Récit d'une excursion de l'impératrice Marie-Louise aux glaciers de Savoie en juillet 1814

Part 5

Chapter 53,779 wordsPublic domain

Cette cascade est une rivière tombant du sommet d'une montagne à travers d'épaisses touffes de feuillage. Sa largeur est moyenne, et sa hauteur d'environ trois cents pieds; mais tout son ensemble est d'un effet harmonieux et pittoresque. Resserrée à sa naissance entre deux grands rochers chargés de pins séculaires et d'arbustes qui se penchent sur ses eaux bouillonnantes, elle s'affranchit bientôt de ces entraves, et se déroule en une immense nappe de neige. L'oeil la croirait immobile, si l'on n'était averti de l'impétuosité de sa chute par l'épaisse vapeur qui s'élève jusqu'à son sommet, et par le fracas étourdissant dont sa grande voix frappe l'air, en rejaillissant dans le bassin qu'elle s'est creusé au pied de la montagne. Les ruisseaux qui en découlent vont se perdre dans le Rhône dont les flots rapides fuyent devant la cascade, et n'en sont séparés que par la route. Le bassin est rempli de poissons qui doivent y mener une vie fort agitée. On assure que des truites, lassées sans doute d'un séjour aussi turbulent, luttent contre cette chute d'eau foudroyante, et s'aidant de toutes les inégalités du rocher, parviennent à remonter la cataracte et à gravir jusqu'au sommet. Un faible arc-en-ciel, qui s'évanouit au moment où nous approchions de la cascade, semblait la couronner, et reflétait dans sa voûte irisée les couleurs du prisme. Nous montâmes jusqu'au bord du bassin, en bravant une pluie imperceptible que chassait un vent impétueux causé par la rapidité de la chute du torrent. Mais nous fûmes bientôt forcés d'en descendre. Nous eûmes beaucoup de peine à trouver une place abritée contre cette bruine incommode qui nous atteignait de toutes parts, pour jouir à notre aise de la vue de cette belle cascade. Enfin nous aperçûmes, presque vis-à-vis, un banc de sable laissé à découvert par les eaux du fleuve. Mais il fallait franchir le petit cours d'eau qui nous en séparait. Nous y parvînmes, en mettant en commun notre industrie, non sans un léger accident plus risible que fâcheux, dont fut payé le dévoûment d'un de nos compagnons de voyage.

Nous poursuivîmes notre route en traversant un détroit resserré entre la montagne et le Rhône, qui débouche dans une petite vallée agréable et bien cultivée. On voit de la route l'ermitage de Saint-Maurice pratiqué dans le roc, et planant sur la vallée.

Là, loin du monde et de ses pompes vaines, Vivait jadis un bon religieux. Contre les dons du villageois pieux Il échangeait prières et neuvaines; Et suspendu sur ces étroites plaines, Semblait médiateur entre l'homme et les cieux. Les temps sont bien changés: à ces jours d'innocence A succédé notre siècle de fer. La foi crédule et la simple ignorance Avec le cénobite ont fui de ce désert.

À l'extrémité de cette vallée, on franchit un défilé formé par deux pics d'une prodigieuse élévation, _la Dent du midi_ et la _Dent de morcle_. Le Rhône comprimé en cet endroit, coule avec la rapidité d'un trait sous un beau pont d'un seul arche, qu'on prétend être de construction romaine. La douane placée au milieu du pont ferme par une grille la communication entre le Valais et le canton de Vaud, et marque la limite entre les deux pays. Le Mont-Saint-Branchier dominait derrière nous à l'autre extrémité de la vallée, et semblait en clore l'entrée.

Je ne dois pas passer sous silence la petite ville de Saint-Maurice qui vit, dit-on, le massacre de la légion thébaine, dont le chef chrétien lui aurait donné son nom de martyr. Quelques vestiges d'antiquité y ont été découverts, et l'on nous a montré des restes de murailles dont ce bourg a été autrefois entouré. Il a eu le sort des villes traversées par les hordes de barbares qui ont jadis pénétré en Italie par les Alpes. Les armées sardes et françaises, qui heureusement n'étaient point composées de barbares, l'ont tour-à-tour occupé pendant les dernières guerres.

Nous arrivâmes à Bex, une demi-heure après avoir traversé Saint-Maurice, par une jolie route qu'ombrageaient de beaux châtaigniers.

Bex est un gros bourg dont la situation est charmante. La plupart des maisons sont bien bâties. Le pays est riche, varié et baigné par la rivière de l'Arençon. Nous descendîmes à l'auberge de l'Union, dont je dois louer la propreté et l'élégance.

À deux heures après midi, nous montâmes en char-à-banc pour aller visiter les salines de Bévieux, situées à une heure de chemin de Bex. La route est belle, et bordée, comme elles le sont toutes, par des arbres fruitiers qui y entretiennent l'ombre et la fraîcheur. Nos routes vastes et dégradées sont ornées de fastueuses et stériles avenues. Ici le luxe cède à l'utile; les routes sont belles, suffisamment larges et bien entretenues; elles présentent partout l'aspect d'un long verger. La route que nous suivions nous conduisit au sentier qui mène aux salines, en remontant le torrent de la Grionne.

Arrivée au lieu d'exploitation des eaux salées, la duchesse de Colorno fut reçue par le directeur de la saline qui lui expliqua les procédés employés pour fabriquer le sel. Comme cet épisode industriel fait partie de notre voyage, je dois donner le détail de ces procédés, d'autant mieux que leur simplicité les met tout-à-fait à la portée de mon intelligence en matière de machines. Ma description sera aussi succincte que possible. La brièveté en sauvera l'ennui.

Les bâtiments d'exploitation sont de longs hangars ouverts sur les quatre faces, dans lesquels sont rangées des piles de fagots sur toute la hauteur. L'eau salée, élevée par le jeu des pompes, filtre à travers les fagots, en y déposant ses parties terreuses, et tombe dans des réservoirs placés plus bas. De là elle est conduite par des tuyaux dans des chaudières au fond desquelles le sel se cristallise. Une roue de trente pieds de diamètre, disposée dans un bâtiment particulier, sert à faite mouvoir les pompes destinées à élever les eaux salées. Tels sont les simples procédés, sagement appropriés à la nature et aux produits de cette saline, qui est d'autant plus précieuse pour le pays, qu'elle est à peu près la seule que possède la Suisse.

De la nature ici l'art n'est point le rival, Et le luxe est banni de ces simples usines. On n'y voit point, comme dans les salines De Salzebourg ou bien de Hall[13], Briller l'insigne hiérarchique, Et le faste aristocratique De l'uniforme impérial.

En sortant des bâtimens, on gravit une côte aride, par laquelle on parvient en un quart d'heure au souterrain qui recèle les sources salées. Aucune inscription ni ornement n'annonce sa destination.

À peine parvenue à la voûte rustique, Qui de la mine est le premier portique, Notre reine, _qu'excite un désir curieux_, Emprisonne ses blonds cheveux Sous un noir capuchon; puis de sa fine taille Couvre, sans les cacher, les contours gracieux, D'un sarrau couleur de muraille. La précédant, une torche à la main, Le mineur l'introduit dans l'antre souterrain, Et du sol abaissé suit la pente insensible.

Chacun de nous y pénètre à son tour. Notre pâle flambeau n'y répand pas le jour; Mais il y rend l'obscurité visible.

On n'a besoin ni de paniers ni d'échelles, pour pénétrer dans la mine. La galerie principale qui y donne entrée est presqu'horizontale, longue de plus trois mille toises, haute d'environ huit pieds et large de six. Elle est percée dans une roche calcaire dont les parois, qu'on croirait aplanies au ciseau, sont soutenues en plusieurs endroits par des madriers placés verticalement. Le sol, partout baigné d'eau, est couvert dans toute sa longueur par des ais parallèles, destinés à diriger les brouettes des mineurs. Le service y est fait avec une économique simplicité. Les galeries ne sont point coupées par des salles resplendissantes de stalactites. Les murs et les voûtes ne sont que noirs et bruts.

On arrive en peu de minutes à un grand puits, profond de huit cents pieds, dit-on, dans lequel se déchargent les canaux qui charrient l'eau salée. À droite de ce puits est un vaste réservoir de sept mille pieds de superficie, creux dans quelques parties de deux pieds et dans d'autres de quatorze. On y arrive par un escalier d'une douzaine de marches. Le plafond est supporté à de longues distances par des piliers pratiqués dans le roc.

Après avoir admiré ce beau bassin et la hardiesse du plafond, nous continuâmes à marcher dans la galerie principale, laissant à droite et à gauche d'autres galeries latérales jusqu'à son extrémité, où un mineur était occupé à en prolonger l'excavation. Il était seul; on le relevait toutes les deux heures, car il n'aurait pu demeurer là plus longtemps, sans courir le risque d'être étouffé. C'est ce qui aurait pu lui arriver, aussi bien qu'à nous mêmes, si nous avions voulu prêter une attention trop prolongée à son travail. Depuis le peu d'instants que nous étions entrés dans la galerie, la respiration commençait à nous manquer et nos lumières à pâlir. On nous engagea à ne pas faire durer plus longtemps notre visite dans un lieu, où la petite somme d'air qui s'y trouvait ne suffisait pas à cette consommation inaccoutumée. Nous n'avions pas fait cent pas, que nous entendîmes une détonation semblable à un coup de canon, qui roula au-dessus de nos têtes. Nous la prîmes pour un avertissement d'accélérer notre retraite; c'était l'explosion d'un pétard auquel le mineur venait de mettre le feu.

Avant de gagner la sortie du souterrain, nous eûmes la curiosité d'entrer dans une galerie voisine, pour y voir jouer une machine à soufflets, destinée à introduire dans le souterrain l'air extérieur. Malgré le louable redoublement d'activité de l'ouvrier qui la faisait mouvoir, il fallut songer à la retraite. Nous nous empressâmes de sortir du souterrain pour aller respirer avec délices un air pur dont nos poumons avaient besoin.

En retournant à Bex par un chemin pittoresque, comme tous les sites de ces contrées, nous nous arrêtâmes au village de..., pour y voir un jardin dans lequel un amateur a rassemblé presque toutes les plantes qui croissent dans les Alpes. La clôture de ce jardin était formée par les eaux de l'Avençon qui jaillissent en cascade à l'entrée du village. La simplicité agreste de ce site, et le calme qui y règne, inspirent une douce mélancolie; on voudrait pouvoir passer là ses mauvais jours.

Avant de rentrer à Bex, nous devions une visite au _vieux château_. Nous errâmes assez longtemps autour du mamelon sur lequel il s'élevait, et que couvrait un fourré impénétrable d'ajoncs et d'arbustes sauvages, avant de découvrir le sentier qui conduit au milieu de ses ruines. Les ronces et les plantes épineuses qui s'y croisaient ne nous livrèrent passage qu'aux dépens de nos vêtements, qui ne s'en tirèrent pas sans quelques accrocs.

Enfin nous vîmes les ruines D'un de ces gothiques châteaux Qui, sur le sommet des collines Dressant l'orgueil de leurs créneaux, Gardiens de la contrée, en étaient les fléaux. De ce vieux monument la solide structure, Ses murs épais, ses voûtes, ses arceaux, Semblaient du temps devoir braver l'injure. Aujourd'hui les tristes débris De son antique architecture, Dispersés sur la terre et par le temps flétris, De la mousse ont subi la stérile verdure, Et de la fleur des bois la rustique parure. Des arbustes rampants, dans leurs replis nombreux, Les enlaçaient de leurs jets vigoureux.

Ces ruines paraissaient être les restes d'un vaste édifice. Quel était ce vieux château qui n'a pas de nom dans le pays? C'est ce que personne n'a pu nous dire, et nous n'eûmes pas le temps d'en rechercher la chronique. Nous étions bien tentés d'aller jouir de l'admirable perspective qu'on découvre du haut d'une tour à demi ruinée, qui avait survécu aux outrages du temps; mais nous aurions pu payer cher notre curiosité, en entraînant la tour et nous dans une chute commune. Nous sortîmes de ces ruines par le sentier qui nous y avait amenés; et descendant un talus rapide, nous regagnâmes notre char-à-banc. Nous étions de retour à Bex avant la nuit.

La sérénité du temps nous invitait à nous embarquer sur le lac pour retourner à Genève.

Le lendemain, à six heures du matin, après avoir visité le simple monument élevé à la mémoire de M. Escher, dans le cimetière de Bex, nous partîmes pour aller nous embarquer à Villeneuve, bourg situé à la pointe du lac de Genève. La duchesse de Colorno fut reçue à Villeneuve au milieu d'une affluence considérable, par de jeunes filles vêtues de blanc, qui lui présentèrent des fleurs. Elle monta dans un bateau pavoisé de guirlandes formées par des branches de cerisiers chargées de leur fruit, vivement touchée de ces hommages naïfs, contrastant avec le scrupule qui avait partout respecté son transparent incognito. Les autorités grandes et petites du pays qu'elle avait traversé, spectatrices discrètes de son passage, avaient ignoré son rang avec la plus prudente circonspection. Cette froide réserve, dont elle ne se plaignit cependant pas, rappelait à notre souvenir l'étonnement muet, si semblable à l'indifférence, des soixante ou quatre-vingts curieux rassemblés dans la cour du Carrousel, qui avaient assisté trois mois auparavant à son fatal départ de Paris. L'apathie des rares témoins de cette triste scène, dont la stupeur paralysait l'émotion, contrastait avec le candide empressement des Vaudois. Le bienveillant empressement de ces bons Helvétiens décelait en même temps leur partialité pour la France.

Nous voguâmes heureusement jusqu'à la hauteur du village de Meillerie, au milieu d'un vaste bassin formé par les Alpes et par le Jura, entre d'immenses coteaux couverts de bois, de prairies, de vignobles et de maisons de plaisance, dont chaque site est un point de vue. L'ensemble de ce tableau s'embellissait encore des souvenirs de la _nouvelle Héloïse_. Il embrassait à gauche les rochers de Meillerie, à droite Motreux et Clarens; derrière nous s'élevait le château de Chillon, célèbre par la captivité de Bonnivard et par les vers de lord Byron. Nous vîmes à gauche le Boveret, où le Rhône jette impétueusement par plusieurs embouchures ses flots chargés de limon dans les eaux azurées du lac.

Nous longions de près la côte entre Saint-Gengoulph et Évian, jouissant de l'agréable perspective de ces lieux favorisés de la nature. Le désir de visiter les rochers de Meillerie[14], théâtre des amours de Saint-Preux et de Julie, nous engagea à descendre à terre. Mais la pluie nous surprit, accompagnée d'un vent très-vif qui nous soufflait au visage. Elle nous força à regagner précipitamment notre bateau dans lequel nous eûmes assez de peine à remonter. Bientôt la place ne fut plus tenable. La pluie que nous avions prise pour un grain passager, si fréquent dans les pays de montagnes, tomba avec redoublement, et l'aspect du ciel annonçait qu'elle durerait longtemps. La duchesse de Colorno se décida à relâcher à Évian, où nous fûmes assez heureux pour trouver une voiture qui nous recueillit, et nous ramena à Genève. Nous jetâmes un oeil de regret sur des sites, qui excitaient d'autant plus notre curiosité, que la description qu'on nous en avait faite, et l'ennui d'être obligés de les quitter, sans les avoir parcourus, nous les peignaient plus délicieux.

Ainsi se passa ce voyage de six jours, à l'agrément duquel les accidents même concoururent, et que Marie-Louise embellit par l'aisance et la grâce qu'elle y répandit. Elle y avait momentanément échangé les brillants soucis du trône contre les douceurs de l'obscurité, et s'était souvent surprise à désirer le modeste repos d'une condition privée. Ce petit voyage avait fait une utile diversion à d'amers chagrins, et versé un peu de baume sur des plaies toutes récentes. Sa santé s'était raffermie. Elle avait trouvé dans les émotions variées que fait naître l'aspect des lieux qu'elle venait de visiter, dans le calme pur et dans l'agitation silencieuse qui y règnent, une douce activité qui avait occupé à la fois son corps et son esprit. Ainsi, la main de la providence mêle toujours quelqu'adoucissement, même aux plus grandes infortunes.

ÉPILOGUE.

Le 16 juillet 1814, l'impératrice Marie-Louise était de retour aux Secherons. Elle en partit le lendemain pour Aix, où elle devait prendre les eaux.

Ici, la scène change. L'oiseau qui, sorti de sa prison, essayait dans les airs son vol timide, et s'ébattant aux doux rayons du soleil, jouissait, insoucieux, d'une feinte liberté, retombe au bout de sa course, dans les filets de l'oiseleur qui guettait sa proie.--À deux postes de la ville d'Aix, un officier-général portant l'uniforme autrichien, suivi d'un autre officier qui paraissait être son aide-camp, se présenta à la portière de la voiture de l'impératrice. C'était le général Neipperg qui avait reçu la mission de résider auprès d'elle. Il avait fait préparer son logement à Aix, et il venait à sa rencontre pour l'y conduire.

Je passai deux jours à Aix auprès de l'impératrice, et le troisième je pris congé d'elle pour retourner à Paris. Après une absence qui dura environ six semaines, je me rendis dans les premiers jours du mois de septembre à Berne, où elle m'avait donné rendez-vous. Je ne l'y trouvai plus; mais un billet qu'on me remit de sa part, en me traçant son itinéraire m'invitait à la rejoindre dans l'Oberland, où elle était allée, accompagnée de madame la comtesse Brignole, et du général Neipperg qui avait ordre de ne pas la quitter. L'impératrice devant revenir sous très-peu de jours à Berne, j'y restai pour l'attendre.

Elle avait, pendant mon absence, reçu l'invitation de revenir à Vienne, invitation transmise par le prince Metternich, qui s'efforçait en même temps de lui démontrer l'impossibilité de la mettre en possession des États de Parme, dans l'état présent de l'Italie. Le général Neipperg était là pour assurer l'effet de cette injonction. Elle ne crut pas pouvoir l'éluder, quoiqu'elle parut en être vivement contrariée. Elle fit donc ses dispositions pour retourner à Vienne par les petits cantons. Je m'étais séparé d'elle à Schwitz. J'étais depuis deux jours seulement à Vienne, lorsqu'à ma grande surprise, elle y arriva inopinément.

NOTES

[1: Arrivée le 13 avril à dix heures du matin à Rambouillet, après avoir voyagé pendant toute la nuit, Marie-Louise n'y trouva point son père. Ce prince n'était pas même encore entré dans Paris, où il n'arriva que le lendemain 14. Ce ne fut que le 16 qu'il vint enfin à Rambouillet, suivi par M. de Metternich.--Quant à l'agrément qui avait été en effet demandé à l'Empereur Napoléon pour le lieu de l'entrevue, ce prince n'eut pas à le donner. On ne l'avait pas attendu pour enlever l'impératrice d'Orléans. Pour expliquer la précipitation avec laquelle elle fut entraînée à Rambouillet, il suffira d'ajouter que le lendemain du jour où elle partit d'Orléans, le général Cambronne y arriva avec deux bataillons de la garde impériale, pour protéger son voyage à Fontainebleau. Cette mission du général Cambronne, dont elle n'avait pas été prévenue, n'était sans doute pas ignorée des alliés.]

[2: Les Suisses, pour conserver le souvenir de la victoire qu'ils remportèrent en 1446 sur l'armée du duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire, élevèrent, avec les ossements des vaincus, une pyramide connue sous le nom d'Ossuaire des Bourguignons: Un bataillon d'un régiment français recruté dans le département de la Côte-d'Or, détruisit ce monument en 1798.]

[3: Payerne, petite ville du canton de Vaud, conserve le dépôt des naïves légendes du temps de la reine Berthe, époque fortunée, où régnaient avec cette princesse les vertus et les félicités de l'âge d'or. Sa tombe recouverte d'une table de marbre noir, sur laquelle est gravée une inscription qui rappelle les bienfaits de cette reine, a été replacée dans l'église paroissiale de Payerne.

On montre dans cette église une relique un peu profane, et de plus très-apochryphe, mais consacrée par la croyance et j'ajouterai par la reconnaissance populaire. C'est une vieille selle, dont le bois vermoulu est retenu par des bandes de fer rouillé, et qui est suspendue dans la nef par une corde, en guise de lustre. On croit fermement à Payerne que cette selle servait à la reine Berthe, lorsque cette princesse faisait le tour de ses domaines, en filant, montée sur sa mule, les vêtements de sa famille. De chaque côté de cette selle est une gaine ouverte destinée à recevoir les jambes. On voit sur l'un des côtés un trou rond dans lequel se plaçait, dit-on, le bâton de sa quenouille.]

[4: Ostendent terris hunc tantum fata, neque ultra Esse sinent...

(Virgile, Énéide.)]

[5: Ces vers et ceux qui ont trait à la Mule Marquise (voir ci-après), sont de M. Lalanne, auteur du _Potager_, des _Oiseaux de la Ferme_ et d'autres poèmes didactiques, qui révélèrent un rare talent pour la poésie champêtre, à l'époque où ils parurent. Quoique ces vers, dont le souvenir est sans doute loin de la pensée de M. Lalanne, ne doivent rien ajouter à ses titres littéraires, l'équité et la reconnaissance due à l'intérêt qu'il a bien voulu prendre à cette bagatelle, lorsqu'elle lui a été communiquée, il y a trente-deux ans, me prescrivent de faire cette mention.--Le silence que ce poète distingué garde depuis tant d'années, au fond de la retraite qu'il s'est choisie dans le midi de la France, doit exciter les regrets des amis de la bonne littérature.]

[6: Voir la note précédente.]

[7: La durée de la vie de cet insecte ailé est bornée à la longueur d'un jour. Il y a même des espèces qui ne vivent que pendant quelques heures, et qui s'élançant dans la vie, quand le jour va finir, meurent de vieillesse, au moment où il reparaît.]

[8: Quærens leo quem devoret.]

[9: Voyez la nouvelle de Florian, intitulée Claudine.]

[10: On pouvait d'une main toucher la glace, et de l'autre cueillir des fraises et des framboises qui ont plus de parfum et de saveur que ces fruits de nos jardins.]

[11: Elien rapporte qu'après la défaite des Athéniens à Chéronée, Philippe de Macédoine, pour se prémunir contre l'orgueil de la victoire, voulut que chaque matin on lui rappelât qu'il était homme. Il ne paraissait en effet jamais en public, et ne donnait audience à personne, avant qu'un esclave lui eut crié trois fois: _Philippe, vous êtes homme!_ ce qui n'empêcha pas ce prince de se livrer à ma débauche, d'user de la corruption, et de violer ses traités avec les peuples de la Grèce.]

[12: Les marmottes vivent en famille. Elles se réunissent pour travailler en commun, comme les castors, et pour creuser leur terrier. Cette habitation souterraine consiste en une galerie qui se divise en deux branches, dont l'une conduit à la chambre commune de famille, et l'autre au magasin où sont amassés les matériaux qui servent à boucher le terrier aux approches de l'hiver. Les marmottes passent les trois quarts de l'année dans ces retraites qui sont jonchées et tapissées de mousse et de foin. Elles n'en sortent que pendant les plus beaux jours, pour prendre leurs ébats, ou pour couper de l'herbe et en faire du foin. L'une d'elles fait le guet, montée sur une roche ou sur une place élevée. Quand elle découvre au loin un homme, ou un chien, un renard, un loup, un oiseau de proie, que son instinct lui a signalés comme hostiles, elle fait entendre un sifflement aigu qui avertit ses compagnes de la présence d'un danger. Celles-ci se précipitent dans le terrier; et la sentinelle n'y rentre elle-même que la dernière. La vue d'une chèvre ou celle d'un mouton n'alarme pas les marmottes au même degré.]

[13: Les préposés à l'exploitation de ces mines, qui appartiennent à l'Empereur d'Autriche, portent un habit d'uniforme plus on moins orné, selon les divers grades.]