Projet d'une loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes
Chapter 2
77º. Que _Charlemagne_, qui le premier, en France, ouvrit des écoles, en législateur profond n'y apella point les femmes. Et cet Empereur-roi prêcha d'exemple: il ne donna à ses filles d'autre éducation que celle de coudre et de filer.
CONSIDÉRANT:
78º. Que dans les siècles brillans de la chevalerie, époque si honorable et si glorieuse pour les femmes, elles n'avaient pas besoin d'apprendre à lire pour inspirer les braves: il suffisait de leur beauté et de leur vertu.
CONSIDÉRANT:
79º. Que _Jeanne d'Arc_ sçut bien délivrer la France, sans savoir lire.
CONSIDÉRANT:
80º. Qu'avant cette héroïne, la bergère de Nanterre qui sauva Paris en trouvant grace devant _Attila_, _Géneviève_ ne savait pas lire; quoiqu'un peintre niais l'ait représentée gardant ses moutons, l'évangile à la main.
CONSIDÉRANT:
81º. Que plusieurs d'entre les reines de France ne savaient pas lire; et ce ne furent pas les plus intriguantes.
Madame de _Maintenon_ qui avait des prétentions au savoir et à la politique, rapetissa, comme on sait, le génie de _Louis le Grand_, et compromit le salut de l'Etat.
CONSIDÉRANT:
82º. Que le cardinal de _Retz_, un jour, se désista d'une criminelle attaque, vaincu par les larmes d'une villageoise vertueuse; le prélat n'eût peut-être pas même eu de combat à soutenir avec une fille lettrée.
CONSIDÉRANT:
83º. Que l'amour de la science n'a pas la vertu de refréner les passions; témoin _Christine_, reine de Suéde qui fit assassiner son amant sous ses yeux dans la galerie de Fontainebleau.
CONSIDÉRANT:
84º. Combien la science mal digérée donne de bile.
_Antoinette Bourignon_, l'une des femmes qui fit le plus de livres, fut par cela même l'une des femmes les plus maussades, les plus difficiles à vivre.
CONSIDÉRANT:
85º. Combien les charmantes lettres de madame de _Sévigné_, et les poésies gracieuses de madame _Deshoulières_ ont fait de mauvaises copies.
CONSIDÉRANT:
86º. Que la belle _Laure_, dont les chastes appas firent tant d'impression sur le coeur de _Pétrarque_, et qui nous valut tant de beaux vers de ce poëte sensible, ne savait pas les lire.
«C'était, disent les historiens du tems et du pays, une pastourelle naïve, qui ne savait que garder un troupeau.»
CONSIDÉRANT:
87º. Que la belle et riche _Marguerite Sarrochia_, dame de Naples, aurait pu vivre longuement et être honorée de ses compatriotes: quelques talens en littérature lui inspirèrent tant de vanité qu'elle mourut jeune, flétrie par le chagrin, et chargée du mépris public.
CONSIDÉRANT:
88º. Que si miladi _Montaigue_, l'épouse de l'ambassadeur anglais à Constantinople, n'eût sçu ni lire ni écrire, elle n'eût point dégradé les lettres en repoussant d'un style de corps-de-garde, l'imputation vraisemblable que lui fit _Pope_ d'avoir reçu les honneurs du mouchoir dans la caserne des Janissaires.
Nous compterions un recueil de lettres curieuses de moins, et une femme estimable de plus.
CONSIDÉRANT:
89º. Que les _Américaines_ du midi portent seules tout le poids du ménage, et accouchent sans douleur; elles seraient moins robustes, moins saines, moins laborieuses, si elles savaient lire.
Il est prouvé que les _Femmes-Auteurs_ sont moins fécondes que les autres.
L'exemple de _Sainte-Brigitte_, mère de douze enfans et auteur de douze volumes, ne prouve rien: l'exemple d'une _sainte_ n'est qu'une exception.
CONSIDÉRANT:
90º. Combien il est choquant dans le langage ainsi qu'en morale, d'être obligé de donner aux femmes des qualifications masculines, telles que _Mademoiselle est auteur_, _Madame est amateur_, ou bien:
Les femmes _Beaux Esprits_, n'ont pas un bon esprit.
S.....
Cette dissonnance grammaticale tend à prouver que les femmes semblent abjurer leur sexe, quand elles exercent les professions que ces mots désignent.
CONSIDÉRANT:
91º. D'ailleurs, qu'empêcher les femmes d'apprendre à lire, c'est un grand pas de fait pour arrêter la multiplication des livres, et pour opérer une salutaire réforme dans la littérature tombée en quenouille.
CONSIDÉRANT:
92º. Ce que les auteurs de la _Galerie_ _universelle des Hommes Illustres_ placent dans la bouche de Voltaire:
«Du moment que le sexe, né pour plaire, eut la prétention de vouloir instruire, la morale et la littérature allèrent en décadence.»
(_Galerie Universelle_, _in-4º_.)
CONSIDÉRANT:
93º. Combien l'esprit naturel des femmes qui ne demande point à être cultivé, baisse de son prix, pour peu que l'art en approche.
Qui ne préfère, aux airs factices du serin, au jargon étudié de la pie ou du perroquet, le chant libre et sans apprêt du rossignol?
CONSIDÉRANT:
94º. Qu'il n'est pas très-nécessaire aux femmes d'apprendre l'_A_, _B_, _C_, pour se former le jugement; puisque _Molière_ se trouvait bien de consulter sa _servante_, laquelle ne savait pas lire.
_Malherbe_ aussi prenait l'avis de sa ménagère.
CONSIDÉRANT:
95º. Que dans les campagnes, beaucoup de fermières intelligentes gouvernent elles-mêmes l'intérieur et le dehors de la ferme, sans savoir lire.
CONSIDÉRANT:
96º. Qu'une jardinière qui ne sait pas lire, mais qui dans chaque saison fait éclore les fleurs les plus brillantes, est préférable à ces dames occupées matin et soir de l'assortiment de leurs pensées.
CONSIDÉRANT:
97º. Que les femmes insisteraient en vain sur la nécessité d'apprendre à lire, puisque _Duguesclin_ lui-même, connétable de France, et le plus grand homme de son siècle, ne savait ni lire, ni écrire.
(V. _Mém. sur l'anc. chevalerie_, par Ste. Palaye, in-4º.)
CONSIDÉRANT:
98º. Que les femmes douées d'un bon esprit seront les premières à consentir la présente loi, quand elles en auront pesé les motifs dans leur sagesse, et dans l'intérêt qu'elles inspirent. Elles verront dans cette mesure urgente et nécessaire, non pas une extension du despotisme viril, mais bien plutôt un rappel à la raison.
CONSIDÉRANT:
99º. Ce proverbe hébreu:
«Toute l'habileté d'une femme est dans sa quenouille;»--et ce proverbe français:
«Femme sage Reste à son ménage.»
CONSIDÉRANT:
100º. Ce qu'on lit dans Aristote:
«La femme ne doit penser qu'à la conservation de ce qui se trouve dans l'intérieur de la maison.»
(_Les Économiques._)
CONSIDÉRANT:
101º. La solidité de ces paroles de _Fénélon_:
«Les filles qui ont de l'esprit s'érigent souvent en savantes et en précieuses; elles lisent tous les livres qui peuvent nourrir leur vanité, et se remplissant l'esprit de je ne sais quelles idées chimériques, elles se gâtent même par là pour le monde.»
(_Éducation des Filles_. 1687.)
CONSIDÉRANT:
102º. Le grand sens renfermé dans ces paroles du P. _Mallebranche_:
«C'est aux femmes à décider des modes, à discerner le bon air et les belles manières; elles ont plus de science, d'habileté et de finesse que les hommes sur ces choses. Tout ce qui dépend du goût est de leur ressort; mais.... etc.»
(_Recherche de la vérité._)
CONSIDÉRANT:
103º. Ce passage considérable de la première _Encyclopédie_:
«On pourrait douter si l'étude des lettres ne coûte point aux femmes un peu d'innocence.»
(Art. _Femmes_, _in_-fº.)
CONSIDÉRANT:
104º. Que _Desmathis_ a dit, d'après les anciens:
«La gloire d'une femme est de vivre ignorée»--_et de rester ignorante_, aurait dû ajouter Desmathis, pour dire tout ce qu'il pensait.
CONSIDÉRANT:
105º. De quel poids est cette autre citation de _Michel Montaigne_:
«La plus utile, la plus honorable science d'une mère de famille est la science du ménage.»
«Si les bien nées (les dames) me croyent, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses..... Que leur faut-il, que vivre aimées et honorées? Elles n'ont et ne savent que trop pour cela.»
(_Essais_. III. 3.)
CONSIDÉRANT:
106º. Ce qu'a dit _Balzac_:
«J'aimerais mieux avoir une femme qui eût de la barbe, qu'une femme qui eut du savoir.»
CONSIDÉRANT:
107º. La valeur de ce mot de _S.-Evremont_:
«On se défend d'une savante, mais on ne se défend point d'une femme: on a quelqu'estime sèche et stérile pour la capacité de l'une; mais le coeur s'allume pour les agrémens de l'autre.»
(_S.-Evremoniana_.)
«....À Paris, il y a des femmes qui écrivent et qui font des livres; les plus sages font des enfans.»
(_Idem_. p. 388.)
CONSIDÉRANT:
108º. En outre l'autorité de ce passage, tiré de la _Bibliothèque des femmes_:
(1759, _in_-12.)
«Par-tout les lois, en réservant aux hommes la plume et l'épée, ont semblé borner le sexe aux soins du ménage.»
CONSIDÉRANT:
109º. L'autorité plus grave encore de _J. J. Rousseau_, dans une _Note_ (K) de sa lettre à _Dalembert_, qu'il serait par trop dur de reproduire ici. Il nous sera plus doux de rapporter la citation suivante du plus éloquent des philosophes:
«Est-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable que celui d'une mère de famille entourée de ses enfans, réglant les travaux de ses domestiques, procurant à son mari une vie heureuse et gouvernant sagement sa maison, etc.»
CONSIDÉRANT:
110º. La justesse de ce passage:
«La fluidité du sang et l'agilité des esprits animaux rendent les femmes incapables d'apporter une attention sérieuse à tout ce qui est un peu abstrait; et le dégoût qu'elles sentent pour tout raisonnement suivi, prouve la délicatesse de leur imagination, qui n'a pas la force de soutenir cet effort.»
(_Du Bel-Esprit_, 1695. Paris.)
CONSIDÉRANT:
111º. Que quelqu'un a dit:
«L'étude et les livres ne servent qu'à rendre une femme insupportable.»
(_P. Com_.)
Un écrivain plus moderne encore a dit:
«Le défaut du siècle est d'avoir le coeur sec et de tout faire avec l'esprit, défaut particulier aux femmes.»
CONSIDÉRANT:
112º. Ce qu'Homère met dans la bouche de Jupiter s'adressant à Vénus:
«Contentez-vous des jeux, des ris et des appas. Présidez aux amours...»
(_Iliade_ V.)
..._Mais n'étudiez pas!_
pourrait-on ajouter, en généralisant la citation et en l'appliquant à toutes les femmes.
«Renoncez (dit le continuateur d'Homère) renoncez à un dessein dont l'exécution surpasse vos forces, et reprenez dans l'intérieur de vos maisons et les toiles, et les ouvrages propres à votre sexe.»
(_Quintus_, de Smyrne, trad. par _Tourlet_, Ch. I. T. I. _in_-8º. 1800.)
CONSIDÉRANT:
113º. Enfin la justesse et la convenance de ces bons vers:
Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache plusieurs choses. Former aux bonnes moeurs l'esprit de ses enfans, Faire aller son ménage, avoir l'oeil sur ses gens, Et régler sa dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie. Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez.... Les leurs ne lisaient point; mais elles vivaient bien; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien, Et leurs livres un dé, du fil et des aiguilles, Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles; Les femmes d'à présent sont bien loin de ces moeurs; Elles veulent écrire, et devenir auteurs....
MOLIÈRE.
TEXTE DE LA LOI.
EN CONSEQUENCE:
=I.=
LA RAISON _veut_ (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.
=II.=
LA RAISON _veut_:
À l'homme,--l'épée et la plume. À la femme,--l'aiguille et le fuseau. À l'homme,--la massue d'Hercule. À la femme,--la quenouille d'Omphale. À l'homme,--les productions du génie. À la femme,--les sentimens du coeur.
=III.=
LA RAISON _veut_ que chaque sexe soit à sa place, et s'y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiettent l'un sur l'autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.
S...
=IV.=
LA RAISON _ne veut_ pas plus que la langue française, qu'une femme soit _auteur_: ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l'homme seul.
=V.=
LA RAISON _veut_ que les sexes diffèrent de talens comme d'habits.
Il est aussi révoltant et scandaleux de voir un homme coudre, que de voir une femme écrire; de voir un homme tresser des cheveux, que de voir une femme tourner des phrases.....
=VI.=
LA RAISON _maintient_ ce vieux Proverbe:
«Les paroles sont des femelles, les écrits sont des mâles.»
En ce qu'il semble faire les parts et assigner à chacun des deux sexes le talent qui lui convient.
_N. B._ Toute la sagesse des nations est dans leurs proverbes.
=VII.=
LA RAISON veut que l'on dispense les femmes d'apprendre--à lire, --------------------à écrire, --------------------à imprimer, --------------------à graver, --------------------à scander, --------------------à solfier, --------------------à peindre, etc.
Quand elles savent un peu de tout cela, c'est trop ordinairement aux dépens de la science du ménage.
=VIII.=
LA RAISON _veut_ donc que la plume à écrire et le pinceau, le crayon et le burin, soient interdits à la main des femmes; l'aiguille à coudre et le fuseau, à la main des hommes.
=IX.=
LA RAISON _veut_ que dans les arts du dessin, de la peinture et de la gravure, les femmes ne perdent pas le tems à porter leurs prétentions au-delà de celles de la sensible _Dibutade_.
Cette jeune beauté de Sycione traça sur la muraille, à la lueur d'une lampe, le pourtour de l'ombre de son jeune ami, obligé de faire un long voyage.
(V. _l'Hist. Nat. de Pline_, XXXV, 12.)
=X.=
LA RAISON et la décence n'approuvent point du tout que de jeunes dessinatrices passent des journées entières à contempler et à copier les belles proportions de l'_Apollon du Louvre_, ou du _Lantin_, ou de l'_Hercule Farnèse_.... etc.
Périssent tous les arts, plutôt que la pudeur!
S....
=XI.=
LA RAISON _veut_ que les femmes, dans leurs loisirs, apprennent naturellement à chanter, sans livres et sans maîtres; mais qu'elles ignorent toute leur vie combien il y a de notes dans la musique, de lettres dans l'alphabet, de syllabes dans un vers alexandrin ou pentamètre.
Les femmes sont nées pour être aimables et _vertueuses_, et non pour devenir des _virtuoses_ et des savantes.
=XII.=
LA RAISON _veut_ que les maris soient les seuls livres de leurs femmes; livres vivans, où nuit et jour, elles doivent apprendre à lire leurs destinées.
«Il serait bienséant et honorable (dit un vieux livre) d'ouir une femme qui dirait à son mari: mon ami, tu es mon précepteur, mon maître de philosophie.... etc.»
(_Institution de l'homme_, 1626. p. 441. in-8º.)
_N. B._ Une femme bel-esprit et auteur de cinq à six gros livres, vint rendre visite à une mère de trois filles et de trois garçons:
«Voici, dit la mère de famille, (en présentant ses enfans et leur père à la dame-auteur) voici mes productions et ma bibliothèque.»
=XIII.=
LA RAISON _veut_ que les femmes sachent leur langue maternelle, seulement:
«C'est une vanité aux femmes (a dit quelqu'un) de parler une langue étrangère.»
(_Lettre à une demoiselle_., p. 149, _in_-12. 1737.)
=XIV.=
LA RAISON _veut_ que l'on fasse grace aux femmes de l'étude aride et sèche de la grammaire; les femmes étant destinées à des occupations plus agréables et moins stériles.
=XV.=
LA RAISON _veut_ aussi que l'on dispense les femmes des élémens non moins ingrats de la géographie et de l'histoire; leur mémoire fragile porte mal le fardeau des dates et d'une lourde nomenclature.
Quel inconvénient, d'ailleurs, à ce que les femmes fassent des _anachronismes_?
=XVI.=
LA RAISON _veut_ que les femmes n'apprennent point à lire aux astres: qu'elles comptent les oeufs de la basse-cour, et non les étoiles du firmament!
=XVII.=
LA RAISON _veut_ que l'on interdise aux femmes la botanique par principes: qu'elles se bornent à la connaissance des plantes potagères et de quelques simples!
=XVIII.=
LA RAISON _n'approuve pas_ les femmes qui assistent aux leçons de la chymie: les cuisinières qui ne savent pas lire, sont celles qui font la meilleure soupe.
_N. B._ Le législateur des femmes espère qu'on lui pardonnera ces menus détails. L'utile avant tout.
«Rien n'est vil dans l'intérieur du domestique, pour une femme sage,» dit un poëte de la Chine.
(V. _Mém. Chin._ T. IV. p. 179. _in_-4º.)
=XIX.=
LA RAISON _souffre_ de voir les femmes grossir le troupeau des gens de lettres; elles ont assez déjà des infirmités attachées à leur sexe, sans s'exposer encore à celles de cette profession.
=XX.=
LA RAISON _veut_ que le médecin d'une femme de lettres lui ordonne, avant tout, de poser la plume et de renoncer aux livres, à tout jamais.
La nièce de _Descartes_ mourut de la pierre, causée par son obstination à l'étude.
Or, le plus beau livre ne vaut pas une femme saine de corps et d'ame.
=XXI.=
LA RAISON _veut_ que l'on dise toujours _les trois Graces_, mais que l'on ne dise plus _les neuf Muses_; mythologie injurieuse au sexe, puisqu'elle tend à faire croire que sur douze femmes, on en compte neuf de pédantes, sur trois seulement d'aimables.
«Le goût des lettres chez les femmes, (dit _Thomas_) a été regardé comme une sorte de pédantisme.»
(_Essai sur les Femmes_.)
=XXII.=
LA RAISON _déclare_ qu'une mère de famille n'a pas besoin de savoir lire, pour bien élever ses filles.
=XXIII.=
LA RAISON et la _décence veulent_ qu'une fille reçoive des leçons de sa mère seulement.
L'éducation du sexe n'eut d'abord (dans le tems que Rome était vertueuse) pour objet, que l'économie intérieure de la maison, et les ouvrages que les mères apprenaient elles-mêmes à leurs filles.
(_Habitudes et moeurs privées des Romains_, _in_-8º. p. 275 et 276.)
=XXIV.=
LA RAISON n'approuve pas ces _maisons d'éducation pour les jeunes demoiselles_, où on leur apprend tout, excepté la seule chose qu'elles doivent connaître, la science du ménage.
La belle éducation donnée à S.-Cyr aux jeunes filles nobles et pauvres, en faisait des femmes pédantes et hautaines.
=XXV.=
Il n'y aura plus de _maîtresses d'école_.[*]
Cette qualification a quelque chose de pédantesque.
[Note *: _N. B._ Ceci est emprunté à la 984e. des _loix_; de Pythagore.
«Ne permettez point à une femme de parler en public, d'ouvrir école, de fonder une secte ou un culte. Une femme en public est toujours déplacée.»
(T. VI. des _Voyages de Pythagore_.)]
=XXVI.=
LES femmes lettrées, artistes, virtuoses,... etc., ne feront plus d'élèves.
=XXVII.=
LA RAISON _veut_ que lorsqu'on s'occupera d'une loi sur l'adoption, on se donne de garde d'en accorder l'usage aux femmes lettrées, virtuoses,..... etc.
=XXVIII.=
LA RAISON _veut_ que toute fille de bonne maison, avant d'obtenir un mari, fasse preuve de talens utiles.
=XXVIX.=
LA RAISON _veut_ qu'une jeune vierge, instruite par sa mère aux seules vertus privées, aux seuls détails du ménage, et bien pénétrée de l'amour de ses devoirs et du travail, soit dispensée d'avoir une dot pour avoir un mari.
=XXX.=
LA RAISON _ne conseille_ à personne de choisir pour épouse et compagne la fille d'une femme lettrée.
=XXXI.=
LA RAISON _veut_ que les épousées ne devant point savoir lire, et par conséquent ne pouvant signer leur contrat de mariage, on se contente de leur consentement verbal devant le magistrat et les témoins.
Une femme bien née ou bien élevée, doit être crue sur sa parole.
=XXXII.=
LA RAISON _veut_ que l'on grave sur le frontispice des salles de mariage, l'apophthegme suivant:
_Demande._
Quel est l'homme le plus heureux?
_Réponse._
L'homme le plus heureux, c'est le mari d'une femme sage sans livres.
=XXXIII.=
LA RAISON _recommande_ aux époux ce proverbe Chinois:
«Cultiver la vertu est la science des hommes; renoncer à la science est la vertu des femmes.»
(_Mémoires sur la Chine_. T. IV, _in_-4º. p. 148.)
=XXXIV.=
LA RAISON _veut_ que la sur-veille des nôces, le meilleur ami ou le plus proche parent d'un épouseur, lui répète par trois fois les paroles suivantes, qu'_Euripide_ met dans la bouche du jeune _Hyppolite_; et que le trop galant _Racine_ s'est bien gardé de nous transmettre:
«...Heureux l'époux qui ne voit en sa maison qu'une femme simple! car le comble du malheur, c'est une femme bel-esprit. Me préservent les Dieux d'une épouse qui sait plus qu'elle ne doit savoir!...»
(Act. III. Scène 2. _Phèdre et Hyppolite_.)
_N. B._ _Phèdre_ se piquait de bel-esprit, voire même de philosophie; _Phèdre_!...
=XXXV.=
LA RAISON _veut_ que dans le cérémonial du mariage chez les modernes, on imagine quelqu'incident du genre de celui-ci pratiqué par les anciens:
En Béotie, les nouvelles mariées étaient conduites avec pompe à la maison de leur époux, montées sur un char dont on brûlait l'essieu à la porte, afin de leur faire entendre qu'elles n'en devaient plus sortir.
=XXXVI.=
Dans Rome ancienne, quand une nouvelle mariée posait le pied sur le seuil de la maison maritale, on lui demandait:
_Que savez-vous?_
Elle ne répondait pas: _je sais lire, je sais écrire, je sais peindre_, etc.
Elle disait simplement, _Je sais filer_.
LA RAISON _veut_ que l'on renouvelle cet ancien usage.
Les bons usages ne devraient jamais passer de mode.
=XXXVII.=
LA RAISON invite à compulser le greffe des tribunaux civils et criminels; on y verra dans le nombre des épouses divorcées beaucoup plus de femmes de lettres, virtuoses,.... etc., à proportion que d'autres.
Est-ce pour éviter ce scandale que les neuf Muses gardent le célibat?
=XXXVIII.=
LA RAISON _veut_ qu'une femme soit aussi réservée à montrer en public les trésors de son esprit, que les charmes secrets de sa beauté.
=XXXIX.=
LA RAISON _veut_ que, pour donner l'exemple, les épouses de nos premiers Magistrats, Sénateurs, Tribuns, Juges, Généraux, etc. aux _thés_, aux _cercles_, aux _conversations_ et autres _assemblées_ oiseuses, substituent chez elles des _veillées_ laborieuses et utiles, où on les verrait avec édification, mettre elles-mêmes la main aux vêtemens de leurs augustes époux.
_Andromaque_ et _Pénélope_, femmes de deux héros, ne dédaignaient pas de présider à tous les détails domestiques.
=XL.=
Les maîtresses de maison pourront coudre un vêtement, pour l'offrir à titre de reconnaissance ou de cadeau à l'homme de lettres, dont elles auront entendu, pendant leurs veillées, un ouvrage rempli de sentimens vertueux et de talent.
La bonne madame _Geoffrin_, l'amie de d'_Alembert_, en agissait ainsi; elle faisait présent de hauts-de-chausses de velours aux auteurs qui l'avaient intéressée par leurs lectures.
=XLI.=
LA RAISON _veut_ que chaque bal soit précédé par quelques heures d'un travail à l'aiguille ou au fuseau.
=XLII.=
LA RAISON interdit aux femmes les livres d'église: n'ont-elles pas le chapelet et le rosaire?
=XLIII.=
LA RAISON _veut_ que les femmes, absolument étrangères aux misérables disputes des prêtres, s'en tiennent à _la religion du coeur_, et ne confessent leurs fautes qu'aux auteurs de leurs jours, ou à leurs maris, seuls juges compétens.
=XLIV.=
LA RAISON invite ceux qui prennent quelqu'intérêt à la dignité des lettres, à dissuader les femmes d'envahir un champ qu'elles n'ont point la force de cultiver, comme il veut l'être.
La pensée est chose sainte; et le feu sacré du génie s'éteindrait tout-à-fait, s'il était sous la garde même des _Vestales_.
C'est ce qui est arrivé au divin _Homère_, sous la plume de madame _Dacier_.
=XLV.=
LA RAISON _veut_ que les femmes se contentent d'inspirer les poëtes, sans chercher à le devenir elles-mêmes.
Le cheval Pegaze ne se laisse bien monter que par un homme.
Une _femme poëte_, est une petite monstruosité morale et littéraire; de même qu'une _femme souverain_ est une monstruosité politique.
=XLVI.=
LA RAISON défend aux versificateurs, prosateurs, orateurs, d'enivrer les femmes par un encens perfide qui fait qu'elles se croient nées pour toute autre chose que pour aimer et pour l'être.
Les poëtes coupables effaceront ces madrigaux avec leur langue, comme il se pratiquait jadis à Marseille et à Lyon.
Suivant _Bayle_: «les femmes sont faciles à gagner par les vers.»
(_Dictionn._)
=XLVII.=
LA RAISON _veut_ que désormais il soit permis aux courtisannes, _seulement_, d'être femmes de lettres, beaux-esprits et virtuoses.