Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage

Part 10

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M. Silva pense que le proverbe français est fondé sur le même préjugé que celui des Piémontais, qu'il suppose antérieur, et j'avoue que, si cela était, j'en serais pour les frais d'érudition que j'ai faits dans mon commentaire. Mais je crois que c'est une conjecture que je puis me dispenser d'admettre, et que M. Silva n'aurait peut-être pas admise s'il avait connu le texte italien qui doit être cité par Florio. Ce texte, tel qu'il m'a été donné par le savant abbé Ciampi, porte _pianta_ et non _pela_. Je dois conclure de cette différence notable que les deux proverbes, n'étant pas les mêmes par l'expression, ne le sont pas non plus par le sens. Je maintiens donc comme vraie l'origine que j'ai assignée à l'un, tout en adoptant l'explication que M. Silva a faite de l'autre.

Ce qui tombe en poche d'ami n'est pas perdu pour nous.

Cela se dit lorsqu'un bien qu'on espérait voir venir à soi arrive à quelque ami. Je ne sais si c'est pour exprimer une consolation sincère ou pour déguiser un regret égoïste que ce bien ait changé de direction. On peut admettre tantôt l'une et tantôt l'autre interprétation de ce proverbe, selon le caractère des gens qui l'emploient ou de ceux auxquels on l'applique.--S'il faut en croire La Rochefoucauld, «le premier mouvement de joie que nous avons eu du bonheur de nos amis ne vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que nous avons pour eux: c'est l'effet de l'amour-propre qui nous flatte d'être heureux à notre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune.»

Il est bien sûr que l'amour-propre, c'est-à-dire l'amour de soi, comme l'entend La Rochefoucauld, est le principal mobile des sentiments et des actions de l'homme. Mais ici l'amour-propre n'agit pas seul. Il y a aussi l'influence de l'inclination que nous avons pour ceux avec qui nous vivons et pour tous les objets qui nous environnent, inclination toujours jointe avec les passions, comme l'a remarqué Malebranche, et je crois que les réflexions suivantes de ce philosophe offrent une explication plus exacte, surtout plus morale, du proverbe. «Afin que l'amour naturel que nous avons pour nous-mêmes n'anéantisse pas et n'affaiblisse pas trop celui que nous avons pour les choses qui sont hors de nous, et qu'au contraire ces deux amours que Dieu met en nous s'entretiennent et se fortifient l'un l'autre, il nous a liés de telle manière avec tout ce qui nous environne, et principalement avec les êtres de même espèce que nous, que leurs maux nous affligent naturellement, que leur joie nous réjouit, et que leur grandeur, leur abaissement, leur diminution, semblent augmenter ou diminuer notre être propre. Les nouvelles dignités de nos parents et de nos amis, les nouvelles acquisitions de ceux qui ont le plus de rapport à nous, semblent ajouter quelque chose à notre substance. Tenant à toutes ces choses, nous nous réjouissons de leur grandeur et de leur étendue.» (_Recherche de la vérité_, liv. IV, ch. XIII.)

Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.

C'est une leçon adressée aux malins railleurs qui, à l'exemple du poëte dont parle Horace, se livrent à leur gaieté caustique sans épargner personne, pas même leur ami.

... _Dummodo risum Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico._

(I, Sat. IV.)

Quintilien a dit dans ses _Institutions oratoires_, liv. VI, ch. III: «_Lædere nunquam velimus, longeque absit propositum illud: potius amicum quam dictum perdidit._ Tâchons de ne jamais blesser, et repoussons loin de notre esprit tout ce qui tendrait à nous faire appliquer ce dicton: _Il a mieux aimé perdre un ami qu'un bon mot._»

Un proverbe espagnol, par une métaphore très-remarquable, assimile à l'oiseau de proie l'homme qui fait de son ami la victime de ses cruelles railleries: «_Reniego del amigo que cubre con las alas y muerde con el pico._ Fi de l'ami qui couvre des ailes et déchire du bec!»

Salomon a dit: _Homines derisores civitatem perdunt_. (_Prov._, XXIX, 8.) Les hommes railleurs[9] perdent la cité,» et Bacon, dans les réflexions qu'il a faites sur cette maxime, a très-bien signalé ce genre d'esprit dérisoire et moqueur.

[9] La Vulgate ne porte point le mot _derisores_ «railleurs», que Bacon a trouvé sans doute dans quelque autre traduction ou dans le texte hébreu; elle dit _pestilentes_ «corrompus». Après tout, les deux mots, quelle que soit leur différence usuelle, peuvent s'accorder dans un certain sens, car les hommes dont la malignité ne respecte rien ont un principe de corruption dans le cœur.

Ami de Platon, mais plus ami de la vérité.

_Amicus Plato, sed magis amica veritas._ C'est un mot d'Aristote en réponse à des critiques qui lui reprochaient d'attaquer quelques opinions de son maître Platon. Il s'applique à un homme éclairé qui ne soumet pas aveuglément son jugement à celui des personnes mêmes les plus recommandables, dont ordinairement il suit volontiers l'avis.

Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.

C'est un vers de La Fontaine fait avec un ancien proverbe qu'il a remplacé. Il figure dans la dernière fable du livre IV, l'_Alouette et ses Petits_, où il signifie que, pour se tirer d'affaire, il faut recourir à ses propres moyens, et ne pas compter sur l'aide des amis et des parents.

Notre erreur est extrême, Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous: Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.

Le proverbe s'emploie aussi pour dire qu'on préfère ses intérêts personnels à ceux d'un ami et d'un parent.

A l'ami qui demande on ne dit pas: Demain.

Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon: «_Ne dicas amico tuo: Vade et revertere: cras dabo tibi: cum statim possis dare_ (Prov., III, 28). Ne dites pas à votre ami: Allez et revenez, je vous le donnerai demain, lorsque vous pouvez le lui donner à l'heure même.»

Phocylide a dit aussi: «Donne à l'instant au malheureux; ne lui dis pas de _revenir demain_.»

On connaît la maxime de Zoroastre: «Si, pouvant soulager aujourd'hui le malheureux, on _remet à demain_, qu'on fasse pénitence.»

Différer d'assister un ami quand on le peut est une violation odieuse des devoirs de l'amitié; car, ainsi que l'a dit l'académicien Auger: «L'amitié véritable est un pacte en vertu duquel on doit tenir sans cesse sa fortune, sa vie même, à la libre disposition de celui à qui l'on s'est uni.»

Il faut se défier d'un ami réconcilié.

Les Espagnols disent: «_Amigo reconciliado, enemigo doblado_. Ami réconcilié, ennemi doublé.» Il n'y a guère de réconciliation tout à fait sincère: la défiance ou la trahison s'y mêlent presque toujours. Asmodée, dans le _Diable boiteux_, parlant de sa dispute avec Paillardoc, dit avec autant de vérité que de finesse: «On nous réconcilia, nous nous embrassâmes, et, depuis ce temps, nous sommes ennemis mortels.»

On conseillait à un tyran, Tibère, si je ne me trompe, de faire mourir un de ses anciens amis, qu'il faisait languir en prison: «Pas encore, répondit-il; je ne me suis pas réconcilié avec lui.» Mot affreux, où respire tout le génie de la haine.

Ami au prêter, ennemi au rendre.

Proverbe qui paraît pris de ce passage du _Trinummus_ de Plaute: «Si vous redemandez l'argent que vous avez prêté, vous trouvez souvent que d'un ami votre bonté vous a fait un ennemi.»

_Quum repetas, inimicum amicum beneficio invenis tuo._

(Acte IV, sc. III.)

Le recueil de Gabriel Meurier rapporte cette variante énergique: _au prêter Dieu, au rendre diable_.

Les Espagnols ont ce proverbe: «_Quien presta no cobra; y si cobra, no todo; y si todo, no tal; y si tal, enemigo mortal._ Qui prête ne recouvre, s'il recouvre, non tout; si tout, non tel; si tel, ennemi mortel.» Ce qui est pris de cette maxime employée chez nous au moyen âge: _Si præstabis, non habebis; si habebis, non tam bene; si tam bene, non tam cito; si tam cito, perdis amicum._

Les Anglais disent: «_He that lends to his friend loses double._ Qui prête à son ami perd au double;» c'est-à-dire l'argent et l'ami. Ils disent encore: «_The way to lose a friend is to lend him money._ Le moyen de perdre un ami, c'est de lui prêter de l'argent.»

_Si tu ne prêtes pas, inimitié; si tu prêtes, procès éternel._ (Prov. russe.)

La pensée qui constitue ces proverbes est commune à tous les peuples; car en tout pays on trouve généralement dans la main qui a reçu la main qui refuse de rendre.

En fait de prêt, le sort me traite Avec grande inhumanité: Je perds l'affection de ceux à qui je prête, Si je ne perds l'argent que je leur ai prêté.

(DE CAILLY).

Sage ami et sotte amie.

Bonaventure Despériers a employé ce proverbe dans sa dixième Nouvelle. Il n'a pas dit pourquoi il faut avoir un sage ami, parce qu'il a pensé sans doute que personne ne pouvait l'ignorer; mais il a voulu faire sentir l'avantage d'avoir une sotte amie par cette réflexion: «D'une amie trop fine vous n'en avez pas le compte: elle vous joue toujours quelque tour de son métier; _elle vous tire_ à tous les coups _quelque argent de dessous l'aile_[10]; ou elle veut être trop brave, ou elle vous fait porter les...» Je supprime le dernier mot, parce qu'il n'a pas besoin d'être mis sous les yeux des lecteurs pour se présenter à leur esprit. Peut-être eussé-je aussi bien fait de supprimer aussi l'explication entière comme peu conforme à la vérité, ou du moins très-douteuse. Depuis que notre grand comique a si bien montré sur la scène le faux calcul d'Arnolphe, qui voulait _épouser une sotte pour n'être point sot_, les Agnès n'inspirent plus de confiance, et leur niaiserie est généralement regardée comme une dissimulation de la finesse, de la ruse et de la malice dont le diable a pétri leur caractère. D'où l'on conclut que l'homme qui se marie, n'ayant pas moins à redouter les tromperies d'une femme sotte que d'une femme spirituelle, fait beaucoup mieux de choisir celle-ci, chez laquelle il doit trouver, dans ses infortunes conjugales, des compensations que l'autre ne saurait lui offrir.

[10] Cette expression, aujourd'hui désusitée, qu'on trouve dans le Dictionnaire de Philibert Monet, fait allusion à la coutume ancienne et encore existante au seizième siècle, de porter la bourse sous l'aisselle gauche, où elle était pendue à une courroie en forme de baudrier et d'où on la retirait, au besoin, par une fente pratiquée dans la manche du sayon ou pourpoint. Les Latins employaient comme nous le mot _ala_ (aile), pour _axilla_ (aisselle).

Jamais honteux n'eut belle amie.

En amour, il faut être entreprenant: _Amor odit inertes_, dit Ovide, au second livre de l'_Art d'aimer_. Les honteux ne gagnent rien auprès des femmes, généralement moins bien disposées pour eux que pour les hardis, qui leur épargnent l'embarras du refus. Ce sexe aimable est comme le paradis, qui souffre violence et que les violents emportent. _Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud._ (Matth., XI, 12.)

Le comte de Bussy-Rabutin dit dans ses _Mémoires_: «La hardiesse en amour avance les affaires. Je sais bien qu'il faut aimer avec respect pour être aimé, mais assurément pour être récompensé il faut entreprendre, et l'on voit plus d'effrontés réussir sans amour que de respectueux avec la plus grande passion du monde.» (T. I, p. 93.)

On disait autrefois: _Jamais couard n'eut belle amie_, et ce proverbe, où le mot _couard_ signifie lâche, poltron, encore plus que honteux, peut avoir tiré son origine de la chevalerie, parce que, à l'époque où cette institution était dans tout son lustre, le courage et la victoire étaient de sûrs moyens pour obtenir l'amour des dames.

Il vaut mieux donner à un ennemi que d'emprunter à un ami.

Parce qu'en donnant à un ennemi on peut adoucir et désarmer sa haine, tandis qu'en empruntant à un ami, on court risque de l'indisposer et de le porter à une rupture. Les exemples de ce dernier cas ne sont pas rares. Mlle de Scudéri, dans ses _Conversations_, en cite un fort singulier, que voici: «Un ami, qui s'était battu plusieurs fois en duel pour son ami, ne voulut pas lui prêter quelque argent qu'il lui demandait à emprunter; et lui, qui n'avait pas refusé, dans l'occasion, de répandre son sang pour son ami, lui refusa un médiocre secours dont il se trouvait avoir besoin. Y a-t-il une plus grande bizarrerie que celle de préférer son argent à sa propre vie?»

Pittacus disait: «La chose qu'on doit faire le plus tard qu'on peut, c'est d'emprunter de l'argent à ses amis.» Ce qui prouve que dans l'antiquité, comme en notre temps, l'amitié finissait où commençait l'emprunt.

Nous avons encore cet autre proverbe: _On perd plus d'amis par ses demandes que par son refus._

Qui veut garder son ami n'ait aucune affaire avec lui.

Les affaires d'intérêt amènent presque toujours des discussions qui finissent par diviser les amis. Quelqu'un a dit: «L'intérêt qui se mêle aux amitiés est comme le vif-argent confondu parmi l'or; le départ fait, elles disparaissent et s'en vont en fumée.»

Les Turcs ont ce proverbe semblable au nôtre: _Bois et mange avec ton ami, mais n'aie jamais d'affaire avec lui._

N'accorde point ta confiance à un ami dissimulé.

La dissimulation est incompatible avec l'amitié, qui a besoin de franchise, de loyauté, d'expansion; et l'on peut regarder avec raison celui qui est atteint de ce défaut, ou plutôt de ce vice, comme un traître contre lequel il faut continuellement se tenir en garde. Un adage oriental dit: _Fuis pour un temps l'homme colère, et pour toujours l'homme dissimulé._

Vieux amis et comptes nouveaux.

Pour dire que c'est un moyen de conserver ses amis que d'avoir ses comptes d'intérêt toujours bien réglés avec eux.

La vérité de cette proposition sera développée dans le commentaire que je consacrerai au proverbe suivant.

Les bons comptes font les bons amis.

Proverbe dont on fait ordinairement l'application pour s'excuser d'examiner un compte ou un mémoire présenté par un ami. Ce proverbe a une portée plus étendue: il enseigne aux amis par le résultat qu'il exprime combien il leur importe de bien régler les affaires d'intérêt qu'ils peuvent avoir ensemble. Ce qui exige d'eux, non-seulement la foi et la justice, sans lesquelles l'amitié ne saurait subsister, mais l'exactitude la plus rigoureuse pour le payement des moindres déboursés occasionnés par les services qu'ils sont dans le cas de se rendre réciproquement. C'est à tort qu'ils dédaignent quelquefois une pareille allocation, car la moindre négligence à cet égard peut inquiéter la discrétion et gêner insensiblement la confiance.

Les Espagnols disent: «_Cuento y razon sustentan amistad._ Compte et calcul entretiennent l'amitié.»

Les Italiens: «_Conti chiari, amici cari._ Comptes clairs, amis chers.»

Les Anglais: «_Even reckoning makes long friends._ Un compte exact fait de longs, ou durables amis.»

Il ne faut pas compter avec ses amis.

Ce proverbe, qui signifie qu'il faut se montrer plutôt généreux qu'intéressé avec ses amis, paraît en contradiction avec les deux précédents, mais il ne l'est pas en réalité, car il ne conseille pas la même espèce de générosité dont les autres commandent de s'abstenir. Il parle de celle qu'on doit mettre dans les procédés de sentiment où elle est indispensable, et non de celle qu'il faut éviter dans les affaires d'intérêt, parce qu'elle peut avoir des conséquences fâcheuses. Les préceptes sont différents, mais ils n'ont rien de contradictoire. Loin de s'exclure, ils se concilient fort bien, et concourent à un but unique, qui est la conservation de l'amitié.

Les Turcs disent: _l'Amitié compte par tonneaux, et le commerce par grains._

L'idée de notre proverbe se trouve dans le passage suivant du _Traité de l'amitié_ par Cicéron: «Borner l'amitié à un rapport mesuré de sentiments et de services, c'est la dépouiller de sa dignité, c'est l'avilir... Exiger une juste proportion entre ce qu'on donne et ce qu'on reçoit, c'est faire d'elle une affaire de calcul. La véritable amitié est plus magnifique, plus généreuse, et n'établit point de comptes rigoureux. Car il ne faut pas craindre de perdre quelque chose ou d'en faire trop pour un ami.» (XVI, 57.)

Entre amis tout doit être commun.

Ce proverbe est fort ancien. Épicure blâmait Pythagore de l'avoir appliqué littéralement, en obligeant ses disciples à mettre en commun tout ce qu'ils possédaient: «Si j'ai un véritable ami, disait-il, ne suis-je pas aussi maître de ses biens que s'il m'en eût fait le dépositaire? Y a-t-il moins de mérite à donner son cœur que ses richesses? Je ne dois pas abuser sans doute de la tendresse de cet ami; ce qu'il possède, je dois le ménager comme ma propre fortune: mais je lui fais un outrage si j'exige qu'il la confie à un tiers pour nos besoins communs.»

Sénèque, dans son _Traité des bienfaits_, liv. VII, ch. XII, définit ainsi la communauté entre amis: «La communauté entre amis n'est pas comme entre des associés qui ont leur part distincte; mais comme entre un père et une mère qui, ayant deux enfants, n'ont pas chacun le leur, mais en ont deux chacun.

Qui vit sans amis ne sera pas longtemps sage.

N'ayant personne qui lui porte assez d'intérêt pour l'avertir de ses défauts, pour chercher à l'en corriger, il doit nécessairement les garder et les aggraver de telle sorte qu'en peu de temps ils dégénéreront en vices incompatibles avec la sagesse, à laquelle il serait resté de plus en plus attaché s'il avait eu le bonheur de vivre sous la surveillance salutaire d'un ami.

D'un ami! Ce nom seul me charme et me rassure; C'est avec mon ami que ma raison s'épure; Que je cherche la paix, des conseils, un appui; Je me soutiens, m'éclaire et me calme avec lui. Dans des piéges trompeurs si ma vertu sommeille, J'embrasse, en le suivant, sa vertu qui m'éveille.

(Ducis, _Épître à l'amitié._)

Qui choisit mal ses amis ne sera pas longtemps sage.

Il ne le sera pas même si longtemps que celui qui vit sans amis, parce qu'il sera poussé à l'inconduite par ceux qu'il a mal choisis. Cette maxime proverbiale est prise de Confucius.

Le pire de tous les pays est celui où l'on n'a pas d'amis.

Dans ce pays-là on ne peut compter sur personne; on est exposé à toutes sortes d'ennuis, de désagréments et de misères; on est réduit à vivre triste et solitaire, dans la privation de toute sympathie, de tout secours, de toute joie, de toute consolation. Quel sort affreux! Comment supporter tant de douleurs dont le poids devient, chaque jour, plus accablant! il faudrait pour cela une grâce spéciale de Dieu. Mais est-il permis d'espérer, quand on met ainsi contre soi tout le monde, qu'on pourra mettre Dieu pour soi? Et cette existence maudite, à laquelle on est condamné, n'est-elle pas une punition infligée par la justice divine? Gardons-nous d'en douter; c'est parce qu'on a été dur, inhumain envers ses semblables, qu'on trouve ses semblables sans commisération et sans humanité; c'est parce qu'on a été insociable qu'on est privé des douceurs de la société. «_Per quæ peccat quis per hæc et torquetur_, dit la _Sagesse_ (XI, 17). On est puni par où l'on a péché.»

Qui te conseille d'ôter la confiance à tes amis veut te tromper sans témoins.

Ce proverbe, fondé sur une vérité d'expérience, signale d'une manière nette et frappante le danger où l'on s'expose quand on a la faiblesse de se laisser influencer par des rapports suspects contre les personnes avec lesquelles on est intimement lié. L'auteur de ces rapports n'est presque toujours qu'un fourbe qui cherche, en brouillant deux amis, à supplanter l'un, afin de pouvoir, en toute liberté, faire sa dupe de l'autre. S'il parvient au gré de ses vues intéressées à capter et à posséder sans partage la confiance de l'imprudent qui l'écoute, il achèvera d'aveugler sa raison à force de flatteries perfides, le conduira de piége en piége par ses menées cauteleuses, et l'abandonnera en se moquant de lui dès qu'il aura consommé sa ruine.

Que les amis soient donc continuellement en garde contre les délations qui tendent à semer entre eux de la défiance et à provoquer une rupture toujours douloureuse et nuisible à leurs vrais intérêts; qu'ils tiennent leurs cœurs dans une si étroite union que le délateur ne puisse y trouver le joint pour les séparer.

Il faut aimer ses amis avec leurs défauts.

Il faut être indulgent pour les défauts de ses amis, car l'indulgence augmente l'amitié et la sévérité la diminue. Il ne s'agit ici que de ces petits défauts qui ne tirent point à conséquence. La complaisance pour les vices des amis serait contraire à la morale et à l'amitié.

Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite.

(VOLTAIRE.)

Un adage latin recommande de connaître les défauts d'un ami, et de ne pas les haïr: _Mores amici noveris, non oderis._ Et Horace met parmi les vertus nécessaires l'indulgence pour les amis: _Ignoscere amicis._

Les Orientaux disent, pour signifier qu'on ne doit pas soumettre les défauts de ses amis à une censure rigoureuse: _Il ne faut pas rincer avec du vinaigre la coupe de l'amitié._

«L'on ne peut aller loin dans l'amitié si l'on n'est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts.» (La Bruyère, ch. V.)

Quelqu'un a dit: «Quand nos amis sont borgnes, il faut les regarder de profil.» C'est une fleur d'esprit et de sentiment greffée sur notre adage.

Bien servir fait amis, et vrai dire ennemis.

On se concilie l'affection des hommes par les bons offices qu'on leur rend, et on se l'aliène par les vérités qu'on leur dit. Térence a remarqué, dans son _Andrienne_, que la franchise produit la haine et que la complaisance produit l'amitié.

_Veritas odium, obsequium amicos parit._

(Act. I, sc. I.)

Ce qui est pris de cette pensée d'Isocrate: «S'il est quelqu'un dont vous vouliez faire un ami, dites-en du bien à des gens qui le lui rapporteront: _Le principe de l'amitié est la louange, celui de la haine est le blâme._»

On ne peut vivre sans amis.

Proverbe ancien rapporté dans cette phrase de Cicéron: «_Omnes ad unum idem sentiunt, sine amicitia vitam esse nullam._ (_De Amicitia_, XXIII.) Tous les hommes sont du même sentiment que sans l'amitié la vie n'est rien.»

«Nous avons presque tous cela de commun, que non-seulement la douleur qui, étant faible et impuissante, demande naturellement du soutien, mais la joie qui, abondante en ses propres biens, semble se contenter d'elle-même, cherche le sein d'un ami pour s'y répandre, sans quoi elle est impuissante et assez souvent insipide; tant il est vrai que rien n'est plaisant à l'homme s'il ne le goûte avec quelque autre homme dont la société lui plaise.» (BOSSUET, _Sermon pour le mardi de la troisième semaine de carême_.) Les Grecs disaient: _L'amitié est plus nécessaire que le feu et l'eau_, deux choses sans lesquelles il serait impossible de vivre. C'est pour cela que chez les Romains on avait donné aux amis le nom de _necessarii_, nécessaires, et à l'amitié celui de _necessitudo_, nécessité. Expressions empreintes du sentiment profond et délicat qui les avait inspirées.

L'amitié est regardée comme une des joies du paradis; il serait imparfait sans elle. On lit dans un des cantiques spirituels de Jacopone de Tadi: «Les élus s'aiment d'une tendresse si délicate que chacun tient l'autre pour son maître.»

Buffon disait: «L'amitié est de tous les attachements le plus digne de l'homme. C'est l'âme de son ami qu'on aime, et pour aimer son ami il faut en avoir une.»

Il faut louer tout bas ses amis.

Mme Geoffrin établissait comme autant de règles ces trois choses: 1º qu'il faut rarement louer ses amis dans le monde; 2º qu'il ne faut les louer que généralement et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou telle action, parce qu'on ne manque jamais de jeter quelque doute sur le fait ou de chercher à l'action quelque motif qui en diminue le mérite; 3º qu'il ne faut pas même les défendre, lorsqu'ils sont attaqués trop vivement, si ce n'est en termes généraux et en peu de paroles, parce que tout ce qu'on dit en pareil cas ne sert qu'à animer les détracteurs et à leur faire outrer la censure.