Psychologie de l'éducation

Chapter 26

Chapter 263,171 wordsPublic domain

... Un fait certain, c'est qu'on est assez mécontent, dans l'armée, de l'état d'esprit des jeunes officiers: on leur trouve trop de prétentions et pas assez de zèle, plus préoccupés de leur propre carrière que de l'accomplissement de leurs devoirs professionnels[223].

[Note 223: _Rôle social de l'officier_, conférences faites aux élèves de l'École spéciale militaire, par le commandant Ebener. In-8o, Paris, Librairie militaire.]

Le tableau n'est pas brillant sans doute. Lorsque la démoralisation et l'indifférence s'étendent à l'armée, l'heure de la décadence finale est bien proche. Dès qu'une armée cesse d'être le soutien d'une société, elle en devient le danger.

Les nouvelles générations formées à l'École de Guerre comprennent d'ailleurs parfaitement la grandeur et l'importance du rôle éducateur qui leur incombe. Malgré les nuages qui s'amoncellent, il ne faut donc pas désespérer de l'avenir. L'éducation peut nous donner les qualités indispensables aux peuples qui veulent ne pas finir. L'Université et l'Armée ont pris, en Allemagne, une influence qu'elles pourraient avoir en France, mais qu'elles n'ont pas su exercer encore.

Y réussiront-elles? Là est le problème. Les générations qui grandissent sont appelées à les résoudre. Si elles n'y parviennent pas, ce sera la continuation d'une lente décadence, puis des défaites économiques et sociales qui marqueront la fin de notre histoire.

* * * * *

Et voici enfin terminé un livre qui restera sans doute le plus inutile de tous ceux que j'ai écrits. Récriminer contre des fatalités est toujours une pauvre tâche, indigne en vérité des labeurs d'un philosophe.

Si, cependant, j'ai publié cet ouvrage sans grandes illusions sur son efficacité, c'est que les idées semées par la plume finissent quelquefois par germer, si dur soit le roc où elles sont tombées. Malgré tant d'apparences trompeuses, les pensées qui mènent les hommes de chaque race ne se modifient guère dans le cours des âges. Elles changent cependant quelquefois.

Il semble que nous soyons arrivés à un de ces rares moments de l'histoire où nos idées puissent se transformer un peu. Le choix des méthodes d'enseignement est autrement capital pour un peuple que celui de ses institutions ou de son gouvernement. Si l'enquête parlementaire a prouvé que le problème de l'éducation est généralement fort peu compris, elle a montré en même temps que ce sujet commence à préoccuper les esprits. Souhaitons qu'il les préoccupe davantage encore et que l'opinion finisse par se transformer. L'avenir de la France dépend surtout de la solution qu'elle saura donner au problème de l'éducation.

Le monde évolue rapidement et, sous peine de périr, il faut savoir s'adapter à cette évolution. L'éloquence, le beau langage, le goût des finesses grammaticales, les aptitudes littéraires et artistiques pouvaient suffire à maintenir un peuple à la tête de la civilisation à l'époque où il remettait ses destinées entre les mains des dieux ou des rois qui les représentaient. Aujourd'hui, les dieux sont morts et il ne reste guère de nations qui soient complètement dans la main d'un maître. Les événements échappent de plus en plus à l'action des gouvernements. Les volontés des plus autocratiques souverains sont actuellement conditionnées par des nécessités économiques et sociales, proches ou lointaines, hors de leur sphère d'action. L'homme, gouverné jadis par ses dieux et ses rois, est régi maintenant par un engrenage de nécessités qui ne fléchissent pas. Les conditions d'existence de chaque pays deviennent toujours davantage subordonnées à des lois générales que les relations commerciales et industrielles des peuples imposent.

N'ayant plus à espérer l'aide de la Providence bienveillante qui guidait jadis le cours des choses, l'homme moderne ne doit compter que sur lui-même pour trouver sa place dans la vie. Elle n'est pas marquée seulement par ce qu'il sait, mais surtout par ce qu'il peut.

Dans la phase d'évolution où la science et l'industrie ont conduit le monde, les qualités de caractère jouent un rôle de plus en plus prépondérant. L'initiative, la persévérance, le jugement, l'énergie, la volonté, la domination de soi-même sont des aptitudes sans lesquelles tous les dons de l'intelligence restent à peu près dénués d'efficacité. L'éducation seule peut les créer un peu quand l'hérédité ne les a pas données.

Nous avons vu combien est misérable notre éducation et à quel point cette dernière laisse l'homme désarmé dans la vie. Nous avons montré que notre instruction universitaire, à tous ses degrés, est plus misérable encore, puisqu'elle se borne à entasser dans la mémoire un chaos de choses inutiles destinées à être oubliées totalement quelques mois après l'examen.

Nous avons fait voir aussi combien seront illusoires nos projets de réforme tant que nos professeurs resteront ce qu'ils sont aujourd'hui.

Nos citations ont prouvé que, si les tristes résultats de notre enseignement éclatent à tous les yeux, les causes profondes de ces résultats demeurent généralement méconnues.

L'édifice entier de notre enseignement, de sa base à son sommet, serait à refaire. Ce livre a prouvé pourquoi une telle tâche ne saurait être maintenant tentée. Tout ce que nous pouvons espérer, c'est de parvenir à utiliser le moins mal possible les éléments si défectueux que nous avons entre les mains. Un peu de bonne volonté y suffirait sans doute, mais à qui demander cette petite dose de bon vouloir devant la lourde indifférence de l'Université et du public pour toutes ces questions. Elles passionnent parfois un court instant, mais l'oubli les submerge bientôt.

Quoi qu'il en soit, j'ai terminé ma tâche. Elle devait se borner à éclairer une opinion très incertaine et très égarée aujourd'hui. C'est aux apôtres maintenant à agiter les foules, pour provoquer ces grands courants auxquels les institutions usées ne résistent guère. Il s'agit ici d'une oeuvre qui ne peut rencontrer les hostilités d'aucun parti et qu'appuieront sûrement un jour tous les partis. De son succès l'avenir de la France dépend. Ce grand pays, qui fut pendant longtemps un des phares de la civilisation, s'éloigne chaque jour du premier rang qu'il occupait jadis. Si notre Université ne change pas, il descendra bientôt à ce degré où une nation ne compte plus et devient la victime de tous les hasards.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE PREMIER.--Les conceptions des maîtres de l'Université en matière d'enseignement 6

Constants insuccès de toutes les tentatives faites pour réformer l'enseignement universitaire.--Les maîtres de l'Université sont d'accord pour proclamer l'infériorité de cet enseignement mais ils sont incapables d'en découvrir les causes.--Preuves fournies par les récents discours de MM. Lippmann et Appell.--L'enseignement en Angleterre et en Allemagne.--Complète différence des principes directeurs.

CHAPITRE II.--Documents psychologiques révélés par l'enquête sur l'enseignement. Pourquoi les réformes sont impossibles 24

Importance documentaire de l'enquête.--Principes psychologiques qui ont dirigé les dépositions.--Les discussions ont porté sur des programmes et non sur les méthodes de l'enseignement.--Importance illusoire attachée aux programmes.--Puissance que leur attribue l'Université.--Faible importance qu'elle attache aux méthodes.--Pourquoi l'infériorité de notre éducation a été vue facilement par les auteurs de l'enquête et pourquoi les causes de cette infériorité leur ont échappé.--Raisons qui rendent actuellement impossibles les réformes.--Les illusions et la volonté des parents.--L'état mental des professeurs.--Comment ils sont formés en France et ce qu'ils enseignent.--Comment ils sont formés en Allemagne.--But de cet ouvrage.

LIVRE II

L'INSTRUCTION ET L'ÉDUCATION AUX ÉTATS-UNIS

CHAPITRE PREMIER.--Principes généraux de l'Éducation en Amérique 51

CHAPITRE II.--Détails des méthodes usitées dans les écoles américaines 56

CHAPITRE III.--L'enseignement des sciences expérimentales dans les Écoles de l'Amérique 64

LIVRE III

L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE EN FRANCE

CHAPITRE PREMIER.--La valeur des méthodes universitaires 73

§1. _La Méthode mnémonique._--Cette méthode est la seule acceptée par l'Université.--Examen successif des résultats qu'elle produit dans les diverses branches de connaissances.--§2. _Les résultats de l'enseignement du latin et des langues vivantes._--Rapports présentés à la Commission d'enquête sur le degré de connaissance des langues par les élèves de l'Université.--Ignorance totale de l'immense majorité des élèves après sept ans d'études.--§3. _Les résultats de l'enseignement de la littérature et de l'histoire._--Les élèves se bornent à apprendre des dates, des subtilités, des dissertations sur des auteurs qu'ils ne lisent jamais.--Leur ignorance complète de la littérature et de l'histoire.--Extraits des rapports présentés à la Commission d'enquête.--§4.--_Les résultats de l'enseignement des sciences._--Les méthodes d'enseignement des sciences sont les mêmes que celles employées pour les autres branches de connaissances et produisent les mêmes résultats négatifs.--Documents présentés à la Commission d'enquête.--§5.--_Les résultats de l'enseignement supérieur et l'esprit universitaire._--L'enseignement supérieur est caractérisé comme l'enseignement secondaire par la récitation des manuels.--Le licencié, le polytechnicien, le normalien, l'élève des écoles d'industrie et d'agriculture sont soumis aux mêmes procédés mnémoniques.--L'Université considère que la valeur des hommes se mesure uniquement à la quantité des choses qu'ils peuvent réciter.--§6. _L'opinion de l'Université sur la valeur générale de l'enseignement universitaire._--Extraits des rapports de la Commission d'enquête montrant à quel point les professeurs eux-mêmes sont convaincus de la nullité de leur enseignement.--Leur conviction que notre enseignement classique est destiné à disparaître.

CHAPITRE II.--Les résultats finals de l'enseignement universitaire. Son influence sur l'intelligence et le caractère 87

Les résultats de l'enseignement classique ne sont pas seulement l'ignorance finale de l'élève.--C'est à cet enseignement qu'est due une production croissante d'esprits faux, aigris, déclassés et révoltés.--L'enseignement secondaire, qualifié de «méfait social» par un des rapporteurs de la Commission.--Extraits des divers rapports.--Les élèves sont incapables de réflexion, d'initiative, de jugement et ne savent pas se conduire dans la vie.--Leur incuriosité et leur indifférence.--Leur oubli total de ce qu'ils ont appris quelques mois après l'examen.--Conclusion générale du Président de la Commission d'enquête sur les funestes effets de l'enseignement universitaire.--Opinion d'anciens Ministres de l'Instruction publique.

CHAPITRE III.--Les lycées 98

§1. _La vie au lycée._--_Le travail et la discipline._--L'internat constitue une nécessité imposée par la volonté des familles.--Les grands lycées.--Règlements méticuleux et uniformes qui les régissent.--Exagération du nombre d'heures de travail.--Insuffisance de l'hygiène et de l'alimentation.--Absence d'exercices physiques.--Etroitesse de la surveillance.--La vie dans les lycées édifiés à la campagne.--Interdiction aux élèves de circuler dans les parcs entourant les établissements.--§2. _La Direction des lycées._--_Les proviseurs._--Le proviseur n'est qu'un comptable régi par des règlements méticuleux et ne pouvant s'occuper de la maison qu'il est censé diriger.--Les bureaux du Ministre règlent les moindres détails.--Extraits des rapports de la Commission d'enquête.--§3. _Ce que coûtent les lycées à l'État._--L'État perd des sommes énormes avec les lycées, alors que les établissements congréganistes dus à l'initiative privée réalisent des bénéfices.--Causes des dépenses des lycées.--Classes comptant quatre élèves et un professeur payé 5.000 francs.--Généralité du gaspillage.--Pourquoi les proviseurs n'ont aucun intérêt à réaliser des économies.

CHAPITRE IV.--Les professeurs et les répétiteurs 112

§1. _Les professeurs._--Leur insuffisance pédagogique comme conséquence de leur mode de préparation.--Déclaration des chefs de l'Université.--Psychologie du professeur universitaire.--Il est maltraité par l'Université et peu considéré par le public.--Insuffisance de son éducation extérieure.--Son défaut de prestige.--Pourquoi il devient vite indifférent pour ses élèves, mécontent et ennemi de l'ordre social.--§2. _Les répétiteurs._--Les répétiteurs ne sont aujourd'hui que des surveillants.--Leur impuissance à être utiles aux élèves malgré leur bonne volonté, alors qu'ils pourraient être beaucoup plus utiles que les professeurs.--L'Administration tient à les maintenir dans un rôle subalterne.--Opinion de la Commission d'enquête sur la nécessité de supprimer la distinction entre professeurs et répétiteurs.--Importance considérable qu'aurait cette mesure si elle pouvait être réalisée.

CHAPITRE V.--L'enseignement congréganiste 126

Importance des faits nouveaux révélés devant la Commission d'enquête.--Concurrence redoutable des établissements congréganistes.--Raisons psychologiques de leurs succès.--Pourquoi les professeurs congréganistes, malgré leurs connaissances élémentaires, font très bien réussir les élèves.--Rapports des Frères des Ecoles chrétiennes.--Succès de leurs élèves dans l'enseignement industriel, agricole, secondaire et supérieur.--Chiffres présentés à la Commission.--Leur enseignement dû entièrement à l'initiative privée ne coûte rien à l'État et laisse des bénéfices aux actionnaires.--Dangers de l'esprit clérical, mais utilité de la concurrence, des établissements congréganistes.

LIVRE IV

LES RÉFORMES PROPOSÉES ET LES RÉFORMATEURS

CHAPITRE PREMIER.--Les réformateurs. La transformation des professeurs. La réduction des heures de travail. L'éducation anglaise 138

§1. _Les Réformateurs._--Les rapports de la Commission d'enquête s'étendent longuement sur la nullité de notre enseignement universitaire, mais sont très brefs et très vagues sur les moyens de le remplacer.--Faible valeur de la plupart des réformes proposées.--Raisons générales de leur inutilité.--Examen des principales réformes proposées.--§2. _Transformation du professorat._--_Nécessité pour les professeurs de passer par le répétitorat._--Cette réforme, plusieurs fois proposée devant la Commission d'enquête, serait la plus importante de celles proposées, mais elle est irréalisable avec les préjugés latins.--Pourquoi les répétiteurs pourraient donner un enseignement supérieur à celui des professeurs.--§3. _La réduction des heures de travail._--Côté illusoire de ce projet de réforme.--Les élèves sont maintenus assis douze heures par jour simplement parce que parents et professeurs ne savent qu'en faire.--Absurdité de la longueur des classes.--Leur durée en Allemagne.--§4. _L'éducation anglaise._--Elle n'est nullement adaptée aux besoins des Latins et ne serait jamais acceptée par les parents.--Le mur des facteurs moraux.

CHAPITRE II.--Les changements de programmes 151

Modifications de programmes proposées par la Commission et votées par le Parlement.--Confusion de ces nouveaux programmes.--Persistance de l'erreur latine sur la puissance des institutions, des constitutions et des programmes.--Impossibilité actuelle de toute réforme sérieuse avec les idées régnantes.--Ce sont les méthodes, les professeurs et non les programmes qu'il faudrait réformer.--Tous les programmes sont bons quand on sait s'en servir.--Les motifs de l'insuffisance de l'Université échappent entièrement aux réformateurs.

CHAPITRE III.--La question du grec et du latin 157

§1. _L'utilité du grec et du latin._--Toute discussion sur l'utilité de ces langues est sans objet, puisque les élèves n'en connaissent que quelques mots.--Opinions des universitaires les plus autorisés sur les langues anciennes.--Les prétendues vertus éducatives du latin.--Pourquoi les langues modernes possèdent la même vertu éducative.--Ce que les élèves connaissent en matière de langues après sept années d'études.--La question du grec et du latin en Allemagne.--§2. _L'opinion des familles sur l'enseignement du grec et du latin._--Les familles sont tout à fait opposées à la suppression de l'enseignement du grec et du latin.--Cette opposition a été partagée par les Chambres de commerce.--Résultats de l'enquête sur les exigences des familles.--Raisons psychologiques des idées de la bourgeoisie sur les avantages de l'enseignement du latin.--§3. _L'enseignement du grec et du latin avec les préjugés actuels._--Nécessité de conserver la façade gréco-latine pour satisfaire les préjugés des familles.--Une heure de latin par semaine suffirait.--Comment avec cette heure bien employée les élèves sauraient beaucoup plus de latin qu'aujourd'hui.--Le prestige du latin ne disparaîtra qu'avec son introduction dans l'enseignement primaire.

CHAPITRE IV.--La question du baccalauréat et du certificat d'études 175

§1. _La réforme du baccalauréat._--Les maux attribués au baccalauréat.--Le projet de réforme proposé au Sénat.--Après avoir supprimé le diplôme du baccalauréat on propose aussitôt de le remplacer par un autre ne différant du premier que par le nom.--Enfantillage de la réforme.--Les examens dits de passage et leurs conséquences.--Le baccalauréat est un effet et non une cause.--§2. _L'opinion des universitaires sur le baccalauréat._--Violence de la campagne menée contre le baccalauréat par des professeurs les plus éminents de l'Université.--L'examen du baccalauréat.--Absurdité des questions posées.--Le hasard seul préside aux admissions.--Principes qui dirigent les examinateurs.--Conclusions sévères du Président de la Commission.

CHAPITRE V.--La question de l'enseignement moderne et de l'enseignement professionnel 183

§1. _L'enseignement moderne._--Histoire de cet enseignement.--Pourquoi, avec des programmes excellents, il a abouti à des résultats pitoyables.--L'opposition de l'Université.--Opinion du Ministre de l'Instruction publique sur le sort des déclassés créés par l'Université et sur l'impuissance de cette dernière à préparer à la vie économique et à l'action.--§2. _L'enseignement professionnel._--Il est donné en France par les méthodes universitaires, c'est-à-dire par l'emploi exclusif des démonstrations au tableau et des manuels.--Les préjugés des classes dirigeantes.--L'évolution économique actuelle du monde leur échappe entièrement.--Importance de la technique.--Insuffisance complète de l'enseignement professionnel en France et son développement en Allemagne.--État misérable de notre enseignement industriel et agricole.--Extraits des rapports.--Ce sont surtout les préjugés de l'opinion qui entravent l'évolution des sociétés latines et les obligent à procéder par bonds désordonnés qui ne font, le plus souvent, que les ramener en arrière.--La tyrannie des morts.

CHAPITRE VI.--La question de l'éducation 202

§1. _Incertitude des principes universitaires en matière d'éducation._--L'Université ne s'est pas montrée plus apte à donner une bonne éducation qu'une instruction convenable.--Elle proclame bien haut les bienfaits d'une bonne éducation, mais est encore à la recherche des méthodes.--Pauvreté des rares projets d'éducation formulés devant la Commission.--La plupart des professeurs n'ont aucune idée bonne ou mauvaise en matière d'éducation.--§2. _La discipline universitaire comme base unique de l'éducation universitaire._--En pratique, toute l'éducation universitaire se borne à la lourde discipline du lycée, destinée principalement à maintenir le silence dans les salles où se trouvent les élèves.--Illusions de quelques auteurs de l'enquête sur l'utilité de s'adresser à la raison des élèves.--Résultats obtenus par les éducateurs anglais en s'adressant à l'intérêt de l'élève et non à sa raison.--Motifs de l'impuissance des parents français à éduquer convenablement leurs enfants.--C'est à l'éducation universitaire que les Latins doivent en partie leur égoïsme individuel.--C'est à leur éducation que les Anglais doivent l'égoïsme collectif qui est un des grands facteurs de la puissance politique de l'Angleterre.

LIVRE V

PSYCHOLOGIE DE L'INSTRUCTION ET DE L'ÉDUCATION

CHAPITRE PREMIER.--Les bases psychologiques de l'instruction 214

§1. _Les fondements psychologiques de l'instruction, d'après les idées universitaires._--Pourquoi les déposants de l'enquête ont disserté longuement sur l'instruction sans se demander comment les choses pénètrent dans l'esprit et s'y fixent.--Tout le monde étant d'accord sur le principe de l'enseignement mnémonique, personne ne pouvait songer à le discuter.--§2. _Théorie psychologique de l'instruction et de l'éducation._--_Transformation du conscient en inconscient._--Toute éducation consiste dans l'art de faire passer le conscient dans l'inconscient.--On y arrive par la création d'associations, d'abord conscientes, qui deviennent inconscientes ensuite.--La loi des associations et la création des réflexes.--La dissociation des réflexes.--Leur domination.--L'homme n'est sorti de la barbarie qu'après avoir appris à dominer ses réflexes héréditaires.--La discipline interne.--L'éducation doit agir sur l'inconscient de l'enfant et non sur sa faible raison.--Les principes qui précèdent s'appliquent à toutes les choses qui peuvent s'enseigner.--Les lois d'acquisition sont les mêmes pour toutes les branches de l'instruction et de l'éducation.--§3. _Comment la théorie des associations conscientes devenues inconscientes explique la formation des instincts et celle des caractères des peuples._--Application des principes généraux qui précèdent à des cas particuliers.--Formation des instincts des animaux.--Formation des caractères des peuples.--Comment l'expérience crée l'habitude et comment celle-ci finit par devenir héréditaire, c'est-à-dire un instinct, et constitue alors un caractère de race.--§4. _La pédagogie actuelle._--Opinion des professeurs sur la faible valeur des règles pédagogiques.--Ignorance générale de la psychologie de l'enfant.--Notre pédagogie n'a que l'empirisme pour base.--Possibilité de lui donner une base psychologique.--§5. _L'instruction expérimentale._--Tout enseignement doit être d'abord expérimental.--L'expérience doit toujours précéder la théorie.--La supériorité de l'instruction anglaise et allemande tient à l'application constante de ce principe.--Ce ne sont pas les sciences seulement, mais l'histoire, les langues, la géographie, etc., qui doivent être enseignées par la méthode expérimentale.

CHAPITRE II.--Les bases psychologiques de l'éducation 236