Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome II

Part 20

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D’autre part, selon l’Eusèbe du Syncelle, le règne de Séthos ne daterait que de l’an 1376, et selon l’Eusèbe de Scaliger, il se retarderait jusqu’à l’an 1356. La 1re de ces dates, en raisonnant toujours d’après Manéthon, placerait la sortie vers 1390; ce qui s’accorde avec notre calcul généalogique des grands-prêtres cités par Josèphe..... La 2e réclame en sa faveur l’autorité d’Hérodote; mais elle nous laisse contre elle le soupçon d’avoir été dressée par Eusèbe dans cette expresse intention: en résultat, il paraît certain que la sortie d’Égypte n’a pu précéder les années 1410 à 1420, ni se retarder au-dessous de 1390 avant J.-C. Posons pour terme moyen 1400, et disons que si _Séthos-Sésostris_, dans le début de sa grande expédition, n’attaqua point les Hébreux, ce fut par suite de l’aversion et du mépris que lui inspirait leur récente origine.

Maintenant combien dura réellement le séjour des Juifs en Égypte? Leurs livres ne sont pas d’accord..... Le texte samaritain dit 215 ans; l’hébreu et le grec disent 430.

Si nous appliquons ces 215 au calcul d’Hérodote et d’Eusèbe (1355), l’entrée aura eu lieu vers 1570.[266] Si nous les appliquons au calcul d’Africanus et de la Chronique, elle aura eu lieu vers 1610. Dans l’un et l’autre cas, elle tombe dans la période de nos pasteurs, expulsés en 1556.

Si au contraire nous employons les 430 ans du texte hébreu, l’entrée remontera vers les années 1790 ou 1820, et ici elle coïncide presque à l’entrée des _rois pasteurs_.

Pourquoi cette différence si forte d’un texte à l’autre? Ne pourrait-on pas dire que l’un représente l’opinion du rédacteur du _Pentateuque_, le grand-prêtre Helqiah, tandis que l’autre serait l’opinion des docteurs d’Alexandrie, qui, au temps de la traduction, ayant eu connaissance des livres égyptiens, auraient voulu, comme le fit Josèphe, que les pasteurs rois fussent les pasteurs hébreux. L’autre hypothèse ne laisse pas que d’avoir plusieurs convenances. Par exemple, la Genèse parle des relations orales de la famille d’Abraham et de Jacob avec les Égyptiens, comme d’une chose simple et naturelle; cependant nous savons que la langue de ce peuple différait essentiellement de l’hébreu; et dans ces siècles barbares une langue n’était pas connue hors de son territoire: si donc nous supposons que ces relations aient eu lieu avec les rois pasteurs, il n’y a plus de difficulté, parce que leur langue fut un dialecte arabique comme l’est l’hébreu.

D’autre part, les Égyptiens haïssaient les pâtres comme gens _impurs_ devant la loi: et les rois et prêtres d’Égypte n’eussent pas dû accueillir si bien les Hébreux; les rois pasteurs l’ont pu; leur prêtre Putiphar a pu même recevoir Joseph en sa maison, et une femme de cette race recueillir Moïse flottant sur les eaux.

Selon les livres chaldéens cités par Bérose, et selon les livres égyptiens cités par le Persan _Artapanus_,[267] Abraham enseigna l’astrologie ou astronomie aux _Égyptiens_; comment croire que les Égyptiens, inventeurs du zodiaque, et de tout temps célèbres par leur science astronomique, aient reçu des leçons d’un étranger vagabond; mais cela peut se croire des _pasteurs arabes_ d’Égypte qui arrivèrent et purent rester ignorants en cette science. Artapanus ajoute que Joseph établit le mesurage des terres et autres institutions utiles, lesquelles n’ont pu être ignorées que des pasteurs qui avaient tout bouleversé.--Quant à l’_accaparement_ de toutes les terres dont parle la Genèse, comme conseillé par Joseph en temps de famine, cela convient encore à l’esprit des rois pasteurs, spoliateurs et tyrans: ce livre d’_Artapanus_, qui sous quelque rapport diffère des récits de la Genèse et de Manéthon, a, sous d’autres rapports, des analogies marquées... Il fait élever Moïse par la fille du roi de Memphis, en disant qu’il y avait en ce temps-là un autre roi dans _le pays au-dessus_ et _divers rois en Égypte_. Il fait de Moïse un ministre et un général du roi qui l’aime d’abord, puis qui redoute son grand crédit et veut le faire périr dans une guerre d’_Éthiopie_. Moïse part pour ce pays, s’arrête en chemin _pendant_ 10 _ans_, et avec les seuls bras de sa famille ou de ses nationaux, il bâtit une ville appelée _Hermopolis_... Tout cela pêche par invraisemblance; mais si l’on se rappelle que l’_Éthiopie_ des Grecs est le pays de _Kush_ des Orientaux; que le pays de _Madian_, où se retira Moïse, était une dépendance, une terre de _Kush_, comme nous l’avons prouvé,[268] et que près de ce pays, sur la frontière d’Égypte, est la ville d’_Héroopolis_, tout près de celle de _Phitom_ (Patumos d’Hérodote), bâtie par les Hébreux, on sera porté à croire qu’Artapanus ou ses copistes ont commis l’altération d’_Héroopolis_ en _Hermopolis_. Du reste, Artapanus parle des miracles opérés par Moïse et de la sortie de son peuple, presque comme l’Exode, excepté qu’il les répartit sur une durée de temps plus ou moins longue, pendant laquelle Moïse se serait prévalu des accidents et phénomènes naturels. On veut aujourd’hui traiter Artapanus de romancier; mais Josephe et Alexandre Polyhistor l’ont regardé comme un homme savant, nourri de la lecture des livres égyptiens. De tout ce mélange de variantes[269], d’analogies, d’invraisemblances, que conclure, sinon qu’il a réellement existé des faits qui ont été la base de l’histoire, mais qui, vu leur antiquité, vu la négligence des écrivains à les recueillir près de leur source, ont été altérés par les récits populaires d’une génération à l’autre, et se sont présentés sous cette forme aux historiens tardifs? Il est probable que la nation juive doit son origine à un premier noyau de peuple d’origine chaldéenne, puisque l’idiome chaldéen est resté sa langue. Il est probable encore qu’il y a quelque chose de vrai dans ce que Manéthon dit de sa sortie, puisque les livres hébreux, et Artapanus, et Tacite même[270], citent des circonstances très-ressemblantes.

Quant aux dates fixes, puisque les Juifs même n’ont pu nous les donner, qu’ils se montrent au contraire tout-à-fait ignorants sur la période entière du séjour et sur l’état de l’Égypte lors de la sortie, il faut nous contenter de celles qu’indique le raisonnement; mais n’omettons pas de remarquer, en finissant cet article, qu’il sera toujours étrange de voir l’auteur quelconque de la Genèse se prétendre si bien instruit de tant de détails minutieux sur Abraham, Jacob et Joseph, quand il l’est si peu de tout ce qui concerne le séjour en Égypte, et la sortie sous Moïse, et la vie errante du désert jusqu’au moment de passer le Jourdain. Cela est contre tout état probable de monuments; et cela nous confirme dans l’opinion émise ailleurs, savoir que les matériaux de la Genèse sont totalement étrangers aux Juifs, et qu’ils sont un composé artificiel de légendes chaldéennes dans lesquelles l’esprit allégorique des Arabes a représenté l’histoire des personnages astronomiques du calendrier sous les formes anthropomorphiques. Mais rentrons dans notre domaine chronologique, et voyons quels secours ajoute Diodore de Sicile aux cadres tronqués de Manéthon et d’Hérodote.

CHAPITRE IV.

Récit de Diodore.

D’après tout ce que nous avons vu du désordre et des contradictions de la liste d’Africanus, copiste apparent de Manéthon, nous avons droit de croire que la dynastie des _pasteurs_ a été la borne historique des savants de Memphis, et cela par la double raison que ces étrangers auront détruit les archives nationales, et que l’école de Memphis, ne trouvant au-delà de leur époque que des rois thébains, les aura négligés par esprit de parti pour sa métropole. Si nous avions la liste complète de ces rois, trouvée par Ératosthènes, et copiée par Apollodore, peut-être y trouverions-nous le moyen de renouer le fil de succession par l’entremise de la 18e dynastie: à son défaut, il faut nous adresser à Diodore.

Cet auteur, qui lût et compulsa un grand nombre de livres sur ces matières, dans la bibliothèque d’Alexandrie, eut de grands moyens de s’instruire et de nous instruire avec lui: malheureusement il s’est moins appliqué à la précision qu’à l’étendue.--Cet historien nous donne comme résultat de ses recherches, et comme un fait non contesté de son temps, «que le royaume de Thèbes fut le premier civilisé et le plus célèbre de toute l’Égypte. La ville de Thèbes, dit-il[271], fut fondée, selon quelques-uns, par le dieu Osiris même, qui lui donna le nom de sa mère; mais ni les auteurs ni les prêtres ne sont d’accord à ce sujet, plusieurs assurant que cette ville a été bâtie bien plus tard, par un roi nommé _Busiris_.»

Nous laissons à part ce que Diodore dit avec Hérodote, Manéthon et la _vielle chronique_, du règne des dieux, qui dura des milliers d’années, 10,000, selon les uns, 18,000 et même 23,000 selon d’autres, depuis Osiris ou le soleil, jusqu’à Alexandre... Ce sont là des allégories astrologiques, de même que l’invention prétendue de toutes les sciences, par un dieu ou homme nommé _Hermès_.--Mais Diodore parle historiquement, lorsqu’il peint l’état primitif des anciens habitants de l’Égypte, et leur vie sauvage entièrement semblable à celle des nègres et des Caraïbes des temps modernes[272]. «Alors, dit-il, ceux-là étaient rois qui inventaient les choses et les moyens utiles aux besoins de la vie: le sceptre ne passait pas au fils du régnant, mais à celui qui avait rendu le plus de services (comme dans l’ancienne Chine).

«Parmi les rois d’Égypte, la plupart ont été indigènes, quelques-uns furent étrangers: on compte, entre autres, _quatre Éthiopiens_ qui ont régné 36 ans, non pas de suite, mais par intervalles.»

Nous avons vu Hérodote en compter 18: il semble que Diodore n’aurait connu que ceux postérieurs à Sabako.

«Les rois, avant Kambyses, ont été au nombre de 470, et 5 reines.»

Voici une grave différence, puisque ce serait au-delà de _cent_ plus qu’Hérodote. Diodore suit Manéthon ou s’en rapproche.

«Après les dieux, le premier roi fut _Menas_», que Diodore fait régner à Thèbes et non à _Memphis_ (qui en effet ne dut pas exister). Il est singulier que ce _Menas_ ou _Menès_ se retrouve premier homme-roi à Memphis, à Thèbes, en _Crète_, sous le nom de _Minos_, dans l’Inde sous celui de _Ménou_. Il est singulier encore que Manéthon, dans Africanus, ait noté qu’il fut tué par un _cheval_ de _rivière_ (hippopotamos) nomme _Isp_. Comment une bête sauvage a-t-elle eu un nom propre? Il y a ici de l’allégorie: l’_hippopotame_ fut l’emblème de _Typhon_, ce génie du mal, qui tua _Osiris_, génie du bien; _Menès_ doit être un nom d’_Osiris_, peut-être même le nom le plus ancien. Osiris fut, comme Bacchus, le dieu de l’abondance et de la joie; «_Menès_, comme Osiris, enseigna aux hommes toutes les commodités, tout le luxe de la vie, la bonne chère, les beaux meubles, les bonnes étoffes, etc.:» l’identité est sensible. Quant au nom du _cheval, Isp_, comment se fait-il qu’il soit le mot persan _asp_, un _cheval_? Manéthon aurait-il copié un auteur perse, qui, après Kambyses, aurait traduit un livre égyptien?

Le nom de _Menas_ fut aboli, nous dit Diodore, par un roi d’Égypte qui, pendant une guerre qu’il fit aux Arabes du désert, trouva de si grands inconvénients dans le luxe et l’épicurisme inventé par _Menas_, qu’il maudit son nom, et fit inscrire cette malédiction en lettres sacrées dans le temple de Ioupiter à Thèbes. Ne serait-ce pas à dater de cette époque que le nom d’Osiris aurait prévalu? Mais pourquoi _man_ en langue sanscrite signifie-t-il _homme_, et en chaldæo-hébreu, _intelligence_?

«Après Ménas, d’autres rois, dit Diodore, se succédèrent pendant 1,400 ans, sans rien faire de remarquable; puis régna _Busiris_, premier du nom; puis son 8e successeur, nommé aussi _Busiris_, bâtit la grande ville de Thèbes avec cette magnificence qui l’a rendue la plus célèbre des temps anciens.»

Faire bâtir Thèbes quand on dit qu’elle existait depuis 1,400 ans, est une contradiction manifeste; mais aujourd’hui que les savants français de l’expédition d’Égypte nous ont fait connaître géométriquement le local de Thèbes; qu’ils nous y font distinguer 4 et même 5 enceintes différentes, où la nature et l’emploi des matériaux, les uns de briques, les autres de pierre, le style et l’art des constructions, les unes petites et simples, les autres grandes et compliquées, attestent des époques diverses, nous concevons que là, plus qu’ailleurs, il a existé une gradation d’industrie et de puissance qui, selon les besoins ou les fantaisies du temps, a plusieurs fois déplacé l’habitation des rois et de leur cour, et qui, par l’agglomération qui se fait toujours autour de ces foyers d’activité, a formé plusieurs cités que leur voisinage réciproque a fait comprendre sous le même nom... D’après ce que Diodore dit de la grandeur des temples, des palais et autres ouvrages de _Bousiris_, l’on pourrait lui attribuer l’enceinte dite _Karnâq_[273], mais ne quittons pas notre fil chronologique.

Après Busiris II, plusieurs de ses successeurs embellirent la ville de Thèbes. Ici Diodore place d’intéressants détails sur un roi _Osymandua_, dont il ne détermine point l’époque.

Le huitième successeur d’_Osymandua_ porta le nom d’_Uchoreus_ comme son père: ce fut lui qui _bâtit Memphis_.

Diodore entre dans des détails qui diffèrent peu de ceux d’Hérodote... «_Uchoreus_ rendit le séjour de cette nouvelle ville si commode, si délicieux, que _presque_ tous ses successeurs le préférèrent à celui de _Thèbes_, dont la splendeur baissa de jour en jour, tandis que celle de Memphis ne cessa de croître jusqu’à la fondation d’Alexandrie.

«Douze générations après _Uchoreus_, régna _Moïris_ qui construisit le lac célèbre dont parle Hérodote; 7 générations après Moïris, régna _Sésoosis_ (le Sésostris d’Hérodote), devenu si célébre par ses conquêtes.»

Nous voici arrivés à un point à peu près connu, et nous pourrions nous en servir pour calculer et mettre en ordre les faits cités par Diodore; mais parce qu’il nous importe de savoir quel degré de confiance mérite ce compilateur souvent négligent et superficiel, nous préférons de descendre à une époque plus tardive et plus sûre qui nous fournisse des moyens positifs d’apprécier son degré d’instruction et d’exactitude.

Diodore parlant de la conquête de l’Égypte par Kambyse, fils de Kyrus, assigne cet événement à l’an 3 de la 63e olympiade, ce qui répond à l’an 526 avant J.-C. Il y a ici erreur apparente d’une année, puisque tous les critiques modernes sont d’accord que Kambyse n’entra qu’en l’an 525; mais parce que l’année olympique s’ouvrait au solstice d’été, et que Kambyses put n’entrer que dans le mois de février subséquent, c’est-à-dire après le commencement de l’année romaine et de l’année chaldéenne qui nous servent de guide, l’erreur n’est ni réelle, ni grave: admettons l’an 526, et voyons comment Diodore dispose les faits antérieurs.

SELON DIODORE,

Il y a eu 470 rois en Égypte, depuis _Menas_ jusqu’à _Kambyses_. Quatre de ces rois furent Éthiopiens, et régnèrent, non de suite, mais par intervalles.

1 _Menas_, premier roi homme et non dieu, régna à Thèbes (et non à Memphis).

2 Après _Menas_, des rois obscurs se succédèrent pendant 1400 ans............................... ci 1400 ans;

3 Busiris I succède.

4 Busiris II, son 8e successeur, bâtit Thèbes et y élève les grands monuments qui subsistent encore.

5 Après Busiris II, règne une série de rois non définie.

6 Puis Osymandua.

7 Le 8e successeur, nommé _Uchoreus_, fonde _Memphis_ à l’ouest du Nil.

12 générations après _Uchoreus_, règne _Moïris_, qui construit le lac.

7 générations après _Moïris_ règne _Sésoosis_ [Sésostris][274], qui conquiert l’Asie............................. 33 ans.

Son fils _Sésoosis II_.

Nombre indéfini de successeurs obscurs.

Après eux vient _Amosis_, tyran.

_Amosis_, tyran, chassé par

_Actisanes_, éthiopien.

Mendès ou Marrus bâtit le labyrinthe.

Interrègne de 5 générations.

_Protée_ ou _Ketés_ est élu roi.

Remphis, le riche en or.

7 générations.

_Nileus_ fait de très-grands ouvrages au fleuve qui prend son nom.

8 générations.

_Chembès_ bâtit la grande pyramide.

_Chephren_, son frère.

Mykerinus, fils de Chembès.

Bocchoris le sage.

Plusieurs générations.

Sabako, _éthiopien_.

Interrègne.......................................... 2 ans

12 rois, dont _Psammétik_ est un.

Ils font un grand ouvrage, et régnent............... 15

1 _Psammétik_ (règne omis).

2

3

4 génération. Apriès.......... 22 Amasis.......... 55 av. J.-C.

Kambyses, perse, l’an......... 526

«Avant Kambyses, dit-il[275], avait régné Amasis pendant 55 ans.»

Il y a ici omission totale du fils d’Amasis, _Psamménit_, qui lui succéda, régna 6 mois et périt, avec des détails intéressants mentionnés par Hérodote.

Ensuite pourquoi Diodore porte-t-il à 55 ans le règne d’Amasis qui, selon Hérodote, ne fut que de 44? Notez que Diodore paraît n’être que le copiste d’Hérodote depuis le règne de Protée: Amasis aurait donc commencé en 581.

Avant Amasis avait régné Apriès pendant 22 ans (il aurait commencé en l’an 603).

«_Quatre générations_ avant Apriès avait régné Psammitichus[276].»

Pourquoi Diodore omet-il encore ici la durée de ce règne important? et de plus, pourquoi cette expression vague _quatre générations_? Ne dirait-on pas qu’il y eut 4 règnes entre les 2 rois nommés, et qu’à raison de 30 ans par génération, selon le système de Diodore, on dut compter 120 ans? En ce cas Psammitichus serait rejeté à l’an 723; mais cette année sera-t-elle le commencement ou la fin de son règne? Notre embarras serait grand si Hérodote ne nous eût décrit les règnes d’Apriès, fils de Psammis; de Psammis, fils de Nékos; de Nékos, fils de Psammétik, avec toutes leurs circonstances d’action et de durée: on voit bien ici _quatre générations_, mais qui eût deviné que Diodore y comprenait les deux termes qu’il donne pour limites? Cette négligence rompt déjà le fil chronologique que nous attendions de lui; mais supposons que pour ses _quatre générations_, il ait compté 120 ans, selon sa méthode, le règne de Psammitichus aura commencé l’an 701.

«Avant lui, avait eu lieu pendant 15 ans[277], une oligarchie de 12 régents ou rois dont il avait été l’un.»

Cette oligarchie avait donc commencé en l’an 716, et elle avait succédé à une anarchie de 2 ans, qui elle-même succéda au règne de l’Éthiopien Sabako. Ce règne aurait donc fini en l’an 718. Nous avons contre cette date les témoignages des Juifs et des listes copiées de Manéthon: encore si Diodore nous donnait la durée du règne de Sabako; mais il l’omet nettement, et se contente de dire qu’il était venu régner en Égypte _plusieurs temps_ après Bocchoris (le sage). Voilà notre fil de dates encore interrompu.

«Or Bocchoris avait succédé[278] à _Mykerin_, dit aussi _Mecherin_ (règne omis), lequel avait succédé à son oncle _Chephren_, qui régna 56 ans et bâtit l’une des grandes pyramides; et Chephren avait succédé à son frère _Chembès_, lequel régna 50 ans, et bâtit la plus grande de toutes les pyramides connues.»

Nous avons ici les rois _Mykerin_, _Chephren_ et _Cheops_ d’Hérodote, et dans les détails que récite Diodore, il se montre purement l’écho de cet auteur; mais il ne nous donne aucun moyen de rétablir la série chronologique rompue depuis Psammitichus: seulement il observe que depuis l’érection de la grande pyramide (de Chembès ou Cheops), jusqu’à l’année où il écrivait, plusieurs savants égyptiens comptaient une durée de 1,000 ans, ce qui correspond à l’année 1056 avant J.-C.; et cependant, dit-il, d’autres _prétendent qu’il s’est écoulé_ 3,400 _ans_.

Nous pensons que cette seconde opinion doit s’entendre de quelque pyramide bien plus ancienne, et dont l’érection eut un but réellement astronomique, ainsi que la pyramide de Bel, érigée à _Babyl-on_ vers cette époque.

Antérieurement à Chembès, Diodore place le roi Remphis, «lequel n’eut d’autres soins que d’amasser d’immenses trésors. On prétend qu’il entassa jusqu’à 400,000 talents, tant en or qu’en argent (à 3,000 fr. le talent, c’est 1,200,000,000 francs).»

Ce Remphis est évidemment le Rampsinit d’Hérodote. «Après Remphis, pendant 7 _générations_, régnèrent des rois fainéants, livrés aux voluptés... Il faut cependant en excepter _Nileus_, qui, selon les annales sacerdotales, fit creuser des canaux, élever des digues, et exécuter une foule d’autres ouvrages tellement utiles à la navigation, qu’alors le fleuve reçut le nom de _Nil_, au lieu du nom d’_Ægyptus_ qu’il portait auparavant.»

«Le huitième roi fut Chembès....»

(Il nous semble qu’ici Chembès est le huitième depuis Remphis et non depuis _Nileus_, comme le veulent quelques traducteurs: ce terme 8 est une suite, un complément des 7 _générations_ mentionnées auparavant.

«Or Remphis avait été le successeur et le fils d’un roi que les Égyptiens nomment _Ketès_, et les grecs _Protée_, qui fut contemporain de la guerre de Troie» (dont l’époque est fixée par Diodore à l’an 1188 avant notre ère, c’est-à-dire 1138 ans avant lui-même). Diodore est encore ici copiste d’Hérodote. Il semblerait, d’après cela, que peu de règnes avant Protée devrait venir Sésostris; point du tout: Diodore recourant à quelque autre historien, soit Manéthon, soit Hécatée, introduit une série de rois, dont il ne cite que 4 ou 5, avec des détails qui éveillent contre lui nos soupçons.

«Le fils de Sésoosis (il nomme ainsi Sésostris), en lui succédant, prit le nom de son père..... Il devint aveugle, etc. Il eut pour successeurs une immense série de rois qui ne firent rien de remarquable. Enfin, après _plusieurs siècles_, le pouvoir passa aux mains d’_Amasis_ qui en usa tyranniquement: il fit mourir les uns, confisqua le bien des autres, traita tout le monde avec insolence..... Le peuple supporta l’oppression qu’il ne pouvait empêcher; mais un roi des Éthiopiens, nommé _Actisanes_, étant venu attaquer _Amasis_, les Égyptiens saisirent l’occasion de lui montrer leur haine, et se soumirent sans combat à l’étranger. Actisanes usa de la victoire avec douceur et bonté. Il ne voulut pas même que l’on punît de mort les criminels (en justice); et cependant, comme il ne voulut pas les laisser impunis, il fit couper le nez à ceux qui furent légalement convaincus, et il les envoya habiter et coloniser un lieu désert, que pour cette raison l’on a nommé _rhinocolure_ (_narines coupées_).

«Après la mort d’_Actisanes_, les Égyptiens, devenus libres, se nommèrent un roi, appelé _Mendès_ par les uns, et _Marras_ par les autres. Ce prince ne s’illustra point par la guerre, mais il fit construire un ouvrage aussi admirable pour l’art que pour la masse: cet _ouvrage fut_ le labyrinthe devenu si célèbre, même parmi les Grecs.

«Après la mort de Mendès, 5 générations s’étant écoulées dans l’anarchie, un homme des basses classes du peuple fut élu roi. Les Égypttiens le nomment Ketès, et les Grecs _Protée_, qui fut contemporain de la guerre de Troie, etc.» (comme nous l’avons dit plus haut).

Remarquez que Diodore place la guerre de Troie vers l’an 1188. Comment compte-t-il une immense série de rois entre cette guerre et le règne de Sésostris, quand Hérodote, Porphyre, Strabon et plusieurs autres anciens nous indiquent ces deux époques comme assez rapprochées? En examinant son récit, nous pensons découvrir la source de son erreur dans un défaut de jugement et dans la négligence habituelle de cet auteur qui, empruntant ses récits de diverses mains, en a fait de vicieuses combinaisons, et qui, dans le cas présent, ne s’est pas aperçu qu’il employait deux fois des temps et des rois qui sont en partie les mêmes.

En effet, si l’on compare les deux parties de sa liste, qui sont, l’une entre Bocchoris et Psammétik, l’autre entre Amasis et Mendès, on verra que les personnages et les faits sont absolument les mêmes, quoique sous des noms différents. Le tableau ci-après rend cette identité sensible.

RÉCIT Ier.

_Amasis_(ou Amosis), tyran détesté; ses sujets se livrent de plein gré à