Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage
Part 6
C'est de l'observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et le succès de la mission sociale qu'ils ont à poursuivre ensemble. Et qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour atteindre ce double but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt démontrer que celle-ci l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas rationnel d'attribuer, d'après ces avantages particuliers, la prééminence à l'un des collaborateurs dans une œuvre qui est également due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu'au moyen de l'entente parfaite et des soins bien combinés de l'un et de l'autre. Admettons donc qu'il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait voir dans l'homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi que l'a remarqué J.-J. Rousseau, dont le passage suivant revient au sujet que je traite.
«La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et l'homme le bras, mais avec une telle dépendance l'une de l'autre que c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvait remonter aussi bien que l'homme aux principes, et que l'homme eût aussi bien qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait subsister; mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l'impulsion de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.» (_Émile_, liv. V.)
La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille.
C'est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil, car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où elle a grand besoin de se délasser, après tant d'heures si activement employées à se parer et à donner de l'exercice à sa langue. Mais le triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement. L'essence de cette nature féminine s'est si bien infusée dans le caractère de certains hommes, qu'on n'y découvre presque plus rien de viril, et notre jeu de mots proverbial s'applique aussi avec raison à tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages frivoles de l'autre sexe.
Femme est mère de tout dommage. Tout mal en vient et toute rage.
Ce distique proverbial me paraît être une allusion allégorique de Perroz de Saint-Clost ou Pierre de Saint-Cloud, dans la première branche du roman du _Renard_. Ce trouvère raconte qu'Adam ayant frappé la mer avec une verge que Dieu, en l'exilant de l'Éden, lui avait donnée, il en sortit une brebis, et qu'Ève, désireuse d'en avoir une seconde, ayant pris la verge miraculeuse de la main de son époux, fit surgir des flots, par le même acte, un loup qui se précipita sur la brebis, qu'il aurait dévorée si Adam ne se fût pressé de frapper un second coup, duquel provint un chien, qui arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce procédé si expéditif de création à tour de bras, alternativement employé par l'homme et la femme, produisit en peu de temps une foule innombrable d'animaux, en chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue au caractère moral de son auteur. Les évains, c'est-à-dire ceux qu'Ève faisait naître, étaient sauvages et dangereux, ceux qui devaient l'existence à Adam avaient une nature bonne et susceptible de devenir meilleure, ou, pour parler comme le trouvère,
Les Évains assauvagissoient, Et les Adams assagissoient.
Cette allégorie, assez diaphane, où l'on voit tout ce qui émane de la femme participer de l'esprit de méchanceté qu'on lui attribue, n'appartient pas en propre à notre trouvère. Il en a tiré l'idée de quelques traditions populaires, qui reprochent à la mère du genre humain d'avoir été aussi, en quelque sorte, celle de beaucoup de bêtes malfaisantes, qu'on suppose n'être devenues telles que par suite de la faute qu'elle commit. Cette idée, répandue presque partout, se retrouve dans une légende orientale qui nous apprend que, lorsque Adam et Ève furent créés, chacun d'eux éternua à l'instant où le souffle divin introduisit l'âme dans le corps. De l'éternuement de l'homme naquit le lion, symbole de la force et du courage, et de l'éternuement d'Ève naquit le chat, symbole de la ruse et de la lâcheté.
Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle suit.
Cette comparaison est traduite du proverbe latin: _fugax, sequax; sequax, fugax._ «Suivez la femme, elle vous fuit; fuyez-la, elle vous suit.» Elle a été attribuée à Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le recueil des pensées de cet ingénieux écrivain. Mais elle existait longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez les Latins qui nous l'avaient transmise ainsi qu'à plusieurs autres peuples. Le poëte arabe Zehir, qui, sans nul doute, ne l'a pas plus inventée que l'auteur français, en a fait l'application à la femme coquette, à qui elle convient mieux qu'à toute autre femme; car c'est un vrai manége de coquetterie dont l'image y frappe, en quelque sorte, la vue non moins que l'esprit. «La coquette, dit-il, ressemble à l'ombre qui marche avec vous: si vous courez après, elle vous fuit; si vous la fuyez, elle vous suit.»
La même idée a été plusieurs fois exprimée en assimilant la femme à tel ou tel objet qu'on a jugé propre à la représenter. Voici une de ces similitudes qu'il me souvient d'avoir trouvée dans une pièce du théâtre italien de Gherardi:
A des soldats poltrons je compare les belles: On les fait fuir en courant après elles; On les attire en les fuyant.
Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant.
C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des _Amours_, élégie VIII: _Casta est quam nemo rogavit_, et que Mathurin Régnier a redit dans ce vers de la satire intitulée _Macette_, ou l'_Hypocrisie déconcertée_:
Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point priée.
L'auteur des _Lettres Persanes_ a reproduit la même idée en ces termes: «Il est des femmes vertueuses; mais elles sont si laides, si laides, qu'il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu.»
Jehan de Meung, dans le _Roman de la Rose_, a exprimé la chose d'une manière plus énergique, mais moins spirituelle, en quatre vers que je ne citerai pas.
Quelques poëtes licencieux l'ont répétée avec un cynisme révoltant. Enfin il s'est rencontré des écrivains privés de tout sens moral, qui, prenant au sérieux ce que les autres n'avaient avancé que par jeu ou débauche d'esprit, ont osé développer, dans des pages sans raison comme sans pudeur, cette abominable opinion des Esséniens[5]: qu'il est impossible à toute femme d'être chaste et fidèle.
[5] Les Esséniens ou Esséens étaient des sectaires juifs qui commencèrent à faire parler d'eux vers le temps des Machabées. La mauvaise opinion qu'ils avaient des femmes les avait portés à proscrire le mariage et à vivre dans le célibat.
Que deviendrait la famille, que deviendrait la société, que deviendrait tout ce qu'il y a de sacré dans le genre humain, si cette infâme doctrine pouvait être accréditée? Les libertins qui la professent mériteraient d'être punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation avec ces effrontés renieurs de sa vertu, et les hommes les devraient bannir des assemblées publiques. C'est ainsi que nos aïeux les traitaient dans les siècles chevaleresques. Ils chassaient des tournois ceux qui étaient convaincus d'avoir mal parlé des femmes, contrairement aux statuts de la chevalerie, qui commandaient de les honorer et de ne pas souffrir qu'on osât _blasonner et mesdire d'elles_. Ils savaient très-bien que plus les femmes sont respectées, plus elles se rendent respectables.
Où trouver aujourd'hui ce respect dont nos aïeux voulaient qu'on leur offrît des témoignages effectifs? Faut-il l'aller chercher dans le pays où La Fontaine a placé la demeure de la véritable amitié?--Eh bien, oui; c'est là qu'il existe réellement. Dans le royaume de Monomotapa, les femmes sont si sévères, que le fils du roi, quand il en rencontre une, est obligé de s'arrêter, de s'incliner devant elle et de lui céder le pas. Les Cafres à demi barbares pourraient, sur ce point, donner des leçons aux Européens, qui se prétendent civilisés.
Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui répétera dix fois par jour.
Parce que le diable sait que, pour se rendre maître de l'esprit des femmes, il n'y a pas de meilleur moyen que de chatouiller leur vanité. Comme elle est en quelque sorte le premier de leurs sentiments, comme elle se mêle à tous ceux qu'elles éprouvent, elle ne manque guère, aussitôt qu'elle est mise en jeu par la louange habilement maniée, de les entraîner dans les piéges où le grand séducteur les attend. Les filles d'Ève ne résistent pas mieux que leur mère aux illusions décevantes de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie des victimes de la séduction, on verrait que presque toutes ont été perdues par la flatterie plus encore que par l'amour.
Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme.
Ce proverbe a été mal compris et mal expliqué par tous les parémiographes, qui n'ont pas vu que le verbe _cuider_ y est employé à la troisième personne du présent du subjonctif et non de l'indicatif. Il ne signifie donc pas _chacun pense_, mais _que chacun pense_, etc. Ce n'est pas un fait qu'il énonce, c'est un conseil qu'il donne, en usant d'un tour de phrase elliptique autrefois fort usité et conforme à l'expression latine _quisque putet_ (que chacun pense...). Le fait ne peut être vrai qu'exceptionnellement, à l'égard d'un fort petit nombre de maris que leurs femmes savent tenir, par un art merveilleux, dans les illusions de l'optimisme conjugal.--Quant au conseil, il est plein de raison, et ceux à qui il serait possible de le mettre en pratique s'en trouveraient parfaitement bien. Sancho Pança disait: «La sagesse en ménage est de croire qu'il n'y a qu'une bonne femme au monde, et qu'on l'a rencontrée.»
L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur est de cire.
On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible à fixer, et que la cire est susceptible de prendre toutes sortes de modifications. Par conséquent, si l'esprit et le cœur féminins sont justement assimilés à ces deux objets, il faut reconnaître que cet esprit est des plus mobiles et ce cœur des plus changeants. On pourrait dire pourtant que la comparaison, établie par le proverbe, entre la cire et le cœur, pèche en un point: c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte qu'elle a reçue, en refuse une autre, au lieu qu'une vieille impression faite sur le cœur n'en exclut pas une nouvelle. Mais on objecterait qu'il ne s'agit pas ici d'un vieux cœur de femme, sur lequel d'ailleurs on ne cherche jamais à faire quelque impression.
Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est encore faite qu'à moitié.
C'est un fait réel et renouvelé chaque jour dans un salon de réception, que, lorsqu'une dame s'est levée pour en sortir, elle y reste encore, et, sans reprendre son siége, continue la causerie durant un temps qui double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle ainsi? Est-ce parce qu'elle espère que ses compagnes, en la voyant debout et prête à partir, seront moins impatientes de lui ravir le dé de la conversation? ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus favorable au développement de ses avantages physiques dans le débit oratoire, attirera mieux sur elle les regards? On peut admettre les deux motifs à la fois, surtout chez une jolie femme; car celle-ci tient à briller par le charme de son maintien, la grâce de ses mouvements, l'élégance de ses gestes, le feu de ses yeux et l'expression animée de sa physionomie. Elle ne désire pas seulement qu'on l'écoute parler, elle désire aussi qu'on la _regarde parler_.
La femme est le savon de l'homme.
La femme nettoie l'homme de bien des défauts: elle le corrige de ses instincts grossiers, et le décore d'une foule de qualités aimables, dans cet âge surtout où il est porté, par le plus doux des penchants, à lui offrir les prémices de son cœur. C'est elle dont l'heureuse influence l'initie aux manières polies, aux mœurs courtoises, et fait prendre quelquefois à son caractère sa forme la plus épurée. Tel qui se distingue par l'élévation de ses sentiments n'aurait peut-être jamais eu qu'une âme commune si le désir de plaire aux femmes n'avait éveillé son amour-propre et ne lui avait donné ce relief de noblesse et d'urbanité qui manifeste, en traits charmants comme elles, le merveilleux changement qu'elles ont opéré dans sa nature. (Voyez ci-contre le proverbe: _Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés._)
On dit quelquefois dans le même sens: _La femme est une savonnette à vilain_; ce qui est une extension donnée à l'expression _savonnette à vilain_, par laquelle on désignait, avant la révolution de 1789, une charge qui anoblissait et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture celui à qui elle était concédée à prix d'argent. Il y avait alors en France une quantité considérable de ces vilains décrassés.
Il y a une maxime de Saint-Évremont qui a de l'analogie avec le proverbe que je viens de commenter; la voici: «L'étude commence un honnête homme, le commerce des femmes l'achève.» _Honnête homme_, dans cette maxime, doit se prendre dans la signification qu'il avait autrefois, c'est-à-dire homme aimable, élégant, qui a des manières distinguées, qui sait vivre.
Sans les femmes les hommes seraient des ours mal léchés.
Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes, ils ne seraient pas seulement malheureux, mais grossiers, rudes, intraitables, et nous voyons que ceux qui, dans le monde, restent isolés du commerce des femmes ont généralement un caractère disgracieux et même brutal. Ce sont donc elles, on n'en saurait douter, qui préviennent ou corrigent de tels défauts et y substituent des qualités aimables, délicates, dont le principe est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et s'humanise auprès de ces enchanteresses; transformé par leur merveilleuse influence, il devient un être charmant. C'est la métamorphose de l'âne de Lucien ou d'Apulée. Cet animal est changé en homme après avoir brouté des roses.
L'expression proverbiale _ours mal léché_, par laquelle on désigne un individu mal fait et grossier, est venue d'une opinion erronée des naturalistes du moyen âge qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de Pline, que les oursons venaient informes et que leur mère corrigeait ce défaut à force de les lécher; ce qu'elle ne fait que pour les dégager des membranes dont ils sont enveloppés en naissant.
Les femmes font les hommes.
Un ambassadeur de Perse demandait à l'épouse de Léonidas pourquoi les femmes étaient si honorées à Lacédémone. «C'est qu'elles seules, répondit-elle, savent faire des hommes.» De là ce proverbe dont le passage suivant du comte J. de Maistre explique très-bien le sens moral: «Faire des enfants, ce n'est que de la peine. Mais le grand honneur est de faire des hommes, et c'est là ce que les femmes font mieux que nous. Croyez-vous, messieurs de l'Académie, que j'aurais beaucoup d'obligations à ma femme si elle avait composé un roman, au lieu de faire un fils? Mais faire un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le poser dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui croit en Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes. Voilà le grand accouchement qui n'a pas été maudit comme l'autre. Les femmes n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genre. Elles n'ont fait ni l'_Iliade_, ni l'_Énéide_, ni la _Jérusalem délivrée_, ni _Phèdre_, ni _Athalie_, ni _Rodogune_, ni le _Misanthrope_, ni le Panthéon, ni la _Vénus de Médicis_, ni l'_Apollon_, ni le _Perse_. Elles n'ont inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni le métier à bas: mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela. C'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde: un honnête homme et une honnête femme.»
Il y a un mot de Napoléon Ier, non moins remarquable dans sa brièveté que l'est dans son étendue le morceau précédent: «L'avenir des enfants est l'ouvrage des mères.»
Buffon avait exprimé la même idée en ces termes dans une de ses lettres dont le recueil a été publié, il y a quelques années: «C'est la mère qui transmettra aux fils les qualités de l'esprit et du cœur.»
Je citerai encore quelques phrases de l'abbé F. de Lamennais, qui reviennent à notre proverbe: «Plus sûr que le raisonnement, un infaillible instinct préserve la femme des erreurs fatales auxquelles l'homme se laisse entraîner par l'orgueil de l'esprit et de la science. Tandis que la vaine et débile raison de l'homme ébranle aveuglément les bases de l'ordre et de l'intelligence même, la femme, éclairée d'une lumière et plus intime et plus immédiate, les défend contre lui, conserve dans l'humanité les croyances par lesquelles elle subsiste; elle en est, au milieu de la confusion des idées et des révolutions, la gardienne pieuse et incorruptible.»--«Les vérités, les lois morales, non-seulement perdraient leur autorité sur la terre, mais, altérée par mille conceptions fausses, la nature même s'en éteindrait, si, doublement mère, la femme, dès le berceau, n'initiait l'enfant à ces sacrés mystères, si elle ne déposait en lui l'impérissable germe de la foi qui le sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.»--«Les semences primordiales du vrai et du beau, les sentiments profonds qui décident de l'existence entière, les hommes les doivent à la femme; c'est elle qui les fait ce qu'ils sont.»
Sans les femmes les deux extrémités de la vie seraient sans secours et le milieu sans plaisir.
Il faut laisser à chacun le soin de développer dans son propre cœur cette vérité proverbiale qui résume si bien les obligations dont l'homme, à chaque phase de son existence, est redevable à la femme considérée comme mère, comme épouse, comme amante, comme amie; car l'esprit ne saurait analyser tant de témoignages ineffables de tendresse, de dévouement et d'abnégation, qu'elle ne cesse de nous prodiguer depuis le berceau jusqu'à la tombe; et le cœur, qui les a reçus, qui en a gardé l'impression dans toutes ses fibres, peut seul les reproduire en ses suaves réminiscences. Je me contenterai de citer les vers suivants que le cœur de Ducis lui inspirait dans son _Épître à ma femme_:
O sexe fait pour la tendresse! La douleur vous vend vos enfants; Vous veillez sur nos pas naissants; De vous l'homme a besoin sans cesse! Par vous nous vivons au berceau, Par vous nous marchons au tombeau Sans voir la mort et sans tristesse. Du ciel la profonde sagesse Fit de vous notre enchantement, Notre trésor le plus charmant, Notre plus chère et douce ivresse, Et nos amis les plus constants, Le transport de notre jeunesse, Le calme de notre vieillesse, Notre bonheur dans tous les temps.
Les femmes ont l'œil américain.
_Avoir l'œil américain_, c'est regarder de côté tout en paraissant ne regarder que devant soi, comme font les sauvages d'Amérique, lesquels, ayant le sens de la vue très-développé, peuvent apercevoir distinctement ce qui se passe à droite et à gauche, sans tourner la tête. Les femmes européennes, en général, sont douées de cette faculté visuelle dont l'exercice ne dérange en rien l'immobilité qu'elles savent donner à leur visage en certaines occasions où elles voient tant de choses en regardant ailleurs. «Il est juste, dit Mme de Genlis, que la nature ait accordé un tel privilége à celles qui ne doivent jamais avoir un regard assuré, ou du moins fixe, et qui sont si souvent obligées de baisser les yeux et de les détourner. (Nouveaux Contes moraux: _le Malencontreux_.)
Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs.
On sait que le comte de Guibert a placé ce vers heureux dans sa tragédie du _Connétable de Bourbon_ où le premier hémistiche est dit par Adélaïde et le second par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point inventé; il l'a trouvé tout fait dans le recueil des proverbes usités en Provence. Voici le texte patois qui correspond mot pour mot et métriquement au français:
_Leïs homés fan leïs leis, leïs frémos fan leïs murs._
On a établi, entre les lois et les mœurs, cette différence essentielle que les lois règlent plus les actions du citoyen et les mœurs règlent plus les actions de l'homme. D'après cela, on peut conclure avec raison que l'influence des femmes est d'une importance qui la rend supérieure à celle des législateurs: car avec des mœurs on pourrait se passer de lois, et avec des lois on ne pourrait se passer de mœurs.
«A quoi servent des lois, inutiles sans les mœurs?» s'écriait Horace:
_Quid leges sine moribus Vanæ proficiunt?_
(Lib. III, od. 24.)
Tant que les femmes ont fait les mœurs, les femmes ont été respectées. Ce n'est qu'en les défaisant, ce qui leur est arrivé quelquefois, qu'elles ont cessé de l'être. L'histoire nous apprend que c'est à des époques sans mœurs qu'ont été imaginées et mises en circulation ces formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts avec une certaine vérité, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles soient presque toujours fausses parce qu'elles sont trop généralisées.
Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines.
C'est-à-dire qu'elles restent dans le rôle qui leur est assigné par la nature; car, en voulant en prendre un autre pour lequel elles ne sont point faites, elles ne peuvent s'attirer que des désagréments et des malheurs.--Proverbe qui paraît avoir été formulé, au moyen âge, d'après ce passage de Plutarque: «Alexandre, ayant défait Darius, envoya plusieurs beaux présents à sa mère; mais il demanda qu'elle ne se mêlât pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprît point l'état de capitaine.»
Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale ce proverbe. Les dames françaises, à diverses époques, affichèrent réellement des prétentions militaires, non-seulement dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus agréable que d'imiter les Marphise et les Bradamante.--Plusieurs histoires, notamment les _Antiquités de Paris_, par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses investies du commandement de certaines places fortes. Cette manie, à laquelle contribua beaucoup sans doute la lecture des romans chevaleresques, prit un nouveau développement dans le seizième siècle, lorsque l'imprimerie eut multiplié les exemplaires de plusieurs de ces livres par les soins de François Ier, qui les jugeait propres à favoriser le projet qu'il avait conçu de faire revivre l'ancienne chevalerie dans une seconde chevalerie de sa façon.