Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage
Part 2
La glose, qu'on joint quelquefois au texte comme partie intégrante, ajoute que cet oiseau s'envole au premier instant et ne laisse qu'une plume dans la main de celui qui croyait le garder. C'est-à-dire, sans figure, que la femme est un être excessivement volage, qu'elle ne donne jamais sur elle de prise assurée et qu'elle ne peut être retenue dans aucun lien d'amour. Je n'ose dire qu'il en soit ainsi, quoique l'inconstance paraisse démontrée par une myriade d'exemples dont je n'ai pu trouver la vérité contestée dans aucune des apologies du beau sexe: mais je m'abstiendrai de dire le contraire tant que je verrai des ailes à l'oiseau.
Foi de femme est plume sur l'eau.
Cela signifie que la foi promise par une femme est aussi fugitive que la trace d'une plume sur l'eau, ce qui est pris du trait suivant d'une épigramme de Catulle:
... Mulier cupido quod dicit amanti, In vento et rapida scribere oportet aqua.
Ce que dit une femme à son crédule amant doit s'écrire sur le vent ou sur l'onde rapide.
Ce qui a beaucoup d'analogie avec le mot de Pittacus: «Les deux choses les plus changeantes sont le cours des eaux et l'humeur des femmes.»
Un proverbe des Scandinaves dit: _Ne vous fiez point aux promesses de la femme, car son cœur a été fait tel que la roue qui tourne._ Comparaison qui se retrouve appliquée à l'insensé dans ce verset de l'Ecclésiastique: _Præcordia fatui quasi rota carri, et quasi axis versatilis cogitatus illius_ (XXXIII, 5). «Le cœur de l'insensé est comme la roue d'un char, et sa pensée comme l'essieu mobile.»
Les Orientaux expriment une idée analogue par cette triade proverbiale: _L'amitié des grands, le soleil d'hiver et les serments d'une femme sont trois choses qui n'ont point de durée._
Les Espagnols ont ce proverbe qu'ils emploient dans le même sens que le nôtre: _Quien prende el anguila por la cola y la mujer por la palabra bien puede decir que no tiene nada._--_Qui prend l'anguille par la queue et la femme par la parole, peut bien dire qu'il ne tient rien du tout._
Un poëte, Alexandre Soumet, a mis dans la bouche de l'Antechrist, roi des enfers, les vers suivants contre l'inconstance et la perfidie des femmes:
O femmes! sous nos pas embûche si profonde, Flot le plus orageux de l'océan du monde, Pour vous livrer son sort qu'il faut être insensé! Le désespoir habite où la femme a passé. Artisans de malheur entre tout ce qu'on aime, De la déception votre charme est l'emblème, Et votre doux regard, sur nos fronts arrêté, Est déjà le rayon de l'infidélité. A tout rêve nouveau vous vous laissez conduire; Autant que le démon l'ange peut vous séduire. Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller vos pleurs Moins longtemps à vos yeux que la rosée aux fleurs; En vain à consoler la pitié vous invite, Près des grands dévouements vos pieds froids passent vite! Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli, Vos cœurs dans la constance ont toujours défailli.
(_Divine Épopée_, ch. IX.)
L'amour d'une femme est un sable mouvant sur lequel on ne peut bâtir que des châteaux en Espagne.
Ce mot proverbial est un trait d'_humour_ de bon aloi. Tout y frappe et y surprend agréablement l'esprit. Les idées et les expressions en sont ingénieuses; leur assortiment est bien entendu; leur progression est habilement calculée pour amener naturellement et sans disparate le trait final qu'il serait difficile de prévoir: circonstance qui le rend bien plus piquant.
Il ne faut pas se fier à femme morte.
Voilà une fameuse hyperbole proverbiale! elle est traduite du texte latin: _Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem_; lequel est lui-même traduit du grec. Diogénien, grammairien qui vivait sous l'empereur Adrien, dit dans son recueil de proverbes qu'elle fut imaginée par allusion à la funeste aventure d'un jeune homme qui, étant allé visiter le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d'une colonne élevée sur ce tombeau.
Les Anglais expriment la même défiance envers les femmes, en disant que le diable assoupit rarement leurs mensonges dans la fosse: _Seldom lies the devil dead in a ditch._
Si la femme était aussi petite qu'elle est bonne, il suffirait d'une feuille de persil pour lui faire un habillement complet et une couronne.
Manière originale et comique de classer la bonté de la femme parmi les infiniment petits. J'ai entendu citer quelquefois, en Provence, cette plaisanterie proverbiale, qui est également usitée en Italie, et je ne saurais dire avec certitude dans lequel des deux pays elle a pris naissance; mais comme elle me paraît remonter au delà du treizième siècle, je serais tenté de croire qu'elle a été imaginée par quelque troubadour qui aura voulu s'égayer aux dépens du sexe dans quelque sirvente satirique.
Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.
La femme a peu d'occasions de rire, et elle en a beaucoup de pleurer; mais, par compensation, elle sait tourner ces dernières à son avantage, et il faut bien croire que les larmes lui plaisent, puisqu'elle en répand à volonté. Ovide prétend que la facilité des larmes chez les femmes est le résultat d'une étude spéciale.
_Ut flerent oculos erudiere suos._
«Elles ont instruit leurs yeux à pleurer.»
Larmes de femme, assaisonnement de malice.
Ce proverbe, littéralement traduit du latin: _Muliebres lacrymæ condimentum malitiæ_, signifie que lorsqu'une femme veut vous servir un plat de son métier, elle y met ses larmes en guise de sauce.
On lit dans les distiques de Dyonisius Caton:
_Tum lacrymis struit insidias quum fœmina plorat._
La femme qui pleure dresse des embûches au moyen de ses larmes.
Les Italiens disent: _Due sorte di lagrime negli occhi delle donne, una di dolore, altra d'inghanni. Deux sortes de larmes dans les yeux des femmes, l'une de douleur et l'autre de tromperie._ Ils disent encore: _Le donne sono simili al coccodrillo: per prendere l'uomo piangono e presso lo divorano. Les femmes sont semblables au crocodile: pour prendre l'homme, elles pleurent, et une fois pris, elles le dévorent._
Caresses de femme, caresses de chatte.
La chatte est un animal égoïste et perfide. Elle ne nous caresse pas, elle se caresse à nous, suivant l'expression de Rivarol, et dans ce manége, qui n'a que de douces apparences, elle nous fait sentir ses griffes acérées, sorties tout à coup du velours qui les recouvre. S'il fallait en croire le proverbe, la femme, à qui l'on suppose une nature féline, agirait de même, dans des vues personnelles et artificieuses. Elle ne chercherait auprès de l'homme que son propre intérêt et son propre plaisir; elle ne lui prodiguerait ses aimables cajoleries que pour déguiser les trahisons qu'elle médite contre lui. Cette accusation, qu'on prétend justifier par quelques faits particuliers, est généralement fausse et odieuse. J'en dis autant de la maxime suivante des Grecs rapportée par Stobée: «Rien n'est plus dangereux qu'une femme lorsqu'elle emploie les caresses.»
De telles incriminations sont détruites par leur exagération même. Il faut être sans cœur pour redouter un guet-apens dans les témoignages d'amour qu'on reçoit d'une belle, et pour supposer des griffes satanées aux mains satinées qu'elle tend à nos baisers.
La femme sait un art avant le diable.
Il faut que cet art soit de notoriété publique pour que son nom ait pu être supprimé dans le texte proverbial sans donner à personne l'embarras de le deviner. Est-il quelqu'un, en effet, qui ait besoin de consulter la glose pour savoir que c'est l'art de tromper? La glose dit que la femme la plus innocente est plus habile pour tromper que le diable le plus malin.
Je n'examinerai point si cette glose n'est pas pire que le texte, et s'il n'y a pas beaucoup à rabattre de cette opinion, si accréditée parmi les hommes, que la femme est un être pétri de ruse, de fausseté et de malice, qui met tout son esprit à ne pas se laisser deviner, pour mieux assurer le succès de ses artifices, et dont on ne doit attendre que d'amères déceptions. Je me borne à rapporter l'accusation publique formulée par le proverbe, sans prétendre la juger, et je laisse au beau sexe le soin d'y répondre, ce qu'il ne manquera pas de faire; car _jamais femme_, dit-on, _n'a gâté sa cause par son silence_.
L'homme est de feu, la femme d'étoupe, le diable vient qui souffle.
Et sous le souffle du diable, le feu de l'homme se communique à la femme d'autant plus vite que la matière dont on la dit formée est plus inflammable. En un instant tous deux brûlent à l'unisson, et le diable, qui ne veut pas laisser leur combustion incomplète, continue à souffler de toute sa force, jusqu'à ce qu'il les ait bien enflammés. N'allez pas croire pourtant qu'ils soient réduits en cendres.
Il n'est à l'époque présente Aucun amant, aucune amante Dont l'amour cause le trépas; Ils ont tous un cœur d'amiante Que le feu ne consume pas.
Et puis, le diable est obligé d'exercer son métier de souffleur sur tant de millions de couples, qu'il ne peut s'arrêter longtemps sur le même. Encore un moment, et vous allez voir celui qui se débat au milieu de l'incendie en sortir aussi frais que s'il venait de prendre un bain froid.
Ainsi le veut la nature qui, toujours soigneuse d'entretenir la durée par la modération, ne souffre pas que rien de violent soit durable, et ramène de l'excès qui détruit à la retenue qui conserve.
Qu'ils sont nombreux ces incendiés qui ont été rejetés tout à coup de l'enfer de feu dans l'enfer de glace!
Ce que diable ne peut, femme le fait.
La femme a de plus puissants moyens que le diable pour séduire et perdre les hommes: combien d'hommes, en effet, qui avaient eu la force de résister à leurs penchants criminels, ont fini par y succomber lorsque l'influence d'une femme est venue peser sur eux! Voyez les drames terribles qui se dénouent dans les cours d'assises: les catastrophes n'en sont-elles pas déterminées presque toujours par cette fatale influence?
Ce proverbe, qui était, je crois, un des axiomes de Méphistophélès, est traduit de ce texte latin du moyen âge: _Quod non potest diabolus mulier evincit_.
Le renard en sait beaucoup, mais une femme amoureuse en sait davantage.
La femme, ou la fille la plus simple, est toujours fort habile dans les affaires qui intéressent son cœur. On dirait que l'amour lui donne la faculté de tout voir. Rien ne lui échappe. Elle sait mettre à profit tout ce qui lui est favorable et tourner à son avantage les circonstances les plus compromettantes. Rien de subtil et d'exercé comme son instinct. Elle trouve mille expédients mieux imaginés les uns que les autres pour se tirer d'embarras; elle agit avec adresse et résolution dans des conjonctures où l'homme le plus fin tâtonne et délibère, et elle atteint le but quand celui-ci consulte encore sur les moyens d'y arriver.
La femme est une araignée.
C'est-à-dire qu'elle prend l'homme dans ses piéges comme l'araignée enlace le moucheron dans sa toile. Cette métaphore proverbiale, usitée au quinzième siècle, n'est pas gracieuse, mais elle paraît juste, et son défaut de délicatesse est compensé par son énergie. Notons, d'ailleurs, que la dénomination d'araignée n'avait alors rien d'ignoble. Louis XI était appelé dans un sens élogieux l'_Araignée universelle_, à cause de son travail incessant à ourdir la toile dont il occupait le centre et dont il étendait partout les fils.
L'œil de la femme est une araignée.
Cette variante du proverbe précédent ne s'applique guère qu'à une femme âgée dont l'œil, embusqué dans sa patte d'oie, reluque ardemment quelques jouvenceaux, comme l'araignée, tapie dans son réseau, guette quelque moucheron. Celle-ci n'est pas plus avide que l'autre d'avoir une proie à dévorer.
Prends femme, Jean, et dors tant que tu voudras, car elle saura bien te réveiller.
Les Orientaux disent: _Que celui qui ne sait pas se donner d'occupation prenne femme._ Mais leur proverbe est bien moins piquant que le nôtre, formé plaisamment d'une succession de traits inattendus, dont le dernier fait ressortir la naïveté malicieuse d'une manière vraiment comique.
Fou est le jaloux qui tente de garder sa femme.
Ce proverbe se trouve en langue romane dans le poëme de Flamenca:
Bien es fols gilos que s'esforsa De gardar moillier.
Le conte suivant, rapporté avec quelques variantes de détails, dans plusieurs recueils étrangers, notamment dans les _Veillées allemandes_ de Grimm, démontre fort bien l'extrême difficulté de garder une femme.
Un homme, qui se défiait de la fidélité de la sienne, appela un démon familier de sa connaissance et lui dit: «Mon bon ami, je vais faire un voyage, et je veux te confier la garde de mon honneur conjugal, pendant mon absence. Me promets-tu de ne laisser approcher aucun galant de ma maison?--Volontiers,» répondit le diable, ne prévoyant pas à quelle rude corvée il s'engageait; et le mari se mit en route, un peu rassuré sur les craintes dont il était assiégé. Mais il sortait à peine de la ville, que sa femme, pressée de se donner du bon temps avec ses amoureux, les avait déjà invités à venir tour à tour auprès d'elle. Le fidèle gardien chercha d'abord à faire manquer ces rendez-vous par toute sorte d'artifices. Bientôt après, sentant que son génie inventif n'y suffisait point, il entra en fureur et jura de traiter sans pitié tous les imprudents qui s'obstineraient à le contrarier. En effet, il assomma le premier qu'il surprit, noya le second dans une mare, enterra le troisième sous un tas de fumier, fit sauter le quatrième par la fenêtre, etc., etc., etc. Cependant, la dame était sur le point de tromper sa vigilance, lorsque le mari revint. «Ami, lui dit le diable tout essoufflé de fatigue, reprends la garde de ton logis; je te rends ta femme telle que tu me l'as laissée: mais à l'avenir, choisis un autre surveillant; je ne veux plus l'être, j'aimerais mieux garder tous les pourceaux de la forêt Noire que de forcer une femme d'être fidèle malgré sa volonté.»
Les Provençaux disent: _Vourië mai tenir un panier dë garris qu'uno fillo dë vingt ans._ «Il vaudrait mieux tenir un panier de souris qu'une fille de vingt ans.»
Une bonne femme est une mauvaise bête.
J'ai honte de rapporter ce grossier dicton, mais il tient à une circonstance nécrologique qui mérite d'être connue, et qui prouve, d'ailleurs, qu'il est gratuitement injurieux. Le seigneur des Accords nous apprend, dans son _Chapitre des notes_, qu'il est né de l'interprétation faite par les mauvais plaisants du monogramme lapidaire M. B., qui signifie _Mulier Bona_ (femme bonne), et auquel ces messieurs ont voulu faire signifier _Mala Bestia_ (mauvaise bête).
J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait jadis sur les tombeaux des femmes, a donné lieu aussi à cet autre dicton: _Les bonnes femmes sont toutes au cimetière._
Bonne femme, mauvaise tête, Bonne mule, mauvaise bête.
Encore un dicton qui tient à l'interprétation que nos pères, grands amateurs de rébus, ont donnée abusivement au monogramme M. B. (_Mulier Bona_) dans lequel ils ont vu _Mula Bona_ (mule bonne), tout aussi bien que _Mala Bestia_, ce qui a fait dire, en combinant les trois versions: _Une bonne femme et une bonne mule sont deux mauvaises bêtes._ A la vérité, le dicton: _Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise bête_, n'indique la prétendue similitude des deux êtres que par un simple rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprès; mais la réticence a été malignement calculée pour mieux attirer l'attention sur l'entêtement de la femme, auprès duquel n'est pas même compté celui de la mule, qui passe pourtant pour la bête la plus têtue. C'est un trait décoché avec une habileté perfide contre la tête féminine. Malgré cela, il ne reste pas moins impuissant que tous les autres traits auxquels cette tête a été destinée à servir de but. Elle est, dit-on, à l'épreuve de toutes les atteintes, par la faveur spéciale de Satan, toujours attentif à la conservation de son plus cher ouvrage; car sachez bien que Satan en a été le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un grave docteur _in utroque jure_. On lit dans le livre savant et curieux intitulé: _Sylva nuptialis_ (la Forêt nuptiale), composé par Jean Nevizan, professeur de droit à Turin, au commencement du seizième siècle: «Dieu se plut à former dans la femme toutes les parties du corps qui sont douces et aimables; mais pour la tête, il ne voulut pas s'en mêler, et il en abandonna la façon au diable. _De capite noluit se impedire, sed permisit illud facere dæmoni._»
Les impertinents prétendent que ce fait est hors de doute, attendu que l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.
La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage.
Le mot _tête_ se prend pour _entêtement_, volonté opiniâtre, dans ce vieux proverbe qui correspond très-exactement, par le sens et par l'expression, à la maxime latine du moyen âge: «_Mulier non debet esse proprii capitis._ La femme ne doit pas avoir une tête à elle,» c'est-à-dire ne doit pas agir d'après sa propre tête.
C'est assez d'une seule tête chez un couple conjugal. S'il y en avait deux, elles ne sauraient compatir ensemble, car deux têtes de cette espèce ne sont pas de celles qui puissent réaliser le symbole proverbial des _deux têtes dans un bonnet_. Elles se choqueraient sans cesse comme les têtes de deux béliers furieux, et Dieu sait quels graves accidents il en résulterait pour l'une et pour l'autre. Il faut donc que la femme renonce à la sienne, qu'elle se soumette à l'autorité raisonnable de son mari, et qu'elle n'ait d'autre volonté que la volonté de son mari.
Les Danois disent: _Heureux ménage, lorsque la femme est sans volonté et qu'elle consulte son mari._
La bonne femme est celle qui n'a point de tête.
Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du précédent. Mais au lieu de s'entendre au figuré, il s'entend presque toujours au propre. Cette scandaleuse acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est provenue d'une singulière anecdote que j'ai racontée dans mes _Études sur le langage proverbial_, et que M. Édouard Fournier, dans un savant et spirituel article sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux que je vais lui emprunter, persuadé que les lecteurs auront probablement plus d'agrément à lire sa rédaction qu'à relire la mienne.
«Je ne répète, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, que pour le réfuter comme lui, et prouver, à votre plus grande gloire, mesdames, que son origine est un contre-sens.
»Au seizième siècle, pour dire _renommée_, on disait _fame_, du latin _fama_, d'où cette expression: bien ou mal _famé_.
»Ainsi, parlant de la renommée, Ronsard a écrit dans la quatrième hymne de son livre Ier:
Mais la _fame_ qui vole et parle librement...
»Les marchands qui ont toujours eu la manie de mettre sur leur enseigne une _bonne renommée_, qu'ils n'ont pas toujours, firent peindre au-dessus de leur boutique la bavarde déesse avec ces mots: _A la bonne fame_.
»Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient pas manqué de représenter la Renommée comme le demande le poëte, dans le 117e vers du quatrième livre de l'_Énéide_, c'est-à-dire la tête complétement perdue dans les nuages, _inter nubila_. De là vint l'erreur. En voyant cette déesse sans tête, avec ces mots sous ses pieds: _A la bonne fame_, on crut à une épigramme. Ce qui n'était, encore une fois, qu'un contre-sens, devint une malice qui court encore.»
Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage de renard.
Bouffonnerie excessivement drôlatique pour faire entendre que la femme n'a pas de cerveau, puisque les deux animaux, types de malice et de ruse, avec lesquels ce dicton veut la montrer apparentée de nature, ne fournissent point les substances dont il suppose que son cerveau est composé. C'est un trait facétieux de l'_humeur gauloise_, en prenant le mot _humeur_ dans le sens qu'il avait autrefois et que les Anglais donnent à leur mot _humour_ qu'ils ont pris du nôtre.
Corps de femme et tête de diable.
Notre-Seigneur Jésus-Christ et saint Pierre se promenaient un soir, à la nuit tombante, dit une vieille légende populaire. Ils entendirent des cris qui annonçaient une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna à son apôtre d'aller au plus vite à l'endroit d'où partaient ces cris et d'y faire régner la paix. L'apôtre y courut, et y vit une femme aux prises avec le diable. Il s'efforça de les séparer et de les mettre d'accord, mais il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussèrent et leur dispute continua plus opiniâtre. Indigné de voir son autorité ainsi méconnue, il ne put maîtriser un mouvement de colère et, tirant son glaive, il coupa la tête à l'un et à l'autre. Puis il retourna auprès de son divin maître, à qui il raconta ce qu'il venait de faire. Le Seigneur lui reprocha vivement cette action criminelle et le renvoya auprès de ses victimes, afin de rajuster la tête de chacune d'elles au corps dont elle avait été séparée. Saint Pierre repartit en toute hâte, désireux de réparer le mal. L'obscurité était déjà un peu épaisse quand il arriva. Il retrouva à tâtons les deux têtes, les remit de même en leur place et, les ayant entendues recommencer aussitôt la dispute, il se retira, persuadé que rien ne manquait à son opération. Cependant ce merveilleux rebouteur avait fait une étrange méprise: prenant une tête pour l'autre, il avait adapté celle de la femme au cou du diable et celle du diable au cou de la femme. De là le dicton: _Corps de femme et tête de diable_.
La femme et la poule se perdent pour trop courir.
«Tout le malheur des hommes, a dit Pascal, répété par Mme de Sévigné, vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.» Tout le malheur des femmes vient aussi de ne pas savoir se tenir à la maison. En prenant des _habitudes trottières_, elles s'exposent à rencontrer fréquemment des séducteurs qui les perdent, comme les poules des renards qui les croquent. Ce proverbe, commun à presque tous les peuples modernes, est fondé sur une observation qui remonte à la plus haute antiquité où l'on avait pour maxime que _la femme doit être sédentaire_, ce qu'on exprimait encore sous forme symbolique, en réduisant en cendre l'essieu du char d'hyménée sur le seuil de la maison de l'époux, lorsque l'épouse y faisait son entrée avec lui, après la cérémonie nuptiale.
On sait que Phidias avait voulu rappeler cette maxime en sculptant pour les Éliens une statue de Vénus, dont le pied posait sur la carapace d'une tortue.
Alciat a fait de cette statue l'emblème de la femme vertueuse. «O belle Vénus, dit-il, que signifie cette tortue que vous pressez sous un pied délicat?--C'est une leçon que Phidias a voulu donner aux personnes de mon sexe. Il leur conseille, par cet emblème, de rester toujours attachées à leur maison comme la tortue, sans jamais y faire plus de bruit qu'elle.»
Temps pommelé et femme fardée Ne sont pas de longue durée.
Le temps est pommelé lorsqu'il y a des couches de ces petits nuages blancs qui ressemblent à des flocons de laine et qui sont appelés, en quelques endroits, par une métaphore assez heureuse, les _éponges du ciel_. Ce signe, paraît-il quand il fait beau, c'est une preuve que les vapeurs se condensent; se montre-t-il quand il fait mauvais, c'est une preuve qu'elles se divisent, et, dans les deux cas, il indique un changement prochain dans l'état de l'atmosphère.--Le fard est un cosmétique pernicieux à la peau. Les femmes qui en font usage sont flétries bien promptement, et c'est là tout ce qu'elles gagnent à vouloir _mettre sur leur visage plus que Dieu n'y a mis_, comme dit le troubadour Pierre de Resignac ou Ricignac.--On lit à ce sujet dans la _Somme_ de maître Drogon de Hautvillers, chanoine de Reims et professeur de droit civil, que «leurs visages sont des masques derrière lesquels sont cachées les figures que Dieu leur a données, et que c'est à elles que s'adresse cette apostrophe de saint Jérôme: «Par quelle audace levez-vous vers le ciel des visages que le Créateur ne reconnaît point[1]?»