Projet de restauration de Notre-Dame de Paris
Chapter 2
C'est après la construction de la façade occidentale, et vers le milieu du XIIIe siècle que des modifications graves furent apportées à la basilique de Maurice de Sully. Les fenêtres de la nef et du choeur, dont nous avons déjà parlé, furent alors élargies et allongées jusque sur l'arcature des galeries, et des meneaux furent placés dans ces fenêtres avec assez peu de goût. Cette nouvelle disposition eut cela de fâcheux, qu'elle fit substituer aux combles simples qui couvraient les galeries des terrasses avec doubles cheneaux, qui entretiennent une humidité constante sur les voûtes.
Là commencent déjà les mutilations innombrables que Notre-Dame a subies depuis, car ces grandes fenêtres ogivales, non concentriques avec les anciennes, outre qu'elles ne sont pas en proportion avec tout ce qui les entoure, sont une cause de ruine pour l'édifice, et à laquelle il est difficile d'apporter un remède efficace.
Soit que les portails des transcepts n'aient pas été achevés ou même construits par Maurice de Sully, soit que leur décoration ne fût plus dans le goût du XIIIe siècle, soit que les fenêtres de la nef et du choeur ayant déjà été agrandies, fissent paraître trop petits les jours du transcept, c'est en 1257, sous le règne de Saint-Louis, que Regnault de Corbeil, évêque de Paris, fit élever ou refaire par maître Jean de Chelles le portail méridional du transcept, ainsi que le constate l'inscription curieuse que l'on y voit encore, malgré toutes les mutilations qu'elle subit chaque jour[8]. Tout le premier système d'architecture fut modifié, et des roses furent substituées aux fenêtres.
[Note 8: ANNO. DOMINI. MCCLVII. MENSE. FEBRVARIO. IDUS. SECUNDO. HOC. FUIT. INCEPTUM. CHRISTI. GENITRICIS. HONORE. KALLENSI. LATHOMO. VIVENTE. JOHANNE. MAGISTRO.]
Jusqu'en 1270, les bas côtés de la cathédrale n'étaient pas ornés de chapelles, cette disposition plus simple et plus grandiose fut abandonnée à cette époque. Jean de Paris, archidiacre de Soissons, mort vers 1270, légua cent livres tournois pour élever ces chapelles[9] qui furent construites entre les contreforts, et ornées extérieurement de pignons et statues[10]. Il est probable que les chapelles qui sont au commencement du choeur furent construites, sinon à la même époque que celles des bas-côtés de la nef, du moins peu de temps après celles-ci, car elles présentent les mêmes caractères.
[Note 9: Leboeuf. _Observations sur l'antiquité de l'édifice de Notre-Dame._]
[Note 10: Plan de Turgot.--Corrozet. (_Voir les dessins, preuves à l'appui._)]
Le portail septentrional fut bâti cinquante ans après celui du midi, c'est-à-dire vers l'an 1312 ou 1313. Philippe-le-Bel employa à sa construction une partie des biens des Templiers, après la suppression de l'ordre. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la construction de la porte rouge doit être de cette époque, quoique le docteur Grancolas dans son histoire abrégée de l'église et de l'université de Paris, prétende qu'elle ait été bâtie par Jean-Sans-Peur, depuis 1404 jusqu'en 1419:
Les chapelles qui font le tour du choeur ainsi que les fenêtres qui décorent la galerie supérieure dans cette partie de l'édifice sont du commencement du XIVe siècle. Cette époque fit pour les fenêtres de la galerie ce qui avait été fait dans le XIIIe siècle pour les grandes fenêtres; et tous les inconvéniens causés par les eaux pluviales sur les galeries supérieures, se reproduisent sur les voûtes des chapelles du choeur. Les actes de fondation de quelques-unes de ces chapelles, faits en 1324, donnent l'époque de leur fondation, qui s'accordent parfaitement avec leur caractère archéologique[11].
[Note 11: _Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique et civile de Paris_, 1739, t. I, p. 75 et 112.--_Nécrologie du XIIIe siècle_. M. S., fonds de N.-D., Bibliot. du Roi, n° 3883.]
Intérieurement, les XIIe et XIIIe siècle dominent, l'importance de la nef laisse à peine apercevoir toutes les constructions faites dans le XIVe siècle.
Il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie des bas-reliefs qui ornaient le tour du choeur, ceux qui se trouvaient dans le rond-point ont été détruits ainsi que le jubé qui en fermait l'entrée. Une inscription placée du côté du nord, au-dessus d'une figure d'homme à genoux, donnait la date de cette charmante imagerie[12].
[Note 12: C'est maître Jean Ravy, qui fut maçon de Notre-Dame de Paris l'espace de vingt-six ans, et commença ces nouvelles histoires; et maître Jean Bouteillier les a parfaites en l'an MCCCLI.]
Le père Dubreul nous donne des renseignemens curieux sur cette partie intéressante de l'ornementation de Notre-Dame, dont il ne reste que les portions adossées aux stalles[13].
[Note 13: Le choeur de l'église Notre-Dame est clos d'un mur percé à jour autour du grand autel, au haut duquel sont représentés en grands personnages de pierre, dorés et bien peints, l'_Histoire du Nouveau-Testament_, et, plus bas, l'_Histoire du Vieux-Testament_, avec des écrits au-dessous qui expliquent lesdites histoires. Le grand Crucifix qui est au-dessus de la grande porte du choeur avec la croix, n'est que d'une pièce; et le pied d'iccluy, fait en arcade, d'une autre seule pièce, qui sont deux chefs-d'oeuvre de taille et de sculpture. (Dubreul.--_Théâtre des antiquités de Paris_.)]
Il existe un procès-verbal, daté de 1699, de la démolition de l'ancien autel qui indique d'une manière fort exacte la disposition si intéressante de cet autel, de ce qui l'entourait, sa décoration, et jusqu'aux plus menus détails. Ce procès-verbal décrit aussi très minutieusement et la châsse de Saint-Marcel, qui était placée derrière le maître-autel avec son riche dais supporté par quatre colonnes de cuivre, et le petit autel des ardens, placé derrière cette châsse[14].
[Note 14: _Descriptions historiques des curiosités de l'église de Paris_, par M. C. P. G., 1763. Paris.]
Trois siècles avaient travaillé à l'achèvement de cette reine des cathédrales de France, trois siècles avaient jeté dans ce grand monument tout ce qu'ils avaient pu réunir de plus riche; tout leur art, toute leur science. Trois siècles enfin étaient parvenus a parfaire l'oeuvre commencée par le pieux évêque Maurice de Sully. Le monument était complet. Pourquoi ne pas l'avoir conservé ainsi? À partir du XIIIe siècle ce n'est plus, pour l'église Notre-Dame, qu'une suite de mutilations, de changemens sous prétexte d'embellissemens.
De cette époque, ce ne sont plus tant les intempéries des saisons qui détruisent une si belle oeuvre que la main des hommes.
Lorsqu'on énumère cette suite de destructions, on ne comprend pas comment il reste encore de si beaux vestiges de l'ancien édifice. Nous allons passer rapidement sur tous ces actes de vandalisme que notre époque veut enfin réparer.
En 1507, le parlement ordonna que la rue qui conduit du pont Notre-Dame au Petit-Pont, serait remblayée jusqu'à dix pieds de hauteur, attendu qu'il fallait _trop descendre_ pour arriver à Notre-Dame, et _trop monter_ pour y entrer[15]. Ainsi furent enterrées les 13 marches qui précédaient les portes de la façade occidentale. Peu après, le sol du parvis finit par atteindre celui de l'église, et même par le dépasser. En 1699, l'exécution par Louis XIV du voeu de Louis XIII, fit détruire les bas-reliefs du rond-point, l'ancien maître-autel, les stalles en boiseries du XIVe siècle, le dais de la châsse Saint-Marcel et l'autel des ardens. Cette charmante décoration, dont quelques rares dessins, tapisseries et gravures nous ont laissé l'aspect, fut remplacée par la lourde architecture qui nous cache les belles colonnes du choeur. En 1725, le cardinal de Noailles fit refaire intérieurement la rose, une partie du pignon et les clochetons du côté du midi, en modifiant tous les profils et ornemens.
[Note 15: Sauval.--_Histoire des Antiquités de Paris_, t. I.]
Ce prélat, plein d'un zèle fatal au monument, fit abattre les saillies et gargouilles qui ornaient les contreforts, et qui servaient à jeter les eaux pluviales; il les fit remplacer par des tuyaux en plomb.
L'ancien jubé, dont l'ensemble est indiqué dans une gravure de Viator et quelques fragmens dans un dessin curieux[16], fut détruit par le cardinal de Noailles, qui le fit remplacer par une lourde décoration dont la révolution de 1789 a fait justice. C'est à cette époque que l'église fut _badigeonnée_ pour la première fois! Cet archevêque de Paris, nous devons lui rendre cette justice, ne borna pas ses soins à _embellir_, suivant le goût de son époque, l'église de Notre-Dame. En 1726, il fit refaire toute la couverture en plomb[17], quelques parties de la grande charpente, plusieurs arcs-boutans, les galeries, terrasses, et reconstruire la grande voûte de la croisée qui menaçait ruine.
En 1741, les vitraux peints des fenêtres de la nef, qui représentaient des évoques et personnages de l'ancien testament, furent détruits. En 1753, on enleva également ceux du sanctuaire qui représentaient le Christ entre la Vierge et saint Jean-Baptiste.
[Note 16: Bib. royale. Estampes.--Topographie, et Artifices de la perspective, de Viator, trad. Pellegrin.]
[Note 17: Poids total du plomb: 220,240 livres.]
Le chapitre de Notre-Dame fit briser ces verrières, dont le père Dubreul parle comme d'une merveille; ce fut un certain _Le Viel, maître-vitrier_, fort versé dans la théorie de la _peinture sur verre_, auteur d'un _Traité pratique et historique_ sur cet art[18], qui fut chargé de remplacer cette magnifique décoration par des verres blancs, entourés de bordures fleurdelisées. Nous ne savons si le sieur Le Viel comprenait ainsi la _partie pratique et historique de son art_; mais ce qu'il y a de curieux, c'est que ce malheureux ouvrier fut tellement satisfait de son oeuvre de destruction, qu'il peignit sur l'une des verrières une longue inscription latine, dans laquelle il dit pompeusement que les vitraux ont été refaits en verres blancs de France, et les bordures en verres bleus de Bohême; il termine ainsi: «Le tout fait et peint par Pierre et Jean Le Viel frères, maîtres-vitriers à Paris.»
[Note 18: _Curiosités de l'église de Paris_, par M. C. P. G. 1765.]
Nous ne comprenons pas ce que le mot peint peut avoir à faire ici. Cet acte de barbarie fut malheureusement répété bien des fois, à cette époque, dans nos cathédrales. Les chapitres voulurent trouver leurs églises trop sombres; à Chartres, à Paris, à Reims, et dans cent autres édifices, les verres blancs remplacèrent les verrières peintes, et le badigeonnage acheva d'enlever à nos temples leur mystérieuse obscurité. Mais, à Notre-Dame, on ne se contenta pas de briser les vitraux; les meneaux des grandes croisées furent encore recoupés, retaillés de la façon la plus déplorable, sans doute pour donner plus d'éclat et de développement aux nouveaux _vitraux peints_ des sieurs Leviel.
Ce fut probablement peu de temps après cette dernière destruction que fut enlevé le curieux vitrail du XIVe siècle, placé dans la chapelle d'Harcourt[19].
[Note 19: Ce vitrail représentait la cour céleste des papes, des empereurs, des rois, des reines, des légats, des cardinaux, des archevêques, des évêques, des religieux et religieuses de différens ordres. Il n'en existe plus qu'une description dans les _Curiosités de l'église de Paris_.]
Nous voici arrivés à l'une des mutilations les plus importantes de l'église Notre-Dame; nous voulons parler de celle qu'a subie la porte principale du portail actuel. Ce fut le 1er juillet 1771 que Soufflot posa la première pierre de la nouvelle construction, chose monstrueuse qui coûta la destruction de la figure du Christ, posée sur le trumeau du milieu, et d'une partie du beau bas-relief représentant le Jugement dernier. Cet architecte avait déjà marqué son passage à Notre-Dame, en 1756, par la construction de la nouvelle sacristie, qui vient si lourdement s'accoler aux chapelles méridionales de la cathédrale. C'est vers la même époque, en 1766, que fut construite la grande cave pratiquée sous la nef depuis les piliers de la tour jusqu'à ceux du transcept. En 1772, le chapitre fait restaurer à ses frais plusieurs des figures qui décorent les voussures de la porte de la Vierge, sur la façade occidentale[20]. À partir de cette époque, les destructions deviennent si fréquentes jusqu'à nos jours, que nous avons peiné à les classer.
[Note 20: _Recueil des conclusions du Chapitre_ de 1767 à 1772.]
Le dallage du choeur est remplacé de 1769 à 1775, ainsi que celui de la nef et des bas-côtés. En faisant cette opération, on élève le sol de l'église, et les bases des colonnes sont plaquées en marbre de Languedoc. Déjà, en 1699, en fondant le maître-autel, on avait constaté l'existence de deux dallages superposés, dont l'un était composé de petits carreaux octogones en marbre blanc; ainsi, le sol actuel de l'église doit être beaucoup plus élevé que l'ancien. C'est en 1771 que fut posée la grille qui se voyait devant le portail occidental.
En 1773, l'architecte Boulland supprime toute la décoration du mur des chapelles de la nef, du côté méridional, et la remplace par un mur lisse surmonté d'un cheneau[21].
[Note 21: Ce travail coûta 40,000 livres.]
En 1780, on badigeonne de nouveau toute l'église, et la statue colossale de saint Christophe, placée devant le premier pilier à droite en entrant, est enlevée et détruite.
En 1782, le chapitre fait remplacer le petit pavé de grès qui formait le sol de la galerie de la Vierge par un dallage en liais; puis les arcs-boutans du choeur, du côté du midi, sont engagés dans une lourde maçonnerie qui, faite dans le but de les consolider, les entraîne vers une ruine certaine.
En 1787, la façade occidentale[22] est livrée à un sieur Parvy, architecte, qui imagina un moyen de restauration fort simple: il prit le parti de couper toutes les saillies, gargouilles, moulures, colonnes mêmes, chapiteaux, enfin, tout ce qui pouvait présenter quelques difficultés à réparer. Cet architecte parvint encore à enlever à la grande galerie à jour toute son élégance, en bouchant les trèfles de son arcature avec de mauvaises dalles. Ce fut lui qui fit couper à vif tous les ornemens et moulures qui décoraient la grande rose de cette façade; qui reconstruisit, en la dénaturant, l'une des galeries de la cour des réservoirs, et qui, par une raison impossible à deviner, transforma toute l'arcature de la grande galerie, du côté de cette cour, en un parement lisse.
[Note 22: _Description historique de la basilique métropolitaine de Paris_, par A. P. M. Gilbert.]
Ces dévastations n'étaient que le prélude de celles que la révolution de 1789 devait faire subir à Notre-Dame de Paris.
Des câbles, attachés aux statues de rois qui décoraient la galerie occidentale, les arrachèrent de leurs niches séculaires. Les saints, les apôtres des façades, furent jetés sur la place. Un grand nombre de ces débris resta long-temps après la révolution amoncelé le long des chapelles du nord. Les statues du portail méridional furent ensevelies pour servir de bornes rue de la Santé. L'un de nous en constata l'existence en décembre 1839, et les fit transporter, aux frais de la ville, au Palais des Thermes.
Les sépultures et monumens votifs intérieurs furent brisés et enlevés. Quelques-uns de ces fragmens, déposés au musée des Petits-Augustins, furent, depuis, transportés à Saint-Denis et à Versailles. Il serait peut-être à désirer que ces objets fussent rendus à la cathédrale dépouillée; dans tous les cas, nous en donnons ici une note exacte[23].
[Note 23: Monumens enlevés de l'église Notre-Dame de Paris, transférés au musée des Petits-Augustins, leur destination actuelle.
1° Une pierre octogone ayant servi de support à une statue de l'évêque Matiffas de Bucy. Elle porte cette inscription:
Ci est le ymage de bonne mémoire Simü
Matiffas de Buci de le esveschie de Soissons jadis esveques de Paris par qui furent fondées premièrement ces trois chapeles ou il gist en lä de grace MCCXXIIII et XVI et puis lë fit toutes les autres envirñ le coeur de ceste eglise. Pics pour lui.
La statue de l'évêque, posée debout sur ce support, ne s'est pas retrouvée; mais la pierre, dont l'inscription vient d'être reproduite, est à Saint-Denis, dans la cour des Valois, où elle se dégrade. M. Debret la tient, depuis plusieurs mois, à la disposition du Ministre de l'Intérieur, afin qu'elle soit réintégrée à Notre-Dame.
2° Une statue en pierre, de grandeur naturelle, représentant Adam. Cette figure est nue. Adam se couvre les parties sexuelles d'une large feuille de figuier.
Monument de la fin du XIIIe siècle, provenant, suivant Lenoir, d'un des portails de Notre-Dame. La statue a été portée à Saint-Denis, où elle gît en ce moment couchée par terre dans la cour des Valois. Les déplace mens qu'elle a subis l'ont privée des deux jambes, qui existent encore, mais séparées du corps.
3° Les deux statues à genoux, en pierre peinte, de Jean Juvenal des Ursins, et de sa femme, Michelle de Vitry. XVe siècle.
Ces deux statues font maintenant partie du musée de Versailles.
4° Inscription funéraire en l'honneur de la famille des Ursins, sur marbre blanc. XVIIIe siècle.
Cette épitaphe, long-temps abandonnée dans une cour des Petits-Augustins, a été, dit-on, employée comme un marbre ordinaire pour servir de revêtement. Il pourrait se faire qu'elle eût été simplement retournée, et qu'une nouvelle inscription eût été gravée sur le revers de l'ancienne.
5° La Figure agenouillée du chanoine Pierre de Fayel, avec ses armoiries, et une inscription indicative des sommes données par lui pour les sculptures de la clôture du choeur de Notre-Dame. XIVe siècle.
Cette Figure, en demi-relief, qui faisait elle-même partie de la clôture du choeur, a été portée à Versailles. Elle n'a point encore été placée dans les galeries du musée, et se trouve au rez-de-chaussée, dans une salle de dépôt, près de la galerie des tableaux-plans.
6° Une Mort, squelette d'albâtre, peint couleur de bronze, attribuée par Lenoir au sculpteur François Gentil. Ce monument, placé originairement au cimetière des Innocens, fut transféré à Notre-Dame, lors de la suppression du cimetière.
La Mort tient une faulx, et s'appuie sur un cartel portant cette inscription:
Il n'est vivant tant soit plein d'art Ni de force pour résistance, Que je ne frappe de mon dart Pour donner aux vers leur pitance. Priez Dieu pour les trépassés.
La figure de la Mort est déposée au palais des Beaux-Arts, dans une des salles du rez-de-chaussée, au fond de la troisième cour, à droite en regardant l'hémicycle.
7° Une Vierge en marbre blanc de grandeur naturelle. XIVe siècle.
On ignore ce que ce monument est devenu.
8° Le célèbre tableau représentant toute la famille des Ursins. XVe siècle.
Ce tableau est au musée de Versailles, dans la première salle de la collection des portraits.
9° Plusieurs Vierges en pierre peinte ont été transportées du musée des Petits-Augustins à Saint-Denis. Une de ces statues provenait de Notre-Dame.
10° Statue en marbre, à genoux, du cardinal Pierre de Gondi, évêque de Paris, placée sur un entablement que portent quatre colonnes de marbre noir, au milieu desquelles on voit un grand cénotaphe de pareil marbre, chargé d'atributs et d'une inscription. XVIIe siècle.
La Statue est à Versailles. Les autres parties du tombeau ont été dispersées, l'entablement se voit encore au Salon des Beaux-Arts, dans le cloître près de la chapelle. On fera remarquer à ce sujet que lors de la translation des monumens historiques de l'ancien musée des Petits-Augustins, à Versailles, on enleva un certain nombre de mausolées dont les statues ont seules reparu dans le nouveau musée, dépourvues de la décoration qui les accompagnait originairement. Pour citer quelques exemples, les armoiries, l'épitaphe, les pilastres du tombeau du cardinal Mazarin, la décoration architectorale du tombeau du commandant de Souvré, les épitaphes de Caylus et de Chérin, l'écusson, l'épitaphe et la tombe de Raymond Philippeaux, conseiller d'état, etc., etc., transférés à Versailles, n'ont pas été rétablis dans les galeries du musée.
11° Statue en marbre blanc, à genoux, d'Albert de Gondi, duc de Retz, maréchal de France.
Monument composé comme celui du cardinal de Gondi. XVIIe siècle.
Même observation.
L'effigie du maréchal fait partie du musée de Versailles.
12° Louis XIV, à genoux, statue en marbre blanc, par Coyzevoz.
Rendu à Notre-Dame en 1816, enlevée en 1832, puis transportée dans la chapelle de Versailles.
13° Louis XIII, à genoux, sculpté en marbre blanc, par Guillaume Coustou.
Même observation que pour la statue de Louis XIV.
14° Groupe de la descente de croix, par Nicolas Coustou.
Réintégré à Notre-Dame.
15° Mausolée du compte d'Harcourt, par Pigalle.
Réintégré à Notre-Dame, maladroitement restauré.
16 Le Christ au tombeau, bas-relief, par Vassé.
À Notre-Dame, au maître-autel,
17° Statues, en marbre blanc, de Saint-Louis et de Saint-Maurice, sculptées en marbre blanc, par Jacques Rousseau, pour la chapelle de Noailles, XVIIIe siècle.
Ces figures ont été données à l'église de Choisy-le-Roy.
(1) Il existe aux Archives du royaume des dessins très complets et très bien exécutés de toutes ces tombes. M. Gilbert, conservateur de Notre-Dame, possède un dessin, peut-être unique, de le statue de Philippe-le-Bel.
(2) Voir aux Archives du royaume, les procès-verbaux détaillés de tous les objets qui composaient le trésor.]
Tout le sol du choeur était pavé de tombes de cuivre très remarquables; elles furent détruites et fondues, ainsi que la curieuse statue équestre de Philippe-le-Bel. Les cercueils en plomb servirent à faire des balles; enfin, le trésor, dont il ne reste que quelques morceaux, fut jeté dans le creuset de la Monnaie ou dispersé.
Retracer toutes ces dévastations est une chose impossible; et, d'ailleurs, qui ne se les rappelle ou n'a entendu les raconter cent fois?
La belle flèche en bois du XIIIe siècle ne résista pas à l'orage révolutionnaire, elle fut abattue, les plombs fondus, et aujourd'hui le milieu du transcept n'en laisse plus voir que la souche mutilée. La vieille basilique chrétienne, ainsi dépouillée de tout ce que la religion y avait réuni pendant six cents ans, devint un temple à la _Raison_.
Depuis cette époque, des modifications sérieuses furent encore apportées aux anciennes constructions. En 1809, un jubé en marbre, orné d'abeilles de bronze doré, et des grilles d'une belle exécution, en fer poli, et enrichies de cuivre, furent posées autour et devant le choeur. En 1811, on fit placer à toutes les fenêtres des chapelles des grilles en fer, qui masquent les meneaux de la manière la plus fâcheuse.
En 1812 et 1813, le mur des chapelles de la nef, côté septentrional, fut refait, les pignons en mauvais état furent remplacés par des frontons qui n'appartiennent à aucune époque. La corniche ancienne fut déposée et reposée dans de nouvelles conditions; les gargouilles supprimées et remplacées par des tuyaux de descente, les arcatures des fenêtres coupées à vif et modifiées, les gargouilles des piscines brisées, et les murs incrustés de pierres neuves. Le portail du nord ne fut pas plus respecté, des restaurations sans nom modifièrent entièrement le caractère de son ornementation. Cette façade est aujourd'hui d'un effet déplorable.
En 1817, un des arcs-boutans du choeur, côté du midi, est restauré à neuf, sans tenir compte de l'ancien appareil.
En 1818, la chapelle de l'extrémité du choeur est modifiée, la fenêtre centrale est bouchée par une niche portée extérieurement sur une trompe. Ce changement fait à l'abside, au point le plus en vue, est une tache choquante sur la gracieuse ceinture des chapelles qui entourent le choeur.
C'est à la même époque, en nettoyant les figures de la porte de la Vierge, que l'on découvrit des traces de peinture et de dorure parfaitement conservées[24].
[Note 24: Gilbert.]