Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome I

Part 27

Chapter 273,525 wordsPublic domain

A cette occasion nous ferons deux remarques indispensables; l'une, que les auteurs de M. Schultens varient tellement sur la durée des règnes, quand ils la donnent, que l'on ne peut en tenir aucun compte.

L'autre, qu'à plusieurs rois antérieurs à Belqis ils donnent des règnes de 120 et 125, des âges de 300 et de 400 ans, qui ont de l'analogie avec les récits des Hébreux au temps de Moïse et des Juges, et qui autorisent et confirment les idées que nous avons développées sur la valeur des années au-dessous de _douze_ mois, (_Voyez_ 1re partie).

Nos auteurs ne s'accordent pas sur la généalogie de Had-had. L'un le fait fils immédiat de Cherâhil; d'autres, son petit-fils, par Amrou. Ces confusions sont faciles chez les Arabes, vu la répétition des mêmes noms dans les familles. _Aboul-feda_ fait observer que Cherâhil n'était point fils de roi, mais qu'il fut élu par le peuple, las des guerres que ces rois ne cessaient de faire en Afrique. L'on cite deux circonstances de ces guerres qui deviennent un garant de leur réalité.

La première est que le prince homérite, prédécesseur de Cherâhil, fut surnommé le _seigneur_ des _monstres_ ou des _terreurs_ (_Zou-l-Azâar_), parce qu'il amena de la Libye des prisonniers d'une race d'hommes petits et hideux, ayant la tête comme enfoncée dans la poitrine. Or, cette même, race d'hommes reparaît dans l'histoire des Grecs et des Romains, qui les appellent _Blemmyes_, et leur aspect causa la même impression d'horreur dans Rome, lorsqu'ils y furent traînés en triomphe.

La seconde est qu'un autre prince antérieur fut surnommé _Zou-l-Minar_, _seigneur_ des _phares_, parce que dans une expédition au pays des Nègres, il fit dresser des tours garnies de _lanternes_, afin de retrouver sa route à travers l'océan des Sables.

Un troisième prince, après avoir envoyé dans ce désert plusieurs détachements, qui périrent tous, fit élever sur la frontière des Sables une colonne munie d'une inscription explicative.

Ces expéditions répétées de plusieurs rois successifs, indiquent des motifs puissants de curiosité ou d'ambition, soit pour arriver à quelque pays riche, tel que Tombouctou, soit pour pénétrer jusqu'à l'Océan, dont ils auraient eu connaissance par les caravanes, ou jusqu'à la Méditerranée, vers les lieux où bientôt après s'éleva Carthage, et où déjà florissaient peut-être plusieurs colonies phéniciennes: ce sont autant d'indications d'un commerce déjà ancien, sur l'histoire duquel le savant professeur _Heeren_[322] nous a donné des idées neuves et lumineuses, qui nous expliquent la prospérité de ces contrées à des époques inconnues.

Quant à la série ascendante de ces rois, elle continue d'être confuse; car au-dessus de _Cherâhil_, _Aboul-feda_ compte en remontant,

1° Amrou Dou-l-Azaâr; 2° son frère Afriqos, fils 3° d'Abraha-zou-el-Minar, fils 4° d'El-Sab-Zoul-Qarnain, fils 5° de _Haret Arraïés_.

Hamza, au contraire, supprime _el Sâb_; prétend qu'Abraha régna 183 ans, _Afriqos_ 164, et _Zoûl-Azaâr_ 25; tandis que, selon Nouèïri, le successeur de Haret fut Hàïar, fils de _Galeb_, fils de _Zeid_, lequel Hàïar régna 120 ans: selon _Ebn Hamdoun_, le successeur d'_Afriqos_ aurait été son fils _El-Faï-der_ Zou-Chanâtir, qui alla en Irâq (Babylonie), et y périt.

Mais tous ces auteurs s'accordent sur Haret-Arraïès, comme ayant été le prince le plus remarquable par ses grandes actions.

«A son avènement (dit Hamza), l'Iémen était partagé en deux états, celui de _Saba_ et celui de Hadramaut. Haret les réunit par conquête. Avant lui, les Iémenais n'avaient point été rassemblés en un seul corps de nation (excepté au temps de Homeir). Ce fut à Haret qu'ils se _réunirent_ tous; ce fut lui qu'ils _suivirent_ tous; d'où lui vint le surnom de _Tobba_ (celui qui se fait suivre), surnom qui ensuite devint le titre spécial de tous ses successeurs. Après avoir soumis l'Iémen, il entreprit de grandes expéditions qui s'étendirent jusqu'au _Hend_ (l'Indus): il vainquit les _Turks_ dans l'_Aderbidjan_, en une bataille très meurtrière; il en amena une quantité d'enfants en esclavage, et _rapporta_ en Iémen un _butin_ d'une _richesse immense_; de là lui fut donné le surnom d'Arraïés, _celui qui enrichit_ (mot à mot, qui _couvre de plumes_, sans doute parce que la plume d'autruche fut chez ces peuples le signe de l'opulence).»

Maintenant comparons ces détails à ceux de Ktésias.

_Ninus s'associe au roi d'Arabie_. Les historiens de cette contrée assurent qu'il n'y eut point d'autres rois _des Arabes_ que ceux de l'Iémen. Ce roi d'Arabie s'appelait _Ariaios_ ou _Araios_. Haret a le surnom d'_Arraïés_... _Ariaïos accompagna Ninus contre Pharnus, roi des Mèdes_. Arraïés livra une _bataille terrible_ dans l'_Aderbidjan_, qui est la _Médie_ propre et originelle; il la livra aux _Turks_, c'est-à-dire à des hommes de _teint blanc_, tels que sont les montagnards de cette contrée, que les auteurs arabes et persans ont appelés _Turks_, parce que n'ayant aucune idée des _anciens Mèdes_, ils ont cru que le pays avait toujours été habité par des _Turkmans_, comme de leur temps. Arraïés poussa jusqu'à l'Indus.--Selon Ktésias, Ninus y alla aussi. Arraïés importa un butin immense. Ninus combla Ariaïos des plus riches dépouilles. Avec tant de traits d'une si parfaite ressemblance, l'on ne saurait douter que l'Arabe _Haret-Arraïés_ ne soit l'Ariaïos de Ktésias et de Ninus, et nous en verrons une dernière preuve complémentaire dans les traditions perses sur la dynastie Pichedâd. Objectera-t-on que l'intervalle entre _Haret_ et _Balqis_ n'est point rempli d'un nombre suffisant de générations? En effet, les auteurs ne comptent que cinq ou six princes pour 200 ans: mais de Balqis à Alexandre ils n'en comptent que sept, dans environ 670 ans. Il est évident (eux-mêmes s'en plaignent et nous en avertissent) que toutes ces successions sont fracturées et incomplètes, comme le sont aussi les dynasties perses de _Kéïan_ et de _Pichedâd_, ainsi que nous le verrons. Peut-être est-ce pour combler leurs lacunes, que quelque ancien chronologiste a porté le règne d'Arraïés à 125 ans, selon _Nouèïri_; à 150 selon Hamza; et les règnes d'_Abraha_ et d'_Afriqos_, ses successeurs, l'un à 164, l'autre à 183, etc.; nombres absurdes, dont les véritables causes d'erreur sont désormais ignorées. Nous n'avons que des fragments, et il doit nous suffire d'y trouver les principales convenances observées. C'en est une de voir _Haret_ placé au moins cinq ou six règnes avant Balqis, surtout lorsque les récits décousus et mutilés des auteurs nous laissent apercevoir qu'il y eut des troubles civils et des changements de dynastie. Par inverse de l'objection citée, nous devons dire qu'ayant reconnu l'identité de personnage, nous avons en main les moyens de rectifier ces monuments, et d'apprécier leurs erreurs. Enfin nous verrons dans les traditions perses, qu'en comparant les époques respectives des trois Tobbas, surnommés _premier_, _dernier_ et _du milieu_, l'identité de Haret et de Ariaïos se trouve encore confirmée.

Alors que Haret fut contemporain de Ninus, son règne en Arabie dut commencer vers 1240; parce qu'avant d'être appelé par Ninus, il lui fallut un laps de temps pour subjuguer l'Iémen, et en joindre les diverses principautés à celle de Hadramaut, qui fut son premier domaine. Ici nous obtenons un moyen de classer un autre événement remarquable, qui nous est cité par les auteurs de M. Schultens:

«Ils nous disent que quinze pères, _c'est-à-dire quinze générations avant_ Haret, avait vécu et régné _Homeir_, fils de _Saba_, qui, le premier de la race de _Qahtan_ (Ieqtan), régna sur tout l'Iémen (Hamza). Il était fils de _Saba-abd-el-chems_, et il chassa les Arabes _Temoûd_ de l'Iémen dans l'Hedjaz (_Aboulfeda_).

«Ce fut le plus habile cavalier et le plus bel homme de son temps: son nom de _Homeir_ (rouge) lui vint de ce qu'il était toujours vêtu de cette couleur. Il fut le premier qui posa sur sa tête une couronne d'or; il régna 50 ans (Nouèïri).»

Si nous appliquons à ces _quinze pères_ ou _générations_ notre terme moyen de 27 ans, nous avons 405 ans plus 1240, égale 1645 ans: c'est-à-dire que _Homeir_ aurait vécu vers 1650 ans avant notre ère. Notre auteur (Nouèïri) ajoute qu'il fut contemporain de _Qaïder_, fils d'_Ismaël_, fils d'_Abraham_, ce qui dans le système juif, veut dire le 19e siècle avant notre ère. Voilà donc les Arabes de l'Iémen ayant des rois et un état social déjà ancien, plus de 600 ans avant le petit peuple hébreu; et cependant ce n'est pas à beaucoup près l'époque de leur origine.

Mais, pour revenir à Ninus, comment se fait-il que ce roi des _Assyriens_, vivant à _Kélané_ ou _Télané_[323], au pays de _Sennar_ en Mésopotamie, par le 36 ½ degré, ait eu l'idée de rechercher l'alliance d'un roi des Arabes vivant à _Mareb-Saba_, dans l'_Arabia felix_ par le 12° de latitude, à la distance de près de 500 lieues, à travers les déserts du _Nadjd_?

Au premier coup d'œil ce fait semble élever une grande difficulté; mais elle se résout très-plausiblement par diverses circonstances que nous fournissent les monuments des anciens Arabes.

Ces monuments nous ont déjà dit (_Voyez_ ci-devant, article des Juifs), «que les plus anciens habitants de l'Arabie furent les tribus d'_Aâd_, de _Tamoud_, de _Tasm_ et de _Djodaï_; qu'_Aád_ habita _Hadramaut_; Tamoud le _Hedjaz_ et le _Téhama_; Tasm le Haouas à l'est du Tigre et le midi de la Perse; Djoudaï le pays de _Hou_, qui est le _Iémama_ et que ces anciennes nations avaient soumis et possédé l'Iraq (qui est la Babylonie).»

Ce serait donc celles-là même que Ninus y aurait trouvées; soit qu'elles s'y fussent réfugiées 400 ans auparavant, à l'époque des guerres de Saba, soit qu'elles s'y fussent établies dès avant cette époque, comme il est probable.

Maintenant si, selon ces mêmes traditions, _Haret_ fut un descendant de Saba le Homérite, il fut un Arabe de race ieqtanide, et par conséquent l'_ennemi de sang_ des quatre anciennes tribus kushites, et nous voyons à la fois pourquoi il chassa de l'Iémen celle de Tamoud, et pourquoi il se lia d'amitié avec l'Assyrien Ninus, ennemi politique des quatre tribus.

Il est vrai que selon Aboulfeda, Haret comptait au nombre de ses ancêtres un prince aâdite appelé _Shedâd_; mais outre qu'Aboulfeda ou ses auteurs peuvent être en erreur, cette circonstance ne changerait rien au fond des faits, parce que des pacifications ont pu occasioner de telles alliances, comme il se pratique même encore chez les Arabes.

D'ailleurs n'oublions pas que, selon les traditions conservées par Helqiah, les Assyriens et les peuples de l'Iémen durent se considérer comme parents, puisqu'ils reportaient également leur origine à _Sem_, fils de _Nouh_; et cette parenté semble trouver son appui dans les faits suivants:

1° Leur langage était construit sur les mêmes principes de grammaire et de syntaxe.

2° Le mot _ashour_ (assyrien) se traduit littéralement par les mots latins _felix_, _dives_, heureux et riche... Or, l'Iémen n'a pas d'autre nom que celui d'_Arabie heureuse_ chez les anciens Latins et Grecs qui n'ont dû être que les traducteurs des Orientaux: l'Iémen était une Assyrie.

3° Enfin il semble que les lettres alphabétiques furent les mêmes chez les Assyriens et chez les anciens Arabes de l'Iémen: les Arabes modernes, qui depuis le siècle de Mahomet seulement ont adopté l'alphabet syrien, nous apprennent qu'avant cette époque, les autres Arabes, et spécialement ceux de l'Iémen, avaient un système alphabétique totalement différent.

«Nos lettres arabes (disent-ils) s'écrivent de droite à gauche. Celles des Hémiarites (Homérites) s'écrivent de gauche à droite (comme le grec et l'éthiopien): elles sont liées (entre elles) comme les lettres éthiopiennes. On les appelle _Mosnad_, ou _appuyées_, ce qui se dit aussi de plusieurs autres lettres anciennes, inconnues[324].

«Il y a douze espèces d'écritures, dit _Maula-ebn-Kair_; savoir: l'arabique, l'_hémiarite_, la grecque, la _persane_, la syrienne, l'hébraïque, la romaine, la copte, la _berbère_, l'andalouse, l'indienne et la chinoise.»

Dans cette énumération nous pouvons désigner toutes les espèces, excepté l'_hémiarite_: par _berbère_ il faut entendre l'éthiopien dont Ludolf nous a donné le dictionnaire. L'écriture _persane_ est le _zend_, que nous ont fait connaître Hyde et Anquetil; l'indienne est le sanscrit; l'andalouse est l'écriture appelée par Velazquez _caractères inconnus des anciens espagnols_. L'hémiarite reste donc la seule qui n'aurait pas de type connu; mais puisque dans ce tableau nous ne voyons pas l'_écriture à clous_ tracée sur les ruines de Persépolis et sur les briques des murs de fondation de l'ancienne Babylone, n'est-ce pas une raison de penser que cette écriture à clous doit être l'hémiarite? On convient que ces murs et ces briques doivent leur origine à l'Assyrienne Sémiramis; par conséquent ils sont les caractères dont usaient les Assyriens, ces lettres qu'Hérodote appelle lettres _assyriennes_, analogues aux caractères de Persépolis, mais plus compliqués: or, si à l'époque de Nabukodonosor et de Nabonasar, c'est-à-dire lorsque la race indigène des Chaldéens eut recouvré son indépendance nationale, l'écriture alphabétique des Babyloniens était ce que nous appelons la _chaldaïque_, analogue à celle des Syriens et des Phéniciens, n'avons-nous pas droit de conclure que les Assyriens et les Homérites, à titre d'enfants de _Sem_, eurent un système de lettres commun et identique, de même que les Phéniciens et les Arabes Chaldéens, à titre d'enfants de Kush, en eurent aussi un commun, mais différent des précédents, dont ils étaient les ennemis? Pour obtenir la démonstration de cette hypothèse, il nous faudrait la découverte de quelque ancien monument arabe à _Mareb_, ou en d'autres villes de l'Arabie heureuse[325].

Quant à l'écriture à clous considérée en elle-même, c'est une autre énigme qui n'a pas encore trouvé son Œdipe[326]. Voyons si en prenant toujours Hérodote pour guide, nous serons plus heureux vis-à-vis de deux sphinx chronologiques, qui jusqu'à ce jour ont fait le désespoir de nos devanciers.

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS CE VOLUME.

/* Page.

CHAPITRE Ier.--PÉRIODE des rois juifs 3

CHAP. II.--Durée des juges 26

CHAP. III.--Secours fournis par Flavius Josephus 41

CHAP. IV.-- Y a-t-il eu un cycle sabbatique 52

CHAP. V.--Des temps antérieurs à Moïse et des livres attribués à ce législateur 59

CHAP. VI.--Passages du Pentateuque, tendants à indiquer en quel temps et par qui cet ouvrage a été ou n'a pas été composé 62

CHAP. VII.--Époque de l'apparition du Pentateuque 69

CHAP. VIII.--Suite des preuves 81

CHAP. IX.--Problèmes résolus par l'époque citée 94

CHAP. X.--Suite du précédent 107

CHAP. XI.--Examen de la Genèse en particulier 119

CHAP. XII.--Du déluge 123

CHAP. XIII.--De la tour de Babel, ou pyramide de Bel à Babylone 138

CHAP. XIV.--Du personnage appelé Abraham 148

CHAP. XV.--Des personnages Antédiluviens 164

CHAP. XVI.--Mythologie d'Adam et d'Ève 176

CHAP. XVII.--Mythologie de la création 185

CHAP. XVIII.--Examen du chap. 10 de la Genèse, ou système géographique des Hébreux 213

CHAP. XIX.--Division de Sem 235

CHRONOLOGIE DES ROIS LYDIENS.

§ I 283

§ II. Solution de quelques difficultés 345

REMARQUES sur la traduction de M. LARCHER 361

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE.

EMPIRE ASSYRIEN DE NINIVE.

§ I. Sa durée. Hérodote et Ktésias opposés quant au temps, mais non quant aux faits 367

§ II. Idée générale de l'empire assyrien, selon Ktésias, en Diodore, livre II, page 113 et suivantes, édition de Wesseling 377

§ III. Exposé d'Hérodote, sur la durée de l'empire assyrien 397

§ IV. Calculs d'Hérodote comparés à ceux des Hébreux; dissonance qui en résulte 402

§ V. Solution de la difficulté 411

§ VI. Coup d'œil sur l'histoire des manuscrits juifs 417

§ VII.--Monument arménien confirmatif de notre solution 422

§ VIII. Analyse de la liste assyrienne de Ktésias 429

§ IX. Époque de la guerre de Troie, selon les Assyriens et les Phéniciens 439

§ X. Examen de la liste assyrienne de Ktésias 454

§ XI. Chronologie des Arabes homérites, favorable au plan d'Hérodote 476 */

FIN DE LA TABLE.

NOTES:

[1] Fréret, premières pages des Observations générales sur l'Histoire, tome Ier de ses Œuvres, page 55, et Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome VI.

[2] A commencer par Africanus, prêtre, vers l'an 220, premier chronologiste chrétien qui a disloqué toutes les annales _païennes_ pour les adapter au système juif; puis Eusebius Pamphilus, évêque de Kaisarié, vers l'an 326; le moine Georges, dit Syncellus, auteur, vers l'an 800: Joseph-Juste Scaliger, _dévot calviniste_, publie, en 1583, son livre _de Emendatione temporum_ (Réforme des temps...): Denis Petau, _jésuite_, son antagoniste, publie, en 1627, sa (vraie) _Doctrine des Temps_: Usher, dit _Usserius_, théologien, évêque d'Armagh, publie, en 1651, ses _Annales de l'Ancien Testament_, ouvrage dogmatique sans discussion ni preuve d'opinion: Alphonse Desvignoles, ministre protestant, publie, en 1732, sa _Chronologie_, qui est le livre le mieux ordonné en ce genre: voilà les chefs de la science, auxquels il faut joindre Riccioli, _jésuite_; le chevalier Marsham, _dévot catholique_... Newton, à l'époque où il commenta l'Apocalypse; l'évêque Bossuet; Pezron et Hardouin, _jésuites_; l'abbé Fleury; dom Calmet, _bénédictin_; Rollin, _recteur_ de l'Université; l'abbé Lenglet du Fresnoy; Larcher, traducteur d'Hérodote, etc., etc., etc.

[3] Paralipom., II, chap. 26, v. 21. _Reg_. II, chap. 15, v. 5.

[4] _Super domum regis constitutus_.

[5] Samuël, ch. 13.

[6] Lib. VI, chap. 18, _in fine_.

[7] _Antiq. jud._, lib. X, cap. 8.

[8] Lib. I, nº 23. Josèphe l'associe à Démétrius de Phalère et à Philon l'ancien, comme étant les trois historiens les mieux informés sur les Juifs. Démétrius fut contemporain et témoin de la version grecque.

[9] _Præp. evang._, lib. IX, p. 447.

[10] _Antiq. jud._, lib. X, cap. 8.

[11] _Voyez_ lib. XI, cap. 4, à la fin. Josèphe dit que la monarchie dura, depuis Saül, 532 ans 6 mois. La traduction de Rufin est d'accord; et il a plu à Havercamp d'écrire 522 qui est aussi faux. A l'égard des 80 ans de Salomon, qui de Josèphe ou de ses copistes les a imaginés? Nous l'ignorons; mais l'on ne peut attribuer qu'à lui les 94 ans de vie qu'il donne à ce prince, et qui sont inconciliables avec le temps de l'enlèvement de sa mère, vers la 14e ou la 15e année du règne de David; Salomon dut avoir environ 25 ans à son avènement, et son début ferme et prudent cadre avec cet âge. Au reste, on ne peut disculper partout Josèphe de manque de critique et de bons calculs: par exemple, il dit: «Achaz régna 16 ans, et il en vécut 36... Son fils Ézéqiah régna 29 ans, et en vécut 54». Donc Ézéqiah avait 25 ans lorsqu'il remplaça Achaz, lequel n'ayant vécu que 36 ans, se trouve l'avoir engendré à l'âge de 10 ou de 11 ans.

Deux autres contradictions se présentent encore dans Josèphe relativement à la durée des rois juifs: «Le temple, nous dit-il (lib. X, cap. 8), fut brûlé par _Nabukodonosor_ l'an 18 de son règne, 11e de Sédéqiah, 470 ans 6 mois après sa fondation (par Salomon)». D'abord le _Livre des Rois_ atteste que le temple fut brûlé l'an 19 de Nabukodonosor, par Nabuzardan, l'un de ses généraux; ensuite ces 470 ans sont une erreur manifeste: car le temple ayant été fondé l'an 4e de Salomon, si de la durée totale des rois 493 nous retranchons, 1° les 20 ans de Saül, 2° les 40 de David, 3° les trois premières années de Salomon, total 63; il ne nous reste que 430 et non pas 470 ans; or la différence de 430 à 470 est précisément de ces 40 ans, dont Josèphe a surchargé sans raison, le règne de Salomon, qu'il porte à 80 ans au lieu de 40... Mais si nous comptons ces 470 à reculons, c'est-à-dire en rétrogradant depuis l'an 11 de Sédéqiah, nous trouverons que leur première année coïncide juste à l'an 4 de David, au lieu de l'an 4 de Salomon. Cette méprise ne peut venir que de Josèphe... elle se reproduit au liv. XX, chap. 9, lorsqu'il dit: «Il y a eu dix-huit grands-prêtres depuis la fondation du temple jusqu'à sa ruine, par Nabukodonosor, en un espace de 466 ½.» Voilà encore une variante de 4 ans qui ne peut venir que de cet auteur: il est remarquable que ces 466 ½ comptés en remontant, tombent juste à l'an 8 de David, c'est-à-dire à la 1re année de l'occupation de Jérusalem, lorsque l'arche y fut transférée par ce prince; et cela en comptant Salomon pour 40 ans seulement, ce qui est exact en tout point. Au reste ce passage a le mérite d'indiquer que la liste des grands-prêtres a été un monument particulier, indépendant de toute autre chronique, duquel Josèphe, en sa qualité de fils de prêtre, a eu connaissance, mais dont il a fait emploi sans le discuter ni le confronter à ses autres calculs et autorités.

[12] _Sam._, lib. I, cap. 17, v. 34

[13] _Ibid._, cap. 16, v. 18.

[14] _Ibid._ lib. I, cap. 12, v. 12.

[15] _Sam._, lib. I,. cap. 25.

[16] _Sam._, lib. I, cap. 5.

[17] _Ibid_., lib. I, cap. 3.

[18] Chap. 12, v. 13 et 26.

[19] C'est l'opinion expresse de Usher, de Petau, de Marsham, de Lejay, etc.

[20] A raison des 30 ans qu'il faut ajouter pour Josué et les Vieillards.

[21] _Chronologie_, tome 1, page 69.

[22] Jug., chap. 19, 20 et 21.

[23] _Sam._, lib. II, cap. 2.

[24] _Voyez_ Fabricius, notes sur l'_Hérésie de Philastre_.

[25] Montfaucon, _Antiquité expliquée_, tome 1, page 127.

[26] Hérodote, lib. II, § XLV.

[27] Servins, notes sur l'_Énéide_, lib. IV, v. 196. Notez que chez les anciens l'Éthiopie est souvent appelée _Inde_.

[28] Ovide, _Fastes_, liv. IV, v. 681 à 712. Cette même fête avait lieu à Rome vers le 20 avril, au coucher des pluvieuses Hyades. Bochart remarque qu'à cette époque on coupe les blés en Palestine et dans la basse-Égypte (_Hierozoicon_, tome II, page 857). Or, peu de jours après le coucher des Hyades se levait le Renard, à la suite ou queue duquel venaient les feux ou torches de la canicule, signalés, chez les Égyptiens, par des marques rouges peintes sur le dos de leurs animaux.

[29] En arabe Shams-on, _Soleil_.

[30] _Antiq. jud._ lib. XI, cap. 4, nº 8.

[31] _Chronologie_, tome 1, pag. 136.

[32] _Antiq. jud._, lib. XX, cap. 10, pag. 700 à 702

[33] _Antiq. jud._, lib. V, cap. 6, _in fine_.

[34] Le livre d'Esdras, quoique canonique, est bien moins exact que Josèpbe, puisqu'en remontant depuis ce prètre jusqu'à Aaron, il ne compte que 17 têtes, savoir: d'Esdras à Helkyah, sous Josias, 4 têtes en 160 ans; ce qui est absurde. De là à Achitob, sous David, trois têtes en 420; ce qui est encore plus absurde. De là à Aaron, 10 têtes: en général les recensements de générations dans les livres juifs, depuis la captivité de Babylone, sont tronqués et méritent peu de croyance.

[35] _Deuteron._, chap. 15, v. 1, 12 et suivants.