Chapter 14
Le premier de ces dangers est la conséquence forcée des exigences et de l'imprévoyance des foules électorales. Qu'un membre d'une assemblée propose une mesure donnant une satisfaction apparente à des idées démocratiques, telle qu'assurer, par exemple, des retraites à tous les ouvriers, augmenter le traitement des cantonniers, des instituteurs, etc., les autres députés, suggestionnés par la crainte des électeurs, n'oseront pas avoir l'air de dédaigner les intérêts de ces derniers en repoussant la mesure proposée, bien que sachant qu'elle grèvera lourdement le budget et nécessitera la création de nouveaux impôts. Hésiter dans le vote leur est impossible. Les conséquences de l'accroissement des dépenses sont lointaines et sans résultats bien fâcheux pour eux, alors que les conséquences d'un vote négatif pourraient apparaître clairement le jour prochain où il faudra se représenter devant l'électeur.
À côté de cette première cause d'exagération des dépenses il en est une autre, non moins impérative: l'obligation d'accorder toutes les dépenses d'intérêt purement local. Un député ne saurait s'y opposer, parce qu'elles représentent encore des exigences d'électeurs, et que chaque député ne peut obtenir ce dont il a besoin pour sa circonscription qu'à la condition de céder aux demandes analogues de ses collègues[26].
Le second des dangers mentionnés plus haut, la restriction forcée des libertés par les assemblées parlementaires, moins visible en apparence est cependant fort réel. Il est la conséquence des innombrables lois--toujours restrictives--dont les parlements, avec leur esprit simpliste, voient mal les conséquences, et qu'ils se croient obligés de voter.
Il faut que ce danger soit bien inévitable, puisque l'Angleterre elle-même, qui offre assurément le type le plus parfait du régime parlementaire, celui où le représentant est le plus indépendant de son électeur, n'a pas réussi à s'y soustraire. Herbert Spencer, dans un travail déjà ancien, avait montré que l'accroissement de la liberté apparente devait être suivi d'une diminution de la liberté réelle. Reprenant la même thèse dans son livre récent, _l'Individu contre l'État_, il s'exprime ainsi au sujet du parlement anglais:
«Depuis cette époque la législation a suivi le cours que j'indiquais. Des mesures dictatoriales, se multipliant rapidement, ont continuellement tendu à restreindre les libertés individuelles, et cela de deux manières: des réglementations ont été établies, chaque année en plus grand nombre, qui imposent une contrainte au citoyen là où ses actes étaient auparavant complètement libres, et le forcent à accomplir des actes qu'il pouvait auparavant accomplir ou ne pas accomplir, à volonté. En même temps des charges publiques, de plus en plus lourdes, surtout locales, ont restreint davantage sa liberté en diminuant cette portion de ses profits qu'il peut dépenser à sa guise, et en augmentant la portion qui lui est enlevée pour être dépensée selon le bon plaisir des agents publics.»
Cette restriction progressive des libertés se manifeste pour tous les pays sous une forme spéciale, que Herbert Spencer n'a pas indiquée, et qui est celle-ci: La création de ces séries innombrables de mesures législatives, toutes généralement d'ordre restrictif, conduit nécessairement à augmenter le nombre, le pouvoir et l'influence des fonctionnaires chargés de les appliquer. Ils tendent ainsi progressivement à devenir les véritables maîtres des pays civilisés. Leur puissance est d'autant plus grande, que, dans les incessants changements de pouvoir, la caste administrative est la seule qui échappe à ces changements, la seule qui possède l'irresponsabilité, l'impersonnalité et la perpétuité. Or, de tous les despotismes, il n'en est pas de plus lourds que ceux qui se présentent sous cette triple forme.
Cette création incessante de lois et de règlements restrictifs entourant des formalités les plus byzantines les moindres actes de la vie, a pour résultat fatal de rétrécir de plus en plus la sphère dans laquelle les citoyens peuvent se mouvoir librement. Victimes de cette illusion qu'en multipliant les lois l'égalité et la liberté se trouvent mieux assurées, les peuples acceptent chaque jour de plus pesantes entraves.
Ce n'est pas impunément qu'ils les acceptent. Habitués à supporter tous les jougs, ils finissent bientôt par les rechercher, et arrivent à perdre toute spontanéité et toute énergie. Ils ne sont plus alors que des ombres vaines, des automates passifs, sans volonté, sans résistance et sans force.
Mais alors les ressorts que l'homme ne trouve plus en lui-même, il est bien forcé de les chercher hors de lui-même. Avec l'indifférence et l'impuissance croissantes des citoyens, le rôle des gouvernements est obligé de grandir encore. Ce sont eux qui doivent avoir forcément l'esprit d'initiative, d'entreprise et de conduite que les particuliers n'ont plus. Il leur faut tout entreprendre, tout diriger, tout protéger. L'État devient un dieu tout-puissant. Mais l'expérience enseigne que le pouvoir de tels dieux ne fut jamais ni bien durable, ni bien fort.
Cette restriction progressive de toutes les libertés chez certains peuples, malgré une licence extérieure qui leur donne l'illusion de les posséder, semble être une conséquence de leur vieillesse tout autant que celle d'un régime quelconque. Elle constitue un des symptômes précurseurs de cette phase de décadence à laquelle aucune civilisation n'a pu échapper jusqu'ici.
Si l'on en juge par les enseignements du passé et par des symptômes qui éclatent de toutes parts, plusieurs de nos civilisations modernes sont arrivées à cette phase d'extrême vieillesse qui précède la décadence. Il semble que des phases identiques soient fatales pour tous les peuples, puisque l'on voit si souvent l'histoire en répéter le cours.
Ces phases d'évolution générale des civilisations, il est facile de les marquer sommairement, et c'est avec leur résumé que se terminera notre ouvrage. Ce rapide tableau jettera peut-être quelques lueurs sur les causes de la puissance actuelle des foules.
* * * * *
Si nous envisageons dans leurs grandes lignes la genèse de la grandeur et de la décadence des civilisations qui ont précédé la nôtre, que voyons-nous?
À l'aurore de ces civilisations une poussière d'hommes, d'origines variées, réunie par les hasards des migrations, des invasions et des conquêtes. De sangs divers, de langues et de croyances également diverses, ces hommes n'ont de lien commun que la loi à demi reconnue d'un chef. Dans ces agglomérations confuses se retrouvent au plus haut degré les caractères psychologiques des foules. Elles en ont la cohésion momentanée, les héroïsmes, les faiblesses, les impulsions et les violences. Rien n'est stable en elles. Ce sont des barbares.
Puis le temps accomplit son oeuvre. L'identité des milieux, la répétition des croisements, les nécessités d'une vie commune, agissent lentement. L'agglomération d'unités dissemblables commence à se fusionner et à former une race, c'est-à-dire un agrégat possédant des caractères et des sentiments communs, que l'hérédité va fixer de plus en plus. La foule est devenue un peuple, et ce peuple va pouvoir sortir de la barbarie.
Il n'en sortira tout à fait pourtant que quand, après de longs efforts, des luttes sans cesse répétées et d'innombrables recommencements, il aura acquis un idéal. Peu importe la nature de cet idéal, que ce soit le culte de Rome, la puissance d'Athènes ou le triomphe d'Allah, il suffira pour donner à tous les individus de la race en voie de formation une parfaite unité de sentiments et de pensées.
C'est alors que peut naître une civilisation nouvelle avec ses institutions, ses croyances et ses arts. Entraînée par son rêve, la race acquerra successivement tout ce qui donne l'éclat, la force et la grandeur. Elle sera foule encore sans doute à certaines heures, mais alors, derrière les caractères mobiles et changeants des foules, se trouvera ce substratum solide, l'âme de la race, qui limite étroitement l'étendue des oscillations d'un peuple et règle le hasard.
Mais, après avoir exercé son action créatrice, le temps commence cette oeuvre de destruction à laquelle n'échappent ni les dieux ni les hommes. Arrivée à un certain niveau de puissance et de complexité, la civilisation cesse de grandir, et, dès qu'elle ne grandit plus, elle est condamnée à décliner bientôt. L'heure de la vieillesse va sonner pour elle.
Cette heure inévitable est toujours marquée par l'affaiblissement de l'idéal qui soutenait l'âme de la race. À mesure que cet idéal pâlit, tous les édifices religieux, politiques ou sociaux dont il était l'inspirateur commencent à s'ébranler.
Avec l'évanouissement progressif de son idéal, la race perd de plus en plus ce qui faisait sa cohésion, son unité et sa force. L'individu peut croître en personnalité et en intelligence, mais en même temps aussi l'égoïsme collectif de la race est remplacé par un développement excessif de l'égoïsme individuel accompagné par l'affaissement du caractère et par l'amoindrissement de l'aptitude à l'action. Ce qui formait un peuple, une unité, un bloc, finit par devenir une agglomération d'individualités sans cohésion et que maintiennent artificiellement pour quelque temps encore les traditions et les institutions. C'est alors que, divisé par leurs intérêts et leurs aspirations, ne sachant plus se gouverner, les hommes demandent à être dirigés dans leurs moindres actes, et que l'État exerce son influence absorbante.
Avec la perte définitive de l'idéal ancien, la race finit par perdre entièrement son âme; elle n'est plus qu'une poussière d'individus isolés et redevient ce qu'elle était à son point de départ: une foule. Elle en a tous les caractères transitoires sans consistance et sans lendemain. La civilisation n'a plus aucune fixité et est à la merci de tous les hasards. La plèbe est reine et les barbares avancent. La civilisation peut sembler brillante encore parce qu'elle possède la façade extérieure qu'un long passé a créée, mais c'est en réalité un édifice vermoulu que rien ne soutient plus et qui s'effondrera au premier orage.
Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple.
NOTES:
[25] C'est à ces opinions antérieurement fixées et rendues irréductibles par des nécessités électorales, que s'applique sans doute cette réflexion d'un vieux parlementaire anglais: «Depuis cinquante ans que je siège à Westminster, j'ai entendu des milliers de discours; il en est peu qui aient changé mon opinion; mais pas un seul n'a changé mon vote.»
[26] Dans son numéro du 6 avril 1895, l'_Économiste_ faisait une revue curieuse de ce que peuvent coûter en une année ces dépenses d'intérêt purement électoral, notamment celles des chemins de fer. Pour relier Langayes (ville de 3.000 habitants), juchée sur une montagne, au Puy, vote d'un chemin de fer qui coûtera 15 millions. Pour relier Beaumont (3.500 habitants) à Castel-Sarrazin, 7 millions. Pour relier le village de Oust (523 habitants) à celui de Seix (1.200 habitants), 7 millions. Pour relier Prades à la bourgade d'Olette (747 habitants), 6 millions, etc. Rien que pour 1895, 90 millions de voies ferrées dépourvues de tout intérêt général ont été votés. D'autres dépenses de nécessités également électorales ne sont pas moins importantes. La loi sur les retraites ouvrières coûtera bientôt un minimum annuel de 165 millions d'après le ministre des finances, et de 800 millions suivant l'académicien Leroy-Beaulieu. Évidemment la progression continue de telles dépenses a forcément pour issue la faillite. Beaucoup de pays en Europe: le Portugal, la Grèce, l'Espagne, la Turquie, y sont arrivés; d'autres, comme l'Italie, vont y être acculés bientôt; mais il ne faut pas trop s'en préoccuper, puisque le public a successivement accepté sans grandes protestations des réductions des quatre cinquièmes dans le paiement des coupons par ces divers pays. Ces ingénieuses faillites permettent alors de remettre instantanément les budgets avariés en équilibre. Les guerres, le socialisme, les luttes économiques nous préparent d'ailleurs de bien autres catastrophes, et à l'époque de désagrégation universelle où nous sommes entrés, il faut se résigner à vivre au jour le jour sans trop se soucier de lendemains qui nous échappent.
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE I
INTRODUCTION.--L'ÈRE DES FOULES 1
Évolution de l'âge actuel.--Les grands changements de civilisation sont la conséquence des changements dans la pensée des peuples.--La croyance moderne à la puissance des foules.--Elle transforme la politique traditionnelle des États.--Comment se produit l'avènement des classes populaires et comment s'exerce leur puissance.--Les syndicats.--Conséquences nécessaires de la puissance des foules.--Elles ne peuvent exercer qu'un rôle destructeur.--C'est par elles que s'achève la dissolution des civilisations devenues trop vieilles.--Ignorance générale de la psychologie des foules.--Importance de l'étude des foules pour les législateurs et les hommes d'État.
LIVRE PREMIER
L'âme des foules.
CHAPITRE PREMIER. 11
Ce qui constitue une foule au point de vue psychologique.--Une agglomération nombreuse d'individus ne suffit pas à former une foule.--Caractères spéciaux des foules psychologiques.--Orientation fixe des idées et sentiments des individus qui les composent et évanouissement de leur personnalité.--La foule est toujours dominée par l'inconscient.--Disparition de la vie cérébrale et prédominance de la vie médullaire.--Abaissement de l'intelligence et transformation complète des sentiments.--Les sentiments transformés peuvent être meilleurs ou pires que ceux des individus dont la foule est composée.--La foule est aussi aisément héroïque que criminelle.
CHAPITRE II.--SENTIMENTS ET MORALITÉ DES FOULES 23
§ 1. _Impulsivité, mobilité et irritabilité des foules._--La foule est le jouet de toutes les excitations extérieures et en reflète les incessantes variations.--Les impulsions auxquelles elle obéit sont assez impérieuses pour que l'intérêt personnel s'efface.--Rien n'est prémédité chez les foules.--Action de la race.--§ 2. _Suggestibilité et crédulité des foules._--Leur obéissance aux suggestions.--Les images évoquées dans leur esprit sont prises par elles pour des réalités.--Pourquoi ces images sont semblables pour tous les individus qui composent une foule.--Égalisation du savant et de l'imbécile dans une foule.--Exemples divers des illusions auxquelles tous les individus d'une foule sont sujets.--Impossibilité d'accorder aucune créance au témoignage des foules.--L'unanimité de nombreux témoins est une des plus mauvaises preuves que l'on puisse invoquer pour établir un fait.--Faible valeur des livres d'histoire.--§ 3. _Exagération et simplisme des sentiments des foules._--Les foules ne connaissent ni le doute ni l'incertitude et vont toujours aux extrêmes.--Leurs sentiments sont toujours excessifs.--§ 4. _Intolérance, autoritarisme et conservatisme des foules._--Raisons de ces sentiments.--Servilité des foules devant une autorité forte.--Les instincts révolutionnaires momentanés des foules ne les empêchent pas d'être extrêmement conservatrices.--Elles sont d'instinct hostiles aux changements et aux progrès.--§ 5. _Moralité des foules._--La moralité des foules peut, suivant les suggestions, être beaucoup plus basse ou beaucoup plus haute que celle des individus qui les composent.--Explication et exemples. Les foules ont rarement pour guide l'intérêt qui est, le plus souvent, le mobile exclusif de l'individu isolé.--Rôle moralisateur des foules.
CHAPITRE III. 48
§ 1. _Les idées des foules._--Les idées fondamentales et les idées accessoires.--Comment peuvent subsister simultanément des idées contradictoires.--Transformations que doivent subir les idées supérieures pour être accessibles aux foules.--Le rôle social des idées est indépendant de la part de vérité qu'elles peuvent contenir.--§ 2. _Les raisonnements des foules._--Les foules ne sont pas influençables par des raisonnements.--Les raisonnements des foules sont toujours d'ordre très inférieur.--Les idées qu'elles associent n'ont que des apparences d'analogie ou de succession.--§ 3. _L'imagination des foules._--Puissance de l'imagination des foules.--Elles pensent par images, et ces images se succèdent sans aucun lien.--Les foules sont frappées surtout par le côté merveilleux des choses.--Le merveilleux et le légendaire sont les vrais supports des civilisations.--L'imagination populaire a toujours été la base de la puissance des hommes d'État.--Comment se présentent les faits capables de frapper l'imagination des foules.
CHAPITRE IV. 60
Ce qui constitue le sentiment religieux.--Il est indépendant de l'adoration d'une divinité.--Ses caractéristiques.--Puissance des convictions revêtant la forme religieuse.--Exemples divers.--Les dieux populaires n'ont jamais disparu.--Formes nouvelles sous lesquelles ils renaissent.--Formes religieuses de l'athéisme.--Importance de ces notions au point de vue historique.--La Réforme, la Saint-Barthélemy, la Terreur et tous les événements analogues, sont la conséquence des sentiments religieux des foules, et non de la volonté d'individus isolés.
LIVRE II
Les opinions et les croyances des foules.
CHAPITRE PREMIER. 67
Facteurs préparatoires des croyances des foules.--L'éclosion des croyances des foules est la conséquence d'une élaboration antérieure.--Étude des divers facteurs de ces croyances.--§ 1. _La race._--Influence prédominante qu'elle exerce.--Elle représente les suggestions des ancêtres.--§ 2. _Les traditions._--Elles sont la synthèse de l'âme de la race.--Importance sociale des traditions.--En quoi, après avoir été nécessaires, elles deviennent nuisibles.--Les foules sont les conservateurs les plus tenaces des idées traditionnelles.--§ 3. _Le temps._--Il prépare successivement l'établissement des croyances, puis leur destruction.--C'est grâce à lui que l'ordre peut sortir du chaos.--§ 4. _Les institutions politiques et sociales._--Idée erronée de leur rôle.--Leur influence est extrêmement faible.--Elles sont des effets, et non des causes.--Les peuples ne sauraient choisir les institutions qui leur semblent les meilleures.--Les institutions sont des étiquettes qui, sous un même titre, abritent les choses les plus dissemblables.--Comment les constitutions peuvent se créer.--Nécessité pour certains peuples de certaines institutions théoriquement mauvaises, telles que la centralisation.--§ 5. _L'instruction et l'éducation._--Erreur des idées actuelles sur l'influence de l'instruction chez les foules.--Indications statistiques.--Rôle démoralisateur de l'éducation latine.--Rôle que l'instruction pourrait exercer.--Exemples fournis par divers peuples.
CHAPITRE II. 89
§ 1. _Les images, les mots et les formules_.--Puissance magique des mots et des formules.--La puissance des mots est liée aux images qu'ils évoquent et est indépendante de leur sens réel.--Ces images varient d'âge en âge, de race en race.--L'usure des mots.--Exemples des variations considérables du sens de quelques mots très usuels.--Utilité politique de baptiser de noms nouveaux les choses anciennes, lorsque les mots sous lesquels on les désignait produisent une fâcheuse impression sur les foules.--Variations du sens des mots suivant la race.--Sens différents du mot démocratie en Europe et en Amérique.--§ 2. _Les illusions._--Leur importance.--On les retrouve à la base de toutes les civilisations.--Nécessité sociale des illusions.--Les foules les préfèrent toujours aux vérités.--§ 3. _L'expérience._--L'expérience seule peut établir dans l'âme des foules des vérités devenues nécessaires et détruire des illusions devenues dangereuses.--L'expérience n'agit qu'à condition d'être fréquemment répétée.--Ce que coûtent les expériences nécessaires pour persuader les foules.--§ 4. _La raison._--Nullité de son influence sur les foules.--On n'agit sur elles qu'en agissant sur leurs sentiments inconscients.--Le rôle de la logique dans l'histoire.--Les causes secrètes des événements invraisemblables.
CHAPITRE III. 105
§ 1. _Les meneurs des foules._--Besoin instinctif de tous les êtres en foule d'obéir à un meneur.--Psychologie des meneurs.--Eux seuls peuvent créer la foi et donner une organisation aux foules.--Despotisme forcé des meneurs.--Classification des meneurs.--Rôle de la volonté.--§ 2. _Les moyens d'action des meneurs._--L'affirmation, la répétition, la contagion.--Rôle respectif de ces divers facteurs.--Comment la contagion peut remonter des couches inférieures aux couches supérieures d'une société.--Une opinion populaire devient bientôt une opinion générale.--§ 3. _Le prestige._--Définition et classification du prestige.--Le prestige acquis et le prestige personnel.--Exemples divers.--Comment meurt le prestige.
CHAPITRE IV. 128
§ 1. _Les croyances fixes._--Invariabilité de certaines croyances générales.--Elles sont les guides d'une civilisation.--Difficulté de les déraciner.--En quoi l'intolérance constitue pour les peuples une vertu.--L'absurdité philosophique d'une croyance générale ne peut nuire à sa propagation.--§ 2. _Les opinions mobiles des foules._--Extrême mobilité des opinions qui ne dérivent pas des croyances générales.--Variations apparentes des idées et des croyances en moins d'un siècle.--Limites réelles de ces variations.--Éléments sur lesquels la variation a porté.--La disparition actuelle des croyances générales et la diffusion extrême de la presse rendent de nos jours les opinions de plus en plus mobiles.--Comment les opinions des foules tendent sur la plupart des sujets vers l'indifférence.--Impuissance des gouvernements à diriger comme jadis l'opinion.--L'émiettement actuel des opinions empêche leur tyrannie.
LIVRE III
Classification et description des diverses catégories de foules.
CHAPITRE PREMIER.--CLASSIFICATION DES FOULES 142
Divisions générales des foules.--Leur classification.--§ 1. _Les foules hétérogènes._--Comment elles se différencient.--Influence de la race.--L'âme de la foule est d'autant plus faible que l'âme de la race est plus forte.--L'âme de la race représente l'état de civilisation et l'âme de la foule l'état de barbarie.--§ 2. _Les foules homogènes._--Division des foules homogènes.--Les sectes, les castes et les classes.
CHAPITRE II.--LES FOULES DITES CRIMINELLES 147
Les foules dites criminelles.--Une foule peut être légalement mais non psychologiquement criminelle.--Complète inconscience des actes des foules.--Exemples divers.--Psychologie des septembriseurs.--Leurs raisonnements, leur sensibilité, leur férocité et leur moralité.
CHAPITRE III.--LES JURÉS DE COUR D'ASSISES 153
Les jurés de cour d'assises.--Caractères généraux des jurés.--La statistique montre que leurs décisions sont indépendantes de leur composition.--Comment sont impressionnés les jurés.--Faible action du raisonnement.--Méthodes de persuasion des avocats célèbres.--Nature des crimes pour lesquels les jurés sont indulgents ou sévères.--Utilité de l'institution du jury et danger extrême que présenterait son remplacement par des magistrats.
CHAPITRE IV.--LES FOULES ÉLECTORALES 161