Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II

Part 23

Chapter 233,481 wordsPublic domain

On a pour la période qui a commencé l’an 1322 avant J.-C., les données suivantes:

Ascension droite de Syrius 57° 44´ 53´´

Déclinaison australe 18 34 18

Obliquité de l’écliptique 23 52 24

On trouve pour longitude du soleil, le jour du lever héliaque de Sirius, 90° 28´ 0´´: c’est-à-dire que le lever héliaque de Sirius a eu lieu 10 jours après le solstice.

En remontant à la période précédente qui a commencé l’an 2782 avant J.-C., on a pour la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le solstice, les données suivantes:

Ascension droite 48° 15´ 40´´

Déclinaison australe 23 2 20

Obliquité de l’écliptique 24 1 50

Les résultats des calculs donnent pour longitude du soleil, 90° 0′ 0″: c’est-à-dire que le lever héliaque de Syrius se fit au solstice, l’an 2782 av. J.-C., à’ l’époque de la grande année caniculaire des Égyptiens.

Ces résultats qui établissent la correspondance entre le solstice et le lever héliaque de Sirius, supposent une dépression du soleil de 12° 9′ sous l’horizon, pour faire disparaître Sirius à son lever; cette supposition est d’autant plus admissible, que le tour de l’horizon en Égypte est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits, si communes en ce pays fait pour l’astronomie, on ne voit jamais d’étoiles à quelques degrés au-dessus de l’horizon dans les secondes et troisièmes grandeurs; le soleil même à son lever et à son coucher se trouve entièrement déformé.

Les Égyptiens, peuple religieux et reconnaissant envers les dieux, des faveurs de leur fleuve, ont, sur ses bords, élevé des temples couverts intérieurement de tableaux, d’offrandes à Osiris et à Isis, pour obtenir l’ouverture des riches réservoirs des eaux qui à des époques fixes viennent fertiliser leurs terres.

Or c’est l’époque célèbre de la période sothiaque dont le commencement a concouru avec le solstice que les Égyptiens ont consacré dans leur zodiaque du temple de Dendéra, pour la date de l’inondation du Nil qui arrive au solstice.

D’après la longitude de γ du Belier en 1800 et le mouvement rétrograde des points solsticiaux, on trouve que, l’an 1322 avant J.-C., commencement de la dernière période, le solstice a eu lieu dans 13° 23′ de la constellation du Cancer, et l’an 2782 avant J.-C.; le solstice a eu lieu dans 3° 48′ de la constellation du Lion; le mouvement du solstice a été d’une période à l’autre, de 20° 23′, dont la moitié 10° 11′, étant ajoutée à 13° 23′ du Cancer, où finit la première période, on aura le milieu de la période précédente représenté par le zodiaque de Dendéra; le Cancer transposé et mis en évidence au delà des constellations ascendantes indique que cette période doit s’écouler dans cette constellation. Le buste d’Isis mis en place de la constellation du Cancer à 12° du soleil, représente Sirius lorsqu’à son lever il disparaît dans les rayons de cet astre. Ce zodiaque a donc été construit pour représenter le milieu de cette période (état du ciel lors de sa construction), quand le solstice arrivait vers 24° du Cancer, c’est-à-dire 3852 ans avant l’an 1800 de notre ère (2052 avant J.-C.)

On peut déterminer, d’une manière conforme à celle qui vient d’être exposée, l’époque du zodiaque du temple de Dendéra, en faisant usage d’un symbole hiéroglyphique de ce zodiaque, dont nous connaissons la signification.

Entre la constellation de la Balance et du Scorpion, nous trouvons dans ce zodiaque une figure assise qui a une tête de chien; cette figure est incontestablement celle du Cynocéphale des Égyptiens. Mais le _Cynocéphale assis signifie les équinoxes_, selon les Égyptiens, ainsi que nous l’apprend Horapollo (_Hiéroglyph._, liv. I, ch. 16, pag. 31 et 32 de l’édition de Paw). Donc dans le zodiaque de Dendéra l’équinoxe d’automne (c’est celui qu’il faut prendre ici, de l’aveu de ceux qui ont écrit sur ce zodiaque) est placé entre la Balance et le Scorpion: le Cynocéphale étant assez éloigné de la constellation de la Balance, et assez rapproché de la constellation du Scorpion, il faut, pour fixer les idées, prendre pour le point équinoxial la longitude d’une étoile zodiacale qui soit assez éloignée des étoiles principales de la Balance, et assez rapprochée des étoiles du front du Scorpion: cette étoile est celle de χ de la Balance, de quatrième grandeur, qui, dans le Catalogue de Mayer pour 1756, avait en longitude 7s 24° 21′ 12″ (Connaissance des temps, 1788). L’excès de sa longitude sur 6s est de 1s 24° 21′ 12″, ou 195672″. Par la précession annuelle des équinoxes de 50″ 1, admise assez généralement par les astronomes, on trouve que cette étoile était à l’équinoxe d’automne 3905 ans avant le commencement de 1756 de notre ère (2149 avant J.-C.) En fixant le point équinoxial à une bien petite distance de la longitude de cette étoile, on trouve facilement les 2052 ans avant J.-C., ou les 3852 ans avant 1800 établis précédemment.

Il s’agit maintenant de répondre à une difficulté qui se présente: c’est qu’en plaçant le point équinoxial d’automne aux environs de l’étoile κ de la Balance, il arrive que la constellation du Lion se trouve en grande partie dans celle du Cancer avant le point solsticial d’été, tandis que dans le zodiaque de Dendérah, partagé en deux par les solstices, le Lion est placé tout entier dans le commencement des constellations descendantes.

Cette difficulté disparaît si on remonte aux plus anciens zodiaques des Grecs qu’on sait devoir leurs connaissances astronomiques aux Égyptiens. Ptolémée, au commencement de son Catalogue d’étoiles, dit qu’il a fait des changements aux constellations qui avaient été en usage avant lui. Il faut donc recourir à des zodiaques plus anciens: nous en trouvons un qui l’est incontestablement, c’est celui de l’Atlas de Farnèse (ainsi appelé de son possesseur), dont Passeri a donné la figure et l’explication dans le troisième volume de ses _Gemmœ astriferœ_, et dont Bentley a inséré la figure dans son Manilius. Le zodiaque de cet Atlas appartient à des temps antérieurs à Ptolémée, puisque le colure des équinoxes du printemps passe par la corne précédente du Bélier. Dans ce zodiaque le Lion n’est point figuré la tête avancée sur le Cancer, comme dans le zodiaque moderne; au contraire, elle est retirée très en arrière de ses pattes de devant; de sorte qu’une ligne droite, menée de l’extrémité d’une des serres du Cancer à l’autre, passe par les pattes antérieures du Lion et que la tête du Lion suit d’assez loin cette ligne.

Il résulte de là que les étoiles qui forment la tête du Lion dans le zodiaque de Ptolémée suivi par les modernes, appartiennent au Cancer dans cet ancien zodiaque de l’Atlas de Farnèse, et que la tête du Lion de cet ancien zodiaque est toute entière dans cette partie du Lion que nous appelons sa _crinière_.

Dans la position que le zodiaque de Dendéra donne à l’équinoxe d’automne, le colure du solstice passe par les étoiles les moins avancées en longitude de la crinière du Lion. C’est tout ce qu’il faut ici pour faire voir que le colure du solstice ne coupe pas le Lion dans le zodiaque de Dendéra, et laisse le Lion tout entier dans les constellations descendantes.

De même, dans la position que le zodiaque de Dendéra assigne à l’équinoxe d’automne, la constellation du Capricorne se trouve toute entière dans les constellations descendantes. On pourrait dire qu’une partie du Verseau, son bras précédent, se trouve dans les constellations descendantes, tandis que la figure entière du Verseau est dans les constellations ascendantes du zodiaque de Dendéra; mais on peut répondre ici que dans l’ancien Atlas de Farnèse, le bras du Verseau n’est point avancé par-dessus le Capricorne, et qu’il est ramené vers la poitrine même du Verseau.

Les Égyptiens, avant cette époque, connaissaient le mouvement rétrograde des solstices, comme on peut s’en convaincre en consultant le zodiaque du temple d’Esneh (latitude 25° 18). Ce zodiaque est placé aux deux extrémités du plafond du péristyle, comme celui de Dendéra. Les constellations ascendantes sont à gauche en entrant, et les constellations descendantes sont à droite. Ces constellations paraissent espacées également dans leurs plates-bandes respectives et se correspondre exactement. Les constellations ascendantes sont, à partir du mur du temple, _les Poissons_, _le Bélier_, _le Taureau_, _les Gémeaux_, _le Cancer_, _le Lion_; les constellations descendantes sont, à partir de l’entrée du péristyle au mur du temple, _la Vierge_, _la Balance_, _le Scorpion_, _le Sagittaire_, _Le Capricorne_, _le Verseau_.

D’après cette disposition, le solstice se trouve exactement entre les constellations du Lion et de la Vierge. Le mouvement rétrograde des solstices depuis cette époque jusqu’en 1800 de notre ère, correspond à 6400 ans (4600 avant J.-C.), époque de la construction de ce temple, qui se trouve entièrement sous la ville, par l’amas successif des débris des maisons qui se sont succédées pendant une longue suite de siècles; il ne reste plus qu’une ouverture en avant du péristyle par laquelle on descend les décombres des environs; et dans quelques siècles on perdra le souvenir de l’existence d’un temple entièrement conservé, enseveli sous terre.

Au reste, avant nous, et avant nos raisonnements actuels, Edouard Bernard avait déjà découvert et prononcé d’après d’anciens monuments, que les prêtres égyptiens faisaient, comme nous, le mouvement de précession de 50″ 9‴ ¾ par an[292]; par conséquent qu’ils le connaissaient avec autant de précision que nous prétendons le faire aujourd’hui. Il serait singulier que nous prissions notre ignorance de leurs mystères pour un argument de la leur.

NOUET.

D’après ces principes, qui sont ceux de tous les astronomes, nous voyons que la précession annuelle étant de 50″ et d’une fraction d’environ ¼ ou ⅓, il en résulte qu’un degré entier est déplacé en 71 ans 8 ou 9 mois, et un signe entier en 2152 ou 53 ans.

Or si, comme il est de fait en astronomie, le point équinoxial du printemps se trouvait au premier degré du Bélier en l’an 388 avant J.-C.[293], il en résulte qu’il était au premier degré du Taureau environ 2152 ans auparavant, c’est-à-dire vers l’an 2540 avant J.-C.; et ainsi remontant de signe en signe, le premier degré du Bélier se trouva être le point équinoxial d’automne, environ 12,921 ans avant l’an 388, c’est-à-dire 13,300 ans avant notre ère: ne serait-ce pas ce qu’a voulu dire _Pomponius Mela_, lorsqu’il rapporte que, selon les Égyptiens, l’_origine du monde_ (c’est-à-dire du _grand cercle céleste_), remonte à 13,000 ans? notre surplus de 300 ans ne serait pas une difficulté, parce que _Pomponius_ a pu citer un calcul savant fait vers le temps de Ptolémée ou d’Alexandre[294].

Il est d’ailleurs digne de remarque que jamais les Égyptiens n’ont admis ou reconnu dans leur chronologie le _déluge_ des Chaldéens dans le sens où nous le prenons; et cela, sans doute, parce que chez les Chaldéens eux-mêmes il n’était qu’une manière allégorique d’exprimer la présence du _Verseau_ au point solsticial d’hiver, laquelle présence eut réellement lieu à l’époque où le point équinoxial du printemps se trouvait dans le Taureau, ce qui nous reporte vers le 31 ou 32e siècle avant notre ère, c’est-à-dire précisément aux dates établies par les Indiens et par les Juifs copistes des Chaldéens. Une belle carrière est ouverte en ce genre de recherches, aux savants qui y porteront le désir impartial de la vérité uni aux _connaissances scientifiques_ de l’_astronomie_. Sans ces deux conditions il n’est plus possible de pénétrer dans l’antiquité. Notre tâche est finie...

Époques et dates principales de la chronologie d’Égypte, éclaircies et appuyées par des dates parallèles, étrangères.

1° Règnes des _Dieux_, c’est-à-dire des astres et des constellations personnifiés par suite de l’emploi des figures hiéroglyphiques qui servirent à exprimer leurs attributs, leurs influences, leurs rapports avec les êtres terrestres.

Leurs prétendus âges ne sont que des périodes vraies ou fictives, simples ou composées.

2° Première époque historique où l’Égypte fut habitée par des peuplades diverses à la manière des sauvages. Durée indéfinie. Le Delta put alors être dans l’état de golfe dont parle Hérodote.

3° Deuxième époque, où commencèrent de se former de petits états ou royaumes dont il put y avoir 30, 40 ou davantage. L’astronomie fit des progrès par l’établissement des colléges de prêtres: l’invention du zodiaque a pu avoir lieu dans cette époque, conformément à l’indication de _Pomponius Mela_................ 13,300 ans av. J.-C.

4° Troisième époque, où les petits états furent peu à peu fondus en trois grands; savoir, la Haute-Égypte ou Thébaïde, la Basse-Égypte ou Delta, et l’Égypte moyenne ou Heptanomis.

A _cette époque_ appartiennent le temple d’_Esneh_, dont le zodiaque date de l’an 4600 avant avant J.-C. notre ère, ci........................ 4600 ans. et l’établissement du culte du _Taureau_ ou _Bœuf Apis_, symbole du _Taureau céleste_, où le soleil commença de marquer l’équinoxe du printemps.

Le zodiaque Indien se rapporte aussi aux dates de 4700 à................. 4600

Observation de l’étoile _Aldébaram_, par Hermès, citée à la date de............ 3362

En Chaldée, fondation de la pyramide de Bélus.............................. 3191

Déluge, selon le texte grec........... 3195

Époque indienne de l’âge actuel....... 3101

État du ciel, indiqué dans le livre perse intitulé _Ioub_, vers l’an.......(_Voyez_ Bailly.).............................. 3000

Départ d’un cycle sothiaque, et du cycle callipique de 76 ans, à la date de....... 2782 ans.

Fondation du temple d’Hercule à Tyr. 27

Calendrier de Hoang-ti, en Chine......... 2686

Monuments de Mithra, et travaux d’Hercule selon les Grecs............(_Voyez_ Dupuis.)................................ 2550

Entrée du soleil au Belier............... 2428

Commencement du culte, du Belier.........

Fondation du temple d’Ammon dans l’_Oasis_; construction des monuments de _Karnak_ et de l’avenue des Beliers, vers.................................... 2400 à 2300

Déluge selon Varron et Censorin.......... 2376

Déluge selon le texte hébreu, calcul de Petau....................:............... 2329

Le cycle chinois prend son départ à l’an..................................... 2277

Le calendrier d’Hésiode y correspond.

Observation chaldéennes de Kallisthènes.. 2234

Observations des Pléiades en Égypte, citée par Ptolomée....................... 2200

Observation des colures, citée dans le Sourya Sidhanta.......................... 2068

Date du zodiaque de Dendéra.............. 2056

Invasion du royaume de Memphis par les pasteurs arabes, présumés être les tribus de Tamoud Aâd, Madian, Amalek, etc....... vers...................... 1810 ans.

Par suite de cet événement l’on présume à cette époque plusieurs migrations et colonies des Égyptiens en Grèce, en Étrurie, en Asie.

Fondation d’Héliopolis par les pasteurs arabes..................................... 1800

Expulsion des Arabes par Tethmos... vers....................................... 1556

Réunion de toute l’Égypte en une seule monarchie.

Fondation de Memphis la neuve, vers l’an....................................... 1500

Lac de Mœris, vers l’an.................... 1430

Construction des villes de Heroopolis ou Phitom et de Ramessés par les Juifs, vers....................................... 1420

Les Égyptiens, sous le roi Amenoph, chassent d’Égypte les Juifs et une quantité de menu peuple que Moïse organise en corps de nation et partage en 12 tribus, selon les 12 signes célestes............... 1410

Règne et conquêtes de _Sésostris_ entre les années............................... 1350 et 1390

Rhampsinit _le Riche_, indiqué par Pline sous le nom de _Rhamsès_, comme auteur du grand obélisque d’Héliopolis, et contemporain de Troie, a dû régner vers................ 1080 parce que son successeur Chéops a élevé la grande pyramide vers.................. 1050 ans

Sesach, roi d’Égypte, rançonne Jérusalem en ...................................... 974

(Il est possible que ce roi soit l’_Asuchis_ d’Hérodote).

Des rois obscurs, tels qu’ils sont mentionnés par les listes, se succèdent plus ou moins régulièrement, et affaiblissent l’Égypte par leur mauvaise administration.

Les Carthaginois, profitant de cet état de choses, dirigent sur l’opulente ville de Thèbes une armée qui la prend par surprise, la saccage, et emporte un immense butin, vers l’an .......................... 790

Bouchoris, dit _le Sage_, arrive au trône, et s’efforce de rétablir l’ordre par des lois qui l’ont fait placer au rang des législateurs du pays ...... vers ....................... 781

Un aveugle de la ville d’_Anysis_, appelé par Diodore, _Amasis_, ou _Amosis_, règne tyranniquement pendant 6 ans ... vers ..... 755

_Seva le Kusithe_ ou _l’Éthiopien_, dit aussi _Sevechus_, _Sabakos_ et _Actisanes_, envahit l’Égypte et règne avec justice et sagesse environ 25 ans depuis ..................... 750

Séthon, prêtre de Vulcain, gouverne l’Égypte, tombée dans l’anarchie, à l’époque où Sennachérib vient en Palestine, vers ...................................... 722

(Pour la suite, _voyez_ le tableau d’Hérodote, à la fin de ce volume.)

Note sur le système des générations.

Dans[295] sa Chronologie (tome VII), chapitre des Héraclides, page 474, M. Larcher nous dit:

«La règle des générations n’est pas la même chez les Lacédémoniens que chez les autres nations. Ce peuple, _comme je l’ai observé_ dans le chapitre XIV de la prise de Troie, avait défendu de se marier avant l’âge de 36 ans ou même 37... Les générations étaient donc de 37 ans à Lacédémone, tandis qu’elles n’étaient que de 33 ans dans le reste de la Grèce.»

On croirait, d’après ce texte, que réellement Larcher a _prouvé_ ce fait étrange, qu’un peuple entier ne se mariait qu’à 36 ou 37 ans: nous avions lu une première fois le ch. XIV, sans apercevoir cette démonstration; nous l’avons relu une seconde fois avec une scrupuleuse attention, et voici les seuls raisonnements que nous y trouvons (pag. 398 et suiv.): «C’était une maxime universellement reçue dans les premiers temps de la Grèce, qu’on ne se mariait qu’à 33 ans, et ensuite à 30.»

(Nous nions à L*** cette prétendue maxime, ou plutôt ce fait bizarre, incroyable: qu’il nous le prouve d’abord et par des témoignages et par des exemples.)

«De là les générations _étaient évaluées_ à 33 ans et quelque chose, et dans la suite elles le furent a 30 ans.»

Nous disons qu’elles _furent évaluées systématiquement_ par les Égyptiens, puis par les Grecs, pour avoir un moyen _quelconque_ d’estimer des temps incertains. Mais nous nions qu’elles fussent _civilement_ évaluées _par les peuples_, même dans les temps dont il s’agit.

«Les Lacédémoniens faisaient une exception à la règle générale: Lycurgue, dont toutes les institutions _tendaient à former des soldats vigoureux,--voulant empêcher ses concitoyens de prendre femme quand ils le jugeraient à propos, ordonna qu’ils ne se marieraient que lorsque le corps aurait acquis toute sa vigueur, regardant ce réglement comme très-utile pour se procurer des enfants robustes_.» (Xénophon, de Republicâ Lacedæm., cap. I § VI.)

Raisonnons sur ce passage de Xénophon:--Si Lycurgue fit une telle loi, ce ne put être que parce que l’on _avait senti l’abus_ de se marier trop jeune: l’_abus existait_, il le réprima; et cet abus devait d’autant mieux exister dans toute l’ancienne Grèce, qu’on le trouve chez tous les peuples anciens et modernes, en raison de ce que leurs mœurs domestiques sont plus simples, sont moins contraintes par des réglements de police et de civilisation. Larcher a senti cette objection, car il reprend (page 400):

«On peut m’objecter que ce réglement n’étant pas antérieur à Lycurgue, les générations qui ont précédé ce législateur ne doivent être évaluées qu’à 33 ans, comme dans le reste de la Grèce... Cette objection aurait quelque force, si l’on _pouvait prouver_ qu’avant la législation de Lycurgue les usages reçus à Sparte fussent _absolument contraires_ à ceux adoptés par ce législateur... Si tel eût été le cas, _comment se persuader_ qu’il eût réussi à réformer l’État.... On _connaît l’attachement des peuples_ à leurs usages... Il eût _certainement révolté_ toutes les classes de citoyens... Il y avait _sans doute_ alors à Lacédémone des coutumes que l’on _suivait_ ou que l’on _négligeait_ impunément, parce que la _loi n’avait point prononcé_: Lycurgue choisit parmi ces usages ceux qui lui parurent les plus raisonnables.... Il est _donc vraisemblable_ que Lycurgue _trouva établie avant lui_ la coutume de ne se marier qu’à 36 ans.»

N’est-ce pas là une logique vraiment curieuse? Larcher a d’abord posé en fait que «_c’était une maxime des anciens Grecs de ne se marier qu’à_ 33 _ans, et même à_ 37...» Il dit avoir prouvé ce fait relativement aux Lacédémoniens, dans son chapitre XIV. Ses preuves consistent dans une loi de Lycurgue _qui défend de se marier avant que le corps ait atteint toute sa vigueur_: il s’aperçoit que cette _défense_ indique comme existant, l’abus de se marier trop jeune. Pour esquiver la conséquence, il a recours à des _suppositions_, à des _vraisemblances; Lycurgue n’eût ôsé faire cette loi, si l’usage n’eût déjà existé: le peuple se fût certainement révolté_... C’est-à-dire que, selon Larcher, toutes les lois de Lycurgue existaient déjà avant d’être mises en vigueur par ce prince; car le raisonnement de notre logicien peut s’appliquer à toutes. On peut dire de chacune: _le peuple se fût révolté_... _il est attaché à ses usages... il y avait sans doute une coutume_..... il _est vraisemblable_ que Lycurgue... etc.; _certainement, sans doute, vraisemblable_; telle est la gradation de Larcher. «Il faudrait prouver, dit-il, qu’avant Lycurgue, les usages de Sparte fussent contraires à ses lois.»--Mais c’est à vous, Monsieur, de prouver qu’ils furent les mêmes; et vous avez d’abord contre vous le cri de toute l’antiquité, qui atteste que la législation de Lycurgue fut _un phénomène d’innovation_ contre les usages reçus; un _système spéculatif_ et _philosophique_ qui heurta tellement les esprits que le peuple de Sparte _s’ameuta_; que dans cette émeute _Lycurgue perdit un œil_[296]; et que pour arriver à son but, cet homme sévère et opiniâtre fut obligé d’user de supercherie en faisant espérer qu’il modifierait ses lois après un voyage entrepris pour consulter les oracles, et en faisant promettre au peuple, _par serment, de les exécuter_ provisoirement jusqu’à son retour, _qui n’eut point lieu_, puisqu’il préféra de mourir...

Vous avez ensuite contre vous cet axiome, «que toute loi prohibitive _prouve par son fait_ l’existence de l’acte qu’elle change ou supprime...»--_Lycurgue voulut empêcher que l’on prit femme à volonté_.--Donc l’on en usait ainsi.--Il _ordonna de ne se marier_ (expression impropre); il défendit de se marier _avant d’avoir acquis toute la vigueur_;--donc l’on se mariait ainsi; donc l’usage dominant était de marier les enfants trop jeunes; et cet usage devait exister, parce qu’il avait pour cause deux puissants motifs, l’un physique, l’autre politique, que nous retrouvons dans tous les temps et dans tous les pays.

Le premier de ces motifs est la passion naturelle commune à tous les parents de marier leurs enfants de bonne heure, afin de se voir revivre dans leur postérité.