Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II
Part 26
[131] Si les degrés croissaient régulièrement de l’équateur en allant au pôle, l’on pourrait déterminer à quelle latitude fut mesuré celui dont nous parlons; mais des opérations faites à diverses latitudes prouvent que ce progrès n’est pas régulier. D’ailleurs le même local, mesuré par des personnes et par des méthodes différentes, donne des résultats différents: c’est ainsi que la mesure ordonnée, près Paris par l’Académie des sciences, a différé de 67 toises en plus de la mesure ordonnée par l’Institut. Il serait néanmoins curieux de mesurer un degré terrestre par des moyens ordinaires, dans le pays de Babylone: les Arabes firent cette opération sous le kalifat d’El-Mâmoûn[132]. Malheureusement le vrai résultat de leur toisé est difficile à établir dans cette circonstance. Au reste c’est une chose digne d’attention que tous les stades anciens, le pythique, l’olympique, le nautique, l’égyptien, etc., soient également des parties aliquotes exactes d’une circonférence de la terre, mesurée d’après les principes et par les procédés que nous connaissons; et que tous ces stades donnent au degré terrestre une étendue qui ne varie que de quelques toises au-dessus de 57,000 toises, le stade pythique excepté. Selon Romé de Lisle, le stade d’Ératosthènes donne 57,166 toises; le stade nautique, 57,066; le stade olympique, _idem_; le stade phileterien, 50,070; le stade égyptien, 57,066; le stade pythique, 156,000 toises par degré.
[132] _Voyez_ Notice des manuscrits orientaux, tom. I, pag. 51 et suiv.
[133] Ici vient se placer un passage de Cicéron qui, parlant des principes de l’art de _deviner_, dit (_lib. I, cap. II, de Divinatione_): «En remontant aux autorités les plus reculées, je trouve dès les premiers temps les _Assyriens_, qui, à raison de l’étendue et de la planimétrie des contrées qu’ils habitaient, découvrant de toutes parts un ciel sans obstacles, observèrent les mouvements des étoiles tant propres que respectifs, et, sur leurs aspects, fondèrent l’art des horoscopes, etc.».
Ces _Assyriens_ de Cicéron ne peuvent être ceux de Ninive, dont le pays se trouve au pied du mont Taurus; ils doivent être ceux de la Babylonie, ainsi désignés par les Grecs dès avant Hérodote. Or, comme il est prouvé qu’avant Ninus ce pays fut le siège d’un état policé et d’une population arabe nombreuse et civilisée comme l’Égypte, il s’ensuit que c’est à ce peuple qu’il faut appliquer ces mots de Cicéron: «_Principio Assyrii, ut ab ultimis_ auctoritatem repetam, propter planitiem magnitudinemque regionum quas incolebant, cum cœlum ex omni parte patens et apertum intuerentur (il eût dû ajouter _perlucidum_), trajectiones motusque stellarum observaverunt.»
[134] Ces fuyes sauvages sont encore aujourd’hui un cas fréquent en Syrie et en Palestine; les pigeons y sont par milliers.
[135] Liv. XXXV, chap. 10, p. 224 de l’Histoire naturelle de Pline, traduction de Poinsinet.
[136] _Oda_ en turc, chambre.
[137] _Colombe_ et _pigeon_ se dit _ïounah_, qui n’a rien d’analogue. Mais on nous dit que les troupes babyloniennes avaient pour enseigne une _colombe_, ce qui explique l’expression de Jérémie et du psaume _Exurgat, fuyez la colère de la colombe_. Ces enseignes ayant été instituées par Sémiramis, peut-être le peuple l’a-t-il désignée sous cet emblème.
[138] _Voyez_ le texte ci-devant, p. 116.
[139] _Voyez_ Mémoires de Beauchamp, _Journal des savants_, décembre 1790.
[140] _Strab._, lib. XVI.
[141] Elle ne dit rien de la frontière d’ouest, la _Méditerranée_; et ce silence est contre Ktésias en faveur d’Hérodote. Sémiramis n’eût pas omis un pays aussi remarquable que la Syrie, sa patrie: elle a dû, par amour-propre, omettre une frontière aussi bornée que celle de l’Euphrate.
[142] _Asiatick Researches_, tome IV, Dissert. de Wilford sur Sémiramis.
[143] Notre époque de Sémiramis trouve un appui singulier dans un passage de Porphyre, que cite Eusèbe, _Prœp. evang._, lib. I, pag. 30. Selon Porphyre, «l’historien phénicien _Sanchoniaton_ avait fleuri avant la guerre de Troie, dans un siècle rapproché de Moïse, _ainsi que l’on pouvait s’en convaincre par les Annales des rois phéniciens_: et il avait été contemporain de Sémiramis, que l’on place très-peu de temps avant la guerre (ou prise) de Troie, ou même parallèlement.»
Sur ce texte nous remarquons que la plupart des écrivains grecs placent cette prise l’an 1184 avant notre ère: dans nos calculs le règne de Sémiramis a eu lieu depuis 1195 jusqu’en 1180: on voit que le synchronisme est complet, et il est d’autant plus concluant, que Porphyre nous le donne comme le résultat des 3 chronologies assyrienne, phénicienne et grecque, comparées entre elles. Les interpolations de Ktésias se trouvent ici jugées et rejetées.
Ce même fragment de Porphyre donne lieu à une autre combinaison singulière: cet écrivain dit «que Sanchoniaton, pour mieux s’assurer de la vérité des faits, consulta de très-anciens monuments ammonites, et un certain _Ierombal_ juif, prêtre du dieu Ieou.»
En parcourant les livres juifs, nous trouvons l’un des juges spécialement désigné par le surnom de _Ierobaal_ (_ennemi de Baal_); ce juge est _Gédéon_, qui, à titre de prophète envoyé de Dieu, mérite aussi le nom de _prêtre_: Gédéon nous serait donc indiqué ici comme ayant gouverné jusque vers l’an 1190 et au-dessus: sa fin aurait précédé de 50 à 60 ans l’avènement de Héli en 1131. La liste informe que nous avons critiquée à l’article des Juges (première partie des _Recherches nouvelles_), en présente beaucoup plus, comme on le voit ici.
Gédéon-Ierobaal meurt vers 1190.
Abimeleck règne 3 ans.
Thola.
Iaïr gouverne 22 ----- Total 25 ans.
Servitude sous les Ammonites et les Philistins, 18 ans.
Jephté 6 ans.
Abesan 7
Ahîalon 10
Abdon 8 ---- Total 31
Servitude sous les Philistins 40 ans.
Samson 20
Héli, juge en l’an 1131.
Écartons le fabuleux Samson; admettons, avec plusieurs chronologistes, que les 40 ans de servitude sous les Philistins, ont été parallèles aux 40 ans de Héli: déjà nous n’aurons que 28 à 30 ans depuis ce grand-prêtre, en 1131, jusqu’à Jephté, qui aura géré vers 1166. D’autre part, entre Jephté et Gédéon, Josèphe n’admet point _Thola_; la servitude sous les Ammonites et les Philistins a pu n’affecter que quelques tribus, tandis que Iaïr gouvernait les autres. Il ne resterait donc que 25 ans entre Jephté et Gédéon, qui serait mort vers 1190; et comme les indications de Porphyre ne sont pas précises, Gédéon peut être reculé jusque vers 1200. Ce ne sont là que des hypothèses, dira-t-on; mais l’autorité de Porphyre, qui, de l’aveu même de ses ennemis, fut un savant écrivain, est faite pour balancer ici celle d’une compilation indigeste, surtout lorsque Porphyre s’appuie de monuments positifs, réguliers, dont les expressions s’accordent avec les raisonnements que nous avons formés sur d’autres bases et par d’autres moyens.
[144] Tatien, pag. 243.
[145] Eusèbe, pag. 13.
[146] _Atossa quæ est Sémiramis_.
[147] Clément d’Alex. Strom., lib. III, pag. 185.
[148] Athénée cite deux exemples de semblable confusion de noms par des historiens de son temps: l’un disant que Ninive fut prise par _Kyrus_, au lieu de _Kyaxar_; l’autre que l’on voyait à Ninive le tombeau de _Ninus_, au lieu de _Ninyas_. Athénée, en faisant lui-même ces remarques, nous montre que ces cas ont été assez fréquents.
[149] Il semble aussi que cette Sémiramis doit être celle qu’Hérodote a eu en vue par suite de ces confusions.
[150] _Voyez_ Ktésias en Diodore, lib. II.
[151] Ktésias et Moïse de Chorène.
[152] Lib. I, § CLXXVIII.
[153] _Norma, regula_.
[154] Josèph. contr. Appion., lib. I, § XIX.
[155] Reg. lib. II, cap. 23, v. 29, etc. 24, v. 7.
[156] Ce mot persan _satrape_ reçoit une explication instructive et curieuse de l’ancienne langue de l’Inde, le sanscrit, qui fut très-analogue à celle des Perses de Kyrus. En le décomposant, on y trouve deux mots qui signifient _maître du dais_ ou _parasol_ (_ishattra-pah_ ou _pad_); ce qui nous apprend que jadis en Perse, comme aujourd’hui dans l’Inde et à la Chine, l’attribut honorifique des gouverneurs des provinces était de se faire porter le _parasol_, de rendre leurs sentences et décisions sous le _parasol_. Aussi lorsqu’en ces derniers temps nous avons eu à Paris des envoyés du shah de Perse, eux et leurs gens ont-ils été scandalisés de voir le parasol dans toutes les mains indistinctement. Notre industrie, pour rendre ce meuble plus commode, a su le réduire à une seule tige ou bâton; mais dans l’origine, il était monté sur deux et même sur quatre, et il était le dais dont les prêtres et les rois ont conservé le très-antique usage oriental, et dont notre climat nous a fait oublier le motif et l’intention.
[157] Les _Paralipamènes_, liv. II, chap. 33, v. II, semblent faire exception, lorsqu’ils disent que le roi Manassé fut emmené captif à _Babylone_ par _le roi des Assyriens_. Mais il ne faut pas oublier que cette tardive chronique n’a pu être rédigée avant le temps des Asmonéens, et qu’à cette époque les écrivains juifs empruntaient déjà les idées et les expressions des Grecs, qui appelaient _Assyriens_ les peuples de la Babylonie, en sorte que cet exemple même devient l’un des indices de la posthumité des Paralipomènes: ce livre, au chap. 3, vers. 17 à 24, dénombre sept générations depuis le retour de Babylone; et cela seul, à 25 ans la génération, conduit jusqu’à l’an 363, c’est-à-dire 33 ans avant Alexandre.
[158] Comme il arrive assez souvent dans l’Inde ou dans la Turquie à des princes tributaires et à des pachas.
[159] _Voyez Chronologie d’Hérodote_, pag. 481, note [161].
[160] Flav. Joseph., _Antiq. judaic._, lib. IX, cap. 14, pag. 506.
[161] Nous ne combattons point ici une opinion singulière de _Michaelis_, qui, dans son livre _de Geographiâ Hebrœorum exterâ_, saisit une phrase de Strabon pour en induire qu’une _peuplade sauvage_ et barbare, appelée jadis _Chalybes_, et plus récemment _Chaldies_, était venue des bords de la mer Noire conquérir et maîtriser Babylone, comme les Turkmans ont maîtrisé Bagdad et l’empire arabe. Pour soutenir cette hypothèse, Michaelis veut que les noms des rois babyloniens soient des noms russes; par conséquent il suppose que les Chalybes parlèrent un dialecte slave, quoique les meilleurs antiquaires ne fassent remonter l’origine des Slaves qu’aux premiers siècles de notre ère, où ces peuples émigrèrent, à ce qu’il paraît, des frontières de l’Indostan. D’autre part, outre que les étymologies qu’il allègue d’après Forster, sont forcées et imaginaires, on peut lui objecter que les noms de _Nabu-kadnasar_, _Balthasar_, etc., reçoivent une explication plus raisonnable de l’idiome arabe et chaldéen. Quant à la phrase de Strabon, lib. XII, p. 549, nous remarquons d’abord avec ce géographe, qu’Homère, en citant le nom de _Chalybes_, paraît avoir ignoré celui de _Chaldœi_, et nous en inférons que ce dernier ne se serait introduit que depuis ce poète, qui a écrit vers l’an 800 avant notre ère, c’est-à-dire quelques années avant _Phul_, roi de Ninive. Or tous les anciens attestent que les Chaldéens ont existé à Babylone bien des siècles avant cette date, et ont existé comme caste sacerdotale et non militaire. Nous observons de plus que, peu après le temps d’Homère, deux rois de Ninive, successeurs de _Phul_, exécutèrent de nombreuses déportations de peuples, et que, de même qu’ils transplantèrent des familles euthéennes à Samarie, ils purent déporter des familles chaldéennes chez les _Chalybes_, voisins des _Sàpires_, cités par Sennachérib pour être l’un des peuples récemment subjugués par ses pères. D’ailleurs Strabon, au même endroit, nomme quatre peuples à qui un changement semblable de nom était arrivé; les _Sanni_, jadis _Macrones_; les _Apaïtœ_, jadis _Kerkitœ_; et d’autres jadis appelés _Byzères_: n’est-il pas plus raisonnable d’attribuer ces changements aux historiens qui auront employé d’autres idiomes que les anciens; de penser même que Darius a pu en être l’auteur dans le registre neuf et régulier qu’il fit composer pour l’empire perse. Toujours est-il vrai que Strabon peint les _Chaldœi Chalybes_ comme des sauvages divisés entre eux, tous barbares, insociables, vivant de pèche, de chasse et de gland, et il n’est pas probable que de telles hordes, peu nombreuses, aient fait une conquête aussi difficile que celle de Babylone, en dépit des rois de Ninive.
[162] _Voyez Procli Sphæra_, in-4°, à la fin.
[163] _Syncelli Chronographia_, in-fol.
[164] _Doctrina temporum_, tom. II, pag. 125, _année_ 1627.
[165] _Voyez Rationarium temporum_, à la fin. Petau ne cite pas le numéro du manuscrit; mais c’est celui de la bibliothèque impériale, coté 2497; un autre, coté 2494, pag. 126, appuie celui-là.
[166] in-8°, 1684. Appendice aux Dissertations sur saint Cyprien.
[167] Joseph, cont. Appion., lib. I, § XIX.
[168] Le Syncelle cite Bérose, mais il est très-douteux qu’il ait eu ce livre en main; car il n’en cite pas un passage original qui ne se trouve ailleurs.
[169] _Voyez_ ci-devant, note de la page 123.
[170] Fréret et les missionnaires ont remarqué que le même système existe dans la chronologie des Chinois, qui supprime les noms des rois lorsqu’ils ont régné moins d’une année.
[171] _Voyez_ Moïse de Chorène, chap. 13, pag. 40.
[172] _Apud Hebrœos liber Judith inter apocrypha legitur_..... _Hieronymi opéra_, tom. 1, pag. 1170, in-fol., 1693.
Le savant Bernard de Montfaucon a voulu prouver l’authenticité du livre et du fait; mais sa dissertation, composée dans sa jeunesse, ne s’appuie que sur des anachronismes, ou sur des hypothèses, et ne sauve ni les contradictions palpables, ni l’ignorance évidente de l’anonyme, tant en géographie qu’en chronologie. Le lecteur peut lui-même en juger par ce précis de Judith que nous lui soumettons.
[173]
TEXTE DE JUDITH.
_Version latine ou vulgate_.
Arphaxad, roi des Mèdes, avait subjugué beaucoup de peuples, et il avait bâti une grande ville qu’il nomma _Ecbatan_; et _l’an_ 12 de son règne, _Nabukodonosor_, roi des Assyriens, qui régnait dans Ninive, combattit Arphaxad, et il le vainquit dans la grande _plaine de Ragau, près l’Euphrate et le Tigre_..... Et l’an 13 de son règne, Nabukodonosor envoya Holophernus..... _Eliakim_ était alors grand-prêtre à Jérusalem, etc.
_Version grecque_. _L’an_ 12 de Nabukodonosor qui régna sur les Assyriens dans Ninive; au temps d’Arphaxad qui régna sur les Mèdes dans Egbatanes qu’il avait bâtie: en ce temps-là, le roi Nabukodonosor fit la guerre au roi Arphaxad..... Et l’an 17, Nabukodonosor combattit Arphaxad, le défit dans les montagnes de Ragau, le perça de traits, et l’extermina jusqu’à ce jour; et l’an 18, Nabukodonosor envoya Holophernus contre les enfants d’Israël qui revenaient de captivité. _Ioakim_ était grand-prêtre à Jérusalem, etc.
_Arphaxad_, roi à Ecbatanes, périssant dans une guerre contre les Assyriens, ne peut être que _Phraortès qui périt dans son expédition contre les Assyriens de Ninive_, comme nous l’a dit Hérodote. Mais Ecbatanes fut bâtie par _Deïokès_ et non par son fils _Phraortès_. Ce roi mède périt l’an 636: à cette époque, Josias, âgé de 11 ans, était dans l’an 3e de son règne, ou plutôt de la régence du grand-prètre _Helqiah_..... _Les Juifs revenaient de captivité_..... De quelle captivité? Il y avait déjà 16 ans que _Manassès_ était mort. Pourquoi le nom de _Helqiah_ est-il altéré et différent dans les deux versions? La plus ancienne, qui est le grec, donne 6 ans de durée à la guerre; la version vulgate fait périr Arphaxad dans la même année, l’an 12 de _Nabukodonosor_..... Il est bien vrai que l’an 636 se trouve être l’an 11 de _Kynil-Adan_; mais alors l’une des versions s’est permis d’altérer le texte. Quel fut ce texte original? on l’ignore. L’hébreu qui a servi de modèle au latin, est mutilé: il a été fait sur le grec qu’il a abrégé et tronqué, comme font tous les extraits. Le grec est d’accord avec la version syriaque, très-ancienne aussi; mais ni l’une ni l’autre ne sont l’original qui a péri. Le latin cadre mieux avec la chronologie d’Hérodote, sur laquelle il a été calculé ou corrigé. Mais Hérodote dit que les Ninivites étaient indépendants, qu’ils étaient délaissés de tous les autres Assyriens; et l’histoire de Parsodas en Ktésias nous montre Kynil-Adan-Nanibrus, vassal d’Artæus-Kyaxarès.
Dira-t-on que ce Nabukodonosor qui régna dans Ninive, fut un _roi indigène_ à nous inconnu? En effet, l’auteur de Judith n’exprime pas qu’il fût roi de Babylone. Mais alors où est son garant? et lorsque ensuite il ajoute que Judith vécut jusqu’à l’âge de 105 ans (plus de 70 ans après cette guerre); qu’_Israël ne fut plus troublé de son vivant ni long-temps après_ (dès 609, Josias fut tué et le pays conquis par Nékos); et lorsque dans le cantique de Judith, il dit _le Perse a frémi de son audace, le Mède a été troublé de sa force_; tous ces anachronismes ne décèlent-ils pas clairement la posthumité et l’ignorance de l’auteur? D’ailleurs sa géographie est un renversement manifeste, lorsque, traçant la marche d’Holopherne, il le fait partir de Ninive, le conduit en Cilicie jusqu’au mont _Angê_, ou plutôt _Argœus_: puis de Cilicie lui fait _passer_ l’Euphrate pour l’établir en _Mésopotamie_, et _y ruiner toutes les villes fortes qui y étaient, depuis le torrent de Mambré_ (qui est en Palestine) jusqu’à la mer _Méditerranée_. En voyant une faute si grossière ajoutée à tant d’autres invraisemblances, on se range à l’avis de ceux qui dans le livre intitulé _Judith_, voient un roman écrit au temps des Machabées, pour exciter le patriotisme juif contre la tyrannie des rois grecs. Il est possible que dans d’autres guerres, il y ait eu quelque anecdote semblable, et que quelque captive juive enlevée par un chef de troupe, l’ait tué, comme on le dit de Judith; mais les détails de ce livre sont tels, qu’il n’a pu être composé que par la femme même qui en fut le témoin et le héros (hypothèse absurde), ou par l’écrivain dramatique qui les puisa dans son imagination. Au reste, de tous les apocryphes juifs.... c’est le roman le mieux écrit et le plus intéressant.
[174] _Abrégé d’astronomie théorique et pratique_, par M. Delambre, p. 335.
[175] Et cela d’après Bérose, puisque le Syncelle remarque, p. 16, que Polyhistor copie ou suit habituellement Bérose.
[176] Nabo-kol-asar s’explique bien, _prophète tout victorieux_, ou _vainqueur de tout_. Dans Nabo-kadn-asar, le mot _kadn_ doit être le syriaque _gad_, signifiant _la fortune_. Aussi les Arabes ont-ils rendu ce mot par _bakt-nasar_, vainqueur fortuné. _Kadn_ pourrait être aussi le mot arabe _gadd-an, multum_.
[177] Jérém. chap. 25, v. I; chap. 36, v. _i_, et chap. 46.
[178] Hérod., lib. II, nos 158 et 159.
[179] Le livre de Jérémie, chap. 46, écrit aussi _Magdoul_; mais celui des Rois est plus correct lorsqu’il écrit _Magdou_ ou _Mageddo_, attendu qu’il est contre toute vraisemblance que Josias soit allé combattre à _Magdol_ qui est près de Peluse en Égypte; tandis qu’il est naturel qu’il se soit opposé à Nékos, près de _Mageddo_, ville de Palestine, d’où il fut ramené mourant à Jérusalem.
[180] En la 4e de Ihouaqim, 1re de Nabukodonosor, Jérémie, chap. 46.
[181] Joseph., cont. App., lib. I, § XIX.
[182] Reg. II, chap. 24, v. 5.
[183] Ces déprédations datent de 601, qui est la 7e année de Ihouaqim. Josèphe est donc en erreur palpable, lorsqu’il dit qu’en l’an 8 de ce prince (l’an 600), Nabukodonosor vint avec une grande armée lui imposer tribut. Josèphe a mal à propos fait partir de là les 3 ans de ce tribut.
[184] Prépar. Évang. d’Eus., liv. IX, chap. 39.
[185] _Voyez_ Desvignolles, tom. II, chap. I du liv. IV.
[186] Josèph., contr. App., lib. I, § _xxi_.
[187] _Ibid._ § XVII.
[188] _Voyez_ Desvignolles, liv. IV, chap. I.
[189] _Voyez_ Hérod., lib. II, chap. 44.
[190] Just., liv. XVIII, chapitre 3. Il attribue aux Philistins d’Ascalon la prise de Sidon, qui occasiona la fondation de Tyr; et la plus grande puissance des Philistins fut au temps des _juges_.
[191] Josué, chap. 9, v. 27. «Et Josué accorda aux Gabaonites d’être les coupeurs de bois et les porteurs d’eau habituels à l’Autel-de-Dieu, _jusqu’à ce jour_..... _Ibid._, chap. 6, v. 25: Et les descendants de la courtisane Rahab ont vécu au milieu du peuple (d’Israël) _jusqu’à ce jour_...» On trouve jusqu’à 10 faits cités avec cette expression _jusqu’à ce jour_, qui désigne une durée déjà prolongée depuis l’origine. Les Gabaonites paraissent avoir joui jusqu’à Salomon de leur privilège, qui ne fut troublé que par Saül. Ainsi la rédaction du livre de Josué prend une grande latitude.
[192] Si l’on voulait en croire les Juifs, ces guerres opiniâtres et meurtrières que leur firent pendant un siècle et demi les rois de Ninive et de Babylone n’avaient d’autre motif que la colère du dieu d’Abraham contre le culte des idoles pratiqué par sa race. Mais pour peu que l’on réfléchisse sur l’état politique et civil de ces temps reculés, il est facile de voir que la richesse territoriale et commerciale des Juifs et des Phéniciens fut le véritable motif des guerres que leur firent les rois de l’Euphrate et du Tigre, jaloux d’ailleurs du commerce que les Tyriens et les Palestins faisaient par la mer Rouge dans le golfe Persique, où ils causaient une dérivation des richesses, qui sans cela seraient remontées à Babylone et à Ninive.
[193] Hérodote, lib. II, depuis le n° 158 jusqu’au 169e.
[194] _Voyez_ Jérémie, chap. 42, 43, 44. Le chap. 52, v. 30, indique cette fuite l’an 22 de Nabukodonosor (l’an 583). L’année suivante (582), son général Nabusardan vint faire un enlèvement de Juifs pour châtiment.
[195] _Voyez_ Larcher, Kanon chronologique, année 750, p. 670.
[196] Strab. liv. XV, p. 687; Josèph., contr. App., liv. I, § XX; Eusèbe, _Prœp. evang._, lib. IX.
[197] _Eber_, peuple ou pays d’_au-delà_ le désert ou la mer. _Hybernia_, l’Irlande a la même origine. Il est assez singulier que les mots germanique et anglais _uber_ et _over_ aient le même sens.
[198] Sall. Bell. jugurth, chap. 18.
[199] _Voyez Catalogo de las lenguas_, tratado 3°, sect. 1, chap. 4, art. 1°, n° 567, par Hervaz, qui, dans tout son ouvrage, fait un étrange usage d’une vaste érudition et de la riche collection des vocabulaires qu’il a eus en main.
[200] Reg., liv. II, chap. dern., v. 27.
[201] Ce même fait est répété mot pour mot dans le dernier chapitre de Jérémie, dont la fin est littéralement la même que celle du dernier chapitre des Rois..... Mais est-il naturel, est-il croyable que Jérémie, qui commença dès l’an 626 un rôle politique et religieux comportant un âge de 25 ans au moins; que Jérémie, né vers l’an 651, ait encore écrit en 561, à l’âge de 90 ans? N’est-il pas évident que de très-anciens copistes se sont permis d’ajouter ces versets, et même une partie de ce chapitre? et alors où est pour nous la preuve que les deux précédents, les 50 et 51e, n’ont pas été ajoutés, quand leur contenu, plein d’allusions à la prise de Babylone par Kyrus, est bien autrement inconciliable avec la vie de Jérémie? où sont nos garants de l’autographie des manuscrits de Jérémie?
[202] _Berosus in Joseph. contr. App._, lib. I, § XX.
[203] Dans un fragment cité par Eusèbe (_Prœp. evang._, lib. IX, cap. 41), Mégasthènes offre les mêmes faits; mais les noms sont très-altérés.
[204] Hérod., lib. I, § CXCI, et liv. III, § CL et suiv.
[205] _Diog. Laert., Vita Platonis_, tom. I, liv. III, pag. 185; et notes de Ménage, tom. II, pag. 152, n° 34. _Voyez_ aussi Dacier, Vie de Platon, tom. I, p. 107 à III.
[206] Athénée, liv. XI.
[207] _Aulugel. Noctes atticæ_, lib. XIV, chap. 3.