Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, tome I

Part 25

Chapter 253,360 wordsPublic domain

«Selon Cratès (ou Cratètes), Homère ne fut postérieur à la prise de Troie que de 80 ans, et (vécut) vers le temps de l'invasion des Héraclides; selon Ératosthènes, il fut postérieur de 100 ans; de 140 selon Aristarque, qui, dans ses Commentaires sur Archiloque, dit qu'Homère fut contemporain de la colonie ionienne fondée à cette époque.

«Philochorus le place 40 ans plus tard (180 ans après Troie).

«Apollodore veut que ce soit 100 ans (c'est-à-dire 240 ans après Troie), sous le règne d'Agésilas, fils de _Dorisée_, roi de Sparte; ce qui rapproche Homère du législateur Lycurgue, encore très-jeune.

«Euthymène, dans ses Annales, dit qu'il naquit dans l'île de Chio, 200 ans après la prise de Troie; Archemacus, dans son troisième livre des Euboïques, est du même avis.

«Euphorion, dans son _ouvrage des Aliades_, dit qu'il vécut au temps de Gygès, qui commença de régner en la 18e olympiade (l'an 708).

«Sosibius de Lacédémone, en sa _Description des temps_, place Homère à l'an 8 du roi _Charilas_, fils de Polydecte... Charilas régna 64 ans, son fils Nicander en régna 39: l'an 34 de ce prince, dit-il, _fut établie la première olympiade_; en sorte qu'Homère se trouve placé 90 ans avant cette première olympiade.

«Dieuchidas, dans son 4e livre des Mégariques, dit que Lycurgue fleurit environ 290 après la prise de Troie.»

/*[2] Ératosthènes divise ainsi le temps[294] «depuis la prise de Troie jusqu'à l'invasion des Héraclides....................... 80 ans. «De là à la colonie ionienne....... 60 «De là à la tutelle de Lycurgue.... 159 «De là à la première olympiade..... 108 ___ Total............... 407 Plus................ 776 ____ 1183 ans. */

«Enfin Hérodote _estime_ (dit Tatien) qu'Homère vécut 400 ans avant lui, et il lui associe Hésiode.»

Toutes ces variantes nous ramènent à nos premières conclusions, savoir:

1° Que les chronologistes grecs n'ont point eu en main de chroniques suivies et connues sur lesquelles se pussent asseoir leurs calculs.

2° Que les Assyriens ayant eu cet avantage, pourraient bien, dans le passage fourni par Ktésias, nous avoir révélé la véritable époque de la prise de Troie.

Mais, en comparant l'extrême différence de l'époque donnée par eux, à la plus rapprochée de toutes celles données par les Grecs, comment, dans une telle question, accorder une préférence décidée à un seul et unique témoignage, surtout quand ce témoignage nous vient par la voie d'_un Ktesias_?

Tel était notre scrupule, lorsque, parcourant les mêmes pages de Clément d'Alexandrie et de Tatien, deux autres citations ont frappe notre attention.

«Eiram, roi de Tyr, dit Clément, donne sa fille en mariage à Salomon, dans le temps où Ménélas arrive en Phénicie, après le sac de Troie, ainsi que le rapporte _Menander_ de Pergame, et _Lœtus_, dans leurs Annales phéniciennes.

«Chez les Phéniciens, dit Tatien, nous connaissons trois historiens; savoir, _Théodotus_[295], Hypsicrates et Mochus, dont les ouvrages ont été traduits en grec par _Lœtus_, qui a recueilli avec soin la vie d'un grand nombre de philosophes: or, dans les histoires dont nous parlons, il est dit que sous un même roi (de Tyr) ont eu lieu l'enlèvement d'Europe, l'arrivée de Ménélas en Égypte, et les actions de _Cheiram_, qui donna sa fille en mariage au roi des Juifs, _Salomon_.» Menander de Pergame rapporte les mêmes faits; et le temps de _Cheiram_ est voisin de celui de Troie[296].

Ici le témoignage de Menander est d'autant plus digne d'attention, que Flavius Josèphe nous apprend qu'en effet cet écrivain avait traduit les Annales phéniciennes dont il reconnaît l'exactitude et la conformité avec celles des juifs. Selon celles-ci, le règne de Salomon commença l'an 1018 avant J.-C.; selon les Assyriens, Teutam envoya du secours à Troie, vers l'an 1023. Supposons la prise en 1022. Selon les Phéniciens, Ménélas dut venir, un ou deux ans après, vers 1021 ou 1020: Hiram aurait donc donné sa fille vers l'an 1018 ou 1017. Un tel accord entre trois témoins différents n'est-il pas infiniment remarquable? disons mieux, n'est-il pas probatif et concluant? Prenons cette date pour la véritable, et supposons la prise de Troie à l'an 1022, nous avons pour terme certain la 1re olympiade en l'an 776, différence 246. Maintenant, voyons comment cadreront toutes nos citations ci-dessus, comparées à ces deux termes: examinons d'abord Hérodote. Les propres paroles de cet écrivain, antérieur aux seize autres cités par Clément et par Tatien, sont telles qu'il suit:

«_J'estime_[297] _que les poètes Homère et Hésiode n'ont pas vécu plus de 400 ans avant moi_.»

Quelques critiques ont déjà remarqué que ces expressions sont très vagues. _J'estime_ signifie un calcul par aperçu, par supposition; _a vécu_ n'indique aucune année précise, et peut se prendre pour la naissance, pour la mort, pour le temps de la célébrité; et ce nombre rond de _quatre cents ans_ sans aucune fraction! N'est-il pas clair qu'ici Hérodote n'a point prétendu donner un calcul précis et méthodique, mais qu'il a fait simplement une _évaluation_ approximative? Lorsque l'on connaît sa méthode, on devine son opération. Ayant lu beaucoup d'historiens, entr'autres Xanthus de Lydie, Cadmus de Milet, Hellanicus, etc., il aura saisi quelque anecdote qui établissait un rapport entre Homère et quelque prince connu, comme lui-même cite un rapport entre Archiloque et Gygès, entre Thalès, Solon et Krœsus. De ce rapport connu, il aura déduit un nombre de générations qui, _évalué_, _estimé_, selon son système, à trois générations par siècle, lui a donné le nombre rond de 400 ans; c'est-à-dire que de lui à Homère, il a estimé douze générations. Cette évaluation de trente-trois ans étant beaucoup trop forte, substituons-y vingt-cinq ans, tels que nous les donnent les générations des rois de Lydie, des rois hébreux et des grands-prêtres juifs; nous aurons quatre générations au siècle, par conséquent 300 ans pour douze générations entre Hérodote et Homère. Hérodote naquit l'an 484 avant notre ère; donc les 300 ans nous remontent à l'an 784. Maintenant, puisque le mot _a vécu_ se prend ordinairement pour _cesser de vivre_, nous dirons que cette année doit être celle de la mort d'Homère, selon Hérodote. Le poëte mourut âgé: supposons que ce fut à 70 ou 80 ans; il dut naître entre les années 854 et 864. Actuellement comparons à ces années les calculs des auteurs.

Selon Apollodore, Homère vécut 240 ans après Troie, ou 100 ans après la colonie ionienne: de 1022 ôtez 240, reste 782; donc Apollodore donne précisément notre calcul de décès à deux ans près.

Selon Euthymènes, il naquit à Chio, 200 ans après Troie; donc en 822. C'est trop tard; il dut déjà fleurir.

Selon Sosibius, Homère se place 90 ans avant la 1re olympiade; elle date de 776, plus 90: c'est 866. Ne serait-ce pas là sa naissance rapportée avec précision à l'an 8 de Charilas?

Selon Apollodore, Homère (mort en 784) se _trouve très-rapproché_ de Lycurgue, encore jeune: or, selon _Strabon_, plusieurs auteurs pensaient que Lycurgue avait reçu de la main même d'Homère, vieux, ses poésies qu'il apporta à Lacédémone. Plutarque, indécis, croit que Lycurgue, voyageant dans l'Asie mineure, les reçut seulement de la main des enfants de Cléophile, leur dépositaire. Mais il avoue, de bonne foi:

«Que l'origine, les voyages, la mort, l'époque même des lois de Lycurgue, étaient un sujet inépuisable de controverse entre les écrivains; il déclare que selon plusieurs, il avait concouru avec Iphitus à l'établissement des jeux olympiques: c'est, dit-il, l'avis d'Aristote, qui cite en preuve de ce fait l'_inscription du palet olympique_, où le nom de Lycurgue est gravé.»[298]

Un tel monument, cité par un homme du poids et de l'instruction d'Aristote, est déjà une preuve sans réplique; mais Cicéron vient encore y joindre son opinion, lorsque, dans son discours pour _Flaccus_, ce savant Romain dit:

«_Les Lacédémoniens vivent sous les mêmes lois depuis plus de 700 ans_.»

Ce discours fut prononcé l'an _deux_ de la 180e olympiade, c'est-à-dire l'an 59 avant notre ère; par conséquent Cicéron indique une date un peu antérieure à l'an 759; ce qui correspond d'autant mieux aux dates ci-dessus, que Lycurgue ne donna ses lois qu'après l'établissement des jeux olympiques par Iphitus. Ainsi, ce n'était pas un ouï-dire vague, une opinion populaire, qui plaçait Lycurgue à cette époque du 8e siècle, et le faisait contemporain de la vieillesse d'Homère: c'était le témoignage des monuments publics de ce temps-là, et l'assentiment des écrivains les plus anciens et les plus savants. Mais, objectera-t-on, comment, moins de cent ans après Aristote, Ératosthènes a-t-il calculé que Lycurgue précéda de 108 ans la fondation des jeux olympiques? Nous ne pouvons rien dire à cet égard, parce que l'ouvrage de cet astronome nous manque. Mais si nous devions le juger par ses copistes, _Trallien_, _Eusèbe_, _le Syncelle_ et même _Tatien_, nous ne pourrions avoir une haute idée de sa critique: par exemple, comment Ératosthènes a-t-il pu dire qu'Homère vécut 100 ans seulement après la guerre de Troie? Cela doit être une erreur de Tatien ou de ses copistes. Ératosthènes, qui partage l'opinion d'Apollodore sur la guerre de Troie, a dû penser comme lui sur l'époque d'Homère; il a dû le placer 100 ans _après la colonie ionienne_, et non pas après la _prise de Troie_: c'est une méprise palpable. Ces deux écrivains ont certainement connu les rapports établis par les monuments et par les historiens, entre Homère et Lycurgue; ils doivent avoir fait ce raisonnement:

«Hérodote, né en telle année (484 avant J.-C.), dit qu'Homère a vécu ou cessé de vivre 400 ans avant lui; donc en 884. Or il est certain que Lycurgue a vu Homère: donc Lycurgue avait un certain âge en 884.»

A notre tour, nous disons: de 884 ôtez 108 ans, reste 776, époque précise de la première olympiade; donc Ératosthènes a opéré comme nous le disons; donc il a été induit en erreur par les 400 ans d'Hérodote, qu'il a pris au sens matériel; donc notre interprétation des 400 ans d'Hérodote en 12 générations, est le sens véritable du passage; donc la durée de 25 ans, que nous donnons à chaque génération, est la plus raisonnable, la plus conforme aux faits: donc l'accord parfait de nos combinaisons avec les calculs des Assyriens et des Phéniciens, donne l'époque de la guerre de Troie et de l'âge d'Homère, plus exacte, plus vraie qu'aucun calcul grec; donc enfin, tout ce que l'on a dit jusqu'à ce jour sur cette double question, est à refaire à neuf, en commençant par les deux chapitres de la Chronologie de M. Larcher, _sur la prise de Troie et sur les rois de Lacédémone_, où de suppositions en suppositions, passant du _probable_ au _certain_ et à l'_incontestable_, en démentant tous les anciens dont il prétend s'appuyer, ce _correcteur_ a rejeté la guerre de Troie plus loin qu'Hérodote lui-même, c'est-à-dire au delà de 1270; et cependant il est clair que c'est pour avoir reconnu l'exagération de cette hypothèse, que les Grecs, dès le temps de Ktésias, commencèrent à la quitter. L'erreur d'Hérodote est saillante à cet égard, si l'on prend tout son calcul au sens littéral; mais si on l'interprète comme nous le faisons, et que les 800 ans, en nombre rond, qu'il _estime s'être écoulés entre la prise de Troie et lui_, ne soient qu'un calcul de générations converti en années, l'on a pour résultat l'an 1084 avant J.-C., c'est-à-dire environ 62 ans de plus que les calculs assyriens et phéniciens; et alors il est de tous les Grecs le plus près de la vérité. Il y a cette remarque à faire sur cet historien, que lorsqu'il suit les Asiatiques, il donne des résultats précis, parce qu'il a des bases fixes; mais lorsqu'il a opéré avec les Grecs, n'ayant point de dates exactes, il est contraint d'user de moyens généraux, qui le mettent en contradiction avec lui-même, comme dans le cas présent où nous pouvons le juger.

On vient de voir que le système des générations, employé selon notre méthode, nous a procuré les plus heureuses coïncidences: le sujet que nous traitons nous en fournit d'autres exemples non moins favorables. Hérodote nous apprend que de son temps les rois de Macédoine s'étant présentés aux jeux olympiques, ils y furent d'abord refusés comme n'étant pas de race grecque, puis admis, pour avoir juridiquement prouvé qu'ils étaient du même sang héraclide que les rois mêmes de Sparte: dans la généalogie de ces rois, Alexandre premier, fils d'Amyntas, qui régnait au temps de Xercès, avait eu pour neuvième aïeul _Karanus_, dont le frère _Phido_, tyran d'Argos, troubla les jeux à la huitième olympiade, c'est-à-dire l'an 748 avant J.-C.

Si l'on compare à la liste macédonienne celle des rois de Sparte, Karanus se trouve parallèle à Lycurgue qui, 29 ans auparavant, parut à ces jeux; et de Karanus à Hercule, il y a onze générations précisément, comme d'Hercule à Lycurgue[299].

D'autre part, nous avons de Karanus à Alexandre-le-Grand, 17 générations qui, à 25 ans, font 425 ans. Ces 425 ans ajoutés à 330, époque d'Alexandre, font 755, plus les 29 de Lycurgue; total; 784. Ne voilà-t-il pas nos mêmes nombres revenus?

Si l'on remonte de Lycurgue au roi héraclide Aristodémus, l'on a sept générations, ou 175 ans: partons de la première olympiade 776, plus 175; c'est 951: c'est-à-dire que l'établissement des Héraclides tomberait 71 ans après la prise de Troie, selon les Orientaux; et tous les Grecs placent l'invasion de ces Héraclides 80 _ans_ après Troie. Si nous sommes dans une route d'erreur, comment nous conduit-elle à tant d'heureux résultats? Dira-t-on que les règnes des rois de Sparte les contrarient? Mais Larcher lui-même[300] convient qu'on ne peut compter sur les listes d'Eusèbe et du Syncelle, qu'elles sont arbitraires selon l'usage de ces mutilateurs; que le règne d'Agis est inadmissible à un an de durée, tel qu'ils l'établissent; que les autres règnes, quand on les compare dans les deux branches, sont pleins de contradictions, etc., etc. Nous n'entreprendrons pas de redresser ces discordances qui nous écarteraient beaucoup trop de notre sujet. Nous avons assez fait, si nous avons posé les principaux jalons d'alignement de l'ancienne chronologie grecque: quelque bon esprit saura s'en servir pour en reconstruire l'édifice, autant qu'il est possible, avec le peu de données qui nous restent. Revenons à Ktésias, et à ses calculs factices, mêlés d'erreurs et de vérités[301].

§ X.

Examen de la liste assyrienne de Ktésias.

D'après tout ce que nous venons de voir, la liste mède de cet écrivain étant démontrée fausse, sa chronologie antérieure se trouve frappée de nullité; mais afin de ne pas le juger sans l'entendre, jetons un coup d'œil sur sa liste assyrienne, et voyons si elle ne nous fournirait pas aussi quelques preuves de falsification. Pour en raisonner avec équité, il faut d'abord s'assurer de son véritable état; et c'est une première difficulté à vaincre; car les écrivains qui prétendent copier cette liste, diffèrent sur les noms des rois et sur la durée de leurs règnes; et néanmoins le manuscrit de Ktésias a dû être univoque: selon Diodore, le nombre des rois de _père en fils, fut de_ 3; selon Velleïus-Paterculus[302], le dernier roi, _Sardanapale_, aurait été _le_ 33e _depuis Ninus et Sémiramis_. Mais Velleïus, écrivain postérieur, qui ne cite ce trait qu'en passant, paraît avoir été induit ici en erreur par une phrase équivoque de Diodore, qui porte:

«Ainsi régna Ninyas, fils de Ninus; et la plupart des autres rois qui se succédèrent de père en fils, pendant 30 générations, _jusqu'à Sardanapale_, imitèrent ses mœurs.»

/*[2] +---------------------------------------------------------------------------+ |LISTE DES ROIS ASSYRIENS, SELON LES DIVERS AUTEURS. | |Selon l'Eusèbe de | | | |Mosès de Chorène. |Selon l'Eusèbe | Selon le Syncelle. | |_Histoire d'Arménie_[303].| vulgaire. | | +--------------------------|---------------------|--------------------------+ | | | 1 Belus 55| |1 Ninus. |1 Ninus 52 | 2 Ninus 55| |2 Ninyas. |2 Sémiramis 42 | 3 Sémiramis 42| |3 Arius. |3 Ninyas 38 | 4 Ninyas ou Zamès 38| |4 Aralius. |4 Arius 30 | 5 Arius 30| |5 Baleus Cheoxarus. |5 Aralius 40 | 6 Aralius 40| |6 Amathritès. |6 Baleus Xercès 30 | 7 Xercès 30| |7 Belochus. |7 Armathritès 38 | 8 Arma Mithrès 38| |8 Baleus. |8 Belochus 35 | 9 Belochus I 35| |9 Azatagus. |9 Baleus 52 | 10 Baleus 52| |10 Mamidus. |10 Altadas 32 | 11 Sethos 32| |11 Maschaleus. |11 Mamitus 30 | 12 Manuthus 30| |12 Spharus. |12 Manchaleus 30 | 13 Aschalius 32| |13 Samilus. |13 Spharus 20 | 14 Sphærus 28| |14 Spharetus. |14 Mamitas 30 | 15 Mamylus 30| |15 Ascatades. |15 Sparetus 40 | 16 Sparthæus 42| | |16 Ascatades 40 | 17 Ascatades 38| | ----| ---- | | | 537| 579 | | |16 Amindès. 45|17 Amyntas 45 | 18 Amyntes 45| | 25|18 Belochus 25 | 19 Belotus 25| | ----| ---- | | | 607| 649 | | |17 Vestascarus. |19 Beloparès 30 | 20 Baletores 30| |18 Susarès. |20 Lampridès 32 | 21 Lamprides 30| |19 Lamparès. |21 Sosarès 20 | 22 Sosarès 30| |20 Paneas. |22 Lamparès 30 | 23 Lamparès 30| |21 Sosarmos. |23 Pannyas 45 | 24 Panias 45| |22 Mithreus. |24 Sosarmos 19 | 25 Sosarmos 22| |23 Teutamus. |25 Mitræus 27 | 26 Mithrœus 25| | |26 Tantanes 32 | 27 †Teutamus 32| | ----| ---- | | | 785| 884 | | | |27 Teuteus 40 | 28 Tentæus 44| | | |(29 Arabelus) 42| | | |(30 Chalaus ) 45| | | |(31 Ambus ) 38| |24 Thinæuss. | |(32 Babius ) 37| |25 Dercullus. |28 Tinæus 30 | 33 Tinæus 30| |26 Eupalmos. |29 Dercylus 30 | 29 Dercylus 40| |27 Prideazes. |30 Eu-pal-ès 38 | 35 Enpakinès 38| |28 Pharates. |31 Laosthènes 45 | 36 Laosthènes 45| |29 Acrazanes. |32 Piriatides 30 | 37 Pertiadès 30| |30 Sardanapale. |33 Ophrateus 20 | 38 Ophratæus 21| | |34 Ophratenès 50 | 39 Epecherès 52| | |35 Ocrapazès 42 | 40 Aoraganès 42| | |36 Thonos concoleros,| 41 Thonos concolerus, | | ----| ou Sardanapale 20 | ou Macos concoleros, | | 1,005| | dit Sardanapale 15| |Velleïus en compte 1,070| ----- | -----| | |Total 1,239 | Total 1,460| +----------------------------------------------------------------------------+ */

Velleïus semble s'être dit:

«S'il y eut 30 rois qui se succédèrent depuis _Ninyas_, Ninyas ne doit point se compter... Il est excepté par le mot _autre_, et parce que ses mœurs furent _imitées_... Donc avec Ninus et Sémiramis il y eut 33 rois.»

Mais cette première phrase de Diodore, réellement incorrecte, est redressée par son résumé qui porte ces mots:

«A l'égard de Sardanapale, _trentième et dernier_ roi depuis Ninus.»

Ceci est clair, positif, et ne permet pas d'admettre l'interprétation antérieure. De plus, _l'Arménien Mosès_ (de Chorène), qui cite[304] Diodore comme une de ses autorités, ne compte que 30 rois dans la liste qu'il nous fournit[305], encore qu'il eût sous les yeux celle d'Eusèbe, qui en compte 36... Cette liste de Mosès semble d'autant plus exacte, que ces cinq derniers princes correspondent parfaitement, comme nous l'avons dit pag. 441, à ceux cités par les Hébreux; d'où l'on a tout lieu de conclure qu'Eusèbe et le Syncelle ont, selon leur usage, ajouté de leur chef, _Epecherès, Laosthènes_, et _Ophrathènes_. (Voyez les listes au commencement de ce §.) _Epecherès_ doit être le même qu'_Ana-Bacherès_, nom de _Sennacherib_, dans l'épitaphe de Sardanapale à _Anchialé_. Ce même prince s'appelle encore _Acrazanes_ et _Akraganes_: le nom de _Laosthènes_ est purement grec, et ne peut être que la traduction d'un nom assyrien, signifiant _force_ et _puissance du peuple_ (probablement Euphal-es, Phal). Enfin _Ophrathènes_ ne doit être qu'un synonyme de _Ophrateus_, écrit plus asiatiquement _Pharates_, par Mosès de Chorène.

Relativement à la durée totale, nous avons vu qu'il faut lire 1306 ans dans le vrai texte de Diodore, et non 1360. Velleïus, qui n'a porté cette durée qu'à 1070 ans, a dû tirer ce calcul de quelque autre chronologiste que de Ktésias. Quant aux 1995 ans qu'_Æmilius-Sura_ comptait depuis Ninus[306] jusqu'à l'an 63, ou plutôt 65 ans avant notre ère, l'on n'en peut rien faire, parce que l'on ignore si ce Romain a évalué les Mèdes selon Hérodote, ou selon Ktésias.--A partir de Kyrus, l'an 560, son calcul donne pour les deux empires, assyrien et mède, 1500 ans. S'il suit Hérodote, il donne 1344 pour les Assyriens; s'il suit Ktésias, il ne leur donne que 1183[307]. L'on voit que Sura ou Velleïus ont fait, ou plutôt ont suivi de confiance, les tablettes chronologiques de quelque Lenglet de leur temps, sans traiter par eux-mêmes la question.

Il paraît n'en avoir pas été ainsi du chronologiste Castor, qui avait compulsé les archives de plusieurs pays pour en former ses tableaux parallèles des rois d'_Argos_, de _Sicyone_, d'_Assyrie_, etc. Selon Eusèbe[308], Castor ne comptait, pour les Assyriens, que 1280 ans, ce qui produit une différence de 26 ans avec Ktésias.

Un troisième auteur, qui s'était aussi spécialement occupé des Assyriens, _Képhalion_, semble avoir eu encore quelque différence avec le résumé de Castor. Mais son fragment, cité par le Syncelle, est tellement mutilé, que l'on n'en peut rien faire, pris isolément.

Pour revenir à Ktésias, dont l'opinion et le livre paraissent avoir guidé la majeure partie de ses successeurs, il paraît que nous devons considérer comme son vrai texte, le nombre de 30 générations, et la durée de 1306 _ans_. Cela étant posé, nous avons un moyen certain d'arguer de faux sa liste assyrienne, comme sa liste mède; car le terme moyen de 43 _ans et demi_ par génération, résultant de ces deux données, est moralement et presque physiquement impossible; et il est d'autant moins admissible, que nous avons contre lui trois témoignages positifs.