Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage
Part 5
Les dames romaines avaient pour Isis, ou plutôt pour Fauna, leur divinité spéciale, qu'elles appelaient _la Bonne Déesse_, un culte fervent et plein de mystères que les érudits n'ont pas su bien éclaircir. Elles en célébraient solennellement la fête avec les Vestales dans la maison du consul ou du préteur, sous la présidence de la femme de ce magistrat, lequel était obligé de rester absent de chez lui pendant la durée de cette fête, car aucun homme ne pouvait y être admis. L'année où Pompéia, troisième épouse de J. César, se trouva investie de cet important ministère, Clodius, ce lovelace romain, qui était d'intelligence avec elle, à ce qu'on suppose, voulut la voir dans l'appareil de ses fonctions pontificales, et il se glissa déguisé en joueuse d'instruments parmi les dévotes qui se rendaient à la cérémonie. Une esclave, nommée Abra par Plutarque, et Séprulla par Cicéron, avait été mise dans la confidence. Elle le cacha et lui promit de lui amener sa maîtresse. Mais, retenue auprès d'Aurélia, mère de César, cette esclave le fit tant attendre que, perdant patience, il sortit de sa cachette pour l'appeler et fut reconnu: afin d'éviter les regards qui se portaient sur sa personne, il se hâta de revenir sur ses pas, espérant que la chose n'aurait pas de suites. Cependant les matrones, averties, le cherchèrent de chambre en chambre, et finirent par le découvrir sous le lit d'Abra ou de Séprulla. Leur fureur était à son comble. Elles ne lui épargnèrent ni les injures ni les coups, et elles auraient sans doute poussé la vengeance aux excès les plus terribles s'il n'eût eu le bonheur de s'y soustraire en gagnant par la fuite le dehors de la maison.
Cette aventure scandaleuse souleva contre lui l'indignation générale. Il fut mis en jugement comme sacrilége, et, quoique son crime fût attesté par les dépositions les plus irrécusables, les juges, qu'il parvint à corrompre, le déclarèrent absous. César, appelé en témoignage dans le procès, ne voulut ni inculper ni disculper Pompéia, qu'il s'était contenté de répudier. Il dit qu'il ne savait rien, attendu qu'un mari était toujours le moins instruit en pareil cas, et comme on lui demanda pourquoi il l'avait renvoyée, il ajouta que _la femme de César ne devait pas même être l'objet d'un soupçon_. Apophthegme passé en proverbe pour signifier qu'il ne suffit pas que la conduite d'une femme soit irréprochable, qu'il faut aussi qu'elle soit crue telle.
Il ne faut prêter ni son épée, ni son chien, ni sa femme.
La noblesse française avait jadis deux occupations importantes, la guerre et la chasse, et toujours elle se montrait sous le costume du guerrier ou celui du chasseur. Ainsi tout bon gentilhomme devait être inséparable de son épée et de son chien ou de son faucon, qu'il regardait comme des attributs de sa dignité. Il lui était défendu par des capitulaires de nos rois de s'en dessaisir, et même de les donner pour prix de sa rançon, s'il venait à être fait prisonnier, défense provenue sans doute par suite de l'opinion qui notait d'infamie celui qui serait revenu du combat sans ses armes. Quoi qu'il en soit, il attachait son honneur à ces objets comme à sa femme, et c'est à cette raison qu'il faut rapporter l'origine du proverbe.
Il ne faut montrer ni sa bourse ni sa femme.
C'est-à-dire qu'il ne faut pas exposer par ostentation aux regards des autres certains objets qu'on veut garder pour soi, attendu qu'une telle exhibition, n'étant propre qu'à exciter leur envie, peut avoir une foule d'inconvénients pour celui qui la fait. Ce proverbe est une variante de cet autre cité par Franklin: _Celui qui montre trop souvent sa femme et sa bourse s'expose à ce qu'on les lui emprunte._
La femme est la moitié de l'homme.
L'homme et la femme seraient incomplets l'un sans l'autre. Chacun d'eux ne forme qu'une moitié de l'être humain, dont l'intégralité ne peut résulter que de leur intime union. C'est une vérité morale aussi vieille que le monde et universellement répandue. Elle remonte à notre premier père, s'écriant, dans la joie de son cœur, à la vue de l'aimable compagne que Dieu lui présentait: «Voilà l'os de mes os, et la chair de ma chair. Elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, parce qu'elle a été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme; et ils seront deux dans une seule chair.» (_Genèse_, ch. II, v. 23-24.)
Les Védas disent que _l'épouse est la moitié du corps de l'époux_ et considèrent le mariage comme supprimant la dualité de l'un et de l'autre pour les confondre dans une parfaite unité. Cet état a été fort bien figuré par le _lingam_ primitif ou l'_yoni lingam_ de la théorie hindoue, et par d'autres symboles analogues qu'il ne me paraît pas convenable d'expliquer ici, ni même de désigner nominativement.
Le plus ingénieux de tous, sans contredit, est celui qu'on trouve dans le _Sympose_ ou _Banquet_ de Platon. Suivant ce philosophe, l'homme et la femme ne faisaient originairement qu'une même personne qu'il nomme _androgyne_ (homme-femme). Cette créature bissexuelle était si parfaite et si heureuse qu'elle excita la jalousie des dieux et des déesses. Par leur ordre, Apollon la divisa en deux corps, et Mercure arrangea dans ces corps les formes extérieures de leur individualité qui avaient été un peu endommagées pendant l'opération du dédoublement. Depuis lors, les moitiés disjointes ont une tendance invincible à se rapprocher pour constituer l'androgyne. On les voit partout y travailler de toute leur ardeur et de tous leurs efforts. Mais, hélas! elles ne sauraient y parvenir, à moins d'un très-grand miracle. Tristes jouets d'une continuelle méprise, elles sont à peu près comme ces enfants, changés en nourrice, qui prennent une parenté de hasard à la place de la parenté de nature. Des moitiés étrangères viennent presque toujours se substituer à celles qui furent créées l'une pour l'autre. Le sort ennemi, afin d'empêcher ces dernières de se rejoindre, ne leur permet pas de se reconnaître, les fait errer comme ces ombres de Dante, qui vont sans jamais s'arrêter, et les tient souvent séparées par des distances incommensurables. De là l'excessive rareté des bonnes unions et l'innombrable quantité des mauvaises.
N'oubliez pas cette allégorie, ô vous, pauvres êtres dédoublés, qui aspirez à ressaisir cette portion de vous-mêmes dont l'absence vous condamne à gémir, et surtout ne vous imaginez pas que vous pourrez la retrouver à Paris. Il vaudrait peut-être mieux l'aller chercher aux antipodes.
Femme (ou dame) qui moult se mire peu file.
Une femme qui met beaucoup de temps à sa toilette en emploie fort peu aux occupations du ménage. Les Espagnols disent: _La mujer, cuanto mas mira la cara, tanto mas destruye la casa_, ce qui est rendu exactement par cet ancien jeu de mot proverbial:
Plus la femme mire sa mine, Plus sa maison elle mine.
Il fut un temps où la principale occupation des dames était de filer. De vieux portraits les représentent avec une quenouille attachée sur le sein du côté gauche, et avec un miroir suspendu à leur ceinture du côté droit. Elles ne quittaient guère ces deux attributs; ils étaient, pour ainsi dire, les pièces essentielles de leur costume. Mais l'un faisait tort à l'autre, et celui du travail devait être fréquemment négligé pour celui de la coquetterie. Le dernier finit par l'emporter. Les dames cessèrent de filer et se mirèrent tout à leur aise.
Jean de Caurres, auteur du seizième siècle, dit dans ses _Œuvres morales_ que les courtisanes et _damoiselles masquées_[4] de son temps portaient le miroir sur le ventre: «O bon Dieu! hélas! s'écrie-t-il, en quel malheureux règne sommes-nous tombés de voir une telle dépravation sur la terre, que nous voyons jusques à porter en l'église les miroirs de macule pendants sur le ventre.» Il ajoute qu'un pareil usage tendait à devenir général: «Si est-ce qu'avec le temps il n'y aura bourgeoise ne chambrière qui par accoutumance n'en veuille porter.» Cependant cet usage ne s'est pas conservé. Le beau sexe l'a jugé inutile depuis que les moindres appartements ont été ornés de trumeaux et de glaces où il peut se mirer et s'admirer de la tête aux pieds.
[4] On appelait _damoiselles masquées_ certaines dames qui, voulant courir les aventures galantes sans être reconnues, se couvraient le visage d'un masque de velours auquel on donna le nom de _loup_, dérivé, non de _lupus_, mais de _lobus_, cosse.
La femme perd l'homme.
Salomon assimile l'homme entraîné par la femme qui l'a séduit au taureau mené comme une victime au sacrifice: _Eam sequitur quasi bos ad victimam._ (Prov., VII, 22.)
Saint Cyprien dit que les femmes sont des démons qui font entrer les hommes en enfer par la porte du paradis.
Suivant un proverbe oriental: _Il faut craindre l'amour d'une femme plus que la colère d'un homme._
On lit dans le _Furetériana_ le résumé suivant des principales accusations des hommes contre les femmes: «Que de maux elles ont causés dans le monde! Adam en a été séduit, Samson dompté. La sainteté de David en a été troublée, Salomon en a perdu la sagesse. Ce fut une femme qui fit renoncer saint Pierre à Notre-Seigneur. Elle fit plus d'effet sur l'esprit de Job que le diable, qui ne put l'ébranler. Le poëte Codrus disait que le ciel ne contenait pas tant d'étoiles ni la mer tant de poissons que la femme a de fourberies cachées dans son cœur. Barthole disait que toutes les femmes sont mauvaises, et qu'il n'est pas besoin de faire des lois pour les bonnes femmes, parce qu'il n'y en a point. Hippocrate nous assure que la malice est naturelle à la femme. L'auteur de l'_Ecclésiastique_, aussi illustre en sagesse parmi les Hébreux que Thalès en philosophie entre les Grecs, nous a laissé par écrit que la source du péché nous est venue de la femme; qu'il vaudrait mieux demeurer avec un lion ou avec un dragon qu'avec une mauvaise femme (ch. XXV) et même que les crimes des hommes sont plus supportables que les bienfaits des femmes: _Melior est iniquitas viri quam mulier benefaciens_ (ch. XLII). Entre toutes les bêtes sauvages, dit saint Chrysostome, il n'y en a point qui soit plus dangereuse que la femme. Pandore répandit toute sorte de maux sur la terre; Hélène causa la mort de tant de milliers d'hommes; Déjanire fit mourir Hercule son mari, un des plus fameux héros qui aient jamais été; les Danaïdes et les filles d'Egyptus tuèrent leurs maris en une nuit. Salomon dit qu'il a trouvé la femme plus amère que la mort. De mille hommes, ajoute-t-il, il ne s'en trouve qu'un de bon; mais, parmi toutes les femmes, il n'y en a pas une de bonne. (_Ecclésiaste_, ch. VII.) Les chrétiens leur ont ôté le maniement de l'Église, les philosophes ne les ont pas voulu admettre dans la philosophie, les jurisconsultes leur ont défendu le barreau, les mahométans les ont exclues du paradis et les ont mises au rang des esclaves. Il serait cependant agréable de chanter les louanges de Dieu, de philosopher, de plaider, d'être en paradis avec des femmes. Il faut bien qu'il y ait de leur faute à tout cela.»
Oui, sans doute, il y a de leur faute; mais il y a beaucoup plus de celle des hommes, qui sont presque toujours injustes, ingrats et tyranniques envers elles, qui leur aigrissent et leur faussent le caractère, qui les forcent à recourir à la ruse, à la dissimulation et à la vengeance. Aussi ont-elles raison de retourner contre eux le proverbe, en disant: _L'homme perd la femme._ Il la perd par son indifférence, par son égoïsme, par sa défiance, par ses calomnies, par ses outrages, enfin par une foule d'erreurs, d'inconséquences et de torts de sa conduite anticonjugale. Ce n'est pas tout: non-seulement il la perd, en ne l'aimant pas comme il devrait l'aimer; il la perd encore en l'aimant d'une manière déraisonnable; car il arrive ordinairement que plus un mari aime sa femme, plus il augmente les travers qu'elle peut avoir; tandis que, au contraire, plus une femme aime son mari, plus elle le corrige de ses défauts.
Je ne prétends pas m'ériger en apologiste enthousiaste de la femme, ni rehausser son mérite en rabaissant celui de l'homme. Je conviens qu'elle a aussi de nombreux défauts qui déparent ses qualités; mais je crois qu'en général ses qualités lui appartiennent en propre et que ses défauts lui viennent de nous. Il en est d'elle comme de ce rosier qui croît sans épines, sur le sommet des hautes Alpes, et qui se hérisse de pointes acérées quand il est cultivé dans nos jardins. En la faisant descendre de la région élevée où elle se développerait sous de célestes influences, en la plaçant dans un mauvais milieu, où elle est privée de l'air pur dont elle a besoin; en lui donnant une culture trop artificielle, et souvent en opposition avec ses aptitudes natives, nous abâtardissons cette belle créature de Dieu, nous la rendons différente d'elle-même, nous la transformons en un nouvel être presque entièrement factice, tant nous sommes habiles à contrarier les facultés de sa nature et à les vicier par le mélange de quelque élément de dégénération qui les fait tourner à mal et produit des effets pernicieux, de même qu'une certaine malignité de séve dans le rosier transplanté rend sa floraison épineuse.
Ne nous en prenons donc qu'à nous si la femme a tant d'imperfections, et n'ayons pas la sottise de les lui reprocher, au moins celles qu'elle a contractées par notre faute. Il serait meilleur et plus juste de chercher le bon moyen de l'en corriger, en commençant par nous corriger nous-mêmes des vices qui les lui ont communiquées. Les deux sexes n'ont pas été créés et ils ne s'unissent pas pour vivre en état de guerre permanente. Leur serait-il impossible de terminer ou de rendre moins dures des hostilités incompatibles avec le repos et la moralité de tous deux?
Ah! si le mariage pouvait être ramené à cette confiance réciproque, à cette entente cordiale, à cet échange délicieux de pensées et de sentiments dont l'absence n'y laisse place qu'aux amertumes et aux déceptions, combien cet état contribuerait à l'amélioration et au bonheur de l'homme et de la femme! il est évident qu'il les rendrait meilleurs, puisqu'ils y seraient affranchis des passions qui les pervertissent, et plus heureux, parce qu'ils y jouiraient avec une sécurité inaltérable de toutes les délices que pourrait leur donner un amour épuré et devenu pour eux une vertu.
Qui décrira la suprême félicité de deux époux également animés du double zèle de l'amour et du devoir, de l'amour qui fortifie le devoir, et du devoir qui purifie l'amour!... Que de secrets merveilleux, de dons célestes, la femme trouverait dans le fonds inépuisable de sa tendresse plus délicate, plus ingénieuse, plus pénétrante que celle de l'homme, pour le réjouir et l'enivrer de plus en plus! Elle lui donnerait un nouveau paradis qui vaudrait bien celui qu'il l'accuse de lui avoir fait perdre.
Mais pourquoi parler d'une chose impossible à réaliser? Le diable a flétri cette prime fleur de nature qu'eut la femme dans l'Éden, et l'on chercherait en vain à lui rendre son parfum et sa fraîcheur. Elle s'est desséchée sous la mauvaise culture de l'homme. Il n'y a déjà plus dans sa séve de vertu qui puisse la régénérer. Elle ressemble à l'arbre aux fruits amers dont parle le grand poëte persan Ferdouci: «On aurait beau planter cet arbre en paradis, l'arroser avec l'eau du fleuve de l'éternité, humecter ses racines du miel le plus doux, il conserverait toujours sa nature et ne cesserait de porter des fruits amers.»
J'abandonne cette thèse chimérique et je reviens au but que je me suis proposé dans cet article. Il a été de démontrer l'injustice des reproches que les hommes adressent aux femmes. Je crois avoir opéré cette démonstration. Il ne me reste qu'à y joindre un corollaire: c'est que toutes ces sottes accusations, à l'appui desquelles ils citent la fable et l'histoire, sont inadmissibles au tribunal de la raison. La fable ne prouve rien, et l'histoire prouve, au contraire, que les femmes ont toujours fait moins de mal que les hommes.
Une maîtresse est reine, une femme est esclave.
Avis aux belles qui se flattent que l'Hymen leur laissera la royauté qu'elles ont reçue de l'Amour, sans penser que l'Hymen et l'Amour sont deux frères ennemis, et que l'Hymen n'est pas solidaire des engagements de l'Amour.
Les vers suivants de Corneille, dans la tragédie de _Polyeucte_ (act. Ier, sc. III), offrent l'explication de ce proverbe, qui forme lui-même un vers heureux:
Lorsqu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent en reines; Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour.
On a fait cette remarque de linguistique assez curieuse, c'est que l'homme dit toujours _ma maîtresse_ pour désigner celle qu'il aime, et que la femme ne donne jamais le nom de _maître_ à son amant. Elle sent bien qu'en pareil cas le nom paraîtrait dérisoire, et elle le réserve pour son mari, lors même qu'elle tient celui-ci sous sa domination absolue.
Une femme et un almanach ne valent que pour une année.
Une femme avait un mari qui passait tout son temps dans sa bibliothèque; elle alla l'y trouver un jour, et lui dit: «Monsieur, je voudrais bien être un livre.--Pourquoi donc, madame?--Parce que vous êtes toujours après.--Je le voudrais bien aussi, répliqua-t-il, pourvu que ce fût un almanach dont on change chaque année.» C'est de cette répartie maritale que les parémiographes font dériver le proverbe. Pour moi, je crois qu'il a dû son origine à un usage historique d'après lequel les contrats matrimoniaux ont pu être naturellement assimilés aux almanachs. Cet usage, provenu sans doute de la polygamie autrefois fort commune chez les Celtes, permettait de changer de femme. Le fait était assez fréquent en Champagne dans le neuvième siècle. Il y fut prohibé par le concile tenu à Troyes, en 878; mais l'autorité ecclésiastique ne parvint pas à le faire cesser entièrement, ni en cette province ni en d'autres, où il se maintint sous la protection de certain droit coutumier. C'est au pays basque surtout que se pratiquait cette espèce de mariage temporaire, comme nous l'apprend Jean d'Arérac dans son livre intitulé _Pandectes ou Digestes du droit romain en français_ (ch. VI de la loy _De quibus_). La même chose avait lieu dans les Hébrides et autres îles (_Martin's Hebrides_, etc.). Elle existait encore, dans le pays de Galles, à la fin du siècle dernier, si l'on en croit un article du _Moniteur_ de l'an IX. On lit dans cet article: «Chez les Gallois, on distingue deux sortes de mariages: le grand et le petit. Le petit n'est autre chose qu'un essai que les futurs font l'un de l'autre. Si cet essai répond à leurs espérances, les parents sont pris à témoin du désir que forment les candidats de s'épouser. Si l'essai ne répond pas à l'idée qu'ils en avaient conçue, les époux se séparent, et la jeune fille n'en éprouve pas plus de difficultés pour trouver un mari.»
On sait que Platon, dans sa _République_, substituait aux mariages des unions temporaires.
Qui sa femme n'honore, Lui-même se déshonore.
Il faut avoir pour sa femme une tendresse décente et respectueuse, une considération bienveillante et soutenue; car l'honneur d'une femme est, en grande partie, l'ouvrage de son mari; et celui qui, violant ces devoirs, fait déchoir la sienne du rang moral qu'elle doit occuper, se flétrit et se dégrade lui-même.
On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité: _C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid._
On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier moment, et sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion.
Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a tirée des médisances et des calomnies auxquelles la conduite des femmes a été de tout temps exposée. S'il fallait en croire leurs détracteurs, il serait difficile d'en trouver une seule qui laissât échapper l'occasion favorable d'être infidèle. C'est une accusation odieuse qui se réfute par son exagération même, et les femmes ne la méritent peut-être pas autant que les hommes. Mais ceux-ci se sont réservé le privilége exclusif de n'imputer qu'à elles seules les trahisons conjugales dont ils leur donnent souvent l'exemple, et dont, en bonne justice, ils devraient être responsables. S'ils espèrent gagner quelque chose à cela, qu'ils se détrompent, et qu'ils sachent bien qu'à force de leur reprocher d'être trompeuses ils les portent à devenir telles: car, en leur répétant sans cesse qu'ils les croient incapables de garder la foi promise, ils ne sauraient réussir à la leur rendre plus sacrée. Se figureraient-ils, par hasard, qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure perte, à l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient pas sans être accusées de le violer? Ou bien se flatteraient-ils qu'elles voudront y tenir par un prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils leur supposent? Il est plus que probable qu'elles ne prendront pas des peines inutiles pour les démentir, et qu'elles trouveront plus commode et plus agréable de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le méritent. La dépense en étant déjà faite, comme on dit, elles n'ont plus rien à ménager.
Voilà le résultat ordinaire de la mauvaise opinion que les hommes se font de la fidélité des femmes. Il est moins au détriment de ces dames qu'à celui de ces messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre elles sont des armes perfides qui leur tournent dans la main et les blessent eux-mêmes, et, s'ils étaient mieux avisés, ils ne les emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur guerroyante contre le sexe n'est pas de bon ton, et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y livrent. Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les maris encore mieux de s'en défaire. En agissant ainsi, les premiers se donneront un aimable relief de politesse et de galanterie qui leur attirera quelque regard sympathique des belles, et les seconds éviteront de mettre le comble au malheur de leur situation par un odieux ridicule: car le monde est toujours prêt à soupçonner qu'un mari qui dénigre les femmes doit être fort mécontent de la sienne, et qu'il tire secrètement de l'infidélité de celle-ci, par une conclusion du particulier au général, les arguments dont il se sert pour nier la vertu de toutes les autres. Il a beau retrancher la trahison qu'il éprouve du nombre infini des trahisons dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous les sots derrière lesquels il se cache, et ses accusations ne paraissent que des vengeances de Sganarelle.
La femme a été faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.
C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens: _Non est creatus vir propter mulierem, sed mulier propter virum_ (XI, 9), et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme doit être soumise à l'autorité de son mari. Mais l'apôtre n'a point entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu'il a dit aussi, au chapitre VII de la même épître, que, si la femme appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous deux ont des devoirs à remplir l'un envers l'autre.