Raison et sensibilité, ou les deux manières d'aimer (Tome 1)
Part 10
Ils furent joints par madame Jennings, qui n'eut pas la patience d'attendre qu'on eût ouvert la porte pour causer avec sa chère Elinor. Eh bon jour! chère enfant, comment vous portez-vous? Un peu triste, je présume, c'est tout simple; et votre mère et vos soeurs? C'est mal à elles de vous laisser ainsi à vos regrets; mais nous voici pour vous distraire. Je vous amène ma fille cadette et mon fils Palmer; vous en serez charmée. Ce n'est pas pour la vanter, mais c'est un vrai bijou que ma Charlotte! Ils sont arrivés hier soir au moment où nous les attendions le moins. Nous étions à prendre le thé, j'entends le bruit d'un carrosse; jamais il ne m'entra dans l'esprit que ce fût mes enfans; je pensais que c'était le colonel Brandon qui revenait; je dis à sir Georges, j'entends une voiture, je parie que c'est Brandon. Il faudra bien qu'il nous conte ce qu'il est allé faire à Londres. Sir Georges se lève et....
Elinor fut obligée de lui tourner le dos au milieu de son intéressante histoire, pour recevoir le reste de la compagnie. Lady Middleton présenta sa soeur et son beau-frère. Madame Dashwood et Emma descendirent en même temps, et tout le monde s'assit. On se regarda mutuellement avec curiosité, on dit quelques lieux communs. Madame Jennings rentra avec sir Georges et continua son histoire.
Madame Charlotte Palmer était de quelques années plus jeune que lady Middleton, et totalement différente et pour la figure et pour les manières, quoiqu'elle fût dans le fond tout aussi insipide, mais dans un autre genre; ce qui prouve que l'insipidité même peut varier. Elle était petite et grasse, son teint était beau, tous ses traits jolis et gracieux, et une expression de gaîté et de contentement ne l'abandonnait jamais. Sa figure n'avait ni la noblesse, ni la beauté de celle de sa soeur, mais elle était beaucoup plus prévenante. Elle entra en souriant, elle sourit tout le temps de sa visite, excepté quand elle riait, et sourit encore en s'en allant.
Son mari formait avec elle un parfait contraste. C'était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans, d'une assez belle figure; aussi grand et mince qu'elle était courte et ronde, aussi brun qu'elle était blanche, aussi grave et sérieux qu'elle était gaie et riante, aussi important qu'elle était affable: enfin au physique et au moral c'étaient deux êtres d'une nature différente. Il entra dans la chambre d'un air assez dédaigneux, salua légèrement les dames, sans dire un seul mot s'assit auprès d'une table, jeta un regard rapide sur elles et sur l'appartement, prit un papier nouvelle qui était sur la table, et le parcourut tout le temps de la visite.
Madame Palmer au contraire fut à peine assise, que son admiration pour tout ce qu'elle voyait éclata. Ah! mesdames, quelle délicieuse habitation! que ce salon est commode et bien arrangé! Voyez, maman, combien tout ceci est embelli depuis que je ne l'ai vu. J'ai toujours trouve le site délicieux; mais vous en avez fait tout ce qu'il y a de plus charmant. Vous ne m'aviez pas dit, ma soeur, avec quel goût tout ceci est arrangé. Ah! combien j'aimerais avoir une maison comme celle-ci! Cela n'est-il pas, possible, mon cher amour?
M. Palmer ne répondit rien, et ne leva pas les yeux de dessus le papier qu'il tenait.
--C'est à vous que je parle, mon amour. (Même silence) M. Palmer ne veut pas m'entendre, dit-elle en riant; cela lui arrive souvent. Il est si drôle quelquefois, M. Palmer; c'est qu'il a beaucoup, beaucoup d'esprit, et il est absorbé dans ses pensées: elle rit encore. Madame Dashwood les regarda tous deux d'un air étonne.
Madame Jennings de son côté achevait l'histoire de sa surprise de la veille et ne la finit que lorsqu'il n'y eut plus rien à dire. Madame Palmer rit aux éclats de l'étonnement qu'on avait eu au Parc, en les voyant arriver; et lady Middleton prit sur elle de dire bien froidement, que c'était une agréable surprise.
--Vous pouvez penser combien j'étais charmée de les voir, reprit madame Jennings, mais, ajouta-t-elle en se penchant vers Elinor, j'étais fâchée qu'ils eussent fait un si long voyage, car ils sont venus de Londres tout d'une traite, et.... une jeune mariée.... Vous comprenez.... il y avait du danger dans sa situation. Je voulais au moins qu'elle se reposât tout le jour; mais retenez ces jeunes femmes! Elle a absolument voulu venir avec nous, elle languissait de vous voir.
Madame Palmer rit, baissa les yeux, dit que ce qui faisait plaisir n'était jamais dangereux.
--Elle n'entend rien encore à cela, reprit sa mère; une première grossesse... Vous comprenez. Elle doit je pense accoucher en février.
Lady Middleton excédée d'une conversation aussi triviale, l'interrompit pour demander à M. Palmer, s'il y avait quelque chose de nouveau dans les papiers.
--Rien du tout, madame, ennuyeux à périr; et il continua de les lire.
--Ah, je vois venir la belle Maria, dit sir Georges; je vous conseille de cesser votre lecture, Palmer, si vous voulez voir une des plus belles personnes que vous ayez jamais vues. Il alla au-devant d'elle dans l'entrée, la prit par la main et la fit entrer. A peine eût-elle paru que madame Jennings lui demanda si elle venait d'Altenham. Madame Palmer éclata de rire à cette question, et prouva par-là qu'elle la comprenait. M. Palmer se leva, la regarda pendant quelques minutes, puis se rassit et reprit son papier nouvelle. Madame Palmer ne se rassit pas, elle alla examiner les dessins qui garnissaient les murs et son déluge d'admiration recommença. Ah! que c'est beau! que c'est délicieux! Regardez donc, maman, je n'ai jamais rien vu de si charmant; je serais toute une journée à les regarder. Après en avoir vu un ou deux, elle se rassit, sans penser qu'il y en avait encore une douzaine.
Bientôt après lady Middleton donna le signal du départ. Alors M. Palmer se leva d'un air important, posa le papier, étendit les bras en bâillant, et regarda avec distraction autour de lui.
--Avez-vous dormi, mon amour, lui dit sa femme en riant? On dirait que vous vous réveillez.
Il ne fit aucune réponse et après avoir examiné la chambre; il observa judicieusement qu'elle était trop basse et que le plafond était voûté: ce sont les seuls mots qu'il prononça; il salua comme en entrant, et sortit avec les autres.
Sir Georges avait été très pressant pour que les habitantes de la Chaumière vinssent passer toute la journée le lendemain au Parc. Madame Dashwood avait là-dessus sa petite fierté, et ne se souciait pas de dîner au Parc plus souvent qu'on ne dînait à la Chaumière; elle refusa donc absolument pour elle, et laissa ses filles maîtresses de faire ce qui leur ferait plaisir. Mais elles n'avaient plus de curiosité de voir rire madame Palmer, bâiller son mari, et d'entendre les éternelles histoires de madame Jennings; elles essayèrent aussi de s'en dispenser. Le temps était incertain; elles ne voulaient pas quitter leur mère. Sir Georges avait réponse à tout, et ne voulut entendre aucune excuse. Miss Emma resterait; il enverrait son carosse. Mesdames Jennings et Palmer se joignirent à ses supplications; lady Middleton même les pressa de venir. Ils avaient tous l'air de craindre également de rester en famille. Elles furent obligées de céder.
--Ils sont persécutans, dit Maria, lorsqu'ils furent partis. Le loyer de la Chaumière est bas, mais en vérité, nous payons trop cher encore s'il faut aller amuser tous ceux qui viennent chez eux, ou leur mener tous ceux qui viennent chez nous. Ils pourraient avoir telles visites que vous seriez bien aise de voir, dit Elinor, et nous ne pouvons reconnaître leurs bontés pour nous que par notre complaisance.
CHAPITRE XX.
Le lendemain il pleuvait des torrens; Elinor et Maria espéraient que ce temps les dispenserait du dîner du Parc; mais de très bonne heure arriva l'équipage de sir Georges; il fallut bien aller. Toutes les deux auraient mieux aimé rester à leurs occupations et à leurs pensées habituelles.
A peine furent-elles entrées au salon, que la petite madame Palmer, aussi joyeuse que la veille, vint à elles les bras ouverts comme si elles eussent été amies intimes, et riant aux éclats: elle leur exprima de sa manière affable et triviale, sa joie de les revoir. Elle s'assit entr'elles deux, et leur prenant à chacune une main: Que je suis enchantée que vous soyez venues, leur dit-elle; j'en désespérais quand j'ai vu ce temps, et puis j'ai pensé que c'était une raison de plus pour ne pas rester seules chez soi à regarder tomber la pluie. A votre âge le temps ne fait rien quand il s'agit de s'amuser, et nous nous amuserons beaucoup. Il aurait été bien cruel que vous ne fussiez pas venues, car nous repartons demain à ce que M. Palmer vient de me dire; je croyais rester au moins quatre jours, et j'en étais charmée. Je ne me doutais pas de ce voyage ci; M. Palmer me dit tout-à-coup l'autre matin: Charlotte, je vais à Barton, voulez-vous y venir? Il est si drôle M. Palmer, jamais il ne me dit rien qu'au moment même. Ce matin il m'a dit en se levant: Charlotte, nous repartons demain. Vous ne sauriez croire combien il est enchanté d'avoir fait votre connaissance; moi, je suis désolée de vous quitter déja, mais nous nous retrouverons cet hiver à Londres. (Et sa désolation s'exprima par un éclat de rire).
Mesdemoiselles Dashwood lui dirent qu'elles n'iraient sûrement pas à la ville.
Ne pas venir à la ville! Rester à la campagne après Noël! Mais c'est impossible, il faut absolument y venir; je vous arrêterai une charmante maison tout près de la nôtre en Hanovre Square, je vous servirai de chaperon partout où vous voudrez aller quand votre maman voudra rester; vous savez que les femmes mariées ont ce privilège: et un éclat de rire suivit cette remarque.
Elles la remercièrent et répétèrent leur intention positive de ne point aller à Londres.
M. Palmer entra avec sa mine importante et refrognée. Ah! _mon amour_, lui dit sa femme, venez vous joindre à moi pour persuader à ces dames d'aller cet hiver à Londres; on ne peut rien vous refuser.
Son _amour_ ne fit aucune réponse, salua légèrement; puis allant à la fenêtre, il regarda les nuages en étendant les bras et bâillant. Quel horrible temps, dit-il, il fait paraître tout insupportable! La pluie à cet excès est aussi ennuyeuse en-dedans qu'en dehors: Aussi pour quoi diable! sir Georges n'a-t-il pas un billard dans sa maison? que veut-il qu'on fasse chez lui quand il pleut? A quoi veut-il qu'on s'amuse? Combien peu de gens savent s'arranger chez eux. Sir Georges est aussi désagréable que le temps. Il s'enfonça dans un fauteuil avec l'air de très mauvaise humeur.
Le reste de la compagnie entra. Je crains, mademoiselle Maria, lui dit sir Georges, que vous n'ayez pas pu faire aujourd'hui votre pélerinage à Altenham.
Elle prit un air de dignité et ne répondit rien.
--Ah ne soyez pas si mystérieuse avec nous, chère Maria, dit madame Palmer, nous savons tout je vous assure, et j'admire votre bon goût, car il est très bel homme, notre terre n'est pas très loin de la sienne, pas plus de neuf milles, je crois.
--Beaucoup plus de trente, dit son mari.
--Oh bien c'est à-peu-près de même. Je n'ai jamais vu sa maison, mais on dit qu'elle est très jolie.
--C'est la plus laide et la plus abominable maison que j'aie vue en ma vie, dit monsieur Palmer.
Maria garda le silence, mais toute sa contenance trahissait l'intérêt qu'elle prenait à cet entretien.
--Mon amour, dit madame Palmer en riant, vous êtes en humeur de contredire aujourd'hui.
--Aujourd'hui comme toujours, répondit-il, quand on dit devant moi des bêtises ou des faussetés.
Charlotte éclata de rire. Il était impossible d'avoir une gaîté plus soutenue, d'être plus décidée en dépit de tout de se trouver parfaitement heureuse; l'indifférence étudiée de son mari, son insolence, son mécontentement, son dédain ne lui donnaient aucun chagrin: plus il était dur avec elle, plus elle riait de bon coeur.
--M. Palmer est si plaisant, disait-elle à voix basse à Elinor, il est toujours de mauvaise humeur.
Certainement il ne se montrait pas d'une manière aimable; mais sous cette apparence rude et grossière, Elinor, dont le tact était parfait pour démêler le fond des caractères, crut remarquer par plusieurs petites observations qu'il n'était ni aussi rude, ni aussi mal élevé qu'il voulait le paraître. Son caractère s'était peut-être aigri en découvrant, après quelques mois de mariage, qu'il était enchaîné pour la vie avec une femme assez jolie, très bonne enfant, mais n'ayant pas une idée, et niaise dans toute l'étendue du terme. Son rire éternel finissait par l'impatienter à ne pouvoir le cacher. Il avait de plus cet amour-propre qu'on retrouve chez plusieurs hommes, et souvent même à côté de l'esprit, quoiqu'il n'en soit pas une preuve, et qui lui persuadait qu'il était très supérieur à la plupart de ceux qu'il rencontrait. Sa supériorité sur sa femme était trop décidée pour qu'on pût la contester. Il s'accoutuma bientôt à l'étendre sur tous ceux qu'il voyait; et c'est là ce qui produisait cet air de dédain et d'ennui de tout, qu'il portait dans le monde. Il croyait se distinguer par là des autres hommes, et c'était son plus ardent désir. Mais Elinor n'en fut pas moins convaincue que s'il pouvait consentir à se laisser aller à son naturel, il pourrait être fort aimable. Elle sentit déja qu'elle préférait l'inégalité de son humeur, qui n'était pas sans originalité, à la bonne humeur de sa femme, à ses éclats de rire sans sujet qui revenaient à chaque instant, à son ton commun, et à son manque total d'esprit et de tact.
--Oh! mes chères miss Dashwood, leur dit-elle après quelques momens, il me vient une charmante pensée; il faut absolument que vous veniez passer quelque temps chez moi à Cleveland aux fêtes de Noël. Vous savez bien, ma chère Maria, que nous sommes voisins de Haute-Combe; cela sera délicieux! vous y serez si heureuses, et moi aussi de vous y voir. Mon amour, ne désirez-vous pas beaucoup d'avoir les dames Dashwood à Cleveland.
--Certainement, répliqua-t-il d'un ton ironique, je n'avais pas d'autres vues en venant à Barton.
--Vous voyez à présent, dit Charlotte, que M. Palmer compte sur vous, ainsi vous ne pouvez refuser.
Toutes les deux prouvèrent qu'elles le pouvaient, et refusèrent décidément.
Charlotte en parut très surprise. Je ne comprends pas, dit-elle, qu'on puisse refuser quelque chose à M. Palmer. Ne le trouvez-vous pas l'homme du monde le plus aimable, dit-elle bas à Elinor? il est quelquefois des jours entiers sans me parler; mais avec vous ce ne sera pas ainsi. Vous lui plaisez beaucoup, je vous assure; et il sera tout-à-fait de mauvaise humeur si vous ne venez pas à Cleveland. Je ne comprends pas quelle objection vous pouvez faire. Une seule, dit Elinor, c'est que cela ne se peut pas; et pour éviter de nouvelles persécutions, elle changea de sujet. Elle avait envie de savoir quelques particularités sur Willoughby, sur son caractère, sur son genre de vie. Madame Palmer étant sa voisine de campagne, et aimant beaucoup à causer, pouvait lui donner des détails qui l'intéresseraient relativement à Maria. Elle lui demanda donc si M. Willoughby venait souvent à Cleveland, et s'ils le connaissaient particulièrement.
--O mon Dieu, oui! je le connais extrêmement, dit madame Palmer; il est vrai que je ne lui ai jamais parlé, mais je suis sûre que je le reconnaîtrais entre mille: il est si beau! je l'ai rencontré quelquefois à Londres; je me suis aussi trouvée une fois ici quand il était à Altenham. Ah! non, je me rappelle que c'était maman qui l'avait vu et qui m'en a parlé. Nous l'aurions sûrement vu très-souvent à Cleveland; mais il vient très-peu à Haute-Combe, je crois; et puis M. Palmer ne lui a jamais fait de visite, parce qu'il est de l'opposition. Vous voyez que je le connais très bien, et je sais bien aussi pourquoi vous vous informez de lui; c'est qu'il doit épouser votre soeur; j'en suis transportée de joie, elle sera ma voisine, et nous nous verrons tous les jours.
--Je vous assure, dit Elinor, que vous en savez plus que moi là-dessus. Qui donc vous a parlé de ce projet de mariage?
--Qui? tout le monde; je n'ai pas entendu autre chose en passant à Londres.
--A Londres! c'est impossible, ma chère dame.
--Sur mon honneur, rien n'est plus vrai. Je rencontrai le colonel Brandon lundi matin, à Bendstreet, comme nous allions partir, et il me le dit positivement.
--Vous me surprenez beaucoup. Le colonel Brandon vous l'a dit! sûrement vous vous êtes trompée. Lors même que ce serait vrai, je ne puis croire que le colonel Brandon l'ait dit à quelqu'un qui n'y prenait nul intérêt.
--Mais je vous assure qu'il me l'a dit: tenez, je vais vous conter tout ce qui s'est passé à cette occasion. Quand nous nous rencontrâmes, il nous aborda, et nous commençâmes à parler de notre voyage à Barton et de choses et d'autres; enfin je lui dis: maman m'écrit, colonel, qu'il y a une nouvelle famille à la Chaumière, des demoiselles excessivement jolies, je dis ainsi en vérité, et que la plus jolie des trois doit épouser M. Willoughby de Haute-Combe. Est-ce vrai, je vous en prie, colonel? vous devez le savoir puisque vous avez été dernièrement en Devonshire.
--Et qu'est-ce que vous répondit le colonel?
--Oh! rien, presque rien; mais il devint rouge, et puis pâle. J'ai bien vu cela; c'est comme s'il avait dit que c'était bien vrai et de ce moment j'en ai été certaine. Comme ce sera délicieux! ce mariage aura-t-il lieu bientôt?
Elinor dédaigna de répondre. M. Brandon se portait bien, j'espère, dit-elle après un instant de silence.
--Oh! oui, très-bien, et il était si plein de vos mérites, que je ne sais ce qu'il ne m'a pas dit de vous.
--Je suis bien flattée de son suffrage; il me paraît un excellent homme, et il me plaît beaucoup.
--Et à moi aussi, je vous assure; c'est un charmant homme que le colonel Brandon. C'est seulement grand dommage qu'il soit si sombre et si ennuyeux. Maman dit qu'il était aussi amoureux de votre soeur; moi je ne puis le croire, il est si grave; je ne l'ai jamais vu amoureux de personne.
--Est-ce que M. Willoughby est répandu dans la bonne société de Sommerset-shire, dit encore Elinor?
--Oh oui! très répandu: je ne crois pas cependant que beaucoup de gens le connaissent; Haute-Combe est si loin et il y est si peu; mais on le trouve très-agréable, je vous assure; personne n'est plus aimé que lui de toutes les femmes; vous pouvez le dire à votre soeur. Elle est bien heureuse d'avoir fait sa connaissance; il est si riche! Au reste elle est très-belle aussi, et rien n'est trop beau pour elle. Cependant, je vous assure que je vous trouve, moi, presque aussi jolie qu'elle, et M. Palmer aussi; car il disait hier au soir qu'il ne pouvait pas vous distinguer. Quant à moi je vous admire beaucoup toutes deux; je suis charmée d'avoir fait votre connaissance, et j'espère vous revoir souvent. Il me vient une charmante pensée; il faut à présent que vous épousiez le colonel Brandon: ne le voulez-vous pas? cela peut fort bien aller à présent.
Elinor ne put s'empêcher de rire. Pourquoi _à présent_ demanda-t-elle?
--Pourquoi? ah! je sais bien pourquoi je dis cela, et je veux bien vous le dire; c'est qu'à présent je suis mariée: voyez, c'est l'intime ami de mon beau-frère. Sir Georges et maman s'étaient mis dans la tête qu'il devait m'épouser; ma soeur aussi le désirait beaucoup; c'était une affaire arrangée. Mais le colonel n'en parla point; sans quoi on nous aurait mariés immédiatement. Maman dit cependant que j'étais trop jeune; et aussitôt après M. Palmer me fit la cour, et je l'aime beaucoup mieux; il est si drôle M. Palmer, c'est justement le mari qu'il me fallait pour être heureuse.
Elinor cessa l'entretien sans avoir rien appris de ce qu'elle voulait savoir, et fatiguée de tout ce qu'elle avait entendu.
FIN DU PREMIER VOLUME.
Mots remplacés: Page 017: irrépable remplacé par irréparable (un tort irréparable). Page 031: déjeuner remplacé par déjeûner. Page 037: altéter par altérer (elle n'aura plus le pouvoir d'altérer). Page 048: impertubable par imperturbable (ce calme imperturbable). Page 055: lorqu'on remplacé par lorsqu'on (lorsqu'on le connaît mieux). Page 070: at-attendit supprimé at. Page 110: Quest-ce remplacé par Qu'est-ce (Qu'est-ce qui pourrait le retenir). Page 124: sallon remplacé par salon (accompagné jusque dans le salon). Page 128: céderai par céderais (je ne le céderais pas). Page 129: parce que remplacé par par ce que (je suis charmée... par ce que vous dites). Page 130: remplacé feroit par feraité (je suis sûre qu'il ferait de même). Page 154: remplacé madedemoiselle par mademoiselle. Page 170: galopper par galoper (Imaginez le délice de galoper). Page 175: sallon par salon (Emma resta seule au salon). Page 187: qu'elle par quelle (quelle folie). Page 193: porche par proche (très proche en vérité). Page 213: jeterais par jetterais (je jetterais bas ma grande maison). Page 215: suppression de double pas (ne le pensez-vous pas aussi Maria, dit-il,). Page 216: là remplacé par la (Etendez-la plus loin). Page 227: yoyage par voyage (comme il voyage). Page 230: suppression de double est (Voilà je crois ce qui est arrivé). Page 234: assuidités par assiduités. Page 271: parce qu'on remlacé par par ce qu'on (par ce qu'on entend dire aux autres). Page 255: tourbilloner remplacé par tourbillonner. Page 309: suppression double vous (partout où vous voudrez aller). Page 310: réfrognée inexistant dictionnaires-->refrognée ou renfrognée (avec sa mine importante et refrognée). Page 311: remplacé pélérinage par pélerinage.
Harmonisation pour: Dashwood, Williams, Smith, Willoughby, Jennings, Cleveland, Ferrars. surtout, ame(s), grace(s), long-temps.
Non harmonisé (conservé les deux orthographes): déja et déjà. très- et très. vite et vîte. bienvenu(e) et bien-venu(e).
Mots inadaptés conservés: D'empire (p 007) (elle avait pris sur lui beaucoup d'empire). Partner (p 158) (il était son partner pour toute la soirée). Est-cela (p 189) (que votre cousine Fanny se marie? est-cela, dit madame Jennings).
End of Project Gutenberg's Raison et Sensibilité, Tome Premier, by Jane Austen