Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II

Part 6

Chapter 62,759 wordsPublic domain

Alors que les rois mèdes, et spécialement _Astyag_, ont, comme les Assyriens et _Sardanapale_, reçu des peuples opprimés le nom de _Zohâk_ ou de _génies du mal_, leur libérateur _Féridoun_ devra se trouver _Kyrus_, qui effectivement le fut comme _Arbâk_. Dans les récits de _Moïse_ de Chorène, _Hrodan_ ou _Urodan_ est le mot même de _Fridoun_ ou _Féridoun_, attendu que les Arméniens ne prononçant pas _f_, ils le remplacent par _H_, comme font les Espagnols dans les mots _hijo_, _hacer_, _hierro_, etc., pour _fijo_, _facere_, _ferro_. Ce qu’ajoute une autre tradition persane, «que Féridoun, après avoir vaincu Zohâk, envoya en _Abissinie_ une armée contre _Koûs-Fil-Dendan_, c’est-à-dire contre l’_Éthiopien aux dents d’éléphant_, frère de Zohâk»; ce récit, qui porte un caractère antique dans ses expressions, ne peut convenir à Arbâk, et convient très-bien à _Kyrus_, dont le fils Cambyses fit la guerre aux _Éthiopiens_, que nous savons être une race fraternelle des Homérites; enfin cet entraînement d’Azdebâk au mont Dembaouend; convient encore à Kyrus, qui, selon Ktésias[62], confina Astyag chez les _Barcaniens_ ou _Hyrcaniens_, dans le pays desquels se trouve le mont Dembaouend: ceci nous expliquerait un fait historique cité par Mirkoud:

«[63]Vers l’an 1000 de notre ère, dit-il, lorsque Mahmoud Sebecteghin détruisit la dynastie des princes de _Gaur_, la tradition du pays était qu’ils descendaient des enfants de _Zohâk_, auxquels Féridoun laissa la vie, en transportant leur père au Dembaouend.»

Or Ktésias dit qu’Astyag[64], pour sauver _ses enfants_ et ses _petits-enfants_, se livra lui-même à Kyrus.

Un autre fait paradoxal cité par un écrivain grec, se trouve redressé en prenant encore _Astyag_ pour _Zohâk_ Clitarque, cité par Athénée[65], prétendait, contre-tous les autres historiens, que _Sardanapale_, après avoir perdu son trône, n’avait point perdu la vie, mais qu’il avait vécu jusqu’à une grande vieillesse. Clitarque aura entendu les Perses dire cela de _Zohâk_; et comme Sardanapale est aussi un _Zohâk_, cet auteur s’est mépris dans l’application, et il a attribué au dernier roi assyrien ce qui appartenait au dernier roi mède; l’un et l’autre vaincus par un _Féridoun_, avec des circonstances très-ressemblantes.

Selon les anciens romanciers persans, Féridoun, vainqueur de _Zohâk_, épousa une de ses filles dont il eut deux fils, _Tour_ et _Salem_. Rien de tel ne peut se dire d’Arbâk, vis-à-vis de Sardanapale; mais, selon Ktésias, Kyrus, vainqueur d’_Astuigas-Azdehak_, épousa sa fille, et en eut deux fils, _Cambyses_ et _Tanyo-Xarcès_[66]. Féridoun épousa une autre femme de sang perse, dont il eut _Iredj_: leur ayant partagé l’empire, il abdiqua. Nous ne connaissons point d’abdication à Kyrus; mais nos auteurs sont sujets à ces fictions: d’ailleurs le récit de Ktésias a ici quelque analogie.

«Kyrus mourant, nomma pour son successeur _Cambyses_, son fils aîné; en même temps il établit _Tanioxarcès souverain indépendant_ des Bactriens, des Choramniens, des Parthes et des Kermaniens (c’est-à-dire de la partie orientale de son empire); et de plus il donna aux deux petits-fils d’_Astuigas_ les deux satrapies des Derbikes et des Barkaniens.»

Voilà une sorte de partage tripartite. Ktésias[67] ajoute que _Cambyses_ fit périr son frère _Tanyo-Xarcès_, et les romanciers disent qu’Iredj fut tué par ses frères. Quant à ce qu’ils ajoutent, qu’Iredj donna son nom à l’_Iran_, et _Tour_ au _Tour-an_, ils oublient, ou plutôt ils ignorent que, dès la plus haute antiquité, l’histoire nous présente la Médie sous le nom d’_Aria_ et d’_Ériéné_, et le pays montueux de l’ouest et du nord, sous le nom générique de _Taur_ et _Tour_; ils confondent tout, et leurs récits ressemblent à un jeu de cartes brouillé.

Ce fils d’_Iredj_, nommé _Manutchehr_, venge sa mort, en faisant à ses oncles une guerre où ils périssent: ce dernier trait ne ressemble à rien de connu. Quant aux actions de _Manutchehr_, pendant son règne de 50 ans, elles ressemblent à celles de _Dêïôk_ et de _Kyaxarès_. Phraortes est toujours supprimé. Manutchehr, comme Déïokès, rétablit l’ordre public, divise l’empire en provinces, crée des gouverneurs, institue des chefs de bourgade indépendants des gouverneurs, de peur que ceux-ci n’eussent trop de moyens de se révolter: il fait creuser des canaux par tout l’Aderbidjan, c’est-à-dire par toute la _Médie_; il élève des remparts autour des villes (allusion aux remparts d’Ekbatane), et se livre uniquement à l’administration: comme Kyaxarès, il est troublé par une irruption de _Turks_ (les Scythes) que conduit Afrasiab: il se réfugie dans les montagnes près de la mer Caspienne; il y est assiégé long-temps inutilement, et finit par expulser les Turks, en négociant avec eux. Il y a deux ou trois successeurs, _Nouder_, _Zou_ et _Kershasp_, qui n’ont que des règnes très-courts troublés par Afrasiab, ennemi opiniâtre, vainqueur et possesseur final de la Perse et de tout l’_Iran_... Alors s’élève _Kê Qobad_ et la dynastie des _Kêaniens_, que nous avons vu n’être réellement que la copie défigurée des quatre rois mèdes d’Hérodote: Mahutchehr ne serait-il point le _Mandaukès_ de Ktésias, que plusieurs dialectes prononceraient _Mandautchehr_? Et ses insignifiants successeurs seraient des doublures du même Ktésias; en sorte que le système persan établi au temps de cet auteur, serait devenu la base de ces récits _parthiques_ ou _pasaniens_; et réellement ils nous présentent le même système de doublement et de répétition que nous avons vu dans Ktésias. En remontant au premier roi de la dynastie Pichedâd, _Kéomors_ lui-même semble en être une preuve nouvelle: tout ce qui en est rapporté convient à _Déïokès_ et à _Kê Qobâd_. D’abord son titre de _Kê_ est mède, et l’associe aux _Kêaniens_; ensuite sa qualité de _premier roi_, et son épithète de _Pishdâd_, c’est-à-dire _donneur de_ (_lois_) _justes_, caractérise spécialement le premier roi mède d’Hérodote.

«Selon Kondemir,[68] _Kéomors_ était né dans l’_Aderbidjan_, c’est-à-dire en Médie; ce fut là, et non en Perse, qu’il résida et régna. Il était fils de simple particulier: les habitants du pays éprouvant les tristes effets de l’_anarchie_, résolurent d’établir un _chef unique_, dont la volonté fût la loi générale. Les vertus de _Kéomors_ le firent choisir: on le revêtit de la robe royale, on lui plaça le _Tâdj_ (la tiare) sur la tête. Il fut le _premier_ roi à qui on baisa les pieds. Il _érigea des tribunaux_ de justice; il ordonna _de construire des villages_ et de vivre en société; il inventa (ou introduisit) des fabriques de toile, de draps et de coton. Le bonheur dont jouirent ses sujets, engagea ses voisins, de proche en proche, à le reconnaître aussi pour roi. _Plusieurs assurent qu’il fut aussi de la religion des mages._»

Tout cela n’est-il pas exactement ce qu’Hérodote nous a déjà dit[69] de Déïokès? La dernière phrase, absurde dans le système persan, qui fait naître Zerdoust bien des siècles plus tard, est au contraire, dans notre système, et lumineuse et vraie.

Désormais il devient superflu d’analyser les quatre successeurs de Kéomors, dont l’un, tué à la guerre, ressemble à Phraortes; il suffira d’avoir démontré que ces prétendues histoires anciennes, compilées par les Perses modernes, ne sont que des copies défigurées des mêmes histoires originales que nous ont fait connaître les écrivains grecs, plus voisins des temps, et plus raisonnables: il est arrivé ici au sens moral, ce qui arrive au sens physique, lorsque d’un tableau ou d’un portrait primitif, l’on fait tirer par des mains peu habiles plusieurs copies l’une sur l’autre: dès la seconde, on voit s’altérer la ressemblance, et à la troisième ou quatrième, le modèle n’est plus reconnaissable que par l’analogie des traits principaux. Malgré tout ce que l’amour des choses nouvelles ou merveilleuses a dicté d’éloges à quelques partisans outrés de la littérature orientale, on peut assurer que, dans le genre historique spécialement, les fruits qu’elle rend ne valent pas, à beaucoup près, la peine qu’ils coûtent. Notre conclusion n’est pas qu’il faille entièrement la négliger; nous pensons, au contraire, qu’une gratitude particulière est due à ceux qui exploitent cette mine pénible et peu abondante; mais nous ajoutons qu’il est nécessaire que, dans le choix des matériaux, ils portent un genre d’esprit très-différent de celui des _vrais-croyants_, pour qui la critique est un art inconnu. L’article suivant, où nous traitons des _Babyloniens_, en nous fournissant à chaque pas l’occasion d’exercer cet art, va nous donner de nouvelles preuves de son importance.

LISTE CHRONOLOGIQUE DES ROIS DE JUDA.

| Avant J.-C. | Saül règne 20 ans | 1078 | David 40 | 1058 | Salomon 40 | 1018 | Roboam 17 | 978 | Abia 3 | 961 | Asa 41 | 958 | Iosaphat 25 | 918 | Ioram 8 | 892 | Ochozias 1 | 884 | Athalie 6 | 883 | Joas 39 | 877 | Amasias 29 | 838 | Ozias règne seul (42) | 809 | (Manahem, roi de Samarie) | 771 | Ioathan règne seul 6 ans, 16 | 767 et du vivant d’Ozias 10 | | Achaz 16 | 751 | Ezechias 29 | 735 | Manassé 55 | 706 | Amon (12) | 651 | Josias 31 | 638 | Ioachaz 3 mois, fin de l’an | 609 | Ioaqim 11 | 608 | Ioakin 3 mois, fin de l’an | 598 | Sédéqiah 10 ans 5 mois | 597 | Ruine de Jérusalem | 587 | Incendie du temple | 586

LISTE CHRONOLOGIQUE DES ROIS CHALDÉENS DE BABYLONE.

Avant J.-C.

Nabon-asar 14 ans. | 747 | Nadius 2 | 733 | Xôzirus et Porus 5 | 731 | Ilulaïus 5 | 726 | Mardok-empad (Bélésys) 12 | 721 | Arkeanus 5 | 709 | Premier interrègne 2 | 704 | Belibus (ou Belithus) 3 | 702 | Apro-nadius 6 | 699 | Rigebelus 1 | 693 | Mosêsi-mordak 4 | 692 | Deuxième interrègne 8 | 688 | Asaridius ou Asaradinus 13 | 680 | Sogdoxenus 20 | 667 | Kiniladanus 22 | 647 | Nabopolasar 21 | 625 | Nabokol-asar ou Nabukodonosor 43 | 604 | Ilouarodam 2 | 561 | Nirikassolasar 4 | 559 | Nabonadius 17 | 555 | Kyrus | 538

CHRONOLOGIE

DES

BABYLONIENS.

La _chronologie_, c’est-à-dire la succession des faits historiques chez les Babyloniens, a toujours été considérée par les savans critiques, comme l’un des sujets les plus épineux et les plus obscurs de l’histoire ancienne: le lecteur va s’en convaincre par le nombre et la complication des difficultés que nous allons passer en revue; nous espérons que sa patience trouvera quelque indemnité dans la concision de notre travail, dans la clarté, et même dans la nouveauté de nos résultats.

Commençons par la fondation de Babylone dont l’époque divise d’opinion les auteurs anciens, comme nous le dit Quinte-Curce[70] en cette phrase: «Babylone fut bâtie par Sémiramis, ou, comme la plupart le croient, par Bélus, dont on y voit le palais.»

CHAPITRE PREMIER.

Fondation de Babylone.

Effectivement, la première de ces opinions est ou paraît être celle de Ktésias, c’est-à-dire celle des livres assyriens, dont cet auteur s’autorise, et qui attribuent la fondation de cette grande cité à Sémiramis, avec des détails empreints d’un cachet particulier d’information locale et même officielle: néanmoins le prêtre babylonien Bérose, homme très-instruit, postérieur d’un siècle seulement à Ktésias, ne craignit pas dans son _Histoire des antiquités chaldaïques_, présentée au roi Antiochus, de démentir l’écrivain grec, et d’assurer que Babylone avait été fondée par Bélus, dieu ou roi du pays, bien des siècles avant Sémiramis, et cela en invoquant et citant les traditions et les monuments publics de sa nation. Hérodote, de qui nous devions attendre ici quelque lumière, ne nous en fournit aucune; mais un autre historien judicieux et assez souvent bien instruit, Ammien-Marcellin, qui a pu et dû lire Bérose et Ktésias, semble nous donner le nœud de la question quand il dit[71]: «Sémiramis entoura de murs Babylone, mais la citadelle avait été bâtie auparavant par le très-ancien roi Bélus.» Ce terme moyen qui concilie les deux avis, se trouve d’ailleurs appuyé par une phrase de Ktésias que l’on n’a pas assez remarquée. Cet historien dit:

«Lorsque Ninus attaqua la Babylonie, la ville de Babylone _qui existe aujourd’hui_, n’était pas encore bâtie.» Ces mots _Babylon quæ nunc est_, ne semblent-ils pas indiquer qu’il en existait une autre; et si, comme l’atteste Bérose, l’antique Bélus était dès long-temps le dieu tutélaire du pays; si, comme l’on en convient, le nom oriental _Babel_, pour Babylon, signifie la _porte_, c’est-à-dire, le _palais de Bel_ ou _Bélus_, il devait exister dès lors une _Babel_ ou _Babylone_ primitive, que Sémiramis engloba dans ses vastes constructions et qu’elle orna, comme nous le verrons: ainsi ce serait faute d’avoir bien déterminé le sens du mot _fondation_, que les anciens se seraient disputés dans le cas présent comme dans beaucoup d’autres. Prenons de ce mot une idée claire.

En général, ces grandes réunions de maisons que l’on appelle _villes_, ont eu deux manières d’être fondées: 1° la première par un concours lent et progressif d’habitants que des motifs de défense commune, de facilité de commerce, d’aisances de la vie ont appelés et fixés autour d’un premier noyau d’habitation: à ce premier genre de ville, l’on ne saurait presque désigner de _fondateur_, ni d’époque de _fondation_.

La seconde manière se fait par un concours subit de colons que leur propre volonté ou celle d’un gouvernement, engagent ou contraignent à bâtir une ville, comme un particulier bâtit une maison: ici appartient et s’applique le nom de _fondation_, parce que la date est aussi précise que le fait est remarquable.

Mais si, comme il est souvent arrivé, le lieu choisi pour une telle _fondation_ avait déjà une habitation antérieure, soit village, soit bourgade;[72] si même il y existait déja une ville du premier genre, c’est-à-dire _sans fondateur connu_, actuellement ruinée par la guerre ou par d’autres accidens, cette seconde fondation pourra devenir un sujet de controverse, parce que l’habitation antérieure suppose une _fondation_ originelle, après laquelle il ne doit plus y avoir que _restauration_. Enfin, si des princes et des rois avaient, par vanité, fait ou simulé de telles _fondations_, pour donner leur nom à des villes qui déja avaient un _fondateur connu_; si les peuples ou leurs agens municipaux avaient, par _adulation_, provoqué de telles fondations fictives, on sent que le mot et la chose seraient tombés dans un désordre assez difficile à éclaircir. Voilà ce qui est arrivé à une foule de villes anciennes, spécialement dans les pays dont nous traitons, dans l’_Asie-mineure_, la _Mésopotamie_, la _Syrie_, etc., où les géographes trouvent quantité de villes _fondées_, c’est-à-dire _rebâties_, restaurées par des rois grecs, par des empereurs romains dont elles prirent le nom, quand néanmoins il est certain qu’elles existaient long-temps auparavant, qu’elles avaient par conséquent une _fondation_ première, véritable, connue ou inconnue.

Appliquant ce raisonnement à Babylone, nous pensons que Ktésias et les livres perso-assyriens ont eu raison de dire que Sémiramis _fonda_ cette grande cité, parce qu’en effet il paraît que cette reine fit bâtir, par les _fondements_, les murs et les ouvrages gigantesques qui, même dans leur déclin, étonnèrent l’armée d’Alexandre[73]. L’assentiment des meilleurs auteurs, du géographe Strabon entre autres, qui eut en main toutes les pièces du procès, ne laisse pas de doute à cet égard; mais d’un autre côté, Bérose nous semble également fondé à soutenir que long-temps avant Sémiramis, il existait une _Babel_ ou _Babylone_, c’est-à-dire, un palais, un temple du dieu _Bel_, de qui le pays avait formé son nom _Babylonia_, et dont le temple, selon l’usage de l’ancienne Asie, était le lieu de ralliement, le pélerinage, la métropole de toute la population soumise à ses lois; en même temps que ce temple était l’asile, la forteresse des prêtres de la nation, et le séminaire antique et sans doute originel de ces études astronomiques, de cette astrologie judiciaire, qui rendirent ces prêtres si célèbres sous le nom de _Chaldéens_, à une époque dont on ne sait plus mesurer l’antiquité. Ktésias lui-même et ses livres perso-assyriens fournissent un argument à l’appui de cette opinion; car puisque Ninus, plus de 30 ans avant Sémiramis, trouva un peuple _agricole_ et _pacifique_, par conséquent industrieux et riche; puisqu’il trouva un roi, une cour et plusieurs _bonnes villes_, il existait donc dès lors un _royaume puissant_, un état civilisé et tout ce qui en dépend. Ktésias ne nous donne point les limites de ce royaume; mais puisque, chez les anciens comme chez les modernes, les royaumes réduits en _provinces_ conservaient les limites qu’ils avaient avant d’être conquis; puisque la _Babylonie_, dès avant les rois perses Darius et Kyrus, nous est dépeinte comme s’étendant du désert de Syrie jusqu’aux monts de la Perse, et du golfe Persique jusqu’au nord du pays[74] d’_Arbèles_, on peut dire que c’étaient là ses limites dès le temps de Ninus; d’où il résulte que ce royaume avait une surface de 3000 lieues carrées, d’un sol que les anciens comparent, pour la fertilité, à celui de l’Égypte, et qui par conséquent comporte une population probable de près de 3,000,000 d’habitans. Enfin, si la nation babylonienne nous est peinte comme divisée de tout temps en 4 _castes_, à la manière de l’Égypte et de l’Inde, division qui elle seule est une preuve de haute antiquité, l’on a le droit de dire que dès avant _Ninus_ existait la caste des prêtres chaldéens, semblable en tout à celle des _brahmes_ de l’Inde; ce qui suppose tout le système politique indiqué par le récit de nos deux historiens.

Quant à la prétention ultérieure de Bérose, qui veut enlever à Sémiramis, reine assyrienne, la construction des _grands ouvrages_ de Babylone, pour la donner à _Nabukodonosor_, roi chaldéen, nous allons rechercher, par la discussion exacte des textes originaux, quel fondement peut avoir cette opinion, et si, par un cas naturel, elle n’a pas pour motif l’antipathie nationale d’un Babylonien contre un peuple étranger, oppresseur de son pays, ou la partialité systématique d’un prêtre chaldéen élevé dans l’école réformatrice de _Nabonasar_, ce brûleur des livres historiques des rois qui l’avaient précédé. Écoutons d’abord le récit des livres assyriens cités par Ktésias, où se trouvent des détails très intéressans et circonstanciés. Cet historien, à la suite du fragment conservé par Diodore, continue ainsi l’histoire de Ninus et de son épouse[75].

CHAPITRE II.

Récit de Ktésias, système assyrien.