Regles pour les officieres du monastere de l'Annonciade, fondé à Genes l'année de notre Salut 1604

Part 2

Chapter 23,678 wordsPublic domain

Quant aux infirmités spirituelles qui sont cachées, il est sans doute que l'on ne peut y rémédier, si elles ne sont pas connuës, les voyes pour les connoitre sont de deux sortes; l'une par le moyen du don de la discretion, lequel non-seulement fait connoitre l'intèrieur des personnes, par les indices extérieurs, mais encore fait dicerner les principes des pensées humaines, si elles sont de Dieu, ou du démon, ou excitées par la nature, & instruit pour apliquer les remedes conformes aux maux, avec les moyens convenables & en tems propre.

Et puisque c'est un don que Dieu communique aux personnes d'une grande sainteté, la Supérieure doit avec une profonde humilité prier Notre-Seigneur, que comme il lui a confié le soin de ses ames, qu'ainsi qu'il lui donne la discretion qui lui est nécessaire, & qu'il lui inspire quel conseil elle doit suivre, tant dans ses actions que dans celles de ses Soeurs, afin qu'elle ne fasse point de fautes, & qu'elle ne soit pas cause de celles des autres.

L'autre moyen pour connoître l'intérieur des Soeurs, est de s'efforcer de les attirer par l'exemple des bonnes oeuvres, principalement de la charité, de la patience & de la douceur, en telle sorte qu'elles désirent de lui découvrir tous les secrets de leurs coeurs, animant le courage des timides, & entrant avec tant de dexterité dans leurs coeurs, qu'elle leur tire de la bouche ce que pour leur bien il est à propos qu'elle sçache, n'en intimidant aucune, mais consolant les craintives ou pusillanimes (comme dit notre Pere St Augustin) les encourageant toutes, les instruisant, & leur donnant les remédes convenables à chacune, & enfin les traitant de telle maniere, qu'elles se sentent consolées de s'être découvertes à elle.

Régles de la Sous-Prieure.

Chapitre XVIII.

1. Elle aura soin d'aider la Mere Prieure en tout ce qu'elle lui ordonnera, conformément à l'ordre des constitutions.

Elle sera exacte à observer, & à faire observer; toutes les régles communes, & à chacune celles de son Office. Elle visitera les Officieres, ayant soin que toutes les exercent bien, que l'on y agisse avec ordre, & que les choses soient faites dans leurs tems, avertissant la Mere des manquemens, & imposant les pénitences selon qu'elle lui ordonnera.

2. Aux changemens des saisons, elle avertira la Mere Prieure des provisions qu'il convient de faire, du changement des habits, des repas, du dormir, & de tout ce dont le Monastére aura besoin, faisant ensorte que la maison soit toujours bien nette, & que toutes choses soient arrangées dans sa place.

Et que chaque Soeur soit pourvûë, selon son besoin avec charité, zéle de la sainte pauvreté, & l'édification de toutes.

3. Tous les soirs elle visitera les portes du Monastére, en serrera toutes les clefs, & les portera à la Mere Prieure.

Elle visitera les chambres des Soeurs toutes les fois que la Mere lui ordonnera, & les avertira de se trouver toutes à l'Oraison, & à l'examen aux tems ordonnés.

Et elle prendra garde, qu'en toutes choses on agisse avec la dûë modestie & décence, même au tems de la récréation, & que le silence soit observé par tout aux heures prescrites.

Elle donnera le soin des lampes communes de la maison à quelqu'une, ou à plusieurs Soeurs, faisant qu'elles demeurent allumées la nuit; de même aussi elle donnera le soin de balayer la maison, & de tenir les lieux nécessaires bien nets.

4. Elle se trouvera presente lorsque les séculiers porteront dans la maison le bled, le vin, l'huile, le bois, le charbon, & autres choses semblables, assistant par tout avec la modestie religieuse & convenable.

5. Elle aura l'intendance sur les tables du Réfectoire, selon qu'elle jugera qu'il est nécessaire, elle instruira celle qui sert, & fera ensorte que pas une ne manque des choses communes & ordinaires.

Et si quelqu'une avoit besoin de quelque particularité, elle l'en fera pourvoir au Réfectoire, ou bien dans l'Infirmerie selon son besoin, & conformément au jugement de la Mere Prieure.

Elle désignera toutes les semaines celles qui doivent servir à table, lire durant les repas, & celles qui doivent aider à faire le pain & à laver la vaisselle.

6. Elle conferera tous les jours quelque espace de tems avec la Mere Prieure, de ce qui sera nécessaire, & prendra d'elle les ordres sur ce qu'elle devra faire, afin qu'avec l'union & la subordination convenable, le gouvernement réussisse mieux à la gloire de Dieu.

Et comme elle est l'oeil de la Mere Prieure, qu'elle soit attentive autant qu'il lui sera possible à ce qui survient dans la maison, prenant garde si tout y est fait dans le bon ordre, & s'il y a, ou bien s'il est prêt d'y arriver quelque désordre pour l'avertir de tout.

Régles de la Prefecte du Choeur.

Chapitre XIX.

1. L'Office de la Préfecte du Choeur pour l'ordinaire convient à la Mere Sous-Prieure, laquelle s'étudiera à bien entendre les rubriques du Breviaire Romain, & à ordonner l'Office selon le Calendrier du Diocèse.

2. Elle ordonnera le soir les Matines, & les Laudes pour le lendemain; & le matin elle indiquera l'Office pour les heures du jour.

3. Elle écrira la liste de celles qui devront faire l'Office d'Hebdomadiere, conformément à l'ordre de la Mere Prieure, & ainsi des autres Officieres de semaine pour le Choeur.

4. Elle corrigera les fautes qui se feront au Choeur tant en lisant comme en autre chose, procurant que l'on chante d'une voix claire, distincte, dévote & expéditive, & qu'un verset soit achevé auparavant que l'on commence l'autre. Et que tout ce qui est du Choeur, de l'Office & des Oraisons aillent bien, & par ordre.

Régles des Discrettes ou Conseilleres de la Mere.

Chapitre XX.

1. Comme les Discrettes & Conseilleres doivent être de meur & sain jugement, ainsi dans toutes leurs consultes, elles doivent toujours envisager la plus grande gloire de Dieu, comme elles le protestent par ces paroles qu'elles disent lorsqu'elles se levent avant que de donner leur avis. _Sit nomen Domini benedictum_, c'est-à-dire, le nom de Dieu soit benit.

2. Et afin que l'on agisse dans l'esprit que les Constitutions demandent, qu'elles soient amatrices du bien commun, y ayant toujours égard dans toutes leurs déliberations.

3. Et pour ne point perdre de vûë la plus grande gloire de Dieu, le bien commun, & pour recevoir de plus grande lumiere, & plus de liberté d'esprit à donner leur avis, & à dire sincérement leur sentiment, comme les Constitutions ordonnent, qu'elles fassent ensorte d'être exemtes de toutes passions déréglées, tant pour le regard de leur propre interêt, que pour celui des autres.

4. Qu'elles entendent & comprennent bien ce qui fait l'objet de la consulte, & l'ayant bien compris, qu'elles en consultent avec Dieu, le priant de les éclairer en ce qui est de sa plus grande gloire.

5. Qu'elles disent leurs sentimens, avec humilité, modestie & charité, paisiblement, briévement & clairement, avec les raisons qui se presenteront à elles pour-lors, prenant bien garde de ne point offenser les autres en les disant.

Après qu'elles auront donné avis, elles demeureront tranquilles, sans s'alterer, ni murmurer: si la Mere Prieure & les autres étoient d'avis contraires, ainsi que disent les Constitutions, cédant toujours volontiers, & croyant meilleur le sentiment des autres.

7. Qu'elles tiennent secret ce dont il aura été traité entr'elles, ne reproduisant jamais leur avis, ou celui des autres. Et qu'elles gardent entr'elles la charité & le respect convenable.

8. S'il se presentoit à l'une d'elles quelque chose qu'elle jugeât avoir besoin de consultation ou de reméde, elle pourra la proposer à la Mere avec la charité & le respect qui convient.

9. Qu'elles ayent soin de diriger toutes leurs actions, selon l'obéissance & le respect dû à la Mere Prieure, conformément aux occasions qui se presenteront, & qu'elles soient exactes à en donner l'exemple aux autres par elles-mêmes.

10. Et parce que quelquefois il pourroit arriver que la Mere auroit besoin de quelque avertissement, ou pour ce qui concerne sa personne, ou pour le gouvernement, elles devront prendre garde à tout, & faire qu'elle soit avertie de ce qu'il semblera nécessaire à toutes, ou bien à la plus grande partie d'entr'elles, observant sur ce sujet ce que les Constitutions ordonnent, ainsi qu'il est porté dans l'Office de la Mere Prieure.

INSTRUCTIONS & Avis pour la Maîtresse des Novices, sur la façon de les instruire dans la dévotion.

Des qualités que la Maîtresse des Novices doit avoir, & des motifs qui la doivent inciter à bien faire son Office.

Chapitre XXI.

Que la Maîtresse des Novices sçache que l'Office qui lui est commis est de grande importance, puisque de la premiere instruction des Novices, dépend en grande partie leur profit, & l'esperance que le Monastére pourra fleurir dans l'exacte observance.

C'est pourquoi il est nécessaire qu'elle fasse son possible pour posseder toutes les qualités que demandent les Constitutions en ce qui concerne son Office, & qu'elle se montre comme un miroir de toutes les vertus aux Novices, qu'elle doit instruire à l'imitation de Notre-Seigneur Jesus-Christ, lequel commença premierement à faire, & ensuite à enseigner; & de plus, parce que les exemples excitent davantage que les paroles.

Faisant que tous les jours par l'étude de sa propre perfection; elle se rende un instrument plus propre pour les aider.

Et singulierement, il est convenable qu'elle soit fort paisible, amie du silence, bien intelligente de ce qui concerne l'Institut, les régles, les instructions & les avis touchant la haine des vices, & l'acquisition des vertus, afin de pouvoir instruire les Novices en cela.

Et non-seulement elle doit être leur Maîtresse & leur exemple dans toutes les vertus, mais encore elle doit être leur Mere, les traitant avec l'amour & la douceur qui est convenable, procurant qu'elles soient pourvûës de tout ce qui leur sera nécessaire, tant en maladies qu'en santé.

Et afin que la Maîtresse soit excitée à se donner entierement à cet exercice de l'instruction des Novices, outre la grande gloire qu'elle procure à Dieu en cela, qu'elle considere encore le profit singulier qu'elle fait, puisqu'elle doit être participante de tout le bien que feront les Novices qu'elle aura bien instruites.

Parce que s'il est vrai ce que dit le Prophéte. _Particeps ego sum omnium timentium te_, c'est-à-dire, j'entre en participation (ô mon Dieu) avec tous ceux qui vous craignent, à combien plus forte raison participera-t'elle aux biens de celles qu'elle aura guidées dans le Service de Dieu?

Et au contraire combien sera-elle sévérement jugée & châtiée au jugement de Dieu, si par sa négligence, ou par son mauvais exemple les Novices avoient pris quelque mauvaise habitude, & si elle s'étoit renduë irréguliere, troublant la paix & le bon ordre.

De la maniere d'admettre les Novices au Noviciat.

Chapitre XXII.

Lorsqu'une Novice entrera au Noviciat, la Mere considerera si elle a besoin de faire un peu de retraite avant que de converser avec les autres Novices.

Et pour-lors la Maîtresse lui donnera quelque moyen facile pour méditer si elle en a besoin, lui faisant faire quelques méditations qui ayent raport à la vie purgative, comme celle de la fin de l'homme, pourquoi Dieu l'a mise au monde, & les autres créatures, &c.

Avec quels moyens elle doit tendre à cette fin, & quelles sont les choses qui l'en peuvent détourner.

Comment elle doit éviter & ôter tels empêchemens.

Pour quelle fin elle est venuë dans la Religion, comment elle s'y doit comporter. Et pour mieux se disposer à tout, méditer sur les quatre fins dernieres, principalement sur la mort, sur le jugement particulier & universel, afin de se préparer à la Confession generale, si pourtant elle ne l'avoit déja faite; & il n'y en doit avoir aucune, qui durant le Noviciat ou après (quand elle sera jugée plus capable) ne fasse tous les exercices du Pere St Ignace, si elle ne les avoit fait au monde, laissant cependant les exercices qui concernent le choix d'un état de vie, & tirant de ces exercices le secours dont elles auront besoin.

Et quand la fille ne feroit pas de retraite, la Maîtresse ne manquera pourtant pas dans ces premiers jours de la conduire comme il a été dit.

Comme la Maîtresse des Novices se doit comporter en conversant avec elles.

Chapitre XXIII.

Il est à propos qu'elle se fasse aimer d'une certaine amitié, accompagnée d'une honnête gravité, & qu'avec l'intégrité de moeurs & la discretion, elle se comporte de telle maniere que toutes les Novices recourent confidemment à elle dans leurs tentations, & lui découvrent leur coeur, esperant de trouver par son moyen en toutes choses de la consolation & de l'assistance en Notre-Seigneur. Et qu'elle fasse attention de ne pas dire à une quelque chose d'une autre, qui puisse être cause qu'elles n'ayent pas la confiance nécessaire pour se découvrir à elle.

Qu'elle s'étudie à bien connoître la complexion & les habitudes de chaque Novice, afin qu'elle les puisse mieux aider, pourquoi il lui sera très-utile de conferer souvent, & famillierement avec chacune, & de leur demander doucement compte de leurs actions, parce que de semblables conversations particulieres sont ordinairement de très grandes utilités.

Qu'elle évite toutes partialités, ne traitant point plus souvent avec l'une qu'avec l'autre, si ce n'est lorsque la nécessité le demandera, tâchant de donner satisfaction à toutes, afin qu'elles connoissent par effet l'affection qu'elle a de les aider.

Des instructions que la Maîtresse doit donner aux Novices pour le regard de l'Oraison, & des exercices spirituels.

Chapitre XXIV.

Dans l'endroit destiné pour le Noviciat, elle leur enseignera tous les jours la maniere de réciter l'Office.

Si quelqu'une ne sçavoit pas bien lire, elle l'enseignera, ou bien elle la fera instruire par une autre.

Elle leur aprendra la maniere de psalmodier avec dévotion, selon notre façon, & conformément à leur besoin.

Elle leur déclarera tous les jours quelque point des Constitutions ou des Régles, & tout ensemble elle tâchera de les leur faire pratiquer.

Et si quelqu'une avoit besoin d'aprendre la doctrine Chrétienne, elle aura soin de la lui faire aprendre autant qu'il sera convenable.

Elle leur enseignera la maniere de faire l'examen general de conscience, & le particulier sur quelque défaut, & le moyen de l'extirper.

La maniere d'entendre fructueusement la sainte Messe, & de faire dans ce tems là la communion spirituelle, & la dûë aplication du Sacrifice.

La maniere de se bien préparer à la confession, & celle de se confesser, prenant garde qu'elles ne tombent point, ni dans une conscience trop large & trop libre, ni encore moins dans le cas d'une conscience scrupuleuse, mais qu'elles ayent une conscience tendre qui fasse scrupule de peché lorsqu'il est convenable, & non de ce qui n'est pas peché.

La maniere de se préparer à la sainte Communion, avec la préparation éloignée, prochaine & presente, & de faire l'action de graces après la Communion.

Elle les instruira encore de la maniere de réciter la couronne & le Rosaire, & de méditer leurs Mystéres.

La façon de méditer sur les Commandemens de Dieu & sur les voeux, sur les Constitutions, sur les pechés capitaux, sur les cinq sens, sur les vertus de Notre-Seigneur, de Notre-Dame & des Saints, & aussi sur leurs vies; sur le _Pater noster_, & sur l'_Ave Maria_, & d'autres semblables matieres.

Sur les Mystéres du Rosaire, de la Vie & de la Passion de Notre-Seigneur, & de la sainte Vierge.

La maniere de s'exciter à l'amour de Dieu, de méditer ses bienfaits & les perfections divines, d'où procédent ses bienfaits. Et de s'exercer en diverses demandes intérieures des choses dites ci-dessus, commençant toujours par le plus facile, & de là passant au plus difficile.

Et puisqu'il ne suffit pas de leur enseigner ces choses peu à peu au Noviciat, si conjointément on ne leur enseigne à les pratiquer, il sera bon que selon la nécessité & le besoin particulier des Novices, la Maîtresse voye avec la Mere Prieure si elle jugeroit à propos que pour quelque tems les Novices qui auroient besoin de son secours, fassent avec elle l'Oraison mentale séparées des autres, comme au Chapitre, ou autre endroit, selon qu'il plaira à la Mere pendant que les autres seront au Choeur.

Et pour les mieux instruire, elle pourra tenir l'ordre qui suit.

1. Elle dira l'Antienne _Veni Sancte Spiritus_, & le reste comme celles qui sont au Choeur.

2. Puis elle dira. Humilions-nous devant la divine Majesté, avec ces paroles d'Abraham. _Loquar ad Dominum, ego pulvis & cinis_, c'est-à-dire, parlerai-je au Seigueur, moi qui ne suis que poussiere & que cendre. Et avec celles du Publicain, _Deus propitius esto mihi peccatori_. Mon Dieu, soyez propice à cette pauvre pecheresse.

3. Offrons notre mémoire au Pere éternel, le priant de la délivrer des distractions, & qu'il lui suggere ce que nous devons méditer.

4. Offrons notre entendement à Notre-Seigneur, le priant de l'éclairer dans la méditation, lui faisant entendre, & bien pénétrer ce qui est convenable pour la gloire de Dieu.

5. Offrons notre volonté au Saint Esprit, le priant de l'emflamer en l'amour Divin, & qu'il excite en elle toutes les affections qui seront à sa plus grande gloire.

6. Prions Notre-Seigneur Jesus-Christ qu'il nous donne sa grace, afin que toutes nos forces & operations tendent sincerement à sa pure gloire, & à son pur honneur.

7. Faisons une inclination de coeur à la Bienheureuse Vierge, Notre-Dame, la priant de nous donner sa benediction, de daigner être avec nous dans ce saint exercice, & de nous favoriser envers son trés-cher Fils.

8. Prions encore l'Ange Gardien, notre Pere saint Augustin, les Saints à qui nous avons dévotion, & tous les Bienheureux du Ciel, qu'il nous assistent, & qu'ils presentent nos Oraisons à Notre-Seigneur.

Sur chacun de ces points de préparation, elle s'arrêtera après les avoir prononcés; autant de tems qu'il sera necessaire pour les accomplir intérieurement, donnant le tems aux Soeurs de faire de même, & puis elle passera à une autre.

Ces articles de préparation étant finis, si la matiere qui doit être meditée avoit quelque prélude, ou introduction, elle les circonstanciera l'un après l'autre, ainsi qu'elle le jugera à propos.

Puis elle proposera le premier point de la meditation produisant quelque affection conforme & quelque instruction profitable.

Et lorsqu'elle se sera arrêtée sur un point autant qu'elle le jugera necessaire, elle en proposera un autre.

Sur la fin de la meditation il est convenable de faire un colloque conformément aux obligations que nous avons à Dieu, & à nos necessités, nous excitant avec une nouvelle ferveur à produire des actes excellens de Latrie & de religion envers la Majesté Divine, sçavoir, des actes de loüange, de benediction, d'adoration, d'amour, de remerciement, d'offrande, & de demande, pour nous & pour notre prochain.

La méditation étant finie, elles diront les Oraisons que disent celles qui sont au Choeur.

Puis à quelque heure du jour elle leur fera repeter leur meditation, tant celle du matin que celle du soir precedent, voyant comme elles auront sçû se dilater sur chaque point envers Dieu ou envers Notre-Seigneur en tant qu'homme, ou envers Notre-Dame, (si elle étoit comprise dans tel point,) quelles instructions elles en auront tirés pour elles, quels sentimens elles auront eu, & à quelles affections elles se seront excitées.

Et où elle verra qu'elles auront été stériles, elle leur découvrira quelque bon sentiment qu'elles n'auroient pas pû produire. Leur enseignant le moyen de s'étendre sur les points, & d'en tirer diverses affections, ainsi qu'il est écrit au traité de l'Oraison du Pere Loüis Dupont de la Compagnie de Jesus, lequel traité ou d'autre semblable, elle devra sçavoir fort parfaitement, & aura soin de le faire bien aprendre aux Novices, cela étant sa principale obligation, à cause de l'importance dont est l'Oraison, & pour le long espace de tems qu'elles y doivent employer selon l'ordre de notre Institut. D'où vient que quand une Novice ne sera pas reconnuë assez habile dans l'art de mediter durant l'année de son Noviciat, il sera à propos qu'elle reste sous la conduite de la Maîtresse, ou bien sous celle de quelque autre, pour recevoir d'elle les points, jusques à ce qu'au jugement de la Mere Prieure & de la Maîtresse elle soit capable de faire la méditation au Choeur avec les autres.

Elles pourront faire les repetitions séparement, afin que la Maîtresse puisse instruire chacune selon son besoin, quoique quelquefois, elle en fera faire des conferences publiques, ainsi qu'elle le jugera à propos.

Et toutes les fois que l'on lira les régles pour la Méditation, elle les fera répeter publiquement à chacune d'elles jusques à ce qu'elle les sçachent bien.

Elle leur enseignera de même comment elles se doivent comporter dans les tems de consolations & de goût spirituels dans celui de la sterilité & de la secheresse d'esprit.

Elle instruira encore les Converses qui seront Novices, non-seulement aux coûtumes, mais aussi pour l'oraison, conformément à leur capacité, leur donnant principalement des Mysteres ou les actions exterieures de Nôtre-Seigneur & ses souffrances corporelles seroient plus à leur portée.

Et lors que les Converses pourront sans préjudicier à leurs Offices, & aux occupations qui leur seront imposées par la Mere Prieure, & sans manquer à dire les chapelets qu'elles sont obligées de réciter, ce sera bienfait qu'elles assistent à la méditation.

De l'ordre que les Novices doivent observer toute la journée.

Chapitre XXV.

Les Novices observeront l'ordre de la maison tant pour leur lever, comme pour aller au Choeur, à la Messe & à la table, &c.

L'oraison du matin étant achevée, elles se retireront dans leurs chambres autant de tems qu'il plaira à la Maîtresse pour faire leur lit & leur chambre, & penser un peu au fruit qu'elles auront tiré de l'Oraison.

Dans les tems que les autres iront au travail; elles se rendront au Noviciat avec leur Maîtresse, & chacune repetera la méditation qu'elle aura faite le matin, & celle du soir precedent.

Après les répetitions la Maîtresse les instruira par ordre sur diverses choses conformes à celles qui ont été dites au Chapitre precedent, leur faisant repeter, & bien comprendre les instructions qu'elle leur donnera jusques à l'heure du travail manuel, qui doit être le matin avant dîner, conformément à l'ordre que la Maîtresse leur prescrira.

Puis après que le signal du dîner sera donné, elles iront en silence au Lavoir, au Chapitre, au Refectoire, & à la Table qui leur sera destinée, y demeurant avec la bienséance & la modestie qui est convenable à des Religieuses.

Le dîner étant achevé, & l'action de grace renduë, elles iront en silence à l'endroit qui leur sera destiné pour la récréation; & là elles feront grande attention à se recréer avec modestie, à tenir des discours édifians, & à y converser indifferemment.

La recréation étant finie, elles se retireront dans leurs chambres ainsi que les autres, s'occupant à ce que la Maîtresse leur ordonnera.

Dans les tems que les autres iront travailler elles retourneront au Noviciat. Où entre autres choses, la Maîtresse leur expliquera quelques articles des Constitutions ou des Régles, ou des avis concernant les moyens, tant pour se défaire des vices, que pour acquerir les vertus; commençant par les Constitutions, & peu à peu poursuivant tout le reste par ordre, de sorte que dans un an elles soient trés-capables de toutes choses.

Et ensuite pour ce qui est de l'Oraison elle leur proposera les points qu'elles devront méditer le soir & le matin suivant, leur donnant sur les sujets quelqu'éclaircissement selon qu'il lui semblera convenable, afin de les rendre plus capables pour la méditation; elle leur fera repeter le matin l'Oraison qu'elles auront faite le soir, afin de la mieux penetrer, & en tirer plus grand fruit; insistant davantage sur les points qui leur donneront plus d'édification.