Proverbes sur les femmes, l'amitié, l'amour et le mariage

Part 1

Chapter 13,869 wordsPublic domain

PROVERBES SUR LES FEMMES L'AMITIÉ L'AMOUR ET LE MARIAGE

RECUEILLIS ET COMMENTÉS PAR M. QUITARD, Auteur du _Dictionnaire des Proverbes_

NOUVELLE ÉDITION CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE

PARIS GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6

1889

PARIS.--IMPRIMERIE CHARLES BLOT, RUE BLEUE, 7.

AVIS DES ÉDITEURS

La PREMIÈRE ÉDITION de ce Livre, tiré à plusieurs milliers d'exemplaires, est entièrement épuisée depuis quelques années. Celle que nous publions aujourd'hui, d'après les nombreuses demandes qui nous ont été adressées, n'est pas une reproduction pure et simple de la précédente. Outre les retouches et les additions que l'auteur a faites à l'ancien texte, cette édition comprend une assez grande quantité d'articles inédits, et non moins instructifs qu'amusants par la variété des traditions, des usages, des origines et des documents précieux qu'elle contient. Grâce à toutes ses améliorations, cet ouvrage est devenu plus nouveau et plus amusant; et nous sommes fondés à espérer que le public voudra bien l'accueillir avec la même faveur dont il a honoré celui dont il est le corrigé et le complément.

AVERTISSEMENT

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Il y a longtemps que je m'occupe DES PROVERBES, considérés comme expression des mœurs et des coutumes nationales. J'en ai publié, en 1842, un dictionnaire qui a obtenu quelque succès en France et à l'étranger. Depuis, j'ai revu et considérablement augmenté ce premier travail, dont j'ai inséré de nombreux fragments inédits dans mes _Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français_, etc.

Il m'a paru piquant de détacher encore de mon manuscrit les proverbes, maximes et dictons relatifs aux Femmes, à l'Amitié, à l'Amour et au Mariage, et de former, en leur donnant des développements nouveaux, une sorte de blason proverbial de ces quatre objets, sur lesquels on n'a cessé et on ne cessera jamais d'écrire.

Je n'ai point voulu suivre l'exemple des auteurs qui se sont amusés à faire des archives de satire et de scandale contre le beau sexe. J'ai dit de lui le bien comme le mal avec une liberté consciencieuse, et j'ai tenu à respecter mon sujet. J'espère donc qu'il ne désapprouvera point les vérités que ce petit livre lui présente, vérités sérieuses quoique sous une forme parfois plaisante et vive.

Puisse le public, de son côté, l'accueillir avec la même indulgence que mes publications précédentes.

PROVERBES

SUR

LES FEMMES

Il faut trente qualités à une femme pour être parfaitement belle.

C'est ce qu'a dit le premier l'auteur d'un vieux livre français intitulé: _De la Louange et de la Beauté des dames_, où il a résumé trois par trois en dix triades, les trente choses qui, suivant lui, constituent la perfection, la beauté idéale de la forme féminine telle que fut, dit-on, celle d'Hélène.

Corniger a mis le texte français en dix-huit vers latins, qui ont été insérés par Jean Nevizan dans sa _Forêt nuptiale_ et qui débutent ainsi:

_Triginta hæc habeat quæ vult formosa vocari. Fœmina sic Helenam fama fuisse refert._

«La femme qui veut être reconnue belle doit avoir les trente qualités que la renommée attribue à Hélène.»

Vient ensuite l'énumération de ces trente qualités dont nous donnons la traduction tirée du conte de Saintine intitulé: un _Rossignol pris au trébuchet_:

Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains; Trois noires: les yeux, les sourcils et les cils; Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles; Trois longues: le corsage, les cheveux et les cils; Trois larges: la poitrine, le front et les hanches; Trois étroites: la bouche, la ceinture et le cou-de-pied; Trois grosses: le bras, le mollet et ***; Trois arquées: la taille, le nez et les sourcils; Trois rondes: le sein, le cou et le menton; Trois petites: le pied, la main et l'oreille.

Il faut choisir une femme avec les oreilles plutôt qu'avec les yeux.

Il faut considérer la bonne réputation plutôt que la beauté de celle qu'on veut prendre pour épouse. Ne regarder qu'à la beauté dans le choix d'une épouse, c'est vouloir, comme disait la reine Olympias, _se marier pour les yeux_, ou, suivant une expression dont Corneille s'est servi: _épouser un visage_.

_Heirathe das Weib, nicht die Gestalt_ (prov. allemand). _Épouse la femme, non la figure._

On lit dans les _Préceptes de mariage_ de Plutarque:

«Il ne faut pas se marier au gré de ses yeux seulement, ni au rapport de ses doigts, comme font aucuns qui comptent sur leurs doigts combien leur femme leur apporte en mariage, et ne considèrent pas premièrement si elle est conditionnée de sorte qu'ils puissent vivre heureux avec elle.»

Lamothe le Vayer dit que le sommeil dans lequel Dieu plongea notre premier père, au moment où il voulut lui donner une compagne, est un avis de nous défier de notre vue et de prendre une femme les yeux fermés.

Fille honnête et morigénée Est assez riche et bien dotée.

Cette maxime rimée est prise de la réponse que fit Bias, l'un des sept sages de la Grèce, à quelqu'un qui lui demandait quelle était la meilleure dot d'une fille. C'est une vie pudique, dit le philosophe. La demande et la réponse ont été renfermées dans cet hexamètre du poète Ausone:

_Quæ dos matronæ pulcherrima?--Vita pudica._

«Diamant qui n'a point de tache est toujours bien enchâssé. Il en est de même d'une fille: elle est assez noble et assez riche si elle est chaste, modeste et vertueuse.» (Maxime chinoise.)

_Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata._ (_Ecclesiastic._, XXVI, 19.) «La femme sage et pudique a une grâce au-dessus de toute grâce.»

Maison faite et femme à faire.

Il faut acheter une maison toute faite, afin de ne pas être exposé aux inconvénients et aux dépenses qu'entraîne la bâtisse, et il faut prendre une jeune femme dont le caractère ne soit pas entièrement formé, afin de pouvoir la façonner sans peine à la manière de vivre qu'on veut lui faire adopter.

Les Anglais disent dans le même sens: _A horse made and a wife to make._--_Cheval fait et femme à faire._

Il faut être le compagnon et non le maître de sa femme.

Traduction littérale du proverbe roman:

_De sa molher cal estre Lo companho no lo maestre._

Il faut que l'autorité d'un mari sur sa femme soit celle de la raison. Il doit s'appliquer à la diriger par de sages conseils, non par des prescriptions rigoureuses, être pour elle un guide bienveillant, non un dominateur tyrannique.

_La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne connaît point d'esclaves._ (Prov. chinois.)

«Il faut, dit Plutarque dans ses _Préceptes de mariage_, que le mari domine la femme, non comme le seigneur fait son esclave, ains (mais) comme l'âme fait le corps, par une mutuelle dilection et affection dont il est lié avec elle, et en lui complaisant et la gratifiant.»

On lit dans une interprétation talmudique du passage de la Genèse sur la création d'Ève: «Si Dieu eût voulu que la femme devînt le chef de l'homme, il l'eût tirée de son cerveau; s'il eût voulu qu'elle fût son esclave, il l'eût tirée de ses pieds. Il voulut qu'elle fût sa compagne et son égale, en conséquence il la tira de son côté.» Ce que saint Thomas a redit, en l'amplifiant de cette manière: «Dieu a créé ainsi la première femme d'abord par égard pour la dignité de l'homme, afin que l'homme fût lui seul le principe de toute espèce, comme Dieu est le seul principe de tout l'univers. En second lieu, la femme n'a pas été créée de la tête de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas dominer l'homme en maîtresse de l'homme; en troisième lieu, elle n'a pas été créée des pieds de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas être méprisée de l'homme comme la servante et l'esclave de l'homme; mais elle a été créée du côté de l'homme, du cœur même de l'homme, afin que l'on sache qu'elle doit être aimée par l'homme comme la moitié de l'homme, la compagne de l'homme, l'égale de l'homme.»

Ce passage de saint Thomas a été traduit et cité par le P. Ventura dans un sermon.

Les Arabes prétendent que Dieu ne voulut point tirer la femme de la tête de l'homme, de peur qu'elle ne fût coquette, ni de ses yeux, de peur qu'elle ne jouât de la prunelle, ni de ses oreilles, de peur qu'elle ne fût curieuse, ni de ses mains, afin qu'elle ne touchât point à tout, ni de ses pieds, afin qu'elle n'aimât pas trop à courir. Il la tira de la côte, de l'innocente côte d'Adam; et, malgré tant de précautions, ajoutent-ils malicieusement, elle eut un peu de tous ces défauts à la fois.

Rien n'est meilleur qu'une bonne femme.

_Nil melius mulier bona._ Ce texte latin, dont le proverbe est la traduction littérale, se trouve dans un recueil de sentences morales en vers latins, qu'Abélard composa pour l'instruction de son fils.

Mais Hésiode avait dit avant Abélard: «Il n'est aucun bien préférable à une bonne femme.»

Le trouvère Chardy, dans le _Petit Plet_, poëme publié au treizième siècle, emploie cette autre sentence analogue: _Une bonne femme est le plus grand bienfait de la Providence._

_Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum, et hauriet jucunditatem a Domino._ (Salomon, _Prov._, XXVIII, 22.) «Qui a trouvé une bonne femme a trouvé le bien par excellence, et il a reçu du Seigneur une source de joie.»

_Mulieris bonæ beatus vir: numerus enim annorum illius duplex._ (_Ecclesiastic._, XXVI, 1.) «Heureux le mari d'une bonne femme, car le nombre de ses années est doublé.»

Ce qui fait entendre, par contre, que la vie du mari d'une mauvaise femme est diminuée de moitié.

«La femme, dit Shakespeare, est un mets digne des dieux quand le diable ne l'assaisonne pas.»

Qui de femme honnête est séparé, d'un don divin est privé.

Proverbe qui paraît avoir été inspiré par ce passage de l'Ecclésiastique: «La bonne conduite de la femme est un don de Dieu. _Disciplina illius datum Dei est._» (XXVI, 17.)

Une femme honnête est vraiment un _don divin_, et il n'y a point de plus grand malheur pour un mari que d'en être séparé, car il perd avec elle un sage conseil dans ses entreprises, une douce consolation dans ses chagrins, une heureuse assistance dans ses infirmités, une source d'agréments et de joie dans toutes les situations de la vie. Et quel trésor sur la terre pourrait valoir cette fidèle amie, cette tendre bienfaitrice ou plutôt cette providence de tous les instants: «Un pareil trésor, dit Salomon, est plus précieux que ce qu'on va chercher au loin et aux extrémités de la terre. _Procul et de ultimis finibus pretium ejus._» (Prov., XXXI, 10.)

La femme fait la maison.

Tout irait mal dans une maison sans la femme, la femme sensée, bien entendu. C'est elle qui en est vraiment le génie tutélaire et qui en fait la prospérité, en y établissant l'ordre moral et matériel par sa sagesse, par sa surveillance, par son application aux détails du ménage et par une foule de soins que le mari ne saurait prendre aussi bien qu'elle.

Ce proverbe, auquel on ajoute souvent une contrepartie, en disant _la femme fait ou défait la maison_, existe depuis les temps les plus reculés. Il se retrouve dans les paroles suivantes de Salomon: _Sapiens mulier ædificat domum suam: insipiens exstructam quoque manibus destruet._ (_Prov._, XIV, 1.) «La femme sage bâtit sa maison: l'insensée détruira de ses mains celle même qui était déjà bâtie.»

On lit dans le _Manava-Dharma Sastra_, ou livre de la loi de Manou: _La femme, c'est la maison_, et dans un poëte indien: _La femme, c'est la fortune._

Les Allemands ont ce proverbe: _Die Haus Ehre liegt am Weib._ «L'honneur de la maison est à la femme.»

La plus honnête femme est celle dont on parle le moins.

«Les anciens, dit Jean-Jacques Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert, avaient, en général, un très-grand respect pour les femmes; mais ils marquaient ce respect en s'abstenant de les exposer au jugement du public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient les plus pures était celui où l'on parlait le moins des femmes, et que la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins.» C'est sur ce principe qu'un Spartiate, entendant un étranger faire de magnifiques éloges d'une dame de sa connaissance, l'interrompit en colère: «Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de médire d'une femme de bien?» De là venait aussi que, dans leur comédie, les rôles d'amoureuses et de filles à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des filles publiques.»

Quoique nous n'ayons point pour les femmes le même respect que les anciens, nous n'en avons pas moins adopté la maxime proverbiale dont ils se servaient, comme d'une espèce de _criterium_ qui leur faisait reconnaître le degré d'estime qu'ils devaient à chacune d'elles. Il y a même dans notre langue une expression vulgaire qui vient à l'appui de cette maxime: c'est l'expression _faire parler de soi_. Quand elle s'applique à une femme, elle emporte toujours une idée de blâme, tandis qu'elle se prend généralement dans un sens d'éloge quand elle se rapporte à un homme. _Cette femme fait parler d'elle_ est une phrase qui signifie que cette femme donne lieu à de mauvais propos sur son compte par une conduite répréhensible. _Cet homme fait parler de lui_ se dit ordinairement pour exprimer que cet homme se distingue par ses talents ou par ses belles actions.

_La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas._ (Prov. chinois.)

La maxime qui veut que la femme la plus honnête soit celle dont on parle le moins a été attribuée par quelques-uns à Périclès, par quelques autres à Thucydide, quoique celui-ci ne la cite que comme un mot de Périclès, et par Synésius à Osiris. Elle a été désapprouvée par Plutarque au début de son traité _Des vertus des femmes_. «Il me semble, dit-il, que Gorgias estoit plus raisonnable, qui vouloit que la renommée, non le visage de la femme, fût connue de plusieurs.»

La bonne femme n'est jamais oisive.

Si elle l'était, elle ne serait pas la bonne femme, c'est-à-dire celle qui se dévoue à la pratique de tous ses devoirs avec lesquels l'oisiveté _mère des vices_ est incompatible; car, suivant une maxime de Pythagore «le phénix est une femme oisive et sage à la fois.»

Notre proverbe est l'expression d'une pensée qui domine dans le portrait que Salomon a tracé de la _femme forte_ ou vertueuse. Voici ce portrait où l'on verra la réunion des qualités qui devaient constituer le caractère de la femme par excellence dans les mœurs primitives:

«Qui trouvera la femme forte? Elle est plus précieuse que ce qui s'apporte de l'extrémité du monde.

»Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et il ne manquera point de dépouilles.

»Elle lui rendra le bien et non le mal pendant tous les jours de sa vie.

»Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses.

»Elle est comme le vaisseau d'un marchand qui apporte de loin son pain.

»Elle se lève lorsqu'il est encore nuit: elle a partagé le butin à ses domestiques et la nourriture à ses servantes.

»Elle a considéré un champ, et l'a acheté; elle a planté une vigne du fruit de ses mains.

»Elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras.

»Elle a goûté, et elle a vu que son trafic est bon; sa lampe ne s'éteindra point pendant la nuit.

»Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le fuseau.

»Elle a ouvert sa main à l'indigent; elle a étendu ses bras vers le pauvre.

»Elle ne craindra point pour sa maison le froid ni la neige, parce que tous ses domestiques ont un double vêtement.

»Elle s'est fait des meubles de tapisserie; elle se revêt de lin et de pourpre.

»Son mari sera illustre dans l'assemblée des juges, lorsqu'il sera assis avec les sénateurs de la terre.

»Elle a fait un linceul et l'a vendu, et elle a donné une ceinture au Chananéen.

»Elle s'est revêtue de force et de beauté, et elle rira au dernier jour.

»Elle a ouvert sa bouche à la sagesse, et la loi de clémence est sur sa langue.

»Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son pain dans l'oisiveté.

»Ses enfants se sont levés et ont publié qu'elle était très-heureuse, son mari s'est levé, et il l'a louée.

»Beaucoup de filles ont amassé des richesses; mais vous (ô femme forte) les avez toutes surpassées.

»La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine: la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée.

»Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses propres œuvres la louent dans l'assemblée des juges.»

(_Proverbes_, ch. XXXI, trad. de Le Maistre de Sacy.)

Prends le premier conseil d'une femme, et non le second.

Les femmes jugent mieux d'instinct que de réflexion: elles ont l'_esprit prime-sautier_, suivant l'expression de Montaigne; elles savent pénétrer le secret des cœurs et saisir le nœud des intrigues et des affaires avec une merveilleuse sagacité, et les soudains conseils qu'elles donnent sont presque toujours préférables aux résultats d'une lente méditation. C'est pour cela sans doute que les peuples celtiques leur attribuaient le don des oracles, et leur accordaient une grande influence dans les délibérations politiques. Ils disaient que _si la raison de l'homme vient de la vie et de la science, celle de la femme vient de Dieu_.

Les Hébreux, les Grecs et les Romains pensaient aussi que les femmes avaient des lumières instinctives qui leur venaient d'en haut. La Sulamite de Salomon, la Diotime de Platon et l'Égérie de Numa attestent, chez eux, l'existence de ce préjugé auquel l'Inde ne fut peut-être pas étrangère, comme le prouve le drame de Sacontala.

Les Chinois croient que les secondes vues chez les femmes ne valent pas les premières, et ils disent, par un proverbe semblable au nôtre: _Les premiers conseils des femmes sont les meilleurs, et leurs dernières résolutions sont les plus dangereuses._

Ce que femme veut Dieu le veut.

Il n'y a pas moyen de résister à la volonté de la femme. Ce qu'elle veut doit s'accomplir comme si Dieu le voulait.

En attribuant ainsi à l'opiniâtre vouloir du beau sexe une force égale à la puissance divine, on n'a fait que prêter une nouvelle forme à une pensée fort ancienne qu'on trouve dans ce passage des _Troyennes_ d'Euripide: «Toutes les folles passions des mortels sont pour eux autant de Vénus;» et dans le 185e vers de l'_Énéide_ de Virgile, liv. IX:

_Sua cuique deus fit dira cupido._

Chacun se fait un dieu de son brûlant désir.

Les Latins avaient deux proverbes analogues, qu'ils appliquaient aux hommes comme aux femmes: «_Nobis animus est deus._ Notre esprit est un dieu pour nous.» «_Quod volumus sanctum est._ Ce que nous voulons est saint et sacré.» Le premier est rapporté en grec par Plutarque, et le second est cité par saint Augustin.

On connaît ce vers charmant de La Chaussée:

Ce que veut une femme est écrit dans le ciel.

Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa tige.

Le crayon de Grandville a illustré ce proverbe d'un dessin qui offre une scène de la vie privée. On y voit un marchand tenant un cachemire, un mari lisant la facture avec une espèce de contorsion qui signifie que madame doit renoncer au précieux tissu, et celle-ci, pressant sur son sein le bras du Père Éternel, dont le geste commande la soumission au mari récalcitrant. Toutes les circonstances sont très-bien caractérisées, tous les détails sont rendus fort joliment; mais il est à regretter que l'artiste n'ait point songé à placer dans un coin le diable en tapinois, riant du Père Éternel qui a la bonhomie de soumettre sa volonté à celle de la femme.

Il n'est plus fort lien que de femme.

Il est presque impossible de se détacher d'une femme qu'on aime. L'amant dépité contre sa maîtresse a beau jurer de la fuir; tous les serments que sa bouche prononce sont démentis par son cœur. Une attraction invincible le ramène sans cesse vers elle. Les efforts qu'il a faits pour relâcher les nœuds qui l'enlacent n'ont servi qu'à les resserrer davantage, et le voilà plus que jamais livré, corps et âme, à celle dont les regards si ravissants, les sourires si gracieux, les paroles si pleines de charme et les caresses si enivrantes, lui donnent, dans sa captivité, un bonheur qu'il n'eut pas dans son indépendance.

Le proverbe: _Il n'est plus fort lien que de femme_, s'applique aussi au lien conjugal que tant de _maris bien marris_ se plaignent de ne pouvoir rompre.

La plus belle femme (ou la plus belle fille) ne peut donner que ce qu'elle a.

Pour dire que, lorsqu'une personne fait tout ce qu'elle peut, il ne faut pas lui demander davantage.

Ce proverbe n'est pas juste sous tous les rapports; car en amour une femme donne plus que ce qu'elle accorde, puisque c'est l'imagination qui fait le prix de ce qu'on reçoit. Ses faveurs _ont plus que leur réalité propre_, suivant l'heureuse expression de Montesquieu. Voltaire a très-bien dit aussi: «L'amour est l'étoffe de la nature que l'imagination a brodée.»

Stendhal a exprimé la même idée par cette comparaison ingénieuse: «Aux mines de sel de Saltzbourg, on jette, dans les profondeurs abandonnées de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes: les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.

«C'est ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.»

«C'est, dit-il encore, cet ensemble d'illusions charmantes qu'on se fait sur l'objet aimé que j'appelle cristallisation.»

Il n'est attention que de vieille femme.

Une jeune femme ne s'occupe guère que d'elle-même. Elle est enivrée de sa beauté au point de croire qu'elle n'a pas besoin d'autre séduction pour régner sur les hommes. Mais il n'en est pas de même d'une femme qui commence à vieillir. Elle sent que son empire ne peut plus se maintenir par des charmes qu'elle voit s'altérer chaque jour. Elle sacrifie sa vanité aux intérêts de son cœur; elle s'applique à fixer l'homme qu'elle aime par les attraits de la bonté; elle est toujours aux petits soins pour lui plaire, et il n'y a point de douces prévenances, de délicates attentions qu'elle ne lui prodigue.

Ce proverbe s'entend aussi de certaines fonctions domestiques confiées aux femmes. Il est reconnu qu'une vieille femme s'en acquitte plus soigneusement qu'une jeune. Par exemple: elle est bien meilleure garde-malade, car elle ne cherche pas autant à prendre ses aises et ne craint pas que la privation de sommeil lui donne un teint pâle avec des yeux battus.

La femme est toujours femme.

C'est-à-dire toujours faible, toujours légère, toujours inconstante, etc.; tel est le jugement qu'en porte Virgile:

... Varium et mutabile semper Fœmina.

(_Æneid._, IV, 569.)

Ce que François Ier répétait dans le premier vers de ce distique inscrit par lui sur le panneau d'une fenêtre de Chambord:

Toujours femme varie, Est bien fol qui s'y fie.

Shakespeare s'écriait: «_Frailty, thy name is Woman_. Fragilité, ton nom est femme.»

Est-il permis de douter de la vérité proverbiale affirmée par un roi et par deux grands poëtes?--Pourquoi pas? répondent les femmes: la parole royale, jadis réputée infaillible, n'a plus de crédit aujourd'hui, et les paroles des poëtes n'en ont jamais eu. Un d'eux a dit, et il faut l'en croire, qu'ils réussissaient mieux dans la fiction que dans la vérité.

La femme est un oiseau qu'on ne tient que par le bout de l'aile.