Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II
Part 25
[52] Ce n’est pas le grammairien, puisqu’il vécut après Diodore.
[53] Mémoires de l’Acad. des Inscript., tom. XVI, p. 245.
[54] Il faut qu’il y ait erreur dans les 599 cités par Fréret.
[55] Son petit-fils _El-Aqrân_ l’avait réparée, en marchant, pour venger son père, contre le pays de _Sinn_, dont il prit la capitale, et où il établit une colonie de 30,000 Arabes. La postérité de ces colons subsistait encore en 1168, selon Ebn Hamdoun, dans le _Thibet_, qui est le _Sinn_ des auteurs arabes.
[56] Que les Perses de Kyrus et de Darius, possesseurs de _Babylone_, aient cru que les rois de cette ville avaient toujours été leurs lieutenants et vassaux, cela se conçoit, parce que, relativement aux Mèdes, prédécesseurs des Perses, il y a un fond de vérité. Mais que les auteurs persans du XIe siècle viennent nous dire que Kyrus et Xercès n’étaient que des vassaux et des lieutenants d’un _châh_ imaginaire, cela ne prouve que leur ignorance profonde de l’antiquité, et ne mérite aucune discussion. On ne peut voir sans regrets que M. _Mouradja d’Ohson_ ait adopté et préconisé chez nous ces rêves asiatiques, dans son _Tableau historique de l’Orient_; mais l’on conçoit que né _Arménien_, élevé à _Stamboul_ dans le respect et l’admiration d’un grand pouvoir, M. Mouradja, en devenant _drogman_ et _comte_ suédois, n’ait pu changer d’esprit comme de vêtement: son livre, que nous venons de citer, écrit sans ordre, sans indication d’aucune autorité, n’est propre qu’à donner des idées fausses et vagues, et ne doit, en aucun cas, être regardé comme une _histoire_ de l’ancien Orient.
[57] La racine _lahab_ manque dans l’arabe (_Voyez_ Golius), mais elle subsiste dans l’hébreu, qui, en plusieurs cas, explique très-bien le vieil arabe.
[58] Il est évident que ce nom d’_Aâd_ fut, chez les anciens Arabes, le nom de beaucoup d’individus, en même temps qu’il était celui d’une tribu. Ainsi, chez les Hébreux, _Manassé_, _Siméon_, _Éphraïm_, noms de tribus, sont aussi des noms d’individus. Parmi les _merveilles du monde_, les Arabes citent le puits de _Moattala_ chez les _Madianites_, issus d’_Aâd_, tribu expulsée de l’Iémen. Les _Madianites_ sont cités avant Moïse: donc l’expulsion des Aâdites date de bien plus loin.
Dans leurs récits mêlés de fables, les auteurs arabes citent, relativement à _Cheddâd_, plusieurs faits d’une exactitude vraiment historique et très-instructifs. Par exemple, _Chehab-el-din_, dans son livre _El-Djoman_ (les Perles), rapporte que{*},
{*} _Voyez_ Notice des manuscrits orientaux, tome II, pag. 139. Extrait par M. de Sacy.
«Aâd eut un grand nombre d’enfants dont trois régnèrent après lui (savoir): _Mondâr_, _Cheddâd_, et _Loqman_. _Cheddâd_ ayant succédé à _Mondâr_, fit de grandes conquêtes dans l’Afrique jusqu’à l’Océan. Après 200 _ans_ d’absence, revenu en Iémen, il ne voulut point résider au château de Mâreb, et il acheva le château appelé _El Mocheyâd_, commencé par son frère Mondâr. Il y employa avec profusion l’or, l’argent et les pierres précieuses (qu’il avait rapportées de ses conquêtes). Les murs étaient ornés intérieurement des pierres les plus rares, et le pavé était de marbre de diverses couleurs (c’était une mosaïque). _Cheddâd_ avait reçu de la nature une _force_ de corps prodigieuse (son nom en dérive: _chedid_ signifie _fort_); il pliait le fer avec les doigts, et l’éclat de sa voix eût _pu tuer un lion_... Il vécut très-âgé, et vit sa postérité se multiplier à l’infini...
Le _jardin_ nommé _Aram-Zât-el-èmâd_ (Aram aux colonnes), est encore un ouvrage de ce prince. Ayant lu dans (certains) _livres révélés_ la description du paradis, dont les «colonnes sont d’or et d’argent, la poussière de musc et d’ambre, les gazons de safran et d’iris, les cailloux d’hyacinthe et d’émeraude, etc., il voulut imiter cette magnificence... Il choisit une plaine délicieuse, coupée de 1000 ruisseaux, et il y bâtit un palais enchanté, etc.
«Dans son livre des _merveilles de Dieu_{*}, Iaqouti s’exprime plus historiquement sur cet ouvrage: _Aram aux colonnes_, dit-il, est une ville située entre _Sanaà_ et _Hadramaut_: elle a été bâtie par _Cheddâd_, fils d’_Aâd_, ancien roi des Arabes; elle avait de longueur 12 parasanges, et autant de largeur (c’est presque la dimension de Moscou); elle renfermait un nombre infini d’édifices merveilleux, etc.»
{*} Notice des manuscrits orientaux, tome II, pag. 393.
Il faut laisser à l’écart toutes les fables que les écrivains ont brodées sur ce riche canevas: les 200 ans de _Cheddâd_ ne doivent pas être de leur invention: leur analogie avec les âges prodigieux des antiquités juives, prouve seulement qu’alors les années n’étaient pas composées de 12 mois, comme nous l’avons vu dans la _Chronologie_ des Hébreux. En ne prenant que l’essence des faits rapportés dans l’article ci-dessus, nous y trouvons une indication claire... que dès avant le temps de _Haret_ et de _Ninus_, et en remontant jusqu’à celui de _Sésostris_, les Arabes d’Iémen avaient déja fait en Afrique ces grandes expéditions qu’ils répétèrent au temps de Salomon: ils avaient pu déja, bien antérieurement, établir cette colonie _d’Éthiopiens-Abissins_, dont l’origine, suivant le savant Ludolf, se perd dans la haute antiquité, et qui, différant totalement de la race _nègre_ par leurs cheveux longs, leur figure ovale et leur idiome tout-à-fait arabique, attestent une invasion étrangère qui expulsa les naturels du riche pays qu’arrosent les affluents du Haut-Nil. On conçoit comment un prince doué de moyens éminents comme _Cheddâd_, put faire des expéditions dont ses prédécesseurs lui avaient ouvert les voies, et ensuite déployer un luxe dont le royaume de Thèbes lui offrait les modèles: il est à remarquer que le mot _Aram_, qui dans les langues arabiques ne signifie rien, dans le sanscrit signifie _jardin_; et que le _paradis_ décrit par _certains livres révélés_, est le paradis _indou_, tel que le décrivent les _Pouranas_: en sorte que nous avons ici l’indication évidente de la diffusion du _brahmisme_ dès ce temps reculé; et ce nom d’_Aram_, _jardin_, donné au riche pays de la Mésopotamie, prouve, avec bien d’autres noms géographiques, que le système indien s’étendit jadis, comme l’a très-bien vu Wilford, dans tout le continent de l’Asie. Pour des yeux libres, l’horizon de l’antiquité s’éloigne et s’étend à mesure que l’observateur avance; mais pour qui porte les _lunettes juives_, dès quelques pas au-delà d’Abraham, l’horizon est obstrué par le _mont Ararat_ et par les ténèbres chaldéennes, où l’imagination fascinée n’aperçoit que des figures _gigantesques_ et des êtres fantastiques dans des nuages bizarrement dessinés.
[59] La qualité de parent de Djemchid se trouve même en harmonie avec la tradition citée par _Maseoudi, que l’une des 4 tribus arabes primitives possédèrent la Perse_, et furent une portion alliée de ses habitants; l’une de ces tribus portait le nom d’_Aâd_, qui a dû faire équivoque avec le père de _Cheddâd_.
[60] On trouve dans l’ancienne Arménie le mont _Capotes_, qui est un mot pur sanscrit, signifiant le _Lingam_ (Phallus); l’Araxès perce une montagne à un lieu appelé _Ordovar_, et le Gange en fait autant au lieu appelé _Héridvâr_, etc.
[61] Si l’on observe qu’en parlant de la défaite d’Astyag par Tigrane et Kyrus, _Mosès_ fait mention de sa maison (militaire) de 10,000 _ames_, l’on pensera qu’il a voulu désigner le corps des 10,000 _cavaliers_ devenu partie constituante de l’état militaire des Assyriens, puis des Mèdes, puis des Perses, où nous le trouvons sous le nom des 10,000 _immortels_. Déïôkes et Kyrus ne firent que copier Ninus: par suite d’imitation, les Tartares ont copié les Perses dans leur _Touman_ de 10,000 cavaliers.
[62] Ktésias dans Photuis, p. 110.
[63] _Voyez_ d’Herbelot, Biblioth. orient., au mot _Sâm ben Souri_. En général le lecteur trouvera les traditions que nous citons, soit dans la Bibliothèque orientale, soit dans le livre I de l’Histoire universelle, tom. IV, in-4°, dans lequel est inséré un extrait de Mirkond.
[64] Ktésias en Photius, pag. 107.
[65] Athénée, lib. XII, édit. de Schweighauser, tome IV, page 468.
[66] Hérodote est d’accord; seulement il donne à ce second le nom de _Smerdis_.
[67] Hérodote dit la même chose de _Smerdis_.
[68] _Voyez_ l’Histoire universelle, in-4°, tome IV, page 5 et suivante.
[69] _Voyez_ tome IV, page 414, et ci-devant, pag. 77.
[70] Quint. Curt., lib. V, cap. I.
[71] Lib. XXIII, pag. 351. _De bello persico_.
[72] Par exemple, le fort de Rhacotis où les rois d’Égypte entretenaient une garnison sur le lieu où fut bâtie Alexandrie. _Voyez_ Strabon, lib. XVII, p. 792.
[73] 330 ans avant notre ère, 8 siècles et demi après la fondation.
[74] _Voyez_ le récit de Ktésias en Diodore, dont le lecteur trouvera une traduction littérale dans la Chronologie d’Hérodote, pag. 97. Comparez aussi Strabon, lib. XVI, au début.
[75] _Diod. Sicul._, lib. II, p. 120, édit. de Wesseling.
[76] Nous examinerons dans un article séparé la valeur de ces mesures.
[77] Il y a ici une absurdité évidente. _Le plus petit mur intérieur_ plus _long_ que _l’extérieur qui l’enveloppe_! Sûrement il faut lire: _surpassa en largeur et hauteur_.
[78] La circonstance des 2,000,000 d’ouvriers levés par corvée, suggère une observation: ce fut un spectacle étrange que cette réunion d’hommes, divers de couleur de peau, de formes de vêtement, d’habitudes d’actions, de culte, et surtout de langage. Plus de 80 dialectes ont dû se parler dans le vaste empire de Sémiramis. L’Asie retentit des récits de ce fait romanesque, brodé par l’imagination arabe: peut-être a-t-il engendré le conte de la confusion des langues survenue aux constructeurs de la tour de Babel, ainsi que nous l’avons dit, partie Ire, page 147. Nous ajoutons qu’il est probablement aussi la source de l’origine vicieuse que les Juifs donnent au mot _Babylon_. Selon eux _Babyl_ signifie _confusion_: cela ne se trouve dans aucun dictionnaire hébreu, arabe, etc. Mais comme en hébreu le mot _confusio_ (_turba mixta hominum_) s’exprime par le mot _arab_, et que les indigènes de Babel étaient des _Arabes_, il est probable que le sens d’un mot a passé à l’autre, surtout quand la loi défendait aux Juifs de prononcer le nom des dieux étrangers, dont Babel était un composé: _Ba-bel, palais de Bel_. La ville phénicienne appelée par les Grecs _Bybl-os_, plus ancienne que Sémiramis, s’appelle en langage oriental, _Babel_: dira-t-on qu’il s’y est fait aussi une _confusion_ de langues?
[79] Nous retrouvons ce roi dans les listes sanscrites des modernes indiens, sous le nom de _Tchandra-Goupta_, successeur de _Nanda_.
[80] _Bahr_ en arabe, qui signifie à la fois _mer_ et _grand fleuve_, toute _grande étendue d’eau_.
[81] Ce récit a une analogie frappante avec le début de la Genèse.
[82] On dispute sur l’époque de Bérose, et cependant la question nous semble simple aux yeux d’une critique raisonnable. Tatien, l’un des plus savants chrétiens du second siècle de notre ère, parlant de Bérose, lui rend ce témoignage: «Bérose est le plus savant des écrivains (sur l’Asie); et pour preuve, je citerai la préférence que le roi Juba, lorsqu’il traite des Assyriens, déclare donner à l’histoire de cet écrivain, qui avait composé 2 livres sur les faits et gestes des Assyriens». (_Oratio contra Græcos_, p. 293{*}.)
{*} Le témoignage de l’historien Josèphe n’est pas moins avantageux à Bérose, et ces autorités sont d’un autre poids que l’opinion de l’auteur superficiel de l’article _Bérose_ dans le Dictionnaire des grands hommes.
Quant à son âge, Tatien dit: «Bérose, prêtre baylonien, naquit à Babylone sous Alexandre; il dédia à Antiochus, troisième depuis ce prince, son histoire divisée en 3 livres, dans laquelle, parlant des actions des rois de Babylone, il en cite un entre autres appelé _Nabukodonosor_, etc.»
Maintenant raisonnons: Si Bérose naquit sous Alexandre, il faut entendre Alexandre, roi à Babylone, par conséquent vers l’an 330. Mais le traducteur latin de Tatien s’est permis d’altérer le texte grec en disant: _Bérose fut contemporain d’Alexandre_ (Alexandro æqualis, quoique le grec _kata Alexandron gegonôs_ signifie littéralement _né au temps d’Alexandre_). Le Syncelle, selon son usage, avait déjà altéré cette phrase en disant, pag. 28; _Bérose, dans son premier livre des Babyloniques, se fait honneur d’avoir vécu sa jeunesse sous Alexandre_ (genestaï tèn-êlikian), et le traducteur du Syncelle (Goar) l’a encore altéré en disant: _parem se Alexandro jactat_. Enfin ce même Syncelle, toujours incorrect, dévie encore plus du sens dans un autre passage, lorsqu’il dit, p. 14: _Bérose, dans ses Antiquités chaldaïques, rapporte qu’il a fleuri sous Alexandre_.
Faute d’avoir fait ces corrections, plusieurs ont cru que Bérose avait réellement été un homme de 25 à 30 ans sous Alexandre, et alors il leur a été impossible de concilier un passage de Pline qui dit, lib. VII, chap. II: «Épigènes assure que les Babyloniens ont des observations de 720 ans de date, écrites sur des briques cuites; mais _Bérose_ et Critodème réduisent cette durée à 480 ans (selon quelques manuscrits, et 490 selon d’autres)».
Sur ce passage l’on raisonne et l’on dit: «Puisque Nabonasar (selon Bérose) détruisit tous les monuments historiques antérieurs à son règne, les observations qui le précédèrent ont dû être détruites: celles dont il s’agit ne doivent donc dater que de l’an 1 de Nabonasar, qui est l’an 747 avant notre ère: de 747 ôtez 480 de Bérose, vous ayez 268. Cette année fut la 15e d’Antiochus-Soter, qui succéda à Séleucus-Nicator en 282. Mais si _Antiochus-Théos_, qui fut successeur de _Soter_ et 3e depuis Alexandre, ne régna qu’en 262, comment Bérose lui a-t-il dédié son livre?» Nous répondons qu’étant né sous Alexandre vers 330, Bérose avait eu, l’an 268, environ 63 ou 64 ans; ce qui est un âge convenable, tandis que la chose serait presque impossible dans l’autre hypothèse, où il aurait 85 à 90 ans. Si l’on préfère la leçon de 490 au lieu de 480, la dédicace tombera en l’an 258, et Bérose aurait 74 ans, ce qui est encore possible, mais moins probable; et néanmoins il a pu dédier son livre à Antiochus-Théos, _prince royal_, en l’an 268, tout aussi-bien qu’à Antiochus-Théos, _roi_ en l’an 258: ainsi la balance des probabilités est plus favorable à la leçon 480. Nous ne disons rien des 720 ans d’Épigènes, parce que l’époque de cet auteur n’est pas connue. Quant à la correction systématique qui veut ajouter _mille_, et lire 480 _mille ans_, elle n’est appuyée ni par les manuscrits, ni par le texte de Pline, qui, en concluant que l’usage des lettres est éternel, a eu en vue leur invention sous _Phoronée_ et sous les plus anciens rois de la Grèce, sans compter que cet écrivain n’est pas toujours conséquent.
[83] Phrase très-remarquable.
[84] Ces mêmes paroles se retrouvent, à vingt mots près, dans le Syncelle, page 220, et probablement il les a copiées de Josèphe.
[85] Mégasthènes appelle ce canal de dérivation, _arma kalé_; Pline l’appelle _amalchar_, et dit que ce mot signifie _fleuve royal_ en langue chaldéenne: nous disons qu’en cette langue _fleuve royal_ se dit _nahr-maleka_, qui ne ressemble en rien à _am-al-char_, mais assez bien à _ar-makalé_, que les copistes ont altéré en oubliant l’_n_ dans _nar_, et en invertissant μακαλε pour μαλακε nahr-malake: l’am-al-char de Pline est un mot arabe signifiant _mère de l’abondance_, de _la richesse, om-el-chair_. Quant à nahr-malake, il signifie aussi _fleuve de la reine_, et se rapporte fort bien à Sémiramis.
[86] _Voyez_ le plan de Babylone, chap. 7.
[87] Ici _Labo_ se trouve écrit au lieu de _Nabo_, comme _Labynet_ au lieu de _Nabunet_.
[88] _Voyez_ Chronologie d’Hérodote, p. 70 et suivantes.
[89] Entre autres, l’une des portes de la ville portait le nom de cette reine. _Voyez_ Rennel, _Geog. System. of Herodotus_, sect. XIV.
[90] _Voyez_ liv. II, § XCIX et suiv., et liv. I, § I.
[91] La traduction française de Larcher porte: «Ce sont eux qui l’ont environnée de murailles et qui l’ont embellie par les temples qu’ils y ont élevés.» Cette périphrase dénature matériellement le texte: _muros amplius ornaverunt et templa_. Cette traduction est pleine d’altérations semblables, et l’on peut assurer qu’Hérodote est _à traduire en français_.
[92] Liv. I, pag. 66, édit. de Wesseling.
[93] _Strabo_, lib. XVI, pag. 737: «Ninive est située dans l’Atourie; l’Atourie ressemble au pays qui entoure _Arbèles, dont elle est séparée_ par la rivière du Loup (le Lycus); Arbèles appartient à la Babylonie, qu’elle joint _au-delà_ du Lycus; la plaine d’Atourie entoure Ninive.»
On voit que la frontière de la Babylonie, vers Ninive, était la rivière du Loup ou Lycus, située _au-delà_ d’Arbèles relativement à cette Babylonie: or la distance du Lycus à Ninive n’est que d’environ 16 lieues communes de France. Et Ktésias dit qu’au premier combat, Sardanapale poussa les rebelles à 7 stades, qui font 477 toises, parce que son stade est celui de 833½ au degré, comme nous le verrons. Aux deux combats suivants, le roi chassa les rebelles jusqu’à la frontière de Babylonie, et le récit de l’historien montre qu’elle n’était pas loin.
Il est bon de remarquer ici que l’_Atourie_ n’est autre chose que la prononciation chaldéenne du mot _Ashourie_ (Assyria), le dialecte chaldéen changeant très-souvent le _shin hébreu_ et _arabe_ en _tau_. Aussi Casaubon, dans ses notes sur le premier paragraphe du livre XVI de Strabon, remarque-t-il que, selon le témoignage de Pline et d’Ammien, le pays où fut Ninive s’appela d’abord _Assyrie_, puis _Adiabène_; et que, selon Dion (_in Trajano_), l’Adiabène avait été appelée _Atourie_ par les _Barbares_ (les Chaldéens), qui avaient changé l’_s_ en _t_ (Assouria-Atouria[94]). Quant au mot _Adiabène_, Ammien-Marcellin veut lui donner une origine grecque qui est forcée; c’est le nom syrien et chaldéen de la rivière du _Loup_ qui en ces dialectes se dit _Diab_ et _Ziab_, _Zab_ de la géographie moderne; et les Grecs, qui l’appelaient _Lycus_, ne firent que traduire le mot chaldéen. Il est probable qu’après la conquête d’Alexandre, toutes leurs instructions leur furent fournies par les astronomes et géographes babyloniens.
[94] La traduction chaldaïque d’Onkelo rend toujours _assour_ par _atour_.
[95] _Voyez_ Chronologie d’Hérodote; p. 103. Le traducteur a commis une erreur à cette même page 103, note [96], en évaluant le stade de Ktésias à 85 toises, tandis qu’il ne faut l’estimer qu’à 68 toises 5 pieds 2 pouces.
[96] Golfe Persique.
[97] Lib. II, pag. 84.
[98] _Voyez_ l’article des rois homérites, tome IV, page 506 de la _Chronologie d’Hérodote_; et la _Géographie de la Genèse_, à la fin, Ire partie de nos _Recherches_.
[99] _Lexicon de Urbibus_.
[100] Il faut entendre Bélus, aucun ancien auteur n’ayant jamais parlé du sage Babylon.
[101] _Vide Salmasium Exercit. Plinianæ, in Solin._, p. 866. E. Saumaise veut qu’au lieu de _deux mille_ ans, on lise _mille deux_ ans; mais cette correction est sans appui, et elle a contre elle la leçon de Photius, qui a lu 1800 ans.
[102] Selon le calcul vulgaire; _voyez_ Larcher. Chronologie. Selon nous 1015.
[103] Selon l’auteur du livre des Rois.
[104] Selon le texte grec, lequel, traduit authentiquement par l’ordre du roi Ptolomée, représente l’ancien original hébreu cité par Esdras, plus exactement que l’hébreu actuel, retouché sous les Asmonéens par le grand sanhédrin.
[105] _Voyez_ les Tables de la Polyglotte de Walton, tom. I, p. 4 et suiv.
[106] D’ailleurs ajoutez les 10 ans qu’ils suppriment tous au règne d’Amon, fils de Josias, et vous avez 3196 ans, une seule année de différence.
[107] Voyage dans les mers de l’Inde, tome I, p. 320.
[108] _Voyez_ Mém. de l’Acad. des Inscript., tome XXIV, p. 432.
[109] _De Cœlo_, lib. II, chap. 14.
[110] Liv. I.
[111] Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tom. XXVIII, page 253.
[112] Geographical system of Herodotus, in-4°, London, 1800. Sect. XIV. Rennel nie même le stade de 51 toises, qu’il regarde comme chimérique.
[113] _Voyez_ Traité des mesures, poids et monnaies des peuples anciens et modernes, par Paucton, traduit et publié en 1780, à Paris, in-4°.
[114] Métrologie in-4°, Paris, 1789.
[115] Il est fâcheux de voir le major Rennel traiter cette raison de conte apocryphe; on croirait qu’il n’a pas connu le caractère des anciens.
[116] Danville l’estime à 4,900 toises, et ne donne que 3,100 toises de côté moyen à la ville de Paris.
[117] _Voyez_ Strabon, liv. XVI, p. 739.
[118] L’abbé de Beauchamp, dans son Mémoire sur les ruines de Babylone, observe que les Arabes qui retirent une quantité de briques et autres matériaux de construction dans la portion de Babylone située à l’est de l’Euphrate, n’en trouvent point dans la portion à l’ouest. _Voyez_ le Journal des savants, décembre 1790.
[119] Sous le règne de Darius-Hystasp, les habitants de Babylone voulant se révolter, s’aperçurent qu’ils avaient peu de vivres, et parce qu’ils avaient chacun plusieurs femmes, ils en réservèrent chacun une et tuèrent les autres à titre de bouches inutiles. Après le siège, qui ne fut pas meurtrier, Darius, pour repeupler la ville comme auparavant, ordonna de reprendre des femmes, et le nombre fourni par les pays environnants fut de 50,000. _Voyez_ Hérod., lib. III, § 152. Ceci ne donne pas l’idée d’une grande population; à la vérité Babylone était sur son déclin; mais c’était encore une grande ville.
[120] Pour estimer la population de Babylone, Rennel établit une comparaison avec la ville de Londres; et parce que Londres contient plus de 700,000 têtes sur un espace carré de 15 milles ½, et que ces 700,000 bouches consomment le produit de 6,600 milles carrés de bonnes terres, il prétend que Babylone, qui contenait 72 milles carrés (selon lui, et il se trompe d’un quart) aurait absorbé le produit de toute la Chaldée. Mais après avoir vu les villes et les peuples d’Asie, il est étonnant que Rennel ait établi une telle comparaison: d’abord parce que l’on peut assurer que 10 Anglais consomment autant que 50 Arabes; 2° parce que les villes asiatiques ont de vastes espaces vides que l’on ne voit point dans les villes anglaises, dont le principe architectural est d’être très-serrées. C’est ainsi que l’on nous disait, il y a 30 ans, que le Kaire contenait 700,000 âmes, ou tout au moins 400,000, parce qu’il égale Paris en surface; et lorsque l’armée française a voulu le vérifier, elle a trouvé assez juste le nombre de 250,000 qu’avait estimé le voyageur Volney. _Voyez_ l’ouvrage de Rennel, sect. XIV.
[121] Selon Romé de Lisle, l’orgye vaut 5 pieds 1 pouce 7 lig. _Voyez_ sa Métrologie.
[122] La coudée royale est évaluée 17 pouces 4 lignés, par Romé de Lisle.
[123] Hérod., liv. III, § CLII.
[124] Il y en a plusieurs: en prenant celui d’Ératosthènes, les 32 passent un peu 26 de nos pieds. Métrolog. pag. 1.
[125] in-4°, tome I, part. II, p. 54, lettre 17.
[126] Le plèthre vaut 14 toises I pied 6 lignes. Métrologie, page 6.
[127] Hérod., lib. I, § CLXXXI.
[128] C’est l’expression d’Ammien-Marcellin.
[129] _Voyez_ le temple du Soleil à Palmyre, celui même de Jérusalem.
[130] Depuis des siècles que cette pyramide est écroulée et fouillée par les Arabes qui en retirent des briques, elle a dû perdre infiniment de sa hauteur, et cependant l’abbé de Beauchamp lui a encore trouvé 180 pieds d’élévation. _Voyez_ Journal des savants, Décemb. 1790.