Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II
Part 24
De nos jours nous voyons encore cette passion avec ses effets subsister dans cette même Grèce dont on nous parle, dans l’ancienne Asie mineure, dans la Syrie, l’Égypte, la Perse, dans tout l’Orient. Tous les voyageurs modernes qui ont parcouru la Turkie, l’Inde, la Chine, attestent que dans ces pays les mariages sont généralement précoces; d’abord par le développement précoce de la puberté dans l’un et l’autre sexe; ensuite, et plus spécialement, par le désir qu’ont les parents de marier leurs enfants qui, sans cela et de leur propre volonté, ne pourraient contracter l’acte civil appelé _mariage_. L’abus est porté au point qu’il n’est pas rare de voir des enfants de 12 ans qui cohabitent avant 15; et cet abus existe chez les Grecs de Morée comme chez ceux de l’Asie mineure; en général les filles y sont mariées avant 15 et 18 ans, et les hommes avant 20. Direz-vous que c’est un effet de la religion chrétienne afin de prévenir le libertinage? Pourquoi cet effet a-t-il également lieu dans la religion musulmane, dans celle de Brahma, et dans celle de Foë? Les anciens païens, adorateurs du _libertin_ Jupiter, étaient donc plus continens, et plus chastes? Direz-vous que c’est un effet du climat? Pourquoi, dans toute l’Amérique septentrionale, même au Canada, les mariages se font-ils généralement avant 20 ans pour les femmes, et avant 24 pour les hommes; et cela chez un peuple de sang anglais, écossais, allemand? Pourquoi, dans notre Europe même, les mariages se font-ils généralement à ce même âge dans certaines classes du peuple, telles que les gens de la campagne et les ouvriers de tout genre, tandis qu’ils sont généralement plus tardifs dans d’autres classés, et spécialement dans les classes bourgeoises vivant de leurs rentes? Pourquoi sont-ils généralement plus tardifs dans les villes que dans les campagnes, dans les capitales que dans les provinces? La vraie raison se fait sentir par ces contrastes. On se marie plus tôt partout où l’on peut élever des enfants sans trop de gêne, partout où la subsistance est facile, abondante. Dans de tels pays et dans un tel ordre social, on obéit de bonne heure aux penchants de la nature, au plus impérieux de ses désirs. On se marie plus tard là où la subsistance est difficile, où les enfants deviennent un fardeau dès le bas âge, où l’on ne sait comment les placer quand ils sont grands... Et parce que chez certains peuples et dans certaines organisations politiques, il y a plus ou moins de facilité à éluder le fardeau du mariage sans se priver de ses douceurs; parce que dans les villes, et surtout dans les grandes villes, cette facilité existe, surtout pour les classes riches ou aisées; les mariages y sont soumis à des calculs de convenances de société et de luxe, qui intervertissent ou modifient l’ordre naturel... En sorte que le régulateur le plus général des mariages est, d’une part, la simplicité, la grossièreté même des besoins et des mœurs (et de là les mariages plus faciles et plus précoces dans les classes pauvres); d’autre part, le luxe, c’est-à-dire l’extension des besoins factices et conventionnels (et de là les mariages plus onéreux, plus difficiles, plus tardifs et moins féconds dans les classes d’une aisance précaire et moyenne). Ici j’ai le bonheur d’être d’accord avec Montesquieu.
Le second motif qui dut rendre les mariages précoces et faciles chez les anciens Grecs, fut le besoin politique qu’éprouvaient les familles d’avoir beaucoup de bras pour leurs travaux agricoles, et surtout pour leur défense et pour leur sûreté. Ces peuples, comme l’on sait, composant chacun une _société_ de 50 à 60,000; tout au plus de 100,000 citoyens, resserrés au nombre de 15 ou 20 _sociétés_, dans un espace borné de mers et de montagnes, vivaient entre eux dans un état habituel de jalousie et de guerre, et par cela même faisaient une grande consommation d’hommes. La _chose publique_, la société avait besoin de défenseurs, avait intérêt que l’on se mariât: aussi voit-on que le célibat y était décrié dans l’opinion, qu’il fut même puni par les lois quand il y eut des lois; mais de plus, avant ces lois, dans l’état de liberté ou d’anarchie qui fut celui dont nous traitons, aucune police intérieure ne réprimant les délits, la sûreté de chaque famille dépendait de ses propres moyens, de ses seules forces... Était-elle faible, on la vexait, elle était pillée, et pouvait être détruite; était-elle forte, c’est-à-dire nombreuse, on la respectait: elle armait tous ses membres pour réprimer un empiétement, pour punir un meurtre. C’était exactement l’état civil des Hébreux, des Arabes anciens et modernes, et de nos jours celui des Druses, des Maïnotes et des Corses sous les Génois. Chaque famille avait donc, à être nombreuse, le même intérêt, les mêmes motifs qu’avait la nation; et imaginer que, dans un tel état de choses, des peuples en guerre et en anarchie constantes fussent convenus de la _maxime_ de ne se marier qu’à 33 ans, est une chimère, un vrai rêve de cabinet.
La loi de Lycurgue, citée par Xénophon, n’exprime pas l’âge où il devint licite de se marier: pour le fixer, voici comme Larcher raisonne (page 474, 475): Aristote a connu, a eu en main les lois de Lycurgue: or _Aristote_ (dans son plan systématique de république) _dit qu’il ne faut point se marier tant que le corps prend de l’accroissement, et que les hommes ne doivent prendre une compagne que vers leurs 37e année_: donc _Aristote fait ici allusion_ à la loi de Lycurgue; donc Lycurgue a établi l’âge de 37 ans; donc les Lacédémoniens, _dès avant Lycurgue, ne se mariaient qu’à 37 ans; car, sans cela, Lycurgue les eût révoltés_... Et page 40: _Il est bien vrai que Platon, qui en cent endroits fait l’éloge des lois de Lycurgue, prescrit pour se marier l’âge de 30 à 35 ans; en sorte que l’on pourrait croire qu’il a imité celle-ci, et que le terme fixé à Sparte eût été de 30 à 35 ans. Mais_, etc.
Laissons Larcher à ses raisonnements et à ses conjectures sur Platon et sur Aristote: il est évident, par la diversité des trois termes 30, 35, 37, que Lycurgue fut plus sage que ces rêveurs, et qu’il n’exprima point un âge fixe: l’établir à 37 ou même à 30 ans, eût été priver l’état de 8 ou 10 ans d’une fécondité ordonnée par la nature, et dissiper en libertinage des forces utiles à la nation. Aristote et Platon, pleins, comme l’on sait, des idées systématiques d’une physique erronée et originairement astrologique, ont dit: «La vie ordinaire de l’homme sain est de 70 à 75 ans. Tout ce qui ne croît pas, décroît: la moitié de la vie doit se passer à croître, l’autre à décroître... 33 à 37 sont le terme mitoyen entre zéro et 70 ou 75. Donc le corps n’est parfait qu’à 35 ou à 37.»--L’erreur de ces systèmes est démontrée par les faits et par la science physiologique. En résultat, il n’existe pas la plus légère preuve que les Grecs anciens, modernes ou mitoyens, se soient mariés au terme général de 30 ni de 35 ans; il est au contraire prouvé par la nature de la question et par les généalogies d’époque certaine, qu’ils se sont mariés plus tôt; et tout prouve que l’évaluation de trois générations par siècle a été un moyen purement idéal et systématique dont d’usage ne peut qu’induire en erreur.
FIN DU DEUXIÈME TOME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
SUITE DE LA CHRONOLOGIE D’HÉRODOTE.
Chronologie des rois de Perse, cités par les Orientaux modernes, sous le nom de dynastie _Pishad_ et _Kéan_.--Époques de Zohak, de Féridoun et du législateur Zerdoust, dit Zoroastre. Page 1
§ I. Époque du législateur Zoroastre 2
§ II. Récit des Parsis sur Zoroastre 14
§ III. Vie de Zoroastre 50
§ IV. Des anciens rois de Perse, selon les Orientaux modernes 69
§ V. Dynastie Kéan ou Kaian 74
§ VI. Dynastie Piche-Dad 87
Liste chronologique des rois de Juda 105
_Idem_ des rois Chaldéens de Babylone 106
CHRONOLOGIE DES BABYLONIENS 107
CHAPITRE Ier.--Fondation de Babylone 108
CHAP. II.--Récit de Ktésias, système assyrien 114
CHAP. III.--Récit de Bérose et de Mégasthènes--Système chaldéen 121
CHAP. IV.--Autorités respectives de Bérose et de Ktésias, comparées et appréciées 132
CHAP. V.--Récit d’Hérodote 137
CHAP. VI.--Résultat 141
CHAP. VII.--Dimension des principaux ouvrages de Babylone 159
CHAP. VIII.--Histoire probable de Sémiramis 181
CHAP. IX.--Récit de Conon et roman d’Esther 193
CHAP. X.--Babylone depuis Sémiramis 200
CHAP. XI.--Kanon astronomique de Ptolomée 211
CHAP. XII.--Rois de Babylone jusqu’à Nabukodonosor 219
CHAP. XIII.--Règne de Nabopolasar, _dit_ Nabukodonosor 230
CHAP. XIV.--Siége de Tyr 239
CHAP. XV.--Prétendue expédition en Égypte, en Libye, en Ibérie, sans preuves et sans vraisemblance 246
CHAP. XVI.--Derniers rois de Babylone jusqu’à Kyrus 253
CHAP. XVII.--Du livre intitulé Cyropédie de Xénophon 260
CHAP. XVIII.--Du livre intitulé Daniel 266
CHAP. XIX.--Résumé 278
CHRONOLOGIE DES ÉGYPTIENS.
CHAP. Ier 281
CHAP. II. Exposé d’Hérodote 289
CHAP. III.--Système de Manéthon 319
§ I. Texte de Manéthon en son second volume 331
§ II. Analyse du texte cité par Josèphe 341
§ III. Époque de l’entrée et de la sortie des Juifs selon Manéthon 364
CHAP. IV. Récit de Diodore 373
RECHERCHES sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle; par M. Nouet 418
ÉPOQUES et dates principales de la chronologie d’Égypte, éclaircies et appuyées par des dates parallèles et étrangères 431
NOTE sur le système, des générations 436
FIN DE LA TABLE.
* * * * *
NOTES:
[1] _Voyez_ le Zend-avesta publié en 1769, tome II, p. 62.
[2] Mém. de l’Acad. des Inscript., tome XXXVII.
[3] _Évêques_ et _curés_ des _Parsis_ ou _Guèbres_, qui sont dans l’Asie ce que les Juifs sont en Europe, les débris épars d’un ancien peuple détruit.
[4] Boundehesch, p. 420.
[5] _Voyez_ Histoire universelle, tome IV, in-4°, p. 1 et suivantes.
[6] Indicateur et Moniteur de Masoudi, extrait par M. de Sacy.--Manuscrits orientaux, tome VII, pag. 161.
[7] Zend-avesta, tome II, pag. 6 et suivantes.
[8] Plin., lib. VII, chap. 16.
[9] _De Antro Nympharum_.
[10] Zend-avesta, tome II, p. 54.
[11] Zend-avesta, tom. II, p. 55.
[12] Eutychius a écrit vers 930, et Aboulfarage vers 1260.
[13] _Voyez_ Hyde, pag. 317 et suivantes.
[14] Ammien Marcellin, lib. XXIII. Il à écrit vers 388 à 390.
[15] Le texte porte: _ab eo_ (Hystaspe...) Anquetil a traduit: _et c’est de ces mages qu’est venue_, etc. Mém. Académ. des Inscript., tome XXXVII, pag. 718.
[16] _Plato_, _de Legibus_, pag. 441, édition de 1602.
[17] Témoin Rabbi _Mosès_, Maimonides.
[18] Apulée, lib. II. Iamblique, qui a compilé la vie de Pythagore, d’après une foule d’auteurs, vers l’an 320, répète la même tradition.
[19] _Voyez_ Chronologie de Larcher, année 608.
[20] _Clemens Alexandrinus_, p. 131. Il écrivait vers l’an 215.
[21] Vers le temps où l’on place cette prophétie, les prêtres chaldéens montraient celle de Nabukodonosor, qui annonçait la ruine de son empire (_voyez_ Mégasthènes): les prêtres juifs présentaient à Kyrus une prophétie d’Isaïe, annonçant son élévation avec son _propre nom_; malheureusement nous n’avons pas le manuscrit d’Isaïe: encouragé par ces exemples, le grand-prêtre Iaddus montra aussi au conquérant Alexandre sa venue prédite; enfin le livre de Daniel prédisait aussi (_après Antiochus_) les quatre monarchies, dont celle des Romains fut une. Ces siècles furent ceux des _prophéties_: les époques des révolutions sont des paroxysmes de superstition. D’ailleurs l’exposé de Masoudi, ou plutôt des _Parsis_, ses auteurs, est plein de contradictions... _Il y a_, dit-il, _entre Zerdust et Alexandre environ 300 ans, parce que Zerdust a paru du temps de Kai-Bistasp_ (Darius Hystasp); mais entre Darius, élu roi l’an 520, et Alexandre, roi d’Asie en 327, il n’y a que 193 ans, et un _environ_ de 107 ans ne peut se permettre... D’Alexandre, mort en 324 avant J.-C., jusqu’à Ardéchir, roi en 226 après J.-C., il y a 550 ans, et Masoudi en compte _environ_ 500; autre erreur trop forte. Son calcul de la prophétie est d’ailleurs inintelligible... _L’empire périra au bout de 300 ans; la religion avec l’empire, au bout de 1000_... Est-ce 1300 en tout, ou bien seulement 1000? Il prend ce dernier parti. Mais, si au temps d’Ardéchir il y avait 800 ans écoulés, les 100 qu’il voulut ajouter aux 200 restants faisaient 1100, et cependant, en retranchant 300 ans (moins 10), comme il fit, il augmenta de près de 500 ans. Or ces 500, ajoutés aux 800 que l’on disait écoulés, font 1300. La prophétie n’était donc pas de 1000 ans en total, comme le dit Masoudi, mais de 1000 plus 300... En outre, si Zerdust parut, comme il le dit encore, 300 ans avant Alexandre, ce fut donc en 630, au temps de Kyaxar, roi des Mèdes, et de Jérémie, chez les Hébreux. Ici Masoudi, en contradiction avec lui-même, se place au nombre de ses compatriotes qui font Zerdust disciple de Jérémie, trompés peut-être par l’équivoque du nom de ce prophète, avec celui d’_Urmih_, ville natale de Zoroastre. Ce calcul favoriserait l’hypothèse d’un académicien (l’abbé Foucher), qui, dans un savant Mémoire (tome XXVII des Inscript.), a voulu prouver que Zoroastre, législateur, parut au temps de Kyaxarès; mais nous allons voir que ce système est plein d’incohérences. Cette anecdote d’_Ardéchir_, en nous donnant la mesure de l’ignorance et de l’audace des _gouvernants asiatiques_, ne pourrait-elle pas nous donner la clef d’une autre énigme du même genre? savoir pourquoi le texte grec compte depuis la création du monde jusqu’à notre ère............ 5508 ans, tandis que le texte hébreu n’en compte que..... 3760----Différence................. 1748.
Si, comme il est vrai, c’était une opinion générale dans la basse Asie, 100 ans avant et après notre ère, _que le monde allait finir_; si, comme il est vrai, cette opinion prenait sa source dans la théologie de Zoroastre, qui dit que le monde, gouverné par _Ormuzd_, après avoir duré 6000 _ans_, est supplanté et détruit par Ahriman, qui règne _six_ autres _mille_ (total, 12000, c’est-à-dire les douze mois du grand _cercle_ de l’année, appelé _mundus_, le _manda_ sanscrit); ne pourrait-on pas croire que les Juifs, imprégnés des opinions perses, ont pu et dû s’effrayer de voir s’approcher la fin du sixième mille, compté sur la Genèse; qu’alors la prudence de leur synagogue aurait jugé nécessaire de faire une suppression qui, comme celle d’Ardéchir, reculât l’_époque du destin_; et que cette opération n’ayant eu lieu qu’après la traduction et la divulgation du texte grec, elle n’aurait agi que sur l’hébreu pur, et qu’elle aurait été effectuée spécialement à une époque où elle aurait pu embarrasser la secte naissante des chrétiens, qui n’usait que du texte grec? Tout cela est tellement asiatique et juif, qu’on peut le regarder comme vrai. Ajoutons que ces _cinq_ et _six_ mille de Zoroastre, qui n’étaient que des mois, que des signes du Zodiaque chaldaïquement divisés en _mille parties_, pris ensuite par méprise pour des années, doivent être le vrai texte sur lequel Hermippe et Eudoxe ont bâti leur _cinq_ et _six mille ans_? Qu’est-ce que l’histoire ancienne!
[22] Clément d’Alexandrie nous en fournit encore une preuve. «_Platon_, dit-il, fait mention d’un certain _Ér_ (ou Hèr), fils d’_Armenius_, Pamphilien d’origine, qui est _Zoroastre_; car il a écrit ces paroles... Voici ce qu’écrit Zoroastre, fils d’Armenius, Pamphilien d’origine: Ayant été tué à la guerre, je suis descendu aux enfers (ou cieux inférieurs), et les dieux m’ont dit ce que je vais raconter.»
Il est évident que ce _Hèr_ a reçu ou pris le nom de _Zoroastre_, et qu’il a été un de ces charlatans dont l’Asie abonda au temps de _Darius_ et d’_Ostanès_. Sa vision, racontée par Platon, livre X de sa République, est d’ailleurs curieuse, en ce qu’elle nous montre des idées zoroastriennes sur l’autre monde, qui se trouvent presque littéralement chez les musulmans et chez les chrétiens.
[23] Hérodote, lib. I, § CXL.
[24] Lib. I, p. 88, § CVII.
[25] Lib. I, p. 99, § CXX.
[26] En relisant Hérodote, nous trouvons deux autres traits non moins concluants. Liv. III, § LXV, Cambyse mourant conjure les Perses de ne point souffrir que le mage _Smerdis_ s’empare du trône, et que par son imposture l’empire retourne aux _Mèdes_..... Et _ibid._, § LXXIII, le Perse Gobrya, haranguant les conjurés, leur dit: «Quelle honte pour des _Perses_ d’obéir à un _Mède_, à un _mage_!»
[27] § CXXXI.
[28] _In Proæmio_.
[29] _Valesii excerpta_, pages 460 et suivantes.
[30] Xanthus, au début de son article, observe que Kyrus s’était fait _instruire de la doctrine des mages_: donc il n’y était pas né; il les caressait pour se faire un parti chez les Mèdes.
[31] Lib. I, cap. I.
[32] Ce qu’Augustin, _De civitate Dei_, lib. XXI, cap. 14; ce qu’Orose, lib. I, cap. 4, dans le Ve siècle; et ce qu’Arnobe, lib. I, dans le IIIe siècle, disent de Zoroastre et de Ninus, ne sont que la répétition de ce passage.
[33] Syncelle, p. 167.
[34] Chap. 13, p. 40.
[35] _Érostrate_ brûla aussi le temple d’Éphèse pour qu’on _parlât_ de lui: d’Érostrate à Ninus, quelle est la différence?
[36] Chap. 14.
[37] _Ibid._ pag. 37.
[38] La preuve que Mosès n’a pas fait un roman, est qu’ayant présenté sa description à M. Amédée Jaubert, aujourd’hui auditeur au conseil-d’état, qui a voyagé dans le pays, il nous a assuré, dès la seconde page, qu’il reconnaissait parfaitement les environs du lac de _Vanck_, et particulièrement le local appelé _Arnès_, lieu redouté à cause des voleurs qui s’y cachent dans les trous d’une ruine dont la forme retrace une vieille digue.
[39] La traduction latine porte Zoroastre à la manière des Grecs; mais le texte porte _Zerdust_ à la manière des Parsis. Les traducteurs ne devraient jamais se permettre ces changements de noms propres: il en résulte quelquefois de graves contre-sens; par exemple, cette même traduction rend à la page 97, le pays de _Klesoi_ par _Cœlésyrie_, pendant que c’est l’_Akilis-ène_ de Strabon. Avec ces interprétations, on a introduit une foule d’erreurs et de difficultés dans l’histoire ancienne.
[40] Les Arméniens, comme les Arabes, nomment d’un même mot tout grand espace d’eau: cette mer est le lac de _Vank_. En Égypte, le fleuve s’appelle _Bahr_, comme l’Océan même. Tout ce récit de Mosès a cela de remarquable, qu’en le confrontant à celui de Ktésias, l’on trouve que le Grec nous a donné le commencement de l’histoire de Sémiramis, et l’Arménien, le dénouement; tous les deux sont parfaitement d’accord sur le caractère. Et Mosès paraît n’avoir connu Ktésias que par Diodore.
[41] Hérodote, lib. I, § CI, nomme les _Busi_, le _Pareta keni_, les _Struchates_, les _Arizanti_, les _Boudini_ et les _Magoi_(mages).
[42] Prononcé Irâne ou Èrane: _an_ est la désinence, comme _us_ en latin et _os_ en grec. Aïr-an. L’Arménien Mosès fait observer que Arioï signifie (fortes) les _braves_, mot analogue à _virtus_ (_firtus_) et à _vir_, qui dans le sanscrit ont le même sens qu’en latin.
[43] _Tour_ et _Taur_ s’écrivent par les mêmes lettres arabes, et dans les radicaux du phénicien et du chaldéen, _Tour_ et _Tsour_ sont le nom général des montagnes.
[44] _Voyez_ Origène contre Celse, lib. VI; Vie de Zoroastre, pag. 28; Zend-avesta, tom. II.
[45] L’original de l’_Oupnekhat_, si bizarrement traduit ou plutôt défiguré par Anquetil, est bien reconnu pour être l’un des livres les plus authentiques après les Vedas: il date au moins du 1200 ans avant J.-C.
[46] _Voyez Diog. Laërce, in Proœmio_. Mais lorsqu’il ajoute que les mages sont antérieurs aux Égyptiens, il est en erreur et il copie Hermippe et Eudoxe.
[47] Le passage suivant de son Traité sur _Isis_ et _Osiris_ est surtout remarquable:
«Il est des hommes qui croient qu’il existe deux dieux, dont le caractère opposé se plaît à faire l’un le bien, l’autre le mal. Zoroastre les a nommés _Oromaze_ et _Ahrimane_. Il a dit que la lumière est ce qui représente le mieux l’un, comme les ténèbres et l’ignorance représentent le mieux l’autre. Les Perses disent qu’_Oromaze_ fut formé de la lumière la plus pure; _Ahrimane_, au contraire, des _ténèbres_ les plus épaisses: Oromaze fit six dieux bons comme lui, et Ahrimane en opposa six méchants. Oromaze en fit encore vingt-quatre autres, qu’il plaça dans un _œuf_; mais Ahrimane en créa autant, qui percèrent l’_œuf_, ce qui a produit dans le _monde_ le mélange des biens et des maux.»
Théopompe ajoute, d’après les livres des mages, «que tour à tour l’un de ces dieux _domine_ (est _supérieur_) trois _mille_ ans, pendant que l’autre est _inférieur_; qu’ensuite ils combattent avec égalité pendant trois autres _mille_ ans... mais enfin le mauvais génie doit succomber, etc.»
En réduisant ces allégories à leur sens naturel et simple, il en résulte que Zoroastre, d’après ses méditations physico-astronomiques, considérait le monde ou l’univers, comme régi par deux principes ou pouvoirs, l’un de _production_, l’autre de _destruction_; que le premier gouvernait pendant les six _mille_, c’est-à-dire pendant les six _mois_ d’été, depuis l’équinoxe du Belier jusqu’à celui de la Balance; et le second pendant les six _mille_ ou six _mois_ d’hiver, depuis la Balance jusqu’au Belier. Cette division de chaque signe du Zodiaque en 1000 parties, se retrouve chez les _Chaldéens_; et Anquetil, qui a si bien saisi l’allégorie, parle en plus d’un endroit des douze _mille_ de Zoroastre, comme des douze _mois_ de l’année.
L’_œuf_ est, comme l’on sait, l’emblème du monde chez les Égyptiens; les vingt-quatre dieux _bons_ sont les douze mois divisés par _quinzaines_ de lune croissante et de lune décroissante, dont l’usage se retrouve chez les Indiens comme chez les Romains; ainsi du reste: c’est-à-dire que tout le système zoroastrien ne fut que de l’astronomie et de l’astrologie, comme tous les systèmes anciens; et qu’ensuite, défiguré par ses sectaires, qui ne l’entendirent pas, il reçut un sens mystique moral et des applications politiques qui ont eu, en plusieurs occasions, et spécialement chez les Juifs, des conséquences singulières, puisqu’un nouveau système en naquit.
[48] Page 199, édit. de Rouen, 1653.
[49] _Voyez_ Dupuis, Origine de tous les cultes, pl. n° 17.
[50] _Voyez_ le fragment de Ktésias en Diodore, lib. II, p. 118.
[51] _Voyez_ Diodore de Sicile, lib. I; _Stephanus_, _de Urbibus_, et _Strabo_.