 1829, à l’âge de 35 ans et trois jours.

Ce savant voyageur appartenait à la commission centrale de la Société de géographie. C’est là que sa perte, doublement sentie, devait inspirer de plus vifs regrets, ils n’ont pas manqué à sa mémoire. Une souscription proposée, et aussitôt remplie, a été destinée à élever sur sa tombe un modeste monument. Tous ceux qui ont vécu dans son intimité démêlaient facilement à travers quelques inégalités de caractère la bonté de son cœur, et son extrême obligeance. Les hommes du désert lui avaient fourni le modèle de l’homme indépendant, il avait bien profité à leur école. Toute réserve prudente lui semblait de la tyrannie, il la repoussait. Comme l’Arabe, dont il aimait les vertus, la reconnaissance était le seul pouvoir qui le rendit partial. Ce noble sentiment est empreint dans tous ses écrits. Quelques-uns d’entre eux n’ont pas vu le jour. Parmi ces derniers se trouve un tableau des tribus Nomades anciennes et modernes, dont il avait lu plusieurs fragments dans les séances générales de la Société de géographie. C’était son ouvrage de prédilection, celui qui lui souriait le plus. Ce qu’on en connaît a déja mérité de nombreux suffrages. Ils ont été donnés au caractère original de cette composition, à la nouveauté de ses points de vue, à la variété de ses détails, et surtout à l’alliance d’un style élégant et d’une consciencieuse érudition. M. Pacho laisse encore inédit le journal de son voyage dans les Oasis, ainsi qu’une collection de dessins recueillis sur les terres habitées du désert Lybique. Le travail de M. Pacho peut faire la matière d’une intéressante publication, et compléter l’ensemble des grands ouvrages qui nous ont fait connaître les monuments d’architecture de l’Égypte et des contrées environnantes.

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AVANT-PROPOS.

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