Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage

Part 21

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«Un homme déclamait l'autre jour contre le mariage, et s'écriait: Voyez ce que c'est que le mariage; songez que le bon Dieu a été obligé d'en ôter le péché mortel. Il a donc mis en équilibre dans la balance l'enfer et le mariage; encore l'enfer a paru plus léger.» (L'abbé Galiani.)

Cette comparaison entre l'enfer et le mariage a beaucoup plu aux écrivains de la fin du moyen âge, qui se sont ingéniés à le reproduire sous des formes diverses dans une foule d'épigrammes plus ou moins plaisantes. En voici une d'Owen fondée sur ce que, en latin, le mot _uxor_ (épouse), où la lettre _x_ est, comme on sait, l'équivalent des lettres _c_ et _s_, offre l'anagramme du mot _orcus_ (enfer).

_Quisquis in uxorem cecidit descendit in Orcum; Rite inversa sonant _ucsor_ et _orcus_ idem._

Ce qui signifie, en rendant le sens et non l'expression, qui est intraduisible en français: «Quiconque est tombé dans le piége conjugal est tombé dans l'enfer, car épouse et enfer sont la même chose.»

C'est bien là certainement un de ces traits qui constituent ce que les Romains appelaient _nugæ difficiles_; et, quand on considère l'exercice laborieux, le grand effort d'imaginative auquel a dû se livrer l'épigrammatiste pour produire un résultat si saugrenu, on est tenté de lui adresser cette apostrophe originale du fin railleur maître François: «O Jupiter, vous en suâtes d'ahan, et de votre sueur tombant en terre naquirent les choux cabus.»

Il n'y a point de mariage dans le paradis.

Allusion à divers passages de plusieurs Pères de l'Église, qui regardaient le mariage comme moins propre que le célibat à la sanctification, et disaient que, si «noces remplissent la terre, la virginité remplit le ciel.» _Nuptiæ replent terram, virginitas replet paradisum._ (S. Hieronim., lib. I., _in Jovinien_.) Ce qui a donné lieu à Pascal de placer le mariage dans les _basses conditions du christianisme_.

Owen a tiré du mot de saint Jérôme ce distique épigrammatique:

_Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla; Conjugia in terris plurima, nullus amor._

Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la terre il y a beaucoup de mariages et point d'amour.

On demandait au poëte anglais Prior pourquoi il n'y avait point de mariage dans le paradis. «C'est, répondit-il, parce qu'il n'y a point de paradis dans le mariage.»

Le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs.

Proverbe pris du premier article du _Code d'amour_: «_Causa conjugii ab amore non est excusatio recta._ Le mariage n'est pas une excuse légitime contre l'amour.» C'est-à-dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se dispenser d'avoir une maîtresse ou un amant, sous prétexte qu'on a une épouse ou un mari. C'est l'expression des mœurs qui régnaient à l'époque des troubadours. Ces poëtes avaient érigé l'amour en devoir: ils le proclamaient comme plus obligatoire que le mariage et comme ne pouvant exister que hors du mariage. Cet amour, purement platonique dans le principe, cessa bientôt de l'être et donna lieu à un usage immoral assez répandu chez les hauts personnages, d'avoir à la fois une épouse et une concubine, l'une pour la souche et l'autre pour la couche.

André le Chapelain nous a conservé la décision curieuse d'une cour d'amour présidée par la comtesse de Champagne, sur la question qui lui avait été soumise: «_Utrum inter conjugatos amor possit habere locum?_ L'amour peut-il exister entre personnes mariées?» Voici cette décision: «Nous disons et assurons par la teneur des présentes que l'amour ne peut étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans être contraints par aucun motif de nécessité; tandis que les époux sont tenus par devoir de subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns aux autres... Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême prudence (_cum nimia moderatione prolatum_) et d'après l'avis d'un grand nombre de dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé, l'an 1174, le 3 des calendes de mai.»

Jeune fille avec jeune fieu C'est mariage du bon Dieu.

Mariage assorti comme celui par lequel Dieu unit Adam et Ève dans le paradis terrestre. On sait que _fieu_ est un vieux mot qui veut dire fils ou garçon.

Homme vieux avec jeune femme Mariage de Notre-Dame.

Mariage semblable à celui de la Sainte Vierge avec saint Joseph, qui était, à ce qu'on croit, d'un âge avancé. Ce proverbe s'adresse à une jeune innocente soit pour lui conseiller, soit pour la consoler de s'unir à un vieux mari.

Vieille femme et jeune garçon C'est mariage du démon.

Mariage où le démon seul peut trouver son compte. Il n'est pas besoin de faire observer que c'est la vieille femme qui, dans ce proverbe, est signalée comme le démon lui-même.

Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle.

Ce proverbe, où la glose est jointe au texte, a tiré son origine de la fauconnerie. Il s'emploie en parlant d'un couple conjugal dans lequel la femme est supérieure au mari, parce que la femelle de l'épervier l'emporte sur le mâle en force et en grosseur. Ce phénomène existe généralement chez les oiseaux de proie.

Les Anglais ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens: «_The grey mare is the better horse._ La jument grise est le meilleur cheval.»

Mariage de Jean des vignes; tant tenu, tant payé.

Conjonction matrimoniale qui, n'étant sanctionnée ni par la loi civile, ni par la loi religieuse, est sujette à se rompre aussitôt qu'elle est formée. _Jean des Vignes_ est une altération de _Gens des Vignes_, et l'expression rappelle ces unions illicites qui se font entre les vendangeurs et les vendangeuses de diverses localités, et qui ne durent que le temps de la vendange.

C'est à peu près ce qu'on a nommé _mariage du treizième arrondissement_, mariage fait sans M. le maire et sans M. le curé, personnages inconnus dans ce treizième arrondissement ajouté fictivement, comme on sait, aux douze dont se composait la ville de Paris avant l'annexion des communes suburbaines.

Il faut rapprocher de ces deux expressions proverbiales la vieille maxime de droit coutumier:

_Boire, manger, coucher ensemble, C'est mariage, ce me semble._

Le savant auteur de la _Symbolique du droit_, M. Chassan, rapportant cette maxime, l'explique ainsi: «Il ne faut pas la prendre à la lettre, en ce sens qu'il suffirait à une femme de passer la nuit avec un homme pour se dire mariée. Elle est relative à l'exécution du mariage qui couvre les irrégularités de la célébration. Aussi Loisel a-t-il eu soin d'ajouter: _Mais il faut que l'Église y passe_ (_Inst._, liv. I, tit. II, règle 6). Ainsi entendue, la maxime peut encore aujourd'hui recevoir son application.»

Mariage de bohêmes.

C'est encore une variété matrimoniale plus curieuse que celles dont il est question dans l'article précédent. Voici en quoi elle consiste: lorsque les bohêmes, c'est-à-dire ces aventuriers basanés qui courent le pays en volant les poules et disant la bonne aventure, veulent marier un garçon et une fille de leur caste, ils les conduisent dans un vallon retiré qu'ils nomment le _vallon des fiançailles_, et là, pour toute cérémonie, les deux futurs prennent entre leurs mains un pot de grès qu'ils jettent contre terre, après avoir déclaré qu'ils consentent à vivre comme mari et femme autant d'années que la fracture du pot produira de morceaux; ensuite ils ramassent les tessons, dont ils constatent le nombre, et dès lors les voilà complétement unis jusqu'au dernier jour de ce mariage temporaire. Ce terme expiré, ils sont libres de se séparer, de convoler ailleurs ou de renouveler leur premier engagement. Mais on assure qu'il y en a très-peu qui prennent ce dernier parti, et qu'en le prenant ils s'arrangent de manière à ne pas être obligés trop longtemps de _payer les pots cassés_.

Un bon mariage est difficile à faire, même en peinture.

C'est ce que dit un jour un plaisant qui regardait les _Sept Sacrements_ de Nicolas Poussin, quand il en vint à examiner le tableau du _Mariage_, plus faible que les autres, et le mot passa en proverbe.

Mais pourquoi un bon mariage est-il si difficile à faire?--Il faudrait, pour le dire, exposer tant de raisons, rappeler tant de faits, entrer dans tant de détails, que je serais obligé d'ajouter un second tome à ce petit livre, ce qui serait fort déplaisant pour les lecteurs qui auraient été tentés d'y jeter un coup d'œil par curiosité, dans leurs moments perdus. Qu'on me permette donc de ne pas traiter la question. Si l'on désire en avoir au long la réponse, qu'on interroge certains mal-mariés, qui sont assez disposés à faire le récit de leurs infortunes, ou bien qu'on examine avec quelle légèreté, quelle irréflexion, quelle imprévoyance, se forment les unions conjugales, surtout en France, où l'on se marie plus vite qu'en tout autre pays, soit par le désir de terminer sans retard cette affaire de pure spéculation, soit par l'effet de l'impatience qui compose en quelque sorte le fond du caractère français. Cet examen suffira pour faire comprendre combien il est difficile que les parties contractantes, qui s'accordent sans se connaître, ne soient pas en désaccord dès qu'elles se connaissent, et qu'après s'être prises pour ce qu'elles ne sont pas, elles n'en viennent point à se quitter pour ce qu'elles sont.

La spéculation matrimoniale est la principale source d'où découlent les malheurs des conjoints. Je citerai sur ce sujet quelques phrases détachées d'un article plein de bon sens et d'esprit publié dans le journal _le Siècle_, nº du 11 décembre 1859, par M. Edmond Texier, et les lecteurs m'en sauront gré.

«Les pères de famille, dit cet ingénieux écrivain, ont parlé à leurs enfants le langage de la raison. Ils leur ont dit que l'amour est un enfantillage, le sentiment une faiblesse, et ils ont inventé cette magnifique spéculation qui s'appelle le _mariage d'argent_. Le mariage d'argent a tellement réussi qu'on n'en voit point d'autre aujourd'hui. On n'épouse plus ni un cœur, ni un esprit, ni une femme. On se marie avec une dot, et c'est l'union des dots qui a créé le demi-monde. Ce monde-là a eu sa raison d'être le jour où le prêtre a béni les serments de deux coffres-forts. La beauté, la grâce, l'éducation, la vertu même, tout cela ne pèse pas une demi-once dans le plateau de la balance conjugale. Le mariage, tel qu'on le traite de nos jours, est le principal pourvoyeur de ces dames (les courtisanes). Le demi-monde pousse à l'ombre du mariage d'argent comme la mousse à l'ombre des grands arbres. Ceci a engendré cela. C'est sur le fumier du mariage d'argent qu'a poussé le champignon du demi-monde. C'est là, et non ailleurs, qu'il faut aller déterrer la comédie d'aujourd'hui.»

Un bon mariage répare tout.

«Le mariage, dit Bayle, fait rentrer au port de l'honneur, il y répare les vieilles brèches, il donne la qualité de légitimes à des enfants qui ne la possédaient pas. Je ne dis rien du voile épais dont il peut couvrir les nouvelles brèches, les fautes courantes et le péché quotidien.»

Ce proverbe s'applique particulièrement aux hommes et aux femmes que le résultat qu'il énonce vient absoudre des galanteries et des désordres de leur vie antérieure. Il sert quelquefois de devise aux dissipateurs qui continuent à faire des dettes en se flattant d'épouser quelque riche héritière dont la dot comblera leur déficit.

On dit aussi: _Le mariage est une planche après le naufrage_, pour exprimer les mêmes idées. Mais on a remarqué avec esprit et raison que s'il fait trouver un port dans la tempête, il peut également faire trouver une tempête dans le port.

La même année vit naître le mariage d'inclination et le repentir.

Les mariages d'inclination, surtout ceux qui se font entre des personnes de condition inégale et contre le gré des parents, offrent peu de chances d'être heureux. Ils peuvent bien aller pendant quelques jours, c'est-à-dire dans le temps fort court où la passion aveugle sous laquelle ils ont été contractés conserve toute sa force; mais à mesure qu'elle s'affaiblit, les écailles tombent des yeux des époux, et chacun aperçoit de tristes réalités, au lieu des séduisantes idéalités qu'il s'était formées; la femme gémit de n'être pas reçue chez les parents de son mari, et d'être privée par suite de la considération et de l'estime qu'elle se croit en droit d'exiger d'eux; le mari se trouve déplacé dans la famille de sa femme, et il lui reproche son peu de distinction. Le mari supporte difficilement les observations d'une belle-mère acariâtre et d'un beau-père intéressé; puis les défauts des conjoints, que la passion avait voilés, apparaissent dans leur désolante nudité. Les récriminations commencent de part et d'autre et deviennent plus amères par la contradiction. Ils se font des reproches mutuels; les parents de la femme prennent parti pour elle. Pour peu que l'aisance vienne à disparaître du ménage la discorde est à son comble. On pourrait, en présence de tous ces inconvénients, dire que rien n'est terrible dans le mariage comme le paupérisme et le _beaupérisme_.

Les meilleurs mariages se font entre pareils.

Cette maxime est attribuée par les anciens tantôt à Pittacus, tantôt à Cléobule, qui recommandaient tous deux de se marier selon sa condition. Le dernier disait pour raison: «Si vous épousez une femme d'une naissance plus relevée que la vôtre, vous aurez autant de maîtres qu'elle aura de parents;» vérité dont la démonstration a été donnée dans le _Dolopatos_, dans plusieurs fabliaux de nos trouvères, dans deux contes de Boccace, et dans le _Georges Dandin_ de Molière.

Le poëte Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'éloge qu'il en a fait dans son _Prométhée enchaîné_, scène VI: «Qu'il était sage, qu'il était sage, celui qui le premier conçut dans sa pensée, qui le premier fit entendre cette maxime au monde: _C'est entre égaux qu'il faut s'allier!_ C'est là qu'est le bonheur. Jamais d'hymen entre le riche fastueux, entre le noble fier de sa race et le pauvre artisan... L'hymen entre égaux n'offre point de péril, et n'a rien qui m'épouvante.»

Les Hébreux disent qu'_il faut descendre un degré pour prendre une femme, et en monter un pour faire un ami_, afin que celui-ci nous protége et que l'autre nous obéisse.

Les mariages sont écrits dans le ciel.

Ce proverbe, dont la signification est que les mariages sont souvent imprévus et semblent dépendre de la destinée plutôt que des calculs humains, figurait dans notre vieux droit coutumier en ces termes rapportés par Loisel: _Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre._ Il avait été primitivement consigné dans un de ces formulaires de pratique mis en rimes latines dans le huitième et le neuvième siècle. C'est de là probablement qu'il est passé chez les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal à celui qui serre le cou d'un pendu: «_Marriage and hanging go by destiny._ Mariage et pendaison vont au gré de la destinée.»

Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel, mais il est sûr qu'il y en a beaucoup sur lesquels le diable a de bonnes hypothèques.

On connaît ce mot d'une donzelle dépitée de voir les épouseurs échapper à ses galanteries: «Vous verrez que si les mariages sont écrits dans le ciel, le mien se trouvera au dernier feuillet.» Une autre, après la mort de son père, qui avait toujours refusé de la marier, quoiqu'elle en eût grande envie, s'écriait: «Dieu veuille que mon père ne voie point là-haut le registre où mon mariage est inscrit! il serait capable de déchirer la page.»

Année de noisettes, année de mariages.

Ou bien _année d'enfants_. Voici l'explication que j'ai donnée dans mes _Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français et sur le langage proverbial_.--Le fruit que la noisette renferme sous une double enveloppe a été regardé comme l'image de l'enfant dans le sein de sa mère, et l'on a conclu de cette similitude que les années abondantes en noisettes devaient l'être aussi en mariages ou en enfants. C'est de ce préjugé fort ancien, et non, comme on pourrait le croire, des rendez-vous donnés sous la _coudrette_ ou la coudraie, qu'est né le dicton usité parmi les gens de la campagne et rappelé par A.-A. Monteil dans la phrase suivante de l'_Histoire des Français des divers États_ (seizième siècle): «Vous savez que c'est l'année des noisettes: tout le monde se marie; sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.»

Il faut attribuer à la même cause l'usage antique de répandre des noix aux cérémonies nuptiales, usage qui n'avait pas pour but de marquer, ainsi qu'on l'a prétendu, que l'époux renonçait aux amusements futiles et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son nouvel état, mais d'exprimer un vœu pour la fécondité de l'épouse, car la noix présentait le même symbole que la noisette. C'est ce que dit formellement Pline le naturaliste, liv. XXV, chap. XXIV. Festus assure également, au mot _Nuces_, que les noix étaient jetées, pendant les noces, en signe de bon présage pour la mariée: _Ut novæ nuptæ intranti domum novi mariti auspicium fiat secundum et solistimum._

Cela avait lieu au moyen âge comme dans l'antiquité. De plus, on déposait alors auprès du lit nuptial une corbeille pleine de noisettes qu'on avait fait bénir par un prêtre.

Il est resté quelque chose d'un tel usage dans ce qui se pratique aux noces villageoises, où l'on a soin de placer sur la table en face des mariés un plat de dragées, lesquelles ne sont, comme on sait, que des noisettes ou des amandes dont l'enveloppe a été remplacée par une couche de sucre glacé. C'est d'après une analogie du même genre qu'à l'occasion du baptême des enfants on distribue des boîtes de dragées aux amies, et qu'on jette des poignées de dragées à la foule des curieux. Il est évident que ces dragées marquent dans le mariage un souhait pour qu'il soit fécond, et, dans le baptême, une manifestation de la joie inspirée par l'heureux accomplissement de ce souhait.

On jetait aussi, au moyen âge, des grains de blé, comme on le voit dans plusieurs relations de cette époque, notamment dans le _Romancero_ du Cid, dont la quatorzième romance décrit les réjouissances qui eurent lieu aux noces du héros castillan. Voici de quelle manière naïve cette romance s'exprime: «Tant il en est jeté par les fenêtres et les grilles, que le roi en porte sur son bonnet qui est large des bords une grande poignée. La modeste Chimène en reçoit mille grains dans sa gorgerette, et le roi les retire à mesure.»

Plusieurs peuples de notre temps répandent encore des noix, des noisettes, des amandes, des fruits à noyau et des grains, pendant la cérémonie du mariage, comme emblèmes de la fécondité qui doit en résulter. Le fait a lieu assez souvent en Russie et en Valachie, il est également fréquent dans quelques villages de la Corse. Il se produit chez les Israélites de plusieurs endroits de la France et de l'Allemagne avec une circonstance digne de remarque: c'est que, dans le moment où ils font pleuvoir du froment sur le couple conjugal, ils ne manquent pas de prononcer en hébreu les paroles bibliques _croissez et multipliez_, qui ne permettent pas de garder le moindre doute sur le sens qu'on doit attacher à cette coutume symbolique.

Ma mère, qu'est-ce que se marier?--Ma fille, c'est filer, enfanter et pleurer.

Ce proverbe dialogué, qui se trouve sous la même formule en Espagne et en d'autres pays, nous est venu des Provençaux, à qui l'on peut, d'après de grandes probabilités, en attribuer l'invention. Il exprime très-bien les trois principaux résultats du mariage pour les pauvres femmes du peuple; car ce sont elles surtout qui ont à souffrir les tribulations de cet état. Voyez avec quelle dureté elles sont traitées dans toutes les parties du monde.

Don Ulloa dit dans son _Mémoire sur la découverte de l'Amérique_: «Les peuples de ce continent ont été peu attachés à leurs femmes, qu'ils traitent encore comme des esclaves. Aussi ne le sentent-elles que trop. Il y a même des nations chez lesquelles deux vieilles femmes accompagnent la future épouse, le jour de son mariage, en pleurant réellement, se lamentant et lui criant sans cesse: «Que vas-tu faire? tu vas te précipiter dans le plus grand malheur;» c'est cet état insupportable qui les décide souvent à étouffer leurs filles en naissant pour les préserver d'être aussi malheureuses qu'elles. La fatigue que les jeunes femmes ont à essuyer, grosses ou non, pour suivre leurs maris à la chasse, à la pêche, préparer le manger et le boire, avoir soin des enfants dont les pères ne s'occupent guère, et diverses autres malheureuses circonstances font du mariage chez la plupart de ces nations un supplice affreux.»

Leur sort n'est pas meilleur en Asie et en Afrique, où règne la loi de Mahomet, qui est si dure pour elles. On sait à quelle triste captivité elles y sont réduites sous le régime de la polygamie, et avec quelle dureté elles sont traitées par leurs seigneurs et maîtres, pour lesquels elles ne sont, en quelque sorte, que des animaux domestiques.

Ce n'est guère que dans l'Europe chrétienne qu'elles jouissent de la liberté, et qu'elles sont regardées comme les compagnes de l'homme: encore les priviléges que ce titre leur donne n'existent-ils réellement que pour celles d'un certain rang.

Les trois situations que je viens d'indiquer ont été fort bien résumées par Sénac de Meilhan dans cette phrase remarquable: «La femme, chez les sauvages, est une bête de somme; en Orient, un meuble; en Europe, un enfant gâté.»

Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune, et trop tard quand on est vieux.

Proverbe pris de la réponse que fit Thalès à sa mère Cléobuline qui le pressait d'accepter un parti avantageux: «Ma mère, quand on est jeune, il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux, il est trop tard; et un homme entre deux âges n'a pas assez de loisir pour se choisir une épouse.»

Ce mot considéré comme plaisanterie est assez bon, mais pris au sérieux il ne saurait être approuvé. Le célibat qu'il conseille produit des résultats plus déplorables que le mariage. Si celui-ci a des contrariétés et des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est livré à une foule de vices qui blessent les lois de la morale et minent les fondements de la société. «A Dieu ne plaise, dit Montesquieu à ce sujet, que je parle contre le célibat qu'a adopté la religion! Mais qui pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend toujours pires?

«C'est une règle tirée de la nature que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits; moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de vols.» (_Esprit des lois_, liv. XXIII, ch. XXI, à la fin.)

Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un célibataire devenu vieux qui ne gémisse de son état. Il n'y a point pour lui de famille; il achève ses tristes jours dans une sorte de séquestration, sous la garde incommode de quelque collatéral avide ou de quelque servante-maîtresse dont l'unique pensée est d'accaparer son héritage.

Le proverbe est très-bien réfuté par les observations qu'on vient de lire. Il l'est de même par cette phrase du chancelier Bacon qui présente une belle triade proverbiale: «A tout âge on a des raisons de se marier, car _les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes dans l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse._»

Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard.