Réflexions ou sentences et maximes morales

Chapter 19

Chapter 194,311 wordsPublic domain

[145] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité. Pour cela il faut savoir le détail des choses, et comme il est presque infini. De là vient que si peu de gens sont savants, et que nos connaissances sont superflues et imparfaites. On décrit les choses au lieu de les définir. En effet on ne les connaît et on ne les peut connaître qu'en gros, et par des marques communes. C'est comme si quelqu'un disait que le corps humain est droit, et composé de différentes parties, sans dire la matière, la situation, les fonctions, les rapports et les différences de ses parties (MP 6 et max. 106, I 116).

[146] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres, que par leur mérite; et nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges. La modestie, qui semble les refuser, n'est en effet qu'un désir d'en avoir de plus délicates (max. 143 et MS 27, I 146 et 147).

[147] On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit: l'un la prend comme une récompense de son mérite, l'autre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement (max. 144. I 148).

[148] Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui découvrent par contre-coup des défauts en nos amis, que nous n'osons divulguer (max. 145, I 149).

[149] Nous élevons la gloire des uns pour abaisser par là celle des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne, si on ne voulait pas les blâmer tous deux (max. 198, I 149. 2e état).

[150] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui leur sert que la louange qui les trahit (max. 147. I 152).

[151] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui médisent (max. 148, I 153).

[152] La raillerie est une gaieté agréable de l'esprit, qui enjoue la conversation, et qui lie la société si elle est obligeante, ou qui la trouble si elle ne l'est pas (début de MP 34).

[153] Elle est plus pour celui qui la fait que pour celui qui la souffre (suite de MP 34).

[154] C'est toujours un combat de bel esprit, que produit la vanité; d'où vient que ceux qui en manquent pour la soutenir, et ceux qu'un défaut reproché fait rougir, s'en offensent également, comme d'une défaite injurieuse qu'ils ne sauraient pardonner (suite de MP 34).

[155] C'est un poison qui tout pur éteint l'amitié et excite la haine, mais qui corrigé par l'agrément de l'esprit, et la flatterie de la louange, l'acquiert ou la conserve; et il en faut user sobrement avec ses amis et avec les faibles (fin de MP 34).

[156] L'intérêt fait jouer toute sorte de personnages, et même celui de désintéressé (max. 39, I 43).

[157] Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé est net, sincère, et honnête (max. 170, I 178).

[158] La sincérité est une naturelle ouverture du coeur; on la trouve en fort peu de gens, et celle qui se pratique d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour arriver à la confiance des autres (max. 62, I 71).

[159] Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité les trouble souvent, en nous faisant courir à cent choses à la fois. De là vient que pour désirer trop les moins importantes nous ne faisons pas assez pour obtenir les plus considérables (max. 66, I 76).

[160] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumière des autres (max. 40, I 44).

[161] On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu, que par intérêt (MS 28, I 151).

[162] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, I 299).

[163] Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons: il dépend de nous de les acquérir et de nous en servir sans crime, au lieu qu'elles nourrissent et accroissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu. Nous pouvons les consacrer à toutes les vertus, et les rendre même par là plus agréables et plus éclatantes (MP 3)

[164] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privait... C'était un secret qu'ils avaient trouvé pour se dédommager de l'avilissement de la pauvreté. C'était enfin un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (max. 54, I 63).

[165] La finesse n'est qu'une pauvre habileté (MP 2).

[166] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens d'esprit emploient communément. Les plus habiles affectent de les éviter toute leur vie, pour s'en servir dans quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt (max. 124, I 126).

[167] Comme elles sont l'effet d'un petit esprit, il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se découvre en un autre (max. 125, I 127).

[168] La plus déliée de toutes les finesses est de faire semblant de tomber dans les pièges que l'on nous rend. On n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. 117, I 121).

[169] Chacun pense être plus fin que les autres; et si l'on était habile, on ne ferait jamais de finesse ni de trahison (MP 5 et max. 126, I 128).

[170] La folie nous suit dans tous les temps de la vie; et si quelqu'un paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune (max. 207, I 219).

[171] Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires; et qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (MS 22, I 132, et max. 209, I 221).

[172] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le véritable dessein de trahir (max. 120, I 124).

[173] Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est que l'intérêt et la vanité qui les causent (max. 232. I 246).

[174] Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions; car, sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, ou de notre considération, en la personne que nous avons perdue. De cette manière les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'était une espèce d'hypocrisie, parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-même. Il y en a une autre, qui n'est pas si innocente, et qui impose à tout le monde. C'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Car le temps, qui consomme tout, ayant consommé ce qu'elles pleurent, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions qu'elles égaleront la durée de leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable douleur (cf. la maxime suivante).

[175] Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres espèces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui par conséquent s'écoulent incontinent. On pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être pleuré, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la précédente: max. 233, I 247).

[176] Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la corruption de leur coeur aux autres et à eux-mêmes; les vrais honnêtes gens sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres (max. 202, I 214).

[177] Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien (max. 203, I 215).

[178] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui nous paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit, et que les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leurs esprits un égarement et une précipitation de retourner à ce qu'ils veulent dire, au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les autres, de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et bien répondre c'est une des grandes perfections qu'on puisse avoir (max. 139. I 141).

[179] La coquetterie est le fonds de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice, parce que la coquetterie de quelques-unes est arrêtée et enfermée par leur tempérament et par leur raison (max. 241. I 263).

[180] La galanterie est un tour de l'esprit par lequel il pénètre les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui sont les plus capables de plaire (max. 100, I 110).

[181] La politesse est un tour de l'esprit par lequel il pense toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max. 99. I 109).

[182] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et qu'il trouve toutes achevées en lui-même de sorte qu'il semble qu'elles y soient cachées, comme l'or et les diamants dans le sein de la terre (max. 101. I III).

[183] La politesse des États est le commencement de leur décadence, parce qu'elle applique tous les particuliers à leurs intérêts propres et les détourne du bien public (MS 52, I 282).

[184] La civilité est une envie d'en recevoir; c'est aussi un désir d'être estimé poli (max. 260. I 283).

[185] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de chaque chose (max. 244, I 266).

[186] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le manque de vertu (max. 186, I 195).

[187] Quand on ne trouve point son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).

[188] Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausseté des vertus, c'est que nous croyons trop aisément qu'elles sont véritables en nous (MP 7).

Sentences et maximes de morale par M. D. L. R. 1663 (B.N., Collection Smith-Lesouef, ms. 90)

[1] Les vices entrent dans la composition des vertus..., comme H I. (Cf. L 227.)

[2] Si on avait ôté de ce que l'on appelle force..., et la suite comme H 6.

[3] La clémence est un mélange de gloire..., et la suite comme L 217 et le début de H 7.

[4] On n'est jamais si ridicule..., comme H 15. (Cf. L 220.)

[5] La durée de nos passions..., comme H 86 et L 221.

[6] L'amour est à l'âme..., comme L 223. (Cf. H 91.)

[7] La folie suit..., et la suite comme L I. (Cf. H 170.)

[8] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts. (Cf. L 2 et début de H 137.)

[9] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons..., et la suite comme H 138. (Cf. L 3.)

[10] Nous promettons..., comme L4 et H 16. suivie de L 5

[11] Ce qui rend nos amitiés..., comme L 6 et H 89.

[12] Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer..., et la suite comme L 7 (Cf. H 90.)

[13] Les Français ne sont pas seulement sujets..., comme L 8. (Cf. H 13.)

[14] Les faux honnêtes gens..., comme L9 et H 176.

[15] On est au désespoir d'être trompé..., comme H 17. (Cf. L 10.)

[16] Les plus sages le sont..., comme L II et début de H 171.

[17] L'amour-propre est plus habile..., comme L 12. (Cf. une phrase au début de H 105.)

[18] Il est aussi aisé de se tromper soi-même..., comme L 13 et H 18.

[19] Rien n'est impossible de soi, il y a des voies qui conduisent à toutes choses; si nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyens. (Cf. L 14 et H 21.)

[20] L'intérêt fait jouer..., comme L 15 et H 156, suivi de L 16 (cf. H 8) et de L 17 (H. 173).

[21] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments..., comme L 18 et le début de H 146.

[22] L'homme est conduit..., comme L 19.

[23] La modestie qui semble refuser..., comme L 20. (Cf. fin de H 146.)

[24] L'orgueil se dédommage toujours..., comme L 21 et H 139.

[25] L'amitié la plus sainte..., comme L 22. (Cf. H 88.)

[26] La félicité est dans le goût..., comme L 23. (Cf. H 122.)

[27] Quand on ne trouve point son repos..., comme L 24 et H 187.

[28] On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien qu'il y en ait..., et la suite comme L 25. (Cf. H 135.)

[29] Quoique toutes les passions..., comme L 26 et H 87.

[30] La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière parce qu'elle ne cherche..., et la suite comme L 27 et H 104.

[31] Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion des biens et des maux qui les rend égales (Cf. L 28 et H 126.)

[32] On n'aime point à louer..., comme H 147 (cf. début de L 29), sauf deux variantes: celui qui la reçoit et celui qui la donne (au lieu de: celui qui la donne et celui qui la reçoit); un la prend (au lieu de: l'un la prend.)

[33] Nous choisissons toujours des louanges empoisonnées qui découvrent par contre-coup des défauts en nos amis, que nous n'osons divulguer. (Cf. suite de L 29 et début de H 148.)

[34] Nous élevons la gloire des uns..., comme H 149. (Cf. fin de L 29.)

[35] Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu'on peut dire est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cachée et délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de misères. (Cf. L 30 et H 93.)

[36] Quelques grands avantages que la nature donne..., comme L 31 et H 121.

[37] Il n'y a point de libéralité..., comme L 32 et H 29.

[38] L'amour de la gloire..., comme H III (Cf. L 33.)

[39] On pourrait dire qu'il n'est point..., et la suite comme L 34 et H 123.

[40] On ne veut point perdre la vie..., comme H 116. (Cf. L 35.)

[41] La valeur, dans les simples soldats..., comme L 36 et H 117.

[42] Les crimes deviennent innocents, et même glorieux, par leur nombre et par leur excès; de là vient que les voleries publiques sont des habiletés, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conquêtes. Le crime a ses héros ainsi que la vertu. (Cf. L 37 et H 4.)

[43] Les grands et les ambitieux..., comme H 119. (Cf. L 38.)

[44] Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien. (Comme H 177, cf. L 39.)

[45] La générosité c'est un désir de briller..., comme L 40. (Cf. H 120.)

[46] Le jugement n'est autre chose... de son étendue, de sa profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture, et de sa délicatesse. L'étendue de l'esprit est la mesure de sa lumière; la profondeur est celle qui découvre le fond des choses; le discernement compare et distingue les choses. La justesse ne voit que ce qu'il faut voir; la droiture prend toujours le bon droit des choses; la délicatesse aperçoit les choses imperceptibles, et le jugement prononce ce que les choses sont. Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualités ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel voyant tout remontre dans la plénitude de ces lumières tous les avantages dont nous venons de parler. (Cf. L 41 et H 38-39.)

[47] Quand la vanité ne fait point parler..., comme L 42 et H 144.

[48] La sincérité est une naturelle ouverture..., et la suite comme L 43. (Cf. H 158.)

[49] La finesse n'est qu'une pauvre habileté. (Comme L 44 et H 165.)

[50] Dieu seul fait les gens de bien..., comme L 45, mais sans la citation italienne.

[51] Nous récusons tous les jours des juges pour le plus petit intérêt, et nous commettons..., et la suite comme L 46.

[52] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens d'esprit emploient communément, les plus habiles affectant de les rejeter toute leur vie pour s'en servir en quelque grand intérêt. (Cf. L 47 et H 166.)

[53] Comme la finesse est l'effet..., comme L 48. (Cf. H 167.)

[54] On s'est trompé quand on a cru, après tant de grands exemples, que l'amour et l'ambition triomphent toujours des autres passions; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse; elle usurpe insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus. (Cf. L 84 et H 94.)

[55] Rien ne nous plaît tant..., comme H 141, sauf une variante: leur emploi au lieu de leurs emplois, et la fin: que la confiance est comme un relâchement de l'âme, causé par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine. (Cf. L 49.)

[56] Nous ne nous apercevons que des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament, comme de la violence, de la colère, etc., mais personne quasi ne s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volonté à des actions différentes; elles veulent ensemble..., et la suite comme L 50. (Cf. H 136.)

[57] La pitié est un sentiment..., comme L 51 et H 22, sauf un mot: actions au lieu de occasions.

[58] Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté..., comme H 35, sauf la fin: il réunit, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur. (Cf. L 52.)

[59] L'humilité est une feinte soumission..., comme H 25, sauf deux différences: I sous toutes ses figures au lieu de dans toutes ses figures; 2 où on l'élève au lieu de où l'on l'élève. (Cf. L 53.)

[60] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des extrémités où l'on arrive rarement. L'espace qui est entre les deux est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage: il y a plus de différence entre elles qu'il y en a entre les visages et les humeurs; cependant elles conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée; il y en a qui sont assez contents quand ils ont satisfait à l'honneur du monde, et qui font fort peu de choses au delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur. D'autres se laissent quelquefois emporter à des épouvantes générales. D'autres vont à la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes. Enfin il s'en trouve à qui l'habitude des moindres périls affermit le courage, et les prépare à s'exposer à des plus grands. Outre cela, il y a un rapport général que l'on remarque entre tous les courages des différentes espèces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général qui, à parler plus absolument, s'étend sur toutes sortes d'hommes c'est qu'il n'y en a point qui fassent ce qu'ils seraient capables de faire dans une occasion s'ils avaient une certitude d'en revenir; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose à leur valeur et diminue son effet. (Cf. L 54 et H 113.)

[61] On élève la prudence jusques au ciel., comme L 55. sauf une différence aussi peu connue au lieu de inconnue. (Cf. H 14.)

[62] Rien n'est plus divertissant que de voir..., comme L 56 sauf deux différences: I recevoir des conseils au lieu de recevoir des conduites; 2 il pare d'abord la sincérité de son avis au lieu de il paie d'abord la sincérité de son ami. (Cf. H 19.)

[63] Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions, car, sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous pleurons les nôtres, c'est-à-dire la diminution de notre bien, de notre plaisir ou de notre considération, en la personne que nous pleurons. De cette manière les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleuraient. J'ai dit que c'était une espèce d'hypocrisie parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-même. Il y en a une autre qui n'est pas si innocente et qui impose à tout le monde, c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur; car, le temps, qui consomme tout, l'ayant consommée, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre et travaillent à persuader par toutes leurs actions qu'elles égaleront la durée de leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable douleur. (Cf. L 57 et H 174.) Suivi de Outre ce que nous avons dit..., comme L 58 et H 175.

[64] Les philosophes, et Sénèque surtout..., comme L 59. (Cf. H 142.)

[65] Les affaires et les actions des grands hommes..., comme L 60 et H 103, sauf les derniers mots: on est éloigné au lieu de on en est éloigné.

[66] Comment prétendons-nous qu'un autre..., comme L 61.

[67] Les philosophes ne condamnent les richesses que par les mauvais usages ..., et la suite comme L 62. (Cf. H 163.)

[68] Celui-là n'est pas raisonnable..., comme L 63 et H 23.

[69] La plus déliée de toutes les finesses..., comme H 168. (Cf. L 64.)

[70] La pure valeur (s'il y en avait)..., comme L 65 et H 114.

[71] L'intrépidité est une force extraordinaire..., comme L 66 et H 115.

[72] L'orgueil, comme lassé de ses artifices..., comme H 143. (Cf. L 67.)

[73] La politesse est un tour de l'esprit..., comme H 181. (Cf. L 68.)

[74] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il pénètre les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui sont les plus capables de plaire aux autres. (Cf. L 69 et H 180.)

[75] Qui ne rirait de la modération..., comme L 70. (Cf. H 27.)

[76] La modération dans la bonne fortune..., comme L 71 et le début de H 26.

[77] La politesse des États..., comme L 72 et H 183.

[78] La faiblesse de l'esprit..., comme H 20. (Cf. L 73.)

[79] La gravité est un mystère du corps..., comme L 74 et H 9; suivi de: La sévérité des femmes c'est un ajustement et un fard qu'elles ajustent [sic] à leur beauté..., et la suite comme H. 10. (Cf. L 75.)

[80] Ceux qui voudraient définir la victoire..., comme L 76, mais avec omission des mots comme les poètes (Cf. H 134)

[81] La modération dans la bonne fortune..., comme L 77, (Cf. fin de H 26.)

[82] La persévérance n'est digne de blâme ni de louange..., comme L 78 et H 40.

[83] La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre. La civilité est une envie d'en recevoir, c'est aussi un désir d'être estimé poli. (Comme L 79-80, et H 124 suivi de H 184.)

[84] La vérité qui fait les gens véritables est une perceptible ambition..., et la suite comme L 81 et H 41.

[85] Nous avouons nos défauts..., comme L 82 et H 24.

[86] La clémence des princes est une politique..., comme L 83. (Cf. fin de H 7)

[87] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses..., comme L 85.

[88] Il y a deux sortes d'inconstance: l'une qui vient de la légèreté de l'esprit qui à tous moments change d'opinion, ou plutôt de la pauvreté de l'esprit qui reçoit toutes les opinions des autres; l'autre, qui est plus excusable, vient de la fin du goût des choses que l'on aimait. (Cf. L 86 et H 101.)

[89] La sobriété est l'amour de la santé..., comme L 87 et H 30.

[90] La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation et de leur repos. (Cf. L 88 et H 28.)

[91] Le mépris des richesses, dans les philosophes..., comme H 164, sauf une variante: un chemin détourné de la pauvreté au lieu de un chemin détourné. (Cf. L 89.)

[92] La fidélité est une invention rare..., comme H 31, à une légère différence près: quelque occasion au singulier. (Cf. L 90.)

[93] L'éducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre qu'on leur inspire. (Comme L 91 et H 32.)

[94] Notre repentir ne vient point de nos actions..., comme L 92 et H 33.