Réflexions ou sentences et maximes morales

Chapter 16

Chapter 164,171 wordsPublic domain

[115] La constance en amour est une inconstance perpétuelle qui fait que notre coeur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre, de sorte que cette constance n'est que notre inconstance arrêtée et renfermée dans un sujet (max. 175. I 184).

[116] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur mérite, mais selon nos besoins et l'opinion que nous croyons leur avoir donnée de ce que nous valons (MS 70, I 248).

[117] Il n'y a point d'amour pure et exempte du mélange de nos autres passions, que celle qui est cachée au fond du coeur et que nous ignorons nous-mêmes (max. 69, I 79).

[118] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le manque de vertu (max. 186, I 195).

[119] La passion fait souvent du plus habile homme un sot et rend quasi toujours les plus sots habiles (max. 6, I 6).

[120] Il y a des gens niais qui se connaissent niais et qui emploient habilement leur niaiserie (max. 208, I 220).

[121] Tout le monde est plein de pelles qui se moquent des fourgons (MS 5. I 33).

[122] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité (MP 6).

[123] Pour savoir, il faut savoir le détail des choses, et comme il est presque infini, de là vient que si peu de gens sont savants et que nos connaissances sont superficielles et imparfaites, et qu'on décrit les choses au lieu de les définir. En effet on ne les connaît et on ne les fait connaître qu'en gros et par des marques communes, de même que si quelqu'un disait que le corps humain est droit et composé de différentes parties, sans dire le nombre, la situation, les fonctions, les rapports et les différences de ces parties (max. 106, I 116).

[124] Il est bien malaisé de distinguer la bonté répandue et générale pour tout le monde de la grande habileté (MS 44, I 252).

[125] On incommode toujours les autres quand on est persuadé de ne les pouvoir jamais incommoder (max. 242, I 264).

[126] Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux des hommes sont représentées par les politiques comme les effets des grands intérêts, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions; ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du monde, était un effet de la jalousie (max. 7, I 7).

[127] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours; elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles et l'homme le plus simple, qui sent, persuade mieux que celui qui n'a que la seule éloquence (max. 8, I 8).

[128] La vraie éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à ne dire que ce qu'il faut (max. 250, I 273).

[129] Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être malheureux pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont de véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre jamais à persécuter que les personnes qui ont des qualités extraordinaires (max. 50, I 57).

[130] La coquetterie est le fond de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice parce que la coquetterie de quelques-unes est arrêtée et enfermée par leur tempérament et par leur raison (max. 241, I 263).

[131] Un homme d'esprit serait souvent embarrassé sans la compagnie des sots (max. 140, I 142).

[132] Les pensées et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur sont propres; c'est ce qui fait les bons et les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent (max. 255, I 278).

[133] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point et qu'il trouve toutes achevées en lui-même, de sorte qu'il semble qu'elles y soient cachées comme l'or et les diamants dans le sein de la terre (max. 101, I 111).

[134] La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire infailliblement (MS 46, I 256).

[135] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le véritable dessein de trahir (max. 120, I 124).

[136] L'approbation que l'on donne à l'esprit, à la beauté et à la valeur les augmente et les perfectionne et leur fait faire de plus grands effets qu'ils n'auraient été capables de faire d'eux-mêmes (max. 150, I 156).

[137] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes, que de voir que nous avons été dans des états et dans des sentiments que nous désapprouvons à cette heure (max. 51, I 58).

[138] Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison (max. 42, I 46).

[139] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas tant la lassitude que l'on a des vieilles, ni le plaisir de changer, que le dégoût que nous avons de n'être pas assez admirés de ceux qui nous connaissent trop et l'espérance de l'être davantage de ceux qui ne nous connaissent guère (max. 178, I 187).

[140] Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les âmes communes, mais celles qui ont seulement de plus grandes vues (MS 31, I 161).

[141] On n'est jamais si malheureux qu'on craint ni si heureux qu'on espère (MS 9, I 59).

[142] On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer et l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie (max. 141, I 143).

[143] Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausseté des vertus, c'est que nous croyons trop aisément qu'elles sont véritables en nous (MP 7).

[144] La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps, et quelque éloignés que nous paraissions être des passions que nous n'avons point encore ressenties, il faut croire toutefois que l'on n'y est pas moins exposé qu'on l'est à tomber malade quand on se porte bien (max. 188, I 197).

[145] On blâme l'injustice, non pas par la haine qu'on a pour elle, mais par le préjudice qu'on en reçoit (MS 16, I 90).

[146] Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts et les conduire chacun dans son ordre; notre avidité le trouble souvent en nous faisant courir à tant de choses à la fois; de là vient que pour désirer trop les moins importantes, nous ne les faisons pas assez servir à obtenir les plus considérables (max. 66, I 76).

[147] Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (max. 45, I 50).

[148] La honte, la paresse, la timidité ont souvent toutes seules le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).

[149] On n'a plus de raison quand on n'espère plus d'en trouver aux autres (MS 20, I 103).

[150] Ceux qu'on exécute affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des mépris de la mort pour ne pas penser à elle et pour s'étourdir, de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur esprit ce que le mouchoir fait à leurs yeux (max. 21, I 24).

[151] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice (max. 78, I 91).

[152] Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e état).

[153] La plupart des hommes s'exposent assez à la guerre pour sauver leur honneur, mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils s'exposent (max. 219, I 233).

[154] On ne loue que pour être loué (max. 146, I 150).

[155] Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé net, sincère et honnête est plutôt un effet de probité que d'habileté (max. 170, I 178).

[156] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de chaque chose (max. 244, I 266).

[157] On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt (MS 28, I 151).

[158] La vérité est le fondement et la justification de la beauté (MS 49, I 260).

[159] Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max. 34, I 38).

[160] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous désirons toutes choses comme si nous étions immortels (MP 8).

[161] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui leur sert que la louange qui les trahit (max. 147, I 152).

[162] La subtilité est une fausse délicatesse et la délicatesse une solide subtilité (max. 128, I 130).

[163] La vérité est le fondement et la raison de la perfection et de la beauté, car il est certain qu'une chose, de quelque nature qu'elle soit, est belle et parfaite si elle est tout ce qu'elle doit être et si elle a tout ce qu'elle doit avoir. (MS 49, I 260).

[164] Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'elles offensent et blessent toujours, même lorsqu'elles parlent raisonnablement et équitablement; la charité a seule le privilège de dire quasi tout ce qui lui plaît et de ne blesser jamais personne (max. 9, I 9).

[165] Le monde, ne connaissant point le véritable mérite, n'a garde de pouvoir le récompenser; aussi n'élève-t-il à ses grandeurs et à ses dignités que des personnes qui ont de belles qualités apparentes et il couronne généralement tout ce qui luit quoique tout ce qui luit ne soit pas de l'or (max. 166, I 173).

[166] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le coeur, il y a un mérite fade et des personnes qui dégoûtent avec des qualités bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e état).

[167] Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de nos amis lorsqu'elles servent à nous faire faire quelque belle action (max. 235, I 249).

[168] Quand il n'y a que nous qui sachions nos crimes, ils sont bientôt oubliés (max. 196, I 207).

[169] L'intérêt donne toute sorte de vertus et de vices (max. 253, I 276).

[170] Plusieurs personnes s'acquittent des devoirs de la reconnaissance, quoiqu'il soit vrai de dire que personne n'en a effectivement (max. 224, I 238).

[171] Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y paraître établi (max. 56, I 65).

[172] Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun se fait une mine et un extérieur qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le mérite, de sorte que tout le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver les choses (max. 256, I 279).

[173] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le monde chante un certain temps quelque fades et dégoûtants qu'ils soient (max. 211, I 223).

[174] Comme dans la nature il y a une éternelle génération et que la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de même il y a dans le coeur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours l'établissement d'une autre (max. 10, I 10).

[175] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable, est véritable dans la physique, mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale et que les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires; ainsi l'avarice produit quelquefois la libéralité, et la libéralité l'avarice, on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace naît de la timidité (max. 11, I 11).

[176] Peu de gens sont cruels de cruauté, mais tous les hommes sont cruels et inhumains d'amour-propre (MS 32, I 174).

[177] L'intérêt parle toute sorte de langues et joue toute sorte de personnages, même celui de désintéressé (max. 39, I 43).

[178] L'esprit est toujours la dupe du coeur (max. 102, I 112).

[179] Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions sous le voile de la piété et de l'honneur, il y en a toujours quelque coin qui se montre (max. 12, I 12).

[180] La philosophie triomphe aisément des maux passés et de ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais les maux présents triomphent d'elle (max. 22, I 25).

[181] Ce qui fait tout le mécompte que nous voyons dans la reconnaissance des hommes, c'est que l'orgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du bienfait (max. 225, I 239).

[182] La vanité et la honte, et surtout le tempérament, fait la valeur des hommes, et la chasteté des femmes, dont chacun mène tant de bruit (max. 220, I 234).

[183] Il y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire des sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient de conduite (max. 156, I 163).

[184] On se console souvent d'être malheureux en effet par un certain plaisir qu'on trouve à le paraître (MS 10, I 60).

[185] On admire tout ce qui éblouit, et l'art de savoir bien mettre en oeuvre de médiocres qualités dérobe l'estime et donne souvent plus de réputation que le véritable mérite (max. 162, I 164).

[186] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie, ils les font valoir ce qu'ils veulent et on est forcé de les recevoir selon leur cours et non pas selon leur véritable prix (MS 67, I 165).

[187] La vertu est un fantôme formé par nos passions à qui on donne un nom honnête pour faire impunément ce qu'on veut (MS 34, I 179).

[188] Peu de gens connaissent la mort; on la souffre, non par la résolution, mais par la stupidité et par la coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt (max. 23, I 26).

[189] L'imitation est toujours malheureuse et tout ce qui est contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles (MS 43, I 245).

[190] Dieu a mis des talents différents dans l'homme comme il a planté de différents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent de même que chaque arbre a ses propriétés et ses effets qui lui sont tous particuliers; de là vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets des talents les plus communs; de là vient encore qu'il est aussi ridicule de vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait point semé les oignons (MP 9).

[191] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir (max. 270, I 294).

[192] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est ce qui fait toute la lumière des autres (max. 40, I 44).

[193] Il y a des reproches qui louent et des louanges qui médisent (max. 148, I 153).

[194] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut avoir l'économie (max. 159, I 166).

[195] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé comme il est, c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en soi-même de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations (MP 10).

[196] On se mécompte toujours dans le jugement que l'on fait de nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (max. 160, I 167).

[197] Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins qui les produisent, sans laquelle les actions ne font jamais tous les effets qu'elles doivent faire (max. 161, I 168).

[198] Quoique la vanité des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein (max. 57, I 66).

[199] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, I 299).

[200] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (max. 209, I 221).

[201] Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin par la longueur de leurs infortunes; cela ne veut pas dire qu'ils fussent forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se donnaient la gêne pour le paraître, et qu'ils soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de leur âme; cela fait voir manifestement qu'à une grande vanité près les héros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).

[202] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils ont et le mérite de leur fortune (max. 212, I 224).

[203] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts (max. 190, I 198).

[204] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).

[205] Il y a des hommes que l'on estime, qui n'ont pour toutes vertus que des vices qui sont propres à la société et au commerce de la vie (max. 273, I 297).

[206] Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la vérité puisque nous nous la cachons si souvent nous-mêmes (MP II).

[207] Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit mépriser (MP 12).

[208] Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si bien persuadés qu'ils disent que la mort n'est pas un mal que le tourment qu'ils se donnent pour éterniser leur réputation (MS 53, I 285, Ier état).

[209] Il semble que c'est le diable qui a tout exprès placé la paresse sur la frontière de plusieurs vertus (MP 13).

[210] La fin du bien est un mal, la fin du mal est un bien (MP 14).

[211] L'orgueil est égal dans tous les hommes et il n'y a de différence qu'en la manière de le mettre au jour (max. 35, I 39).

[212] On blâme aisément les défauts des autres, mais on s'en sert rarement à corriger les siens (MP 15).

[213] On n'oublie jamais si bien les choses que quand on s'est lassé d'en parler (MS 26, I 144).

[214] Comment peut-on se répondre si hardiment de soi-même puisqu'il faut auparavant se pouvoir répondre de sa fortune? (MS II, I 70.)

[215] L'espérance, toute vaine et toute trompeuse qu'elle est d'ordinaire, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un beau chemin (max. 168, I 175).

[216] La magnanimité est assez définie par son nom; on pourrait dire toutefois que c'est le bon sens de l'orgueil et la voie la plus noble qu'elle ait pour recevoir des louanges (max. 285, I 313).

[217] La clémence c'est un mélange de gloire, de paresse et de crainte dont nous faisons une vertu (max. 16, I 16).

[218] On n'est pas moins exposé aux rechutes des maladies de l'âme que de celles du corps; nous croyons être guéris bien que le plus souvent ce ne soit qu'un relâche ou un changement de mal; quand les vices nous quittent, nous voulons croire que c'est nous qui les quittons; on pourrait presque dire qu'ils nous attendent sur le cours ordinaire de la vie comme des hôtelleries où il faut successivement loger, et je doute que l'expérience même nous en peut [sic] garantir s'il nous était permis de faire deux fois le même chemin (max. 193, 192 et 191, I 204, 203 et 202).

[219] Si l'on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié (max. 72, I 82).

[220] On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que par celles qu'on affecte d'avoir (max. 134, I 136).

[221] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie (max. 5, I 5).

[222] Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais eu de galanteries, mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais eu qu'une (max. 73, I 83).

[223] L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps qu'elle anime (MS 13, I 77).

[224] Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas (max. 70, I 80).

[225] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on ne peut se plaindre avec justice de la cruauté de sa maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).

[226] La durée de l'amour et ce qu'on appelle ordinairement constance sont deux choses bien différentes: la première vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime, comme dans une source inépuisable, de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de qu'on se fait un honneur de tenir sa parole (max. 176, I 185).

[227] Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la médecine, la prudence les assemble, elle les tempère et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).

[228] Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilité (MP 16).

[229] La curiosité n'est pas, comme l'on croit, un simple amour de la nouveauté: il y en a d'intérêt, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir; et il y en a une autre d'orgueil, qui nous donne envie d'être au-dessus de tous ceux qui ignorent les choses, et de n'être pas au-dessous de ceux qui les savent (max. 173, I 182).

[230] On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude (max. 226, I 240).

[231] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impunément (max. 121, I 125).

[232] Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois (max. 149, I 154).

[233] On peut connaître son esprit, mais qui peut connaître son coeur? (max. 103, I 113).

[234] Le vrai ne fait pas tant de bien dans le monde que le vraisemblable y fait de mal (max. 64, I 73).

[235] La petitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté (cf. la maxime suivante).

[236] On ne croit pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous voyons (pour cette maxime et la précédente: max. 265, I 288).

[237] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d'ordinaire pas assez ce qui en est l'origine (MP 17).

[238] Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir, parce qu'on songe plus à paraître aux autres qu'à être effectivement ce qu'il faut être (max. 199, I 210).

[239] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que dans de nouvelles inquiétudes; l'incertitude est sa matière (max. 32, I 35).

[240] Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu'on craint, parce qu'elle cause la fin de la vie ou la fin de l'amour; c'est un cruel remède, mais il est plus doux que les doutes et les soupçons (MP 18).

[241] Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance et la différence qu'il y a entre tous les hommes (MP 19).

[242] C'est être véritablement honnête homme que de vouloir bien être examiné des honnêtes gens en tous temps et sur tous les sujets qui se présentent (max. 206, I 218).

[243] Le désir de vivre ou de mourir sont des goûts de l'amour-propre dont il ne faut non plus disputer que des goûts de la langue ou du choix des couleurs (max. 46, I 52).

[244] Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien (max. 238, I 253).

[245] Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le coeur de l'homme, c'est que l'on craint d'y être découvert (MP 20).

[246] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui plaît il s'en fait plusieurs vertus (max. I, I 293).

[247] On est sage pour les autres, personne ne l'est assez pour soi-même (max. 132, I 133).

[248] La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande partie de celle que l'on a aux autres (MS 47, I 258).

[249] On peut toujours ce qu'on veut, pourvu qu'on le veuille bien (max. 243, I 265 et 272, Ier état).

[250] La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la santé, c'est la folie de la raison (max. 271, I 295).

[251] Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur et de la froideur du sang (MS 2, I 13).

[252] Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre avec peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche ont l'art de parler beaucoup et de ne dire rien (max. 142, I 145).